‹ Jeanne de BellevilleChapitre 24 sur 91 · LE FLÉAU DE DIEU · texte numérisé non relu

LE FLÉAU DE DIEU

S'est fait le délateur dt Clisson près du Roi... Eh bien ! contre la mort il n'a pas de refuge ; J'amène les témoins^ les bourreaux et le juge : Herblain et Malestroit^ mes deux témoins sont là ; Le juge, le voici ; les bourreaux , les voilà.

» Soldats, j'ai trop longtemps retardé ma vengeance. Ce château tout entier tombe en votre puissance : Caves, bijoux ,. trésors, ici tout est à vous ; Hommes, femmes, enfants, je vous les livre tous. Sur eux pèse un arrêt de mort irrévocable :

J'ai fait à, mon mari serment d'être implacable.

» Mais écoutez, soldats : j'ai fait un autre vœu , Que je saurai tenir aussi, j'en jure Dieu.

Femme , je veux respect à la pudeur des femmes : La mort, mais pas Toutrage, ou malheur aux infâmes î Ils seront à l'instant traînés dans cette cour Et fouettés sans merci , puis pendus haut et court. »

Malestroit s approchant de Jeanne, à qui la fièvre Mettait l'éclair aux yeux et l'écume à la lèvre : — « Votre arrêt m'est sacré, si sévère qu'il soit.

Et, pour Texécuter, comptez sur Malestroit.

Un grand cœur ne saurait supporter une offense Et punir rentre encor dans le droit de défense ; Mais je ne puis frapper qui ne se défend pas.

» Laissez-moi délier les mains de ces soldats. Et que, Tépée au poing, ils disputent leur vie. Qu'on dise , en racontant notre haine assouvie : Entre eux et Tennemi le péril fut égal , Et dans sa cruauté leur bras resta loyal.

» La cruauté n*a rien. Madame, qui me blesse : Le sang ne tache pas les mains de la noblesse. Le châtiment vengeur, je le veux tout entier Et pas un combattant n'obtiendra de quartier ; Mais pourquoi donc souiller votre sainte vengeance ? Les femmes, les enfants ont droit à l'indulgence. Leur sang nous maudirait s'il coulait sous nos coups. Car la Justice en pleurs se jette eîitre eux et nous. »

— <x Au volcan qui flamboie, à l'ouragan qui gronde^ A la mer qui se tord sur sa couche profonde, A ces fièvres d'Asie aux souffles empestés, A la flamme qui court à travers les cités.

Au fleuve débordé dévastant ses rivages.

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