‹ Jeanne de BellevilleChapitre 37 sur 91 · X. — LES DEUX AMIS · texte numérisé non relu

X. — LES DEUX AMIS

La châtelaine étend le bras vers les coupables^ Et leur arrêt se lit dans ses yeux implacables. * Bourrelés de remords et d'épouvante fous , Ces deux anciens soldats sont tombés à genoux ; Du geste et du regard ils implorent leur grâce.

Le moins lâche des deux, bégayant à voix basse :

— € O Madame, dit-il, pour mourir^ qu'ai-je fait ? Pour m'en justifier, dites-moi mon forfait. »

Jeanne, croisant les bras, en face d'eux s'avance :

— « Pour oser discuter avec moi ma vengeance. Votre impudence est rare et ne se comprend pas. J'ai fait jusqu'au dernier massacrer vos soldats.

Et pourtant ils n'avaient, pour tomber mes victimes , Que le tort inconnu du contact de vos crimes ; Et vous, qui savez trop ce que vous m'avez fait, Vous dont la langue tremble en parlant de forfait, Vous croyez me fléchir par de vaines paroles ? Etouffez dans vos cœurs vos espérances folles. Vous rougirez de vous en apprenant mon nom :

Osez donc implorer la veuve de Clisson ! »

Le châtelain se traîne à genoux devant Jeanne ;

— « Ce n'est pas moi, dit-il , que votre nom condamne , C'est cet homme. Madame, et, vous le savez bien , Dans le crime à punir, moi je ne fus pour rien.

Quand cet homme à Touffou vint chercher un refuge , De Clisson j'ignorais qu'il eût été le juge ; Je l'aurais, sans cela, croyez-en mon serment. Comme un traître qu'il est, chassé honteusement. »

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