‹ Jeanne de BellevilleChapitre 38 sur 91 · LES DEUX AMIS. IO · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS. IO

— « Oh ! ne le croyez pas , Madame , c'est un lâche. S'il n*a pas partagé la douloureuse tâche Que m'avait imposée un ordre de mon roi Et que je n'ai remplie, hélas ! qu'avec effroi , O mon Dieu^ faut-il donc qu'un tel forfait me souille? C'est lui quij de Clisson me montrant la dépouille, A mes cupidités voulait donner l'éveil ; Mais j'ai rejeté loin son odieux conseil , Car c'est assez d'avoir, et je m'en désespère , Sans dépouiller vos fils , fait condamner leur père. »

— « Le couard î sous mon toit pourquoi l'ai-je abrité ? Tu mens impudemment... Voici la vérité.

Oui, devant vous je veux. Madame, le confondre: Lorsque votre courroux est sur nous venu fondre. Cet homme, en le disant j'éprouve un long frisson. Cet homme se nommait le sire de Clisson. »

Olivier à ces mots a blêmi de colère :

— « Quelle honte pour nous, quelle honte, ô mon père, Qu'un pareil homme ait pu, ne fût-ce qu'un instant, Parer sa lâcheté de ton nom éclatant ! »

— « Oh ! la honte, dit Jeanne, est pour le roi de France, S'il connut et permit une telle espérance. »

Puis , lançant à plein cœur son indignation : — « C'est assez vous vautrer dans votre abjection. Votre assaut de bassesse est sans but et me lasse ; La femme de Clisson ne peut vous faire grâce. Rappelez- vous Tauberge où tous deux, hier soir. Vous dérouliez le plan de votre infâme espoir...

» Péan de Malestroit , je vous livre cet homme : Qu'il meure par le fer ainsi qu'un gentilhomme. C'est bien ; mais quand j'irai vous retrouver là-bas , Que son âme ait rejoint l'âme de ses soldats. »

Le châtelain essaie en vain de se défendre ; On l'entoure , on l'entraîne, on le force à descendre L'escalier tortueux, dont les derniers degrés Sont d'un rouge reflet vivement éclairés. .

A peine a-t-il passé l'ogive de la porte , Péan et les seigneurs qui lui prêtent main-forte* Livrent le malheureux aux soldats, et bientôt Retentit un grand cri, suivi d'un sourd sanglot...

Malestroit remontant dit à Jeanne : « Madame, Sa faute est expiée et Dieu juge son âme. »

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