‹ Jeanne de MontfortChapitre 8 sur 19 · LE COMTE DE CI1ESTEI · texte numérisé non relu

LE COMTE DE CI1ESTEI

répondue par loutos les voix de la multitude comme par une seule voix.

Puis la cérémonie poursuivit son cours sans interruption, jusqu'au moment où leveque redescendit de l'autel pour prononcer les paroles qui unissent à jamais.

A ce monieni, qui fut d'une solennité saisissante et terrible, un bruit se fit entendre au milieu du siloiico , vers la grande porto de la cathédrale, et un mouvement n'opéra de ce côté parmi les flots condensés du peuple.

Deux cavaliers , couverts de sueur et de poussière , venaient d'arriver sur le parvis de l'église , et l'un d'eux , se précipitant à bas de son clieval , s'était élancé au plus épais de la mélee. Cet homme était le môme voyageur que nos lecteurs ont déjà vu deux fois, et malgré la diligence surhumaine qu'il avait faite, il lui avait été impossible d'ai-

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river plus loi. Poindre, d ailleurs, son trouble et son effroi en ce moment serait une entreprise au-dessus de nos forces.

Qu'on se figure seulement un condamné à mort qui venait dierclicr sa grâce, et qui a la douleur d'arriver au but lorsqu'il n'est plus temps peut-être de l'obtenir.

— Où en est la cérémonie? demanda le malheureux , se débattant avec convulsion dans la foule.

— Xu (cnjn/ifio . messire, répondit une voix , landis (pie ^ingt autres réclamaient le silence.

Le gentilhomme fit un eiîort désespéré pour avancer encore; mais trouvant la presse |»bis conq)acte à rha(pie j>as, il s'arrêta dans une ]j(M'])lexité horribh'.

La multitude était redevenue allenti\e et muette, et on entendait l'évéque adresser à l'épouse la question décisive :

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-^ Et VOUS, Jeanne de Flandre, de Nevers et de Rethel , prenez-vous pour époux Jean de Bretagne, comte de Montfort?

La réponse se fît attendre un instant, et ne parvint que par écho jusqu'aux derniers rangs du peuple; mais, une lois éveillé, cet écho fut électrique , et le oui fatal arriva de bouche en bouche à l'oreille du cavalier. Un chant d'actions de grâces , entonné en même temps par les prêtres, au bruit de tous les instruments de musique en usage à cette époque, vint lui confirmer la nouvelle irrévocable et lui enlever sa dernière espérance. Au murmure approbateur de la foule , il mêla alors un cri étouffé , auquel on ne prit pas garde, et se retirant pale et tremblant comme un homme frappé au cœur, il alla tomber, à la porte de l'église, entre les bras de son écuyer, tandis que Jeanne, se détournant à un bruit qu'elle

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seule avait pu saisir entre tous les autres, se laissait aussi choir involontairement sur son siège, en proie à un pressentiment inexplicable.

La cérémonie du mariage terminée, on procéda à celle de l'accolade. On nommait ainsi la présentation solennelle à l'épouse, de la famille et des amis du marié. Un pavillon avait été dressé, à cet effet, près d'une porte latérale de l'église, où deux rangs d'archers à cheval écartaient le peuple et faisaient place aux gentilshommes. Là, tous les princes et seigneurs qui avaient composé le cortège de la veille , à commencer par le roi de France et le duc de Bretagne , vinrent embrasser, debout, la comtesse de Montfort, ou lui baiser la main , à genoux, selon le droit que leur donnait, pour l'une ou l'autre forme, leur degré de naissance ou de parenté. Il y avait long-temps déjà que

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duiail cette cérémonie , et elle touchait à t>on terme, lorsque le héraut d'armes qui annoiieait les gentilshommes fit retentir un nom auquel personne ne s'attendait :

— Sir Hugues de Cav^^Hey, comte do Chester !

Le cavalier, que nous n'avons plus besoin de faire reconnaître au lecteur, s'avança au jnéme instant dans lo pavillon , et Jeanne fut obligée de s'appuyer au bras de sou fauteuil pour ne pas tomber h la renverse. Cependant , par le privilège qu'ont les nobles Ames, d'être d'autant plus fortes que le péril est plus grand, elle sut cacher l'affreux bouleversement de son être, au point que chacun n'y put voir que de la surprise. Le généreux Montfort, d'ailleurs, s'était précipité dans les bras de Caverley, le remerciant, avec l'amitié la plus confiante, d'être venu assister à son bonheur. Quant à Louis

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de Flandre, le tilre de comte de Chester lui on avait dit assez pour le troubler profondément , et il eut besoin de l'exemple héroïque de sa sœur pour contenir sa fâcheuse émotion.

Après avoir présenté au roi de France et au duc de Bretagne l'ami qui venait le surprendre si noblement du fond de l'Angleterre, Montfort s'empressa de mettre Ca- > erlcy en présence de sa femme, l'autorisant à lui donner l'accolade comme s'il eût été son parent.

— Madame, dit alors le chevalier anglais, en effleurant de ses lèvres les joues pâles de la jeune femme , sir Hugues de Caverley est arrivé trop tard d'une heure , et le comte de Chester n'a plus qu'uiUî grâce à demander à la comtesse de Montfort : c'est un moment d'entretien particulier, qu'elle ne lui refusera pas.

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