‹ Jeanne et Jeanneton, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 28 sur 41 · JEANNE, GALUCHET, JEANNETON · texte numérisé non relu

JEANNE, GALUCHET, JEANNETON

Qu'est-ce que cela signifie, mon père ?

GALUCHET

Ça signifie... que vous êtes bien mes enfans toutes les deux! et, quoi qu'il arrive, je vous regarderai toujours comme telles... Ça me serait impossible autrement.

Et à nous aussi.

GALUCHET

Je le sais bien! mais par la force des choses et des circonstances... trop longuesà vous expliquer, on veut que je renonce à l'une de vous deux.

JEANNE

Et vous le pourriez?...

Vous auriez ce cœur-là ?...

GALUCHET

Il le faut... pour voire bonheur... pour votre avenir... Mais je ne peux pas... Aussi... voyez mes enfans... décidez vous-mêmes !

JEANNE

Nous, mon père?

Ne plus être vos enfans l

Je dois vous dire... pour vous consoler, que celle qui m'abandonnera...

JEANNE, avec force.

Sera maudite !

GALUCHET

Non... elle deviendra une grande dame, elle sera noble, elle sera riche... tandis que l'autre...

Ah ! je suis l'autre !

JEANNE

Moi aussi !

Nous le sommes toutes deux!

GALUCHET

C'est bien! c'est bien! vous êtes de bonnes filles... qui' me rendez bien heureux... mais qui m'embarrassez beaucoup... parce qu'il ne s'agit pas d'être faible et de pleurer... Il faut du courage... entends-tu, Jeanne?... (Regardant Jeanneton qui se détourne aussi pour essuyer ses yeux.) Entends-tu , Jeanneton, toi qui d'ordinaire as de l'énergie pour toute la famille? (Avec force.) Je te répète qu'il faut choisir... (Avec colère.) Il le faut!

Eh bien! mon père, ne nous grondez pas !

JEANNE

Ce serait la première fois.

Ma sœur et moi sommes résignées... N'est-ii pas vrai , sœur?...

JEANNE

Oui , je le jure.

JEANNETON, avec fermeté.

Choisissez donc... décidez vous-même...

GALUCHET , effrayé.

Moi !...

JEANNE

Nous obéirons sans plainte... sans murmure... jeanneton, essuyant ses yeux saus être vue.

Oui... nous obéirons !

GALUCHET, se place entre elles en silence, puis lève

les yeux au ciel. — L'orchestre joue en sourdine

rair de la Juive : Rachel, quand du Seigneur

la grâce tutélaire.

Toi qui sais la vérité... Marie-Jeanne, ma pauvre femme... envoie-moi de là -haut quelque bonne inspiration!.. Dis-moi là... par un seul battement du cœur... laquelle est notre sang... laquelle est notre vraie fille... Tu ne voudrais pas me tromper... n'est-ce pas?... Et c'est toi... toi seule que je croirai. ( Il regarde, l'une après l'autre et attentivement, ses deux filles.) Ah ! j'ai le même plaisir à les regarder !... je lis clans leurs yeux la même tendresse... ( Il embrasse Jeanne qu'il presse sur son cœur , puis ensuite Jeanneton.) Le cœur

me bat de même!... Ah! c'est ie ciel qui prononce!... toutes les deux sont à moi.

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