ACTE I, SCENE X 4î
GALUCHET. trouhlé.
C'est diiïéreni!... fallait donc le dire... parce que lorsqu'on raconte...
LA MARQUISE , gravement.
Le temps modilie bien des opinions, monsieur. Air de la Jeune malade.
Tous les partis ont leurs jours de délire. Tous les partis ont leurs jours de remords ! Si le malheur ne peul suffire Pour absoudre de Ions les torts.
Il sert du moins à celui qu'il accable. Car pour un cœur et généreux et bon, Plus on souffrit, moins on semble coupable. Et le malheur est presque le pardon.
GALUCHET
Excusez-moi , madame, excusez-moi... mon inten lion n'était pas...
LA MARQUISE
Continuez !
GALUCHET
Ah ! dame ! je ne sais plus où j'en suis... Je vous disais donc... ou plutôt non... je ne vous avais pas dit que quelque temps après, le général, qui était exilé à Bruxelles , repassa par chez nous ; il se rendait à Paris, en secret, c'était aux environs du 20 mars, et je le vois encore avec ce signe de ralliement , le bouquet de violette qu'il portait à sa boutonnière , témoin qu'à celle époque, M™^ Galuchet, ma femme, était grosse de notre premier enfant... et de six mois passés encore... Si bien que le général lui dit : t Ma bonne Jeanne , ma femme en est à- peu-près au même point que loi... tu seras notre nourrice... » C'est convenu ! que jem'é-
4i JEANNE ET JEANNETON.
criai, et Jeanne partit plus lard pour Bruxelles où était alors la femme du général... Là... et à quelques jours de distance , elle et M""^ de Valincourl mirent au monde chacune une petite tille, et ma femme se chargea de ramener les deux enfans au pays... Car, à peine rétablie , M™'^ de Valincourt avait couru près de son mari, blessé de nouveau... mais, celte fois, madame , ce fut la dernière !... Le pauvre général avait été frappé d'une balle par un de ses ennemis... chez lesquels alors vous étiez.
LA MAP.QDISE.
Monsieur...
GALUCHET
Lui .. il avait reçu ça... en France , sur celte terre qu'il avait défendue jusqu'au dernier moment... et où il se réjouissait du moins d'être enseveli... Ah ! il ne le fut pas seul !
LA MAP.QuiSE , essujjant S3S larmes et lui faisant signe
de se taire.
Je sais , monsieur... je sais...
GALUCHET
Oui , OUI , votre pauvre lille... c'était trop de secousses , trop de fatigues pour elle... elle devait y succomber.
LA MARQUISE
Je n'appris sa mort que longtemps après, au fond d€ mon exil... et persuadée qu'il ne me restait plus rien de ma fille , je n'aurais jamais revu la France, sans une affaire d'une haftte importance pour notre fortune , et plus encore pour notre nom, qui, après moi, doit passer à M. de Blansac , mon petit-neveu. Je suis donc rêve-