‹ Jehan Perréal, Clément Trie et Édouard GrandChapitre 2 sur 13 · PREMIERS TRAVAUX, STATUTS DES PEINTRES, VERRIERS ET IMAGIERS DE LYON · texte numérisé non relu

PREMIERS TRAVAUX, STATUTS DES PEINTRES, VERRIERS ET IMAGIERS DE LYON

Le nom de Perréal était presque inconnu, comme artiste, au siècle dernier; de Colonia, dans son Histoire littéraire , parle d'un Claude Perréal, varlet de chambre du %oi (i), et cite à son égard les œuvres de Marot. Ce vieux poète invitait tous les amis de Claude Perréal « qui avaient du génie pour là poésie à l'immortaliser par leurs vers, et il excitait ses sœurs, qui avaient du goût pour la peinture, à se représenter ellesmêmes pleurantes sur le tombeau de leur frère... »,

Pernetti (2) répète les même détails.

Voici les vers de Marot :

Aux Liinys & fceurs de feu Claude Perréal, lyonnais.

En grant regret, fi pitié vous remord, Pleurez l'amy Perréal qui eft mort, Vous fes amys : chafcun prenne fa plume. La mienne el> prefte, & bon défir l'alume

(i) Tome II, page $40. (2) Tome I, page 281 .

A déplorer (de fa part) telle mort.

Et vous fes foeurSj dont maint beau tableau fort, Paindre vous fault pleurantes fon gref fort Près de la tumbe en laquelle on l'inhume En grand regret.

Regret m'en blefïe, &. fi fcay bien au fort, Qu'il fault mourir & que le deconfort (Soit court ou long) n'y fert que d'amertume : Mais vraye amour eft de telle couftume, Qu'elle contraint les amys plaindre fort En grand regret (j).

Le Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire (i8?o) consacre à Claude Perréal, et à Jehan Perréal, dit de Paris^ une courte notice, où ce dernier est cité comme valet de chambre et peintre des rois, ayant joui d'une grande considération à la cour.

M. Puvis (1840), et surtout M. Dufay (1844), ^^"^ ^^^ premiers qui aient présenté Perréal comme architecte 5 depuis eux, M. Rolle a fourni dans les cArchives de lart Français, sur cet artiste, une grande quantité de documents précieux et inédits.

Avant d aller plus loin dans cette Notice et pour ne pas revenir sur Claude Perréal et sur ses sœurs, nous devons constater que rien ne prouve encore d'une manière absolue qu ils soient réellement le père et les tantes de notre personnage.

Un seul fait peut en rendre la conjecture plus certaine, c'est la position de valet de chambre du roi occupée par l'un et l'autre 5 si toutefois cette fonction était remplie par Claude, ainsi que l'avance le Père de Colonia, renseignement que cet écrivain ne justifie pas. Ces charges étant vénales et transmissibles, il serait tout naturel que le fils ait succédé au père.

(j) Tome llj livre I", rondeau 34. OEuvres de Maroî. Paris, 1824, par M. Lacroix.

Nous rappellerons encore ici à nos lecteurs^ que les Jehan de Paris sont très-nombreux aux XV^ et XVI^ siècles en France et même à Lyon ; de nouvelles découvertes de documents^ seules^ pourront préciser quelque chose sur toutes ces individualités.

La même obscurité plane sur Tépoque de la naissance de Jehan PERRÉAL5 nous n'osons poser aucune conjecture à cet égard.

Il est le plus souvent nommé Jehan de Paris dans les actes du temps 5 toutefois, on trouve tour à tour sa signature comme il suit (4) :

(4) Reçu du 23 février 1490; lettre du 4 janvier 151 1.

On voit que Perréal avait adopté pour marque trois anneaux enlacés; Jehan Prévost, aussi peintre de Lyon, traçait pour marque un profil humain, combiné avec les initiales de son nom et de son prénom, liés en forme de monogramme.

François Rochefort, peintre de Lyon également, avait choisi deux têtes de biche qu'il traçait à la suite de son nom ; Bernard Salomon eut pour marque une étoile (y).

Nous ne savons pourquoi Perréal avait pris ou reçu le surnom de de Taris. Etait-il parisien^ ou, de même que le peintre Jehan de Boulogne, qui se disait aussi de Paris, habitait-il cette ville r Ce n est point la première fois que nous nous trouvons fort embarrassé pour expUquer ces bizarreries du XVI^ siècle; ainsi, Jehan de l'Orme, frère de notre illustre compatriote Phihbert de l'Orme, est presque toujours nommé Jehan de Saint-Germain.

D'après M. Charles Grandmaison, la mention la plus ancienne de Jehan de Paris remonterait à l'année 1472; il aurait exécuté, à cette époque, des vitraux pour l'église des Carmes, A Tours.

Si Perréal avait, en 1472, assez de notoriété pour être chargé d'un travail ordonné par des personnes considérables, circonstance qui semble faire admettre qu'il ne pouvait être alors âgé de moins de vingt à vingt- deux ans environ il serait né vers 14^0. Mais, comme nous ne sommes nullement convaincu qu'il y ait identité de personnage, nous nous bornerons à fournir purement et simplement les faits et actes cités par M. Grandmaison (6).

L'église des Carmes était l'œuvre de la munificence du roi

(5) Archives de l'Art français (2"" série, tome I, pages 415 et 429), M. Rolle.

(6) Documents inédits pour servir à l'histoire des arts en Touraine, recueillis et publiés par M. Ch.-L. Grandmaison, président de la Société archéologique de Touraine, archiviste d'Indre-et-Loire, correspondant du Ministère del'lnstruction publique. Paris, Dumoulin, M DCCC ixx, pages 24 et suivantes.

Louis XI^ dont la dévotion à la bonne Vame était bien connue. Cette église ;, encore debout, est terminée par une abside carrée presque entièrement occupée par une immense fenêtre. Les vitraux qui la décorent sont modernes 3 mais ceux qui y furent placés au XV^ siècle étaient dus à un Jehan de Paris.

La pièce ci-après est une copie faite au XV IIP siècle, conservée aux Archives d'Indre-et-Loire^ un peu rajeunie de forme orthographique :

" Aujourd'hui, en la préfence de Jehan Gédoin clerc notaire juré du Châtelet d'Orléans, vénérable <5c reHgieufe perfonne maître Jehan Nepveu, dodleur en théologie, prieur du couvent des Carmes de Tours, s'eil adrefle devers Jean de Paris, vidrier, lequel il a trouvé en perfonne en fon hoftel ôc dommaniale à Orléans & lui a dit Ôc expofé que, au mois de mars l'an mil quatre cent foixante & douze, fut, par ledit prieur 6c par feu frère Pierre Robillart^ lors vivant, religieux dudit couvent des Carmes d'Orléans, pour & au nom de trèsrévérend père en Dieu, monfieur l'archevêque de Bordeaux (7), marchandé avec ledit Jean de Paris^ de faire une vitre, que mondit feigneur l'archevefque donnoit pour la grande forme de l'églife neufve dudit couvent de Tours, laquelle vitre ledit Jean de Paris promit faire fuivant le devis dudit marché, & pour un efcu qui lui fut lors promis 6c accordé de chacun pied, félon lequel marché auroit efté faite 6c ailîfe ladittc vittre, 6c pour ce que ledit prieur difoit avoir entendu que icelluy Jean de Paris n'efloit pas payé du priz d'icelle vitre, clloit venu devers lui pour fçavoir ce qui lui en relloit, 6c luy a requis qu'il luy defclaraft ce qu'il avoit reçu fur ladite vitre ôc luy monftrât les parties (8) de ladite recette, 6c les comptes

I 7) Arthur de MoiUauban, amateur des arts, qui a décoré la cathédrale et orné de vitraux l'église de l'abbaye de Cadouin, au diocèse de Sarlat, (Note de M. Graudmaison.)

(8) Le mémoire.

fur ce faits, fi aucuns en avoit, pour Ten informer; à quoy ledit Jean de Paris a dit ôc répondu que defdits comptes n'avoir aucunes chofes par écrit &: qu'ils avoient eflé dès un an & plus portés devers mondit feigneur de Bordeaux, par frère Guillaume Quieton, mais que du fait de laditte vitre luy eftoitÔc eft deu quatorze efcus d'or de refle du principal, avec quatre efcus promis oultre ledit marché, par iceluy prieur, à la femme (9) dudit Jean de Paris pour avoir un chapperon ; & outre a dit icelluy Jean de Paris que par deffault de luy avoir apporté fon argent à fon befoin, il a efté contraint de faire trois voiages devers ledit feigneur, pour chafcun defquels il a frayé & defpenfé un marc d'argent, & que, avec ce, il a fait outre le devis en ladite vitre, dix -huit ymages qui bien valent un marc d'argent, & a prié & requis icelluy Jean de Paris, audit prieur, que de tout ce que dit efl le veuille payer ou faire, par ledit feigneur, payer & contenter, lequel prieur, ouy ladite refponfe, a dit audit Jean de Paris qu'il luy payera lefdits quatre efcus & que touchant lefdits quatorze efcus, il en fera le rapport audit feigneur & fera fon devoir de l'en faire payer, fe ils font dus, mais au regard defdits voyages & façons des dix-huit images, fon intention n'efloit point & n'eft point de rien payer. Et après ce, a le dit prieur requis ôc demandé audit Jean de Paris, qu'il veuille déclarer ce qu'il a eu de par luy en faifant laditte vitre, & il lui a repondu que ledit feu Robillart luy a baillé premièrement dix ecus que ledit Robillard difoit luy avoir été envoyés de par ledit prieur de l'argent de l'orfeuve, ôc que à une féconde, ledit prieur luy bailla par la main vingt ecus, que luy avoit prêté ledit Robillart, auquel Robillart il a ouy dire depuis que ledit prieur luy avoit rendus lefdits vingt ecus; & à une autre fois

(9) Le nom manque ici, ainsi que dans les pièces rapportées plus loin, en (476 (l'^juillet) et 1 529, si toutefois il s'agit encope à cette date des mêmes personnages.

luy envoya ledit prieur, par frère Jean Poirier autres vingt ecus, tant fur ledit marché & fur le compte dudit feu Robillart, & outre a dit & déclaré ledit Jean de Paris que, à la requête dudit prieur, il fut à Tours ôc affit partie de ladite vitre pour la tenue du Chapitre dudit couvent, & depuis y retourna une autre fois pour le prefent aéle & aflbir le demeurant de ladite vitre, & pour ce que, à cette occafion, il fit deux voyages, Ôc que par fon marché il devoit aifeoir laditte vitre tout à une fois, ledit prieur & fon couvent luy donnèrent pour récompenfe de lui de fefdits voyages fept ecus dor; de toutes lefquelles chofes deffus dites & déclarées icelluy prieur & ledit Jean de Paris & chacun d'eux ont requis & demandé inftamment audit notaire.

(( Et à tout ce ont efté préfens 6c appelés à témoins vénérables & relligieufes perfonnes Maître Pierre Ogier, dodeur en théologie, prieur dudit couvent des carmes d'Orléans ; frère Simon le jeune, prêtre relligieux dudit ordre, ôc Drouin Jaquet, orfèvre, demeurant à Orléans. Ce fut faidl le vingt troifième jour du mois de juin l'an mil quatre cent foixante 6c feize. Ecrit fur parchemin, figné Gédoin (lo). »

L'archevêque de Bordeaux certifia par un autre acte, daté du 28 juin 1476, que le prieur du couvent des Carmes « luy avoit rendu bon compte des paiements faits audit vicflrier pour raifon de laditte vitre 6c qu'il ne lui eftoit rien deu de refte, s'il n'avoit fait quelques autres befongnes pour ledidl couvent. »

Enfin, on a une quittance du i^*" juillet de la même année, par Jean de Paris, toujours devant Gédoin, qu'il a reçu les quatre écus que le prieur avait promis de donner à sa femme.

Ce vitrail, dit M. Grandmaison, aujourd'hui détruit, re-

(10) Archives d'Iiidre-et-Loire. Inventaire des titres des Carmes de Tours, P' 4} et 44.

présentait la vie de la Sainte-Vierge; on y voyait aussi les armes et rcffigie de l'archevêque donateur.

Si Ton entre ainsi dans la voie de faire endosser à la même individualité tous les Jehan de Paris qu'on rencontre à la fin du XV^ siècle, il faut au moins les citer. C'est ce que nous allons faire, toutes réserves étant posées ; nos lecteurs pourront ainsi juger la question. On trouve d'abord un Jehan de Paris en 14^)", parmi les officiers du duc d'Orléans (11); celui-là peut se confondre avec le Claude Perréal, père présumé de notre artiste.

Il en est une autre qui rentre mieux dans l'ordre chronologique et dans les fonctions de son homonyme , c'est le Jehan de Paris qui figure en 1485, avec le titre de valet de chambre dans la fourrière de la reine Charlotte, femme de Louis XI. Il est là en compagnie de plusieurs artistes : Martin Lailly, libraire j Anthoine Legru, joueur de luth; Lambert Dusey, orfèvre, tous aux gages de six vingt livres (12).

Un Jehan de Paris a habité Bourges vers 1484; on remarque à cette date, dit M. le baron de Girardot, dans un article sur les artistes de Bourges (13), portés au rôle d'un emprunt de cette ville, entre autres noms : Jehan de Paris, enlumineur, Guillaume, Limageur en pierre (14), Jehan Lemaire, enlumineur , etc.

Notons enfin qu'un Jehan de Paris, habile architecte et ingénieur, dirigea à la fin du XVI^ siècle les travaux de Pen-

(ii) De Laborde. Les Ducs de Bourgogne^ tome 111, page 372.

(12) Godefroy. Histoire de Charles Vlll. Paris, in-folio, page j66.

(i j) Archives de l'Art français^ a"" série, tome 1", page 317.

( 1 4) Un Guillaume Thibault a travaillé au château de Gaillon ; est-ce le même personnage que celui cite plus loin, lequel traita avec Perréal pour les tombeaux de Brou?

ceinte de la ville d'Aix en Provence. Cette fois il est certain qifil ne faut plus songer au nôtre; mais voilà encore une individualité importante à ressusciter (i)).

Comment et pour quel motif Jehan de Paris fut-il conduit à quitter le centre de la France pour venir habiter Lyon, si toutefois il y a identité entre le vitrier d'Orléans, le valet de chambre de la reine Charlotte, Tenlumineur de Bourges et celui dont nous allons relater les nombreuses occupations ?

Les recherches n'ont encore rien fourni sur ce point, et celui dont nous nous trouvons transportés en 1483 à Lyon.

C'est l'époque où Louis XI, malade au Plessis-lès-Tours, voulut recourir à l'intervention d'un ermite calabrais célèbre par l'austérité de son caractère et la sainteté de sa vie 5 ce personnage traversa la France avec une certaine solennité, car Perréal fut chargé par le Consulat de notre ville de faire disposer LE CHARIOT quc l'on mit à la disposition du religieux minime François de Taule.

« Item à Jehan de Paris pour avoir adrelTé le chariot 6c y devifer ce qui efloit néceiïaire, xx s. t.

ce Defpenfe faide en la femeyne commanfant le xxj jour du mois d'apvril l'an mil iiij*' Ixxxiij (16). '^

Saint François de Paule fut logé à l'hôtellerie du Griffon, dont l'hôte était Guyot Vachard. (Registre CC, n" 4, aux Archives municipales.)

(15) Renseignements transmis par M. Muuan, conservateur de la Bibliotlièque publique Méjanes d'Aix.

(16) Pièces justificatives delà comptabilité d'Alardin Varinier, trésorier et receveur de la ville; M. Rolle, Archives de l'An français^ 2"" série, tome 1", pages i < et suivantes. Les recherches de M. Rolle, insérées dans ce recueil, ont une importance telle, comme longueur et comme érudition, que nous n'osons les reproduire entièrement. Nous nous bornons donc à en fournir le résumé succinct, en ayant le soin d'y renvoyer chaque fois le lecteur. Constatons cependant qu'elles intéressent plus le peintre que l'architecte et, surtout, qu'elles présentent des détails précieux sur l'exécution matérielle des préparatifs des fêtes de cette époque.

Le 6 décembre ^Sy, le cardinal de Bourbon fit son entrée à Lyon, et Perréal fut employé aux travaux décoratifs auxquels elle donna lieu. Les principaux éléments des « yftoires» composées pour cette cérémonie consistèrent, outre deux écus et une épée flamboyante, confiés aussi à Perréal, en un lion et un cerf ailé (17).

En 1489, eut lieu I'Entrée du duc de Savoie, et Perréal est cité à cette occasion comme ayant fait « deux efcuflTons aux " armes de la ville & adoubé ung autre efcuflTon, un grand « soleil & une lune, etc. (18);» tout cela est fort peu important.

En 1490, le Consulat entreprit de grands préparatifs pour la PREMIÈRE Venue à Lyon du Roi Charles viii; il fit appeler Claude Le Charron, docteur, Jehan Caille, licencié en lois, Jehan Salles, gradué en médecine, les peintres Jehan Prévost (19), Jehan de Paris, Claude Dalmet et Clément Trie (20), afin de trouver « quelques beaux myilères, moralités, yitoires " & autres joyeufetés, joyeufes, plaifans & honnefles, le " tout revenant à l'amour, exaltacion, gré & plaifir du Roy « & des feigneurs de fon rang & lignage (21). »

Comme on le voit dans la déUbération, Perréal eut une forte part dans l'exécution de ces apprêts qui fut très-rapide. D après les comptes qu'il produisit, il paraît qu'il s'occupa plus particulièrement du lion qui était dans le jardin placé au pied du rocher de Pierre-Scize, et de l'accoutrement de divers personnages, notamment d'un saint Michel terrassant le démon, placés vers l'église Saint-Eloy.

(17) M. Rolle.

(18) Id.

(19) Jehan Prévost s'était occupé, en 1476, des préparatifs pour l'entrée à Lyon du roi Louis XI.

(20) Nous fournirons au chapitre III les détails sur ce personnage. (31) Archives de l'Art français (M. Rolle).

Le lion fut modelé par lui et ensuite recouvert de peaux imitant le pelage de la bête.

Par délibération du i^*" mars 1489 (1490, N. S.), Perréal et Clément Trie^ «qui ont eu la plus grand charge de la conduite des miflères & autres chofes à faire » , reçurent chacun deux aunes & demie de drap gris de Perpignan, pour faire une robe.

Perréal reçut de plus 20 hvres tournois pour ses peines ; Jehan Prévost ne reçut que 15 livres 13 sous tournois. Nous croyons qu il n'y a pas lieu de donner une grande portée à ces mascarades, exécutées en une semaine à peine.

Perréal n'y est encore pas nommé comme peintre ou valet de chambre du roi.

En 1491 (N. S.), Perréal peignit les armes de France placées à la porte de Bourgneuf ; ces armes étaient accompagnées de deux anges et supportées par un lion (22). Perréal reçut pour ce travail, ainsi que pour avoir peint un lion placé au-dessus d'une pile du pont de la Saône récemment refait, la somme de douze livres tournois ; le sculpteur Nicolas Leclerc avait touché dix livres pour la sculpture de cet écusson (23).

En 1495, le frère Jean Bourgeois, aidé du frère Tisserand, tous deux prédicateurs renommés, avaient résolu de ramener les Cordehers à la sévérité de la règle qu'avait léguée saint François d'Assise, et obtinrent du roi Charles VllI la faveur de fonder à Lyon un nouveau couvent.

Le lieu, dit des Deux Amants (à cause d'un monument réputé antique qui s'y trouvait et qui fut détruit en 1707), vers la porte de Vaise, fut acquis pour cela, car déjà une lettre du roi, en date du 20 avril, à Claude Le Charron, son

(22) Ces sculptures avaient été faites par Nicolas Le Clerc (Registre consulaire, 16 mars 1491); Clément Trie avait fourni l'or.

{21) Archives de l'Art français (M. Rolle); Registre consulaire, BB, 20.

procureur en la sénéchaussée de Lyon, avait enjoint de traiter promptement.

Le 19 juillet 1495, le Consulat ordonna que « Jehan de Paris, peintre, & Clément Trie, foient mandez eulx trouver, deux heures après midy, vers les Deux Amans, avec monlîeur le lieutenant du Roy & autres officiers qu'il voudra faire mander, pour aller devifer Tédifice & conftrud:ion de rofpital, que meiTieurs les chamarrier & chappitre de l'efglife Saind-Pol dudit Lion, font tenus & doivent faire au lieu de celluy qu'ils ont baillé au roy pour faire un couvent des religieulx de fObfervance (24)- »

En effet, les religieux avaient acquis l'ancien au prix de i,j'oo livres tournois et étaient en train de le démolir. Il fut décidé dans cette réunion que, pour obvier à linondation, on ferait le corps de l'hôpital à deux étages et à telle hauteur que les eaux ne puissent y parvenir ; qu'il y aurait une galerie c( avec pillons en boys, ainfi qu'efl l'opical de St-George » ; qu'au bout de cette galerie et du mur y aboutissant, la salle serait voûtée et terminée en fer à cheval de la largeur de la galerie; que dans la voûte il y aurait une fenêtre avec verrière pour montrer « lieu d'opital 6c devocion » , et que là il y aurait un petit autel avec quelques « imaiges pour mouvoir les allans & venans» ; enfin, il fut projeté que les couches (les lits) seraient faites sur deux rangs avec un autre autel au bout, pour que les pauvres malades puissent entendre l'office divin; qu'il y aurait tout auprès des couches des dépendances nécessaires et les logements des infirmiers, et que l'hospitalier aurait aussi une maison séparée.

Cet hôpital, du nom de Saint-Eloy, était de peu d'importance, puisqu'il n'est question dans la délibération résumée ci-dessus, que de six pauvres malades.

(24) Archive!; de l'Art fr.mçj'is {Ni. Rolle) ; Registre consulaire, BB, 20.

If

Nous avions pensé tout d abord, que Perréal avait eu, en cette occurrence, la mission de donner des dessins : il résulte de la lecture complète de la délibération consulaire, qu'on s'est borné à lui demander son avis, et on remarquera qu'il l'a donné conjointement avec les autres membres de la Commission, dans une manière qui rappelle encore toutes les traditions de l'art du moyen-âge.

Ce serait donc aller un peu trop loin que d'en conclure que Perréal a été l'architecte de cet édifice, aussi bien que de l'église de l'Observance : aucun document ne prouve des entreprises de cette nature.

L'église de l'Observance contenait une chapelle érigée par les Lucquois résidant à Lyon. Clapasson (page 179) en a attribué les dessins à Michel-Ange. Le fait mérite dêtre cité pour l'histoire de l'art à cette époque; cependant nous devons ajouter qu'aucun document précis n'en prouve l'authenticité. Michel-Ange, né à Chiusi le 6 mars 1474, est mort en i j'65 . On peut consulter à cet égard les Cordeliers de t Observance^ par l'abbé Pavy^ Lyon ancien et moderne,*les dessins de l église de l'Observance, par MM. Chenavard et Couchaud, architectes, publiés par les soins de la Société d'Architecture en 1846, une lithographie de cette chapelle par Chapuy et les eaux-fortes de Ley marie.

La première pierre de l'église fut posée le 25' mars 1493 ; le couvent était achevé en 1496; René Gros de Saint-Joyre fit réédifier le portail.

En 1494, Charles Vlll fit un nouveau voyage à Lyon, où il entra le 6 mars, mais cette fois sans grand apparat; Anne DE Bretagne l'y suivit à quelques jours d'intervalle, et son ENTRÉE eut lieu avec beaucoup de magnificence, le samedi ly du mois de mai (25').

(25) M. Rolle, Registre consulaire, BB, 22.

Perréal fut mandé par les conseillers, sur l'invitation du sénéchal de Lyon, alors en cour pour les affaires de la ville, pour qu'il inventât quelques belles « hiftoires & mistères » . On délibéra en outre qu on donnerait à la Reine « ung beau lyon d or bien fait & bien tiré, alTis fur fes felTes & de fes deux plotes devant tenant une belle coppe d'or à la façon ancienne... 6c cent belles pièces d'or dedans la coppe. »

Perréal fit les modèles de cette orfèvrerie qui fut confiée à lorfévre Jehan fils de de Loys le Père, aidé de Nicolas son gendre, et il donna la portraiture du roi et delà reine placée sur les pièces d'or.

Le dessin et l'exécution de ces médailles, des plus anciennes à l'effigie de nos rois, sont remarquables.

Le compte fourni par notre artiste comme pièce justificative de 2IO livres tournois qu'il reçut pour organiser la fête, est excessivement curieux comme détail des objets exécutés ainsi que de la main-d'œuvre. M. Rolle Ta donné in extenso (pages 5*2 à 85') dans les oArchives de ïoAn français.

Médiocrement satisfait d'avoir fait tant de choses pour si peu d'argent, Perréal réclama contre la modicité de la somme allouée, dans une requête que nous croyons devoir reproduire en entier, parce qu'elle peint, mieux que nous ne pourrions le faire, le caractère du personnage :

c< qA zMejfeigneurs les Conseillers de la ville de Lyon.

« Supplie humblement Jehan de Paris, paintre, que comme ainfy foit que ledit Jehan de Paris, à la requefte de Monfeigneur Maiftre Jehan Caille, lors parlant pour tous les conseillers en la chambre du Confeil, eulx préfens, dit & commanda audit fupplient qu'il fe delibérafl de penfer, cogiter & travailler pour & à la réception de la noflre Royne, & par commendement & requefle exprefle, une fois, deux fois

& plus fut dit dès lors audit fupplient tantoft befongner. Lequel, non prefumpcieux, mais comme ardent & affedlueux, accepta & print le commendement agréable, qui n'efloit point petit afaire, & dès l'eure, commença à chercher, inventer ôc enquérir pour fournir à icelle entrée, qui fut le commencement de ladide charge quatre jours après les Roys, quant à fa perfonne, & continua par grand travail d'entendement jufques à ce qu i préfenta en papiers les yftoires paincfles, & leur déclaira l'intencion que luy ôc les defputez à ce avoient inventez.

« Ce fait, luy fut ordonné prandre la charge du tout, mètre, diftribuer argent 5c deniers, ôc ordonner gens en œuvre de touttes pars. Oultre, luy fut dit au Confeil : « Jehan de Paris, nous nous fions en vous, & tout noflre honneur gift fur vous 5 nous vous le remettons ôc vous promettons que nous vous contenterons bien. »

« Ces paroles oyez, ledit fupplient print cuer au ventre, Jafoit ce que alors efloit fort patibulé pour la toutte charge à luy tout feul, tant de conduire, ordonner, mettre gens en œuvre d'aler fur le Rofne, en Bourgneuf, puis aux Cordeliers, puis à Toftel de la ville 5 & tous les jours près de xxv perfonnes à répondre, de heure en heure : « Faittes cecy, faittes cela » ; puis paier, puis efcripre, puis penfer, Ôc regarder fe tout yroit bien, & de tout luy tout feul tenir compte. '

« Or, a tant ledit fupplient continué & traveillé que la chofe a cité exécutée & mife à fin deue, au moins mal qu'il a peu. Alors défirent tout l'honneur de la ville plus que le fien proffit — car, là ou eft volenté lucrative, défir d'honneur n'a lieu — mefmement, le jour de l'entrée, autant de paine eut quafy comme une âme dampnée & plufieurs le virent; puis, viij jours après ladidle entrée, n'a faicl aultre chofe de faire comptes, & tellement qu'il a fait plus de Ixvj journées pour ladide entrée.

Et maintenant, après qu'il a prou attendu, à grans paines on luy a ordonné pour fa paine, travail & totalle charge, autant ou moins que à ceux qui befongnaient à journées. Et tout le monde crioit & difoit : « A, a ! Jehan de Paris fera riche à ccfte fois ! » Et luy mefme penfoit que fa fcience luy donneroit fa vie. Et par fa foy la defpence qu'il a faidl durant ladide entrée monte xvij ou xviij frans pour fon mefnage 5 or regardez comment & combien il gaignera avec vous ! Et, quand il s'en plaint, les gens font tous esbahis & font honteux, car ils ont veu la paine grande & foucy dudit fupplient. Et, pour abréger, ledit fupplient vous prie 6c requiert, en l'amour de Dieu, que la fcience luy vaille, ôz, à tout le moins, fi vous pouvez faire foixante frans, faites qu'il les aie. Il ne vous demandit jamais rien que à cefle heure, & par avanture ne vous demandera plus.

« D'aultre part, il n'a efté jamais refufent au fervice de la ville, mais tousjours prefl de obéir au mandement, comme il fut vi ou V jours avec le capitaine pour tirés la ville du coflé de Saind Sébaflien quant on parloit de faire les murs en hault (26); fecondement, que jamais ne fufl paie de fentrée du duc de Savoie; » (cette allégation de Perréal ell complètement erronée ; la comptabilité de Guillaume Deblet, trésorier et receveur de la ville, porte des sommes payées à Perréal pour cette entrée, dans le rôle des dépenses de la semaine commençant le 16 janvier i486,) « tercement, quant favez fait appeler pour aller voir le lieu pour faire l'ofpital aux Deux-Amans, & afîez en d'aultres chofes, dont il n'euft jamais gaiges ne argent. Mais il n'oublie pas le gratis que vous aultres, Meffeigneurs, luy avez par cy-devant fait, touchant le guet & la porte. » (Exemption de garde des portes,

(a6) Nous reviendrons en détail au cliapitre IV sur le concours de Perréal dans la question des fortifications.

voir à la fin de ce travail les exemptions obtenues par Perréai en 1488.) «Néanmoins ce, la povretté en quoy il eft, par faulce d'eftre paie de ce en quoy il fe traveille, a efté caufe Se eft contraint vous faire une telle fupplication & prière que ayez regard & pitié de luy, en difent tous d'un acort : « Nous avons ung homme en noftre ville, qui efl tout à nous, & ce qu'il a faiél pour nous il a fait de tout fon cueur, & luy tout feul nous a tous contentez, mais nous tous le contenterons. »

« Et ce faifant, ledit fupplient continuera en fa bonne & ferme amour envers Meffeigneurs les confeillers & tout le corps de la ville, prient Dieu pour la profpérité d'icelle,

« Ut poffimus vivere in galo, « Jocunditer fine mallo. »

Cette prose n'a pas besoin de commentaire.

Le Consulat, malgré le mal fondé de quelques réclamations, lui accorda 40 livres tournois en plus.

Charles VIll repassa à Lyon le i^"^ août 1494, allant en Italie, et ensuite, à son retour, le 7 novembre 149^.

Perréai ne fut pour rien dans cette réception 5 était-ce qu'il ne se soucia plus guère de s'en occuper, ou qu'accompagnant ie prince il n'en ait pas eu le temps .^ Cela reste incertain. C'est dans une lettre datée de Verceil du 22 septembre 149^, laquelle nous donnerons in extenso à la fin de ce travail, que le roi, écrivant aux échevins pour faire décharger Perréai des tailles et subsides, le qualifie de « noftre chirurgien & varlet de chambre ordinaire » .

Dans un volume de la Bibliothèque nationale (27), inti-

(27) Manuscrits de la Bibliothèque nationale, 8465,

tulé : éMémoires du règne de Louis XII, se trouve un état, sans date, de la main du roi, où Perréal est porté parmi les valets de chambre. Les comptes de 1^23 de la maison du roi, sous François I^^ (28), contiennent ce passage : «A Jehan Perréal, dit de Paris, valet de chambre ordinaire du Roy, 240 livres tournois. » . Ces charges, qui étaient tout à fait dans les habitudes de répoque, constituaient une manière indirecte de payer les services des artistes. S'ils n'étaient pas mariés, on leur donnait des abbayes comme à Rosso, à Primatice, à de rOrme et à Lescot (29).

Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à ces fonctions et de les considérer comme contraires à la dignité artistique. Perréal fut obligé de réclamer en 1 ygô la même exemption, qui s'élevait à 4 livres 10 sous tournois. Nous verrons encore, en diverses circonstances, qu'il ne négligeait pas ses intérêts pécuniaires, et nous n'essaierons pas plus de l'en justifier que de lui en faire un reproche. En écrivant la biographie d'un homme sur quelques documents récoltés par les érudits dans divers dépôts, nous ne nous sommes jamais dissimulé que nous instruisions sur des pièces nécessairement incomplètes ; si les traits de générosité ne peuvent pas être inscrits dans les registres de comptables, en revanche, les réclamations pour décharges d'impôts ou honoraires insuffisants restent au dossier. Voudrions-nous, nous-même, être jugés dans l'avenir

(28) Archives nationales (KK 98, folio 86 verfo).

(29) « Quoi qu'on en pense aujourd'hui, la charge de valet de chambre, sous les anciens rois de France, était fort recherchée. Vénale, comme toutes les autres charges, elle coûtait gros. Elle procurait la noblesse, conférait le titre d'écuyer, était transmissible comme une propriété et avait des privilèges qui étaient trèsappréciés de ceux qui la possédaient. On voit dans les listes des valets de chambre figurer les noms d'artistes éminents, de gens de lettres distingués et même d'hommes de condition noble. Le service corporel des princes n'avait rien de dégradant pour ceux qui s'y dévouaient,...

H en était des chirurgiens du roi comme de ses médecins. Tous ceux qui étaient

sur les papiers signés de nous, qui reposent, entourés de soins assidus, dans les cartons de notre très-paperassière bureaucratie ?

Perréal est le premier signataire des statuts de la corporation lyonnaise des peintres, tailleurs d'images et verriers, qui furent confirmés par ordonnance royale du 2 1 décembre 1496, signée à Lyon. Cela conduit à rechercher l'époque précise à laquelle il fut nommé peintre du T{oi; ces deux faits devant avoir une certaine corrélation entre eux.

1° Il est porté, avec ce titre réuni à celui de valet de chambre, pour 240 livres, dans l'année commençant le i^' octobre 1498 et finissant le 30 septembre 1499 (3^)-

2° Il est qualifié du titre de « paintre du Roy, » dans les comptes d'Ame Bullioud, échevin, qui fut chargé du soin de la comptabilité de la première entrée en i ^99, à Lyon, du roi Louis XII.

5° Dans les comptes de l'écurie du roi de i j'oy, il est dit : a Pour les mois de juin et juillet, 10 livres tournois à Jehan de Paris, peintre dudit feigneur, pour la defpenfe de fon cheval (31). »

4*^ Il figure dans les états de la maison du roi de 1 5*09, comme il suit :

« Pour la livrée 6c defpence de la mulle de Jehan Bourdi-

attachés à un service public prenaient ce titre : ainsi il y avait des chirurgiens du Roi en l'artillerie de Sa Majesté, en sa cavalerie légère, etc. Il y avait les chirurgiens de la Maison du Roi, attachés à la garde-robe, à la chambre, à la fauconnerie, à la vénerie, à la grande et à la petite écurie, que sais-je? Outre cela, il y avait des chirurgiens particulièrement attachés à la perfonne ; ceux-là étaient proprement les chirurgiens du corps, comme on les nommait... (A. Jal, Dictionnaire de Biographie et d'Histoire.) »

(jo) Etat des officiers de la Maison du Roi, Archives Nationales, volumes KK, année 1499.

(31) Archives nationales, KK, 86.

chon Si du cheval de Jehan de Parisj paintre dudit fieur, ôc icelluy fieur a ordonné eflrc payez en ladite efcuirye au feur de C. s. t. par moys pour chafcun cheval ou mulle, monte cy X. 1. t. »

y" Letat des dépenses de i y 13 est exactement le même j dans celui de i ^2 i^ Jehan de Paris est cité seul (32).

On peut inférer de ce qui précède^ que Perréal ne fut pas étranger à la rédaction et à Tapprobation des statuts des peintres^ tailleurs d'images et verriers, et que c'est à dater de cette époque qu'il fut attaché d'une manière encore plus spéciale à la maison du roi.

C'est pourquoi^ nous avons pensé faire chose utile que de reproduire entièrement une copie 3e ces Statuts, laquelle nous a été communiquée par les soins de M. de Valons^ bibliothécaire-adjoint du Palais des Arts.

On n'a fourni jusqu'à ce jour que des extraits plus ou moins complets de ce document précieux, qui est l'un des plus explicites de ce genre pour le XV^ siècle.

Confirmaîio flatuîorum minijîerli pléîoriim, ftatuariorum & vitrariorum vlllœ Lugdunenjis.

« Charles, Sec, à fçavoir faifons, &c., Sec.

« Nous, avoir reçeu l'humble fupplication de nos bien amez les Maiftres & Compagnons paintres, tailleurs d'ouvrages & voirriers de notre bonne ville & cité de Lyon, contenant que par l'avis, confeil & délibération des gens & officiers de la juflice ordinaire de noftre dite ville de Lyon, iceux fupplians ont fait, conclud & advifé entre eux certains ftatuts, articles & ordonnances touchant le fait, police & entretenement de leur dit meftier pour le bien, proffit Se utilité d'icelluy &

(52) Archives de V Art français, tome IV, pages 3 et 19. Bourdichon a dû mourir entre 1 520 et 1521.

de la chofe publique, afin d'en jouir dorefnavantpar eux & leurs fuccefTeurs fous la confrérie du glorieux corps faind & amy de Dieu Monfeigneur Saint Luc, évangelifte. Defquels ftatuts, articles & ordonnances, la teneur fuit.

« Premièrement : Que ainfi qu'il eft de bonne coutume anciennement introduite & gardée entre lefdits maiftres& compagnons defdits métiers de peintres, tailleurs d'images & verriers, feroit faide & célébrée tous les ans le jour Se la fête de Monfieur faint Luc, évangéliste, qui fe célèbre le dixième du mois d'odobre en l'églife des Cordeliers à Lyon (33), ladite confrairie en l'honneur, louange êc exaltation du glorieux faint, monfieur faint Luc, pour l'entretenement & augmentation de laquelle feront tenus & devront lefdits maiftres & compagnons defdits meftiers, choifir, dire & nommer un ou deux defdits meftiers, honnêtes & prud'hommes de bonne renommée, lefquels auront charge à conduite de ladite confrairie pour une année, & icelle finie, iceux prud'hommes en mettront autant l'année fuivante, auxquels rendront compte & reliqua du gouvernement d'icelle confrairie, comme communément fe fait en toute confrairie.

Item, feront tenus tous les maiftres'& maiftreiTes compagnons & apprentifs defdi(fls meftiers de bailler quinze deniers tournois pour entrer en ladite confrairie de Monfieur faint Luc, & feront tenus de venir à l'églife defdids Cordeliers le jour de la fête de Monfieur faint Luc, qui fe célèbre comme deffus, pour illec ouïr la mefTe en la chapelle fondée à l'honneur dudit faint Luc baillée & délivrée parles gardiens & couvent des Cordeliers comme didl eft auxdits maiftres peintres, tailleurs & verriers pour ce, êc leurs dévotions faire & tout ainfy comme dicft eft auxdids maiftres peintres, tailleurs & verriers pour ce, 3c leurs dévotions faire & toutainfy comme eft de bonne ôc ancienne coutume.

Item^ feront tenus lefdids prud'hommes commis comme deffus à gouverner le papier & avoir le maniement des deniers de ladite confrairie foy trouver la veille de ladite fefte faint Luc audit couvent des Cordeliers à l'heure de vefpres & là demeurant jufqu'après lefdits

(33) La confrérie de Saint-Luc avait pour chapelle, à Saint-Bonaventure, la quatrième au couchant en partant du chœur; elle était sous le vocable de Saint- Luc et Saint-Clair; elle fut dédiée ensuite à saint François-d'Assises, puis au Sacré-Cœur. Les armoiries des vitriers de Lyon sont : d'a-^ur à Vétoile d'argent accompagnée de trois diamants en losange d'or.

vefpres, pour efcrire ceux qui fe mettront de ladite confrairie, & le lendemain feront tenus de foy trouver en ladite églife des Cordeliers à l'heure de huit heures ou environ, & là demeureront jufqu'à onze heures dudit jour pour recevoir & efcrire les deniers de ladite confrairie comme efl accouftumé de faire.

Item, le dimanche en fuivant de ladite fefte faint Luc, tous lefdits confraires dudit meftier fe trouveront tous auxdids Cordeliers à huit heures & iront à la proceffion qui fe fera en la manière accouflumée. Item, pour éviter longitude de temps fe feront les chefs d'œuvres des maiftres defdits meftiers tant peintres, tailleurs que verriers & chacun félon que auxdits meftiers appartient en la manière qui s'enfuit.

Premièrement : Pourront être peintres, tailleurs & verriers ceux qui de préfent font deffus nommés fans faire aucun chef d'œuvre car ils font affez connus & experts chacun en fon art, & ceux qui dorénavant voudront fe faire maiftres defdits meftiers feront chefs d'œuvres defdits meftiers de paintrerie, tailleur ou verrerie Se n'ouvreront que celuy que choifir voudront defdits meftiers & non pas des autres, & ouvreront & feront tenus d'ouvrer aux us & coutumes dudit meflier duquel auront fait ledit chef d'œuvre & tout ainfy que cy deffus efl:, & fera déclaré qu'il le fâche faire & pourra, & devra ouvrer le peintre de toutes bonnes ôc loyales couleurs, tant fur bois tailles, murailles, fer, cuivre, plomb, yvoire, foye, cuir, or, argent, à huile ou détrempe Se gomme en enfuivant lefdits ftatuts. Quiconque efl peintre, tailleur ou verrier comme deffus, il peut avoir des varlets ou apprentifs comme il luy plaira.

Item, que nul ne foit reçu auxdits mefliers de peintre, tailleur Se verrier pour être maiflre, jufqu'a ce qu'il ait fait un chef d'œuvre tel qu'il lui aura eflé ordonné Se ainfy que deffous fera déclaré, ne pourra ne devra ouvrer en cette dite ville de Lyon comme maiftre, ne tenir boutique fans ledit chef d'œuvre parfaire.

Item, le peintre fera tenu de faire chef d'œuvre en tableau de bois de deux pieds & demy de haut Se de deux de large & non pas plus petit, mais pluftot plus grand, fî le compagnon le veut; Se lui bailleront en écrit les maiflres jurez l'hiftoire qu'il devra faire dedans ledit tableau. Item, ledit compagnon fera tenu acheter Se avoir agréable ce que les maiftres luy ordonneront par efcrit pour faire ledit chef d'œuvre & fera faire fon tableau de bon bois, bien fec Se fera encolé Se blanchi bien Se deument Se puis pourtrait Se ébauché de couleur à huile &

achevé de bonnes & loyales couleurs, & à la fin bien verny comme l'œuvre le requerra, & fera tenu ledit compagnon de bailler pour une fois cent fols tournois, lefquels les cent fols tournois fe bailleront pour employer aux meffes de ladite confrairie & divin fervice à ladite chapelle.

Item, ôc quand ledit tableau ou chef d'oeuvre fera achevé, demourera à ladite confrairie de Monfieur faint Luc, fi le compagnon qui fait l'œuvre ne le veut, & en cas que le compagnon le vende, baillera ou argent comptant ce que ledit tableau fera juftement & loyalement, félon la valeur de la fcience d'yceluy eftimé pour convertir auxdicles meffes & confrairies deffus dites, & fera tenu de faire ledit tableau par l'ordonnance & advis des maiflres dudidl meflier de peinture en la maifon d'un defdits maiftres fans que nul luy aide en rien, & pourront lefdits maiftres jurés voir & vifiter ledidl chef d'œuvre ainfy qu'il fe fera, &: jufqu'à ce qu'il foit fait, tant de fois qu'il leur plaira & bon leur femblera, & ne pourra ledit compagnon, durant le temps qu'il fera fon dit chef d'œuvre befoigner pour nuls fors pour lefdits maiftres fi bon luy femble.

Item, fera tenu ledit compagnon fon dit chef d'œuvre reçeu, donner un difner auxdits maiftres peintres jurés, & lors fera reçeu pour maiftre en ladite ville & cité de Lyon.

Item, que nul ne fera table d'oftel ni tableau tant à huile que à détrempe, que le bois ne foit bien fec, bien encollé & les joints bien ferrez, & s'il le fait à huile, foit fait de fines couleurs ou loyales, fans mettre eftain doré, & fe il le fait de détrempe, il le peut faire, pourvu que le tableau ou table d'oftel foit dedans l'églife, ou autre part bien à couvert & le peut vernir, il ne doit mettre nulles couleurs qui fe gaftent au vernis ou à l'air, comme croye, rofe, azur de cliqne & autres pour éviter l'abus & fauffeté qui par cy devant a efté faite.

Item, quiconque fera hiftoire fur toile, ou foye ou drap, farge ou cuir à huilé, fe garde y mettre eftaing de quelque couleur que ce foit, car il ne vaudrait rien fors que il peut befoigner & fe il befoigne à détrempe femblablement ne mettra eftaing à huile ny à détrempe, car c'eft fauffe befoigne, pourveu qu'il faille rouler ladite toile à huile fec oripeau, & fe garde de ouvrer fur toile en quelque façon que ce foit que ladite toile ne foit fouffifante bonne & forte, c'eft à dire non pourrie, & s'il y a une piéfTe ou deux il faut qu'elle foit coufue à point d'aiguille pour éviter l'abus.

Item y Si quiconque befoignera en clochers ou pinacles tabernacles fur bois, pierre, fer, plomb ou cuivre, il doit tout faire d'huile fans y mettre eftaing fors qu'il foit affis à huile & doré de fin or pour éviter les grands abus, car la pluye & l'air gafteraient ladite befoigne Ti ainfi n'efloit fait.

Itefn, que nul peintre ne peigne image de bois vieil pour ce que ladite image fe retrairoit après que feroit peint & pour cela peinture s'efcailleroit & ne dureroit point.

Item^ que nuls peintres ne commencent à peindre nuls image de bois quels qu'ils foient n'y en quelque manière que ce foit jufqu'à ce qu'il ayt efté feiché au four & à foleil à fon droit & vifité par lefdits maiflres jurez dudit meflier de peintrerie.

Item, que nul image de bois quelle ce foit d'un pied de long ou audeffus, ne foit commencé à peindre jufqu'a ce que les fentes foient très bien émolus de bois en bonne colle & retaillées après.

Item, quand à peindre lefdits images de bois, ils doivent bien & fouffifamment être encollées & les fentes collées & puis blanchies à leur droit & peintes de fines couleurs, & ce qui devra eftre d'or ou d'argent foit de fin or ou de fin argent brun doré de tainte, car il efl de durée & à l'ordonance ancienne & accoutumée.

Item, ne peuvent &■ ne doivent & ne pourront ne devront befoigner nuls compagnons dudit meilier de peinture en ladite de cité de Lyon fi ce n'efl chez un defdits maiflres paffez & jurez dudit meflier.

Item, le peintre qui peindra tabernacles à tenir Corpus Domini, ou autres images s'ils font dorés, que ce foit de fin or ou d'argent bruny doré de tainte, car il eft de durée ôc à l'ordonnance ancienne & accoufiumée.

Item, lefdits tabernacles feront voirrez comme doivent eilre fermans à la clef, & fera ledit verre affis & anté & enclavé bien &■ fouffifamment.

lte?n, que nulles tables d'oftels ne feront dorez que de fin or ou d'argent bruny doré de tainte, & ce qui fera de couleurs fera de fines couleurs, oc qui prendra à peindre vieilles tables ou repeindre devra comme faire fe doit tout la vieille peinture rafer jufqu'au bois & bien remplir les fentes & joints & puis ouvrer & peindre comme deffus eft dit.

Item, nul peintre ne prendra à repeindre aucune image de bois, fi le bois eft vermoulu Se pourry, tellement qu'il ne puiffe tenir clous n'y chevilles s'il en eft néceffité.

Item, nulle image de pierre ne fera peinte jufqu'a ce que premièrement ladite image ayt efté veue & vifitée par les tailleurs imagers jurez dudit meftier, pour fçavoir s'il eft bien & deument fait, & après ladite vifitation faite s'il eft trouvé bien fait, foit bien & loyalement imprimée & mis de blanc de plomb ce qui appartiendra, & ce qui devra eftre d'or foit premier mis de bonne couleur couvert de fin or Se ce qui fera de couleur, foit fait de fines couleurs, & que nul ne mette eftaing doré, eftaing blanc ou eftaing de couleur fur images de pierre, pour ce que c'eft faufle befoigne fur pierre s'il n'eft doré de fin or comme drap d'or mollis Se affizaullés.

Item, que nulle fépulture de pierre quelle qu'elle foit, foit en l'églife ou ailleurs, ne fera peinte qu'elle ne foit premièrement imprimée en fon droit à huile Se peinte de fines couleurs & fin or.

Item, que nul peintre ne peigne chapelle fur mur en efglife ou ailleurs qui autrefois ait efté peinte, que s'il y a eftaing ou vieilles couleurs, que tout foit ras avant, car autrement la befoigne ne ferait pas bonne Se ne pourroit durer.

Item, que nul peintre ne peigne chapelle ny mur en efglife qui autrefois ait efté peint à détrempe une fois, deux ou trois, que toutes les couleurs vieilles ne foient rafées tout jufte Se fe garde d'attacher eftaing quel qu'il foit fur mur à ampoix ou à colle, car c'eft chofe qui ne peut durer & eft fauft'e befoigne, excepté en chambre où l'on peut befoigner à détrampe Se d'eftaing tant doré que blanc.

Item, nul ne befoignera en taffetas teint en graine ou cramoify blanc ou rouge pour la ville & cité de Lyon, que ce qui fera d'or, foit de fin or Se huile affis tant or que argent, & le réfidu foit fait de fines couleurs à gomme car il eft très certain, & qui fera bannières pour village fur taffetas les pourra faire faire d'or party Se à huile, pourveu toute fois que les marchands faifant faire ledit ouvrage le veuillent ainfy eftre faicft. Se femblablement d'eftendarts Se bannières de guerre foit fait de fin or ou argent huillé.

Itefn, nul ne befoignera fur barde neuve fors ou enfuivant l'art S.fcience du taillye ou d'argent bruny teinte Se vernis.

Item, que nul marchand, ouvrier peintre ou autre ne puiffe vendre en cette ville de Lyon befoigne faite dudit meftier de peintrerie hors ladite ville de Lyon, comme tableaux, draps tant fur toile ou autrement à huile ou à détrempe, jufqu'a ce que la befoigne foit par les maiftres jurez dudit meftier veue & vifitée, pour ce que l'en apporte fouvent& quafi toujours au grand intérêt Se domage des achep-

rcurs d'iccllc âc deshonneur des maiflres & ouvriers dudit meflier pour ce que les draps ou toiles font pourries & pleines de piefTes fans coutures & les tableaux non deument bien & loyalement faits, qu'ils n'oferoient vendre en leur pays.

Les tailleurs n'eflofferont point dans la ville de Lyon, mais ils pourront bien marchander de toute eflofifeure s'ils veulent, pourveu qu'ils les facent eux mêmes ou facent faire auxdits maiftres peintres bien & loyalement de bonnes couleurs & pourront tenir ferviteurs peintres pour befoigner fur les champs s'ils veulent.

Item, lefdits peintres dudit lieu par eux ny par autres ne tailleront point, ny feront tailler d'images ni chofes qui appartienne auxdits tailleurs ymagersôc ne tiendront point compagnons tailleurs d'images en leurs maifons ni ailleurs, pour ce faire & pourront lefdits peintres befoigner de peinture de verrerie enfemble ceux qui enfuivent quand bon leur femblera :

C'efl à fçavoir Jehan de Paris, Jehan Blie, Jehan Prevofl, Pierre de La Paix dit d'Aubenas, Dominique du Jardin, Philibert Beifon, Pierre Boutte, François Rochefort, Jacques de la Foreft, Claude Guynet, maiftre Gauthier & Guillaume Bayotte, & s'il furvient dorénavant compagnons peintres ou verriers, feront tenus de faire leurs chefs d'œuvres de l'un ou de l'autre feulement & de celuy qu'ils voudront ufer, & icelluy chef d'oeuvre leur fera ordonné par les maiftres jurez dudit meflier & ne pourront befoigner ne devront en aucune manière, finon tant feulement de celuy duquel ils auront fait chef d'œuvre & non des autres.

Item, nulle fauffe œuvre defdits meftiers ne fera point brulee ne arfe pour l'honneur & révérences des Saints & Saintes en l'honneur & révérence defquels elles font faites.

Item, que nul ne fera reçu au meflier de tailleur pour eflre maiflre & ne pourra & ne devra ouvrer en ladite ville & cité de Lyon, ny tenir nuls apprentifs jufqu'a ce qu'il ayt fait un des chefs d'œuvres qui cy après feront déclarés, & fera ledit chef d'œuvre chez un des maiflres dudit meftier tel qu'il le voudra élire, & fe fera ledit chef d'œuvre aux defpens dudit compagnon qui voudra paffer maiflre fans que le maiflre dudit meflier luy doive rien monflrer à le faire en quelque manière que ce foit, & ce fur peine de cent fols tournois, à appliquer la moitié à Monfeigneur le cardinal & à fon aumônier & l'autre à ladite confrairie de Monfieur Saint Luc, & fera iceluy compagnon l'un des chefs d'œuvres qui s'enfuivent & celuy que lefdits maiflres

leur ordonneront. Ceft à fçavoir : un Jefus Chrift de pierre tout nud montrant fes plaies, un petit linge devant luy, ayant les plaies aux mains, cofté & aux pieds, avec une couronne d'efpine fur fon chef, bonne contenance & piteufe comme il appartient à ladite image, laquelle image fera de cinq pieds Se demy de haut & de bonne mefure félon la hauteur ôc tout après le naturel, ou une image de Noflre Dame, tenant Ion enfant entre fes bras, de hauteur que delTus, bonne contenance, un maintien bien accouflré, bon drap, bonne pinfeure 3c tout après le naturel, ou autres images fimples de femblable hauteur, comme fainte Marguerite, fainte Barbe ou fainte Catherine, ou une hiftoire de deux pieds Se demy de hauteur & trois pieds de large à huid perfonnages bien taillés à taille ronde, &: fera ladite hifloire, une prife de Jesu Chrift, ou un portement de croix, ou un battement quand il fut chez Caïphe, ou quelqu'autre hiftoire de la Paffion, ou quand il fut baptifé au fleuve du Jourdain par faint Jehan Baptifte, remplis d'Anges tenant fes habits, 8c le tout bonne contenance & piteufe. Se tout à fait comme deffus, ou une Nativité de Jefu Chrift, donné comme deïï'us.

Item, un autre chef d' œuvre, un faint Georges à cheval, cinq pieds 8c demy de haut, tant luy que fon cheval, une fille fur un rocher près de luy, un ferpent près de ladite fille faifant contenance de la vouloir engloutir 8c gafter, l'image dudit faint Georges faifant auffy bonne contenance 8c manière de deftruire ledit ferpent ou de la lance ou d'efpée 8c le tout fait comme defl'us eft dit.

Item, quand ledit chef d'œuvre fera achevé, il fera vifité par les maiftres dudit meftier, s'il eft bien & deuement fait comme il appartient, 8c comme il eft dit, <?;: s'il eft ainfy comme eftre doit, il fera reçu 8c pafl'é maiftre 8c demeurera ledit chef d'œuvre à ladite confrairie de Monfieur Saint Luc, & fi le compagnon qui aura fait ledit chef d'œuvre le veut acheter ou avoir, on luy livrera pour la moitié de ce qu'il vaudra, & l'argent qui en fera baillé demourera à ladite confrairie, & fera tenu Se devra ledit compagnon donner à difner auxdits maiftres tailleurs jurez bien Se honneftement.

Item, que nuls maiftres defdits meftiers de peintrerie, tailleurs ou verreries ne prendront nuls apprentifs que premièrement ne baille pour ladite confrairie demie livre de cire.

Item , que tous compagnons venant de dehors ne befoigneront point à Lyon du meftier de tailleurs jufqu'à ce qu'ils ayent payé pour une fois demie livre de cire pour ladite confrairie, 8c s'ils n'ont point

d'argent, les maiftres chez lefquels demoureront pour lors après un mois quefervis les auront & non devant, payeront pour eux fi lefdits compaignons gaignent argent, ôc feront les premiers deniers allouez fur les gages & falaires defdits compagnons.

Ite?ny que nul ne fuborne & ne prenne apprentifs ne ferviteurs l'un à l'autre, un ou plufieurs en quelque manière que ce foit, fi ce n'efi: par le congé, vouloir & confentement dudit maiflre que ledit apprentif ôc compagnon aura fervy, fi ce n'efl pour caufe légitime, ou l'apprentiffage dudit apprentif, & le terme du fervice dudit compagnon foit achevé.

Item, nul imager ne devra & ne pourra tailler images de bois qui foient d'un pied de long & au deffus, fi ce n'efl de bon bois, foit de noyer ou autre bois ôc non pas de mort bois n'y dutillier, fi ce n'efi: pour patron faire, & non pas pour mettre aux églifes, pour ce que le mort bois eft tout pourry & vermoulu, & ne pourroit endurer ny foufFrir eflre gratté ne rez pour iceluy peindre s'il en était befoing, & pourront befoigner en bonne terre, pourveu qu'elle foit après qu'elle fera taillée, cuite & ce fur peine de perdre ladite image & de vingt fols tournois à appliquer ladite image à ladite confrairie & lefdits vingt fols tournois à Monfieur le Cardinal, & l'autre moitié à ladite confrairie.

Item, que nuls tailleurs d'images ne taillent images de bois trop vert, pour ce que les images fe retireront depuis qu'elles feront peintes. Se pour ce que la peinture s'efcailleroit Se ne dureroit pomt, Se fur ladite peine de vingt fols à appliquer comme deffus.

Item, que nuls images de bois quels qu'ils foient, d'un pied de long & au deffus, ne foient commencez à peindre jufqu'a ce que les fentes foient très bien remplies de bois & de bonne colle Se retaillez. Se ce fur la peine de vingt fols tournois à appliquer comme deffus.

Item, que nuls imagers ne feront aucuns tabernacles à mettre Corpus Domini, ne autres ouvrages, qui ne foient taillés de bon bois Se fec Se par efpécial ceux à mettre Corpus Domini Se doivent être en voires fermans à clefs, & fera leur voire affis Se enclavé, Se bien Se fouffifamment anté.

Item, que nul compagnon imager ne faffe Images quelles quels foient, tendres ou dures grandes ou petites qui foient de preffe, fi ce n'efi: couronne ou mitre, ou en quelque chofe femblable néceffaire & raifonnable & que ce foit affis à bons gouions à colle ou à maftre comme il appartient.

Item, que nulle image ne foit peinte jufqu'a ce que premièrement ladite image ayt efté veue & vifitée par les maiftres jurez dudit meftier pour fçavoir fi elle efl bien & deument faille comme il appartient.

Item, que nuls marchands ou ouvriers ne autres ne puiffent vendre à Lyon aucunes images taillées & faites autre part qu'en ladite ville de Lyon, jufqu'a ce que lefdites images ôc befoignes foient vifitées defdits maiftres & jurez dudit meftier pour fçavoir fi elles font loyales, car l'on en porte fouvent de fauffes & ceux qui les portent ne les ©feraient vendre en leur pays. Car icelles images font de mort bois ôc non loyal.

Item, le compagnon verrier qui fera fon chef d'œuvre fera tenu de faire deux pannneaux en voire contenant chacun huit pieds, & dedans l'un defdits panneaux fera tenu de faire un mont de Calvairefait de peinture & jointure & l'autre un trepaffement Noftre Dame de peinture & peint & recuit comme il appartient, & autres hiftoires telles que les maiftres jurez dudit maiftre de verrerie ordonneront. Se fera tenu ledit compagnon de faire ledit chef d'œuvre chez un defdits maiftres ou là où bon leur femblera, & au defpens dudit compagnon, & fera ledit chef d'œuvre iceluy parfait à ladite confrairie, & au cas que ledit compagnon le veuille avoir, il l'aura pour le prix que juftement fera eftimé, & l'argent qui pour ce en fera baillé, fera délivré à ladite confrérie Saint-Luc, ôc en rendant fon dit chefd'œuvre, & s'il veut maiftre paffer, fera un difner aux maiftres verriers jurez dudit meftier bien & honneftement, ôc ledit compagnon fera tenu & devra demourer trois mois complets & fans interruption chez un defdits maiftres verriers jurez, befoignant dudit meftier moyennant falaire ôc payement fouffifament s'il le fçait gaigner, afin que ledit maiftre foit informé de la fcience ôc fçavoir dudit compagnon pour en faire le rapport auxdits maiftres jurez ôc pour mieux connoiftre les modes ôc façon pour mieux fervir les gens de Lyon, finon qu'il ayt efté apprentif chez un defdits maiftres de ladite ville de Lyon.

Item, que nul verrier dudit Lyon ne livrera ny baillera ouvrage qu'il ne foit vifité par les jurez dudit meftier, & ne mettra pièce de verre en œuvres qu'elle ne foit bien mife ôc recuite, ôc s'il fait armoirie fur voire, qu'elle ne foit grifée ("^4), ôc fi lefdites armes font fi dif-

(34) Creusée, c'est-à-dire pincée avec une pince tout autour du morceau de verre; les peintres vitriers d'alors n'employaient pas le diamant pour couper le verre.

ficiles qu'on ne les puifTe grifer, le fera à fçavoir aux maiftres jurez dudit meflier pour y pourveoir fur ladite peine à appliquer comme deffus, &• s'il advient auxdits peintres, tailleurs & voiriers chofe haftive à faire de leurs arts, comme à entrées de Roys, Roynes, Princes ou Seigneurs fpirituels ou temporels ou tous deux enfcmble, ou feintes peintures contre portes ou portes de villes, falles, chambres ou verreries, lefquelles chofes faudroit faire haftivement comme en une nuiél ou pluflot, dont en ce faifant lefdits maiftres ne peuvent obferver lefdits flatuts Se ordonnances, lefdits maiflres ne feront pour lors repris de ladite befoigne, ne amendables.

Item, fe gardera de livrer un panneau de verre qu'il ne foit fouldé d'un cofté & d'autres, & s'il y a pièce de verre fendu, y mettra un plomb, & ce fur ladite peine de vingt fols tournois à appliquer comme deiTus.

Item, que les compagnons qui voudront paffer maiflres defdits mefliers en ayant regard à un chacun d'iceux mefliers, feront adjourner les maiftres du meftier duquel il voudra paffer à ladite cour feculière pour le voir admettre à faire fon dit chef d'œuvre tel que ordonné luy fera, ou à dire caufes pourquoi à ce ne fera admis, Refait ledit chef-d'œuvre feront tenus lefdits maiftres venir en ladite cour & en jugement faire le rapport d'ycelluy, s'il eft tel que deffus eft dit & déclaré, de en ce cas ledit rapport eftre fait, 5c ledit compagnon foit fouffifant comme deffus, en faifant le ferment tel comme en tel cas appartient, en jugement ne fera paffé maiftre & receu & non autrement.

Item, quiconque mesprendra en aucunes des chofes deffus dites, foient peintres, tailleurs ou verriers, paiera pour la première fois vingt fols tournois d'amende, & s'il eft trouvé de mefprendre couftumes aux chofes deffus dites, ou que en icelles par fa faute, fe trouve fraude ou malice ou mauvaifté digne de fouvenance contre l'honneur, iceluy ouvrier fera puny par les officiers ordinaires de mondit Seigneur le Cardinal, félon que le cas le requerra & droit 3c raifon le voudront, defquelles amendes & chacune d'icelles mondit Seigneur l'Arcevefque pour fon aumofne aura la moitié & ladite confrérie pour l'augmentation & le décorement de ladite chapelle Monf •" Saint-Luc, la moitié de l'autre moitié, Se les maiftres jurez defdits meftiers qui pourfuivront la juftice eftre faite des fautes deffus dites auront l'autre moitié.

Item, un chacun apprentif defdits meftiers de peinture, taillerie

d'images ôc verrerie paiera ou fon maiftre pour lui à fon entrée & réellement baillera pour le luminaire de ladite confrairie demy livre de cire ou la valeur en argent.

Item, toutes femmes veuves relaiiTées par le trépas de leurs maris, maiftres jurez d'un defdits meftiers de peintrerie, taillerie d'images ou verrerie, pourra & devra tenir boutique, comme faifoit feu fon mary en fon vivant, du meftier duquel comme jurez fe mefloit aux droits, privilèges & prérogatives deffus dites, fi ce faire veut & ce tant qu'elle fe gardera de fe remarier & non autrement, & tout ainfy que font les veuves des maiftres jurez de cette dite ville de Lyon, les noms defquels maiflres & compagnons fupplians les noms & furnoms s'enfuivent : Jehan de Paris, Jehan Prevoft, Jehan Blie, Pierre de La Paix, Dominique du Jardin, Philibert Beffon, Pierre Boute, François Rochefort, Jehan de Saint-Prieft, Nicolas Leclerc, Guillaume Bayotte, Claude Guynet, Jacques de la Forefl, maiftre Gaufthier & Gonin Navarre.

Lefquels ftatuts, articles & ordonnances deffus tranfcrites, lefdits fupplians nous ont très humblement fait fupplier & requérir leur confirmer, ratiffier, louera approuver & fur ce leur impartir noftre provifion convenable, humblement requerrant icelles. Pourquoy, nous les chofes deffus dites confidérées & après que par lefdits officiers de la juftice ordinaire de cette ville de Lyon avons efté deuement avertis lefdits ftatuts & articles eftre bons, juftes ôc raifonnables pour le bien, proffit & utilité defdits meftiers & de la chofe publique de ladite ville & cité de Lyon, inclinant liberallement à la fupplication & requefte defdits fupplians, iceux ftatuts, articles & ordonnances deffus tranfcrits avons louez, gréez, ratifiez & approuvez & par la teneur de ces préfentes de notre grâce fpéciale, pleine puiffance & autorité royale, louons, gréons, ratifions, conformons & approuvons, voulons & nous'plaift que iceux fupplians & leurs fucceffeurs en jouiffent entièrement, plainement & paifiblement &■ à tousjours, fans que en ce leur foit mis ou donné ores ne pour le temps à venir, ni à l'un d'eux, aucun trouble, arreft ou empefchement au contraire en quelque manière que ce foit. Si donnons en mandement au Bailly Sénéchal de Lyon, & à tous nos autres jufticiers & officiers qu'il appartiendra que de nos prefentes grâce, confirmation, ratification, approbation, Se de tous le contenu efdits articles, ils facent, fouffrent, & laiffent lefdits fupplians & leurs fucceft'eurs jouir ôc ufer plainement & paifiblement fans leur faire mettre ou donner aucun deftourbier ou em-

pefchement au contraire, âc lefdits ftatuts, articles & ordonnances entretiennent& gardent de poinden poind félon leur forme & teneur, ou contraignant ou faifant contraindre à ce faire & fouffrir tous ceux qu'il appartiendra, & qui pour ce feront à contraindre par toutes voies c^ manière deues & raifonnables & en tel cas requifes. Car ainfy nous plaifl il eftre fait, ôc afin que ce foit chofe ferme & f1:able à toujours, nous avons fait mettre notre fcel à ces préfentes, fauf en autres chofes noftre droit & l'autruy en toutes.

Donné à Lyon au mois de décembre (21) l'an de grâce mil quatre cent quatre vingt feize 3c de nos règnes de France le xiiii® & de Sicile ôc Jérufalem le fécond. Ainfy fîgné par le Roy, maiftre Pierre Cohardi, confeiller 8c advocat du Roy en fa cour de Parlement à Paris & autres ; préfents Giraut... Vifa... Contentor... Bude...

Il y aurait de nombreux commentaires à développer sur ce long document, qui réglemente d'une manière si loyale et si précise des professions dont l'exercice est laissé de nos jours à la fantaisie et souvent à l'ignorance de praticiens inhabiles.

C'est qu'au XV^ siècle, encore, l'artiste et l'artisan n'étaient point tombés au rang vulgaire de l'industriel et de l'ouvrier ; c'était probablement pour empêcher cet avilissement que les peintres, imagiers et verriers s'étaient dès lors associés par un contrat sérieux.

Ajoutez à ces statuts la liberté de recevoir autant d'apprentis et de maîtres qu'il s'en proposera de capables d'élaborer le chef (£œuvre et vous obtiendrez une réglementation complète et conforme à l'esprit de notre siècle.

Au lieu de ces sages mesures, nous voyons à présent maîtres ou ouvriers s'associer chacun de leur côté, dans le seul but d'imposer ou d'exiger un salaire déterminé, et souvent abusif, sans qu'il soit entendu, par correspectif, que la façon en sera excellente et complète. Aussi la qualité de la main d'œuvre va toujours en décroissant ; l'ouvrier devient machine et le patron n'est plus qu'un industriel exploitant, au péril de sa fortune, tel ou tel genre de production.

Nous constatons tous les jours cette triste réalité dans les oeuvres des spécialités de Fart de la construction.

La plupart des signataires de ces statuts furent les coopérateurs de Perréal dans les travaux quil fit à Lyon.

D'abord^ Jehan Prévost, peintre, qui avait déjà exécuté la partie décorative de l'entrée de Louis XI. On trouve ce peintre dans les comptes des bâtiments du roi, aidant avec Pierre de la Paix, dit d'Aubenas, le peintre Bourdichon, à décorer des bannières en 1494.

Ensuite Pierre Boute (Bonté ou Bonté), peintre ; cet artiste fut chargé en ifog, de faire le dessin d'une broderie sur velours destinée au château de Gaillon, laquelle fut exécutée à Milan (3f). Il peignit en if if six écussons, aux armes de la ville, qui furent placés dans la chapelle Saint-Esprit du pont du Rhône. Il paraît avoir joui d'une fortune considérable, puisqu'il était possesseur d'une maison rue Tramassac, et d'une autre au Perron ou à Irigny (36). L'histoire de nos peintres, aux XV^ et XVI® siècles, est encore à créer, puisqu'on peut la glaner ainsi dans les documents poudreux que les inventaires mettent chaque jour en lumière.

Enfin, François Rochefort, peintre ; et, parmi les tailleurs d'images, Jehan de Saint-Priest et Nicolas Leclerc (37), dont les œuvres sont parvenues jusqu'à nous et témoignent d'un talent élevé.

Le mercredi 10 Juillet 1499, Louis XII, qui avait maintenu Perréal dans ses fonctions, fit sa première entrée a Lyon.

Notre artiste fut encore appelé par le Consulat pour pré-

(35) Comptes de Gaillon par Deville, 342. Le cardinal d'An:iboise se trouvait à Lyon précisément à cette époque; ce travail a donc été confié par ce haut personnage, à Pierre Boute, probablement sur le vu d'ouvrages analogues et en pleine connaissance du mérite de l'artiste.

(36) Registre CC 10, 1493 5 ^^ ^h MM ^t CC 24, 1515-1538; à cette dernière époque il était mort et une partie de ses biens avait passé à sa fille.

(37) Voyez pages 13, 16, 36, 37 et 38.

sider, de concert avec les nommés Pierre Gayon, et Jehan de Troyes, quartiers, à la confection de 400 targuettes (écus) soit aux armes de France, soit avec des L et des A, soit avec le porc-épic. Enfin, Perréal donna le dessin d'un porc-épic d'or placé sur une terrasse qui coûta 1,000 écus, et dont Texécution fut confiée aux orfèvres Jehan Le Père et Nicolas Leclerc (le porc-épic était Femblème adopté par Louis XII). Il reçut 40 écus pour ces travaux, ainsi que « pour fa poyne c< d'avoir devifé les miflères de l'entrée & avoir fait tous les « patrons. »

Le mystère fut joué sur la place Confort ; Perréal y employa de belles jeunes filles habillées de riches étoffes de soie de différentes couleurs, représentant des figures allégoriques : Amour souverain, Force, Prudence, Justice, etc. Elles récitèrent des vers composés par notre artiste à la louange du Roi.

Cette entrée ne figure pas dans le recueil imprimé à Lyon en 17^2, non plus que dans les actes consulaires; sans cela, nous aurions pu apprécier cette poésie (38). L'entrée d'Anne de Bretagne, le if mars ifoo, n'est pas notée non plus : on y employa des objets qui avaient servi aux fêtes précédentes.

C'est à l'occasion de cette dernière cérémonie, que le Consulat offrit à la reine la belle médaille en or, dont l'exécution avait été confiée à Nicolas Leclerc et à Jehan de Saint- Priest, tailleurs d'images, et à Jehan Le Père, orfèvre.

Cette pièce remarquable est assez connue pour qu'il soit inutile d'en faire la description (39).

(j8) M. Dufay a attribué à Perréal des vers faits lors de la deuxième entrée de Louis XII, le 17 juillet 1 507, qui sont rapportés dans la délibération consulaire : il les a insérés à la suite de la biographie de Perréal. {Mémoires de la Société littéraire de Lyon, 1861-62, pages 189 et suiv.)

(39) Voyez Entrée d'Anne de Bretagne à Lyon en 1500, par M. de Soultrait, notre collègue de la Société littéraire. {Revue du Lyonnais, 2' série, tome XV, page 105.)

ON

Ce qu'il importe d'expliquer, c'est le concours possible de Perréal à son exécution, bien qu'il ne soit question de rien de semblable dans les délibérations consulaires ou dans les papiers de comptabilité. Déjà M. Dufay, et nous avec lui, n'avons pas hésité à admettre que les pièces d'or aux effigies de Charles Vlll et d'Anne de Bretagne, qui avaient été données à la réception de 1494, auraient été exécutées d'après les portraitures fournies par Perréal, bien qu'il ne fût parlé que du lion dor tenant une coupe. A notre avis, l'on peut, aussi bien pour ces pièces que pour la médaille, admettre la conjecture, bien vraisemblable, qui admettrait que le peintre et valet de chambre du roi et de la reine aurait fourni aux tailleurs d'images les traits exacts de ces personnages qu'il était appelé à voir tous les jours.

L'étabhssement de ces médailles nécessitait, à cette époque comme aujourd'hui, toute une série d'opérations : il fallait d'abord faire un dessin, et c'est en cela que le concours de Perréal (si toutefois ce concours a existé) devait être indispensable. D'après ce tracé, le modeleur exécutait un modèle en cire en relief, devant servir à l'établissement des coins ou moules; c'est enfin avec ces coins ou moules que l'orfèvre pouvait frapper ou fondre des pièces ou médailles.

Dans l'exécution des pièces offertes en 1494, on voit que Nicolas Leclerc fait œuvre de modeleur 5 Louis Le Père, oncle de celui-ci, aidé de Jehan Le Père (son fils.'^) préparent les coins et les rondelles d'or qui doivent être mises sous les coins (40).

(40) Ces cent pièces ont été frappées; deux monnayeurs furent occupés à ce travail (voyez Archives de l'Art français ^ deuxième série, tome I", page 48). Jehan Le Père, rendit le 14 mai 1514, ces deux coins qu'on lui avait prêtés; Anthoine Besson, orfèvre, emprunta aussi des coins, le 7 août de la même année, pour frapper des pièces d'or à l'effigie du roi Louis XII, probablement.

Cinq ans après (Louis Le Père étant mort selon toute probabilité), Nicolas Leclcrc, aidé de Jehan de Saint-Priest, fait aussi les modèles, puis les moules, et c'est Jehan Le Père, orlévre, qui est chargé de la fonte; la dimension de cette médaille excédant, peut-être, les moyens mécaniques dont on pouvait disposer à cette époque pour la frappe.

Ces deux collaborations successives du modeleur et de Forfévre à une même œuvre sont pour nous un motif suffisant d'admettre la conjecture d'une troisième, précédant les deux autres, celle du dessinateur.

En suivant Tordre chronologique, nous trouvons le fait suivant : Jehan d'Auton, le chroniqueur « qui lors fuivoit la Cour pour fçavoir des nouvelles & icelles rédiger par écrit, ^> nous a parlé d'un ouvrage de Perréal (41). On racontait à Milan, en ifo2, qu'il était né un enfant monstrueux (nous passons sur des détails peu décents); « or, avoit cetui Jehan de Paris pourtrait la figure dudit monftre, après le naturel ; laquelle montra au roi & à plufieurs autres au nombre defquels je fus. » J. Renouvier, qui rapporte cette circonstance, dit à cet égard que « nos anciens artiftes faififfaient volontiers les occafions d'étudier la nature. On connaît, » ajoute-t-il, « de ces montres plufieurs gravures italiennes & allemandes. Notre Français fe rencontra ici avec un peintre de grand nom. Léonard de Vinci, félon le témoignage de Lomazzo (42), fit aufii à Milan le delTm d'un enfant monflrueux. La defcription qu'il en donne fe rapporte trop bien à celle de Jehan d'Auton

(41) chroniques de Jehan d'Auton, publiées par M. P. Lacroix. Paris, Techner, 4 vol. in-8, t. I, p. 326. Jehan d'Auton^ religieux de l'ordre de Saint-Benoît, historiographe de France, est mort en janvier 1527. Il est né vers 1466 à Beaurepaire, selon Guy-Allard [Bibliothèque du Dauphiné), à Poitiers, suivant l'abbé Goujet [Bibliothèque française), ou dans la Saintonge, selon Dreux du Radier (Bibliothèque du Poitou).

(43) Trattato deW art e délia Pittura, etc. Milano, 1585, p. 637.

pour qu'on ne puifle douter que ce ne (bit le même que deffina Jehan de Paris. »

Des biographes ont inféré de ce passage que Perréal était lié avec Léonard de Vinci (43). Nous pensons que c'est pousser trop loin l'interprétation de la tournure de deux phrases de Renouvier : celui-ci a voulu dire, tout simplementj qu'en dessinant un monstre humain , Perréal s'était rencontré avec Léonard de Vinci dans un même genre d'étude.

En effet, nous nous sommes reporté à Lomazzo, et nous n'avons trouvé dans son livre que la description d'un enfant monstrueux, dessiné par Léonard de Vinci 5 il n'y est nullement question de Perréal, ni de la date de ij'oi. Du reste, le grand artiste avait quitté Milan à cette époque pour se rendre en Toscane.

Il est incontestable que Perréal a dû, lors de ses nombreux voyages en Italie, entrer en relations suivies avec un certain nombre des maîtres de ce pays ; il n'est pas indispensable d'en posséder la preuve absolue. Ce qui doit être basé sur des faits certains, c'est qu'il ait été lié avec celui-ci plutôt qu'avec ce-

(43) Léonard de Vinci, né en i4P, est mort le 2 mai 15 19, neuf ans environ avant Perréal.

Serait-il exact, ainsi qu'on l'a écrit, que les arbalétriers gascons de Louis X II se servirent comme d'une cible du modèle de la statue de François Sforza, duc de Milan et la brisèrent (2 octobre 1499)?

Cette statue, d'une dimension colossale, ouvrage remarquable de Léonard de Vinci, fut achevée en 1498, et il paraît qu'elle fut si bien dispersée que personne ne songea à en réunir les débris. Nous croyons que le grand artiste ne dut pas être bien sympathique à un confrère français, accompagnant une armée de semblables iconoclastes. Il ne fallut rien moins que les dégoûts dont l'abreuvèrent ses compatriotes pour le décider, plus tard, à accompagner François V en France, où il vint pour son repos bien plus que pour peindre. Pendant les trois années qu'il y passa, le seul travail qui paraît l'avoir occupé fut un projet de canal pour l'assainissement de la Sologne. « Il ne daigna pas même jeter les yeux fur nos peintres, ni s'enquérir

lui-là, et rien encore n'est venu nous renseigner sur ce point qui jetterait, sans doute, une clarté plus grande sur les tendances artistiques de Perréal.

La seule circonstance historique qui puisse rendre une rencontre entre Perréal et Léonard de Vinci comme inévitable, c'est le voyage de ce dernier en France en ifiô, accompagnant François l^*"; mais, alors, les deux artistes se trouvaient au déclin de la vie, étant âgés tous les deux de plus de soixante ans !

Perréal fît encore les préparatifs de l'entrée de l'archevêque FRANÇOIS DE RoHAN, le 14 août i^oô. Il naccompagna pas Louis Xll dans le voyage de 1^07 à Gênes et à Milan, car il ne figure point dans une liste des officiers du roi présents à la Cour dans cette circonstance, laquelle a été fournie par Jehan d'Auton(44); ainsi, il put s'occuper des préparatifs de I'entrée

(44) « Premièrement, de la chapelle du roi : maître René, cardinal de Prye, maître de ladite chapelle ; l'évêque de Périgueux, aumônier du roi ; frère Antoine de Furno, confesseur du roi, avec tous les chapelains et chantres de ladite chapelle.

Les chambellans : François d'Orléans, duc de Longueville; messire Louis de Hallwin, seigneur de Piennes ; messire Jehan d'Amboise, seigneur de Bucy ; messire Hérault Stuart, seigneur d'Aubigny; messire François de Rochechouart, seigneur de Cliandenier; messire Robinet de Fremezelles ; le seigneur du Bouchage; le seigneur de Couldray.

Les maîtres d'hôtel : Messire Charles d'Amboise, grand maître de France ; Jehan Guérin, seigneur de Colombiers ; messire Rigault d'Oreille, seigneur de Villeneuve ; le seigneur de Châteaudreux ; le seigneur de Luppe; le seigneur de Sourdon ; le gouverneur de Coucy ; Georges d'Auxy ; le seigneur de Beaumont ; le seigneur de Concressault ; Louis Herpin ; le seigneur de Brillac.

Pannetiers et varlets tranchants : René de Cossé, premier pannetier; messire Jehan de Saints, seigneur de Marigny; le seigneur de Palluau; le bailli de Caen ; le seigneur d'Urtebiz, et Brillac,

Les varlets de chambre : Charles de Rochechouart, seigneur de Montpipeau, premier valet de chambre; François de Crussol, seigneur de Beaudîner; Pierre Tardes; Guyot de la Baulme ; Jehan de la Loue; maistre Jacques le chirurgien; Macé de Villebrême ; Guillaume, le barbier; Perrinet; Tenot; Nantier; Rifflart ; Oudin de Montdoucet; Bigne; maître Antoine Tavart; Guillemin de Marques; François Planchète, Andrieu de Paule, maitre de la fourrière.

TRIOMPHALE A Lyon DU ROI, à son rctour, le ij Juillet ifoy. Il paraît aussi qu'il adressa des projets pour celle de l'archiduc d'Autriche Philippe, fils de Maximilien, le 22 mars ifo^.

Il deviendrait fastidieux de revenir en détail sur toutes ces cérémonies, dont le fonds était constamment le même.

De la garde-robe : Guillaume Gaspart, maître de la garde-robe; Simon Billou, porte-manteau.

Les médecins : Maître Salmon ; maître André (Briau?).

Maître Guillaume de Sauzay, libraire du roi.

Les huissiers de salle : Allabre de Saule, premier huissier ; Philippe de Pomperye, dit Popo ; Guillaume Furet; Jehan d'Orléans; Jannot.

Les maréchaux-des-logis et les fourriers : Antoine de Pierrepont, dit d'Arizolles, et Pierre de Montalembert, seigneur de Grandzay, maréchaux-des-logis.

Les fourriers : Jehan de Foville ; Henri de Mauville ; Bernard Pelletan ; Guillaume Pallier; Georges Gifîart; Mathurin Richart, dit Bazoges; Jehan Coptin ; Jehan Roux; Etienne Durant; Charles Canche ; Pierre de Cordon; Hamellot; Girouart ; Louis Charnier; lesquels furent aussi au voyage de Gènes (Tome IV, pages 150 à 152). »

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