IX^ JANVIER
L'intérieur de la boîte était revêtu d'un émail blanc et offrait ces deux distiques, dont chacun était gravé sur un des côtés :
O : CVEVR : CASTE : ET : PVDIQVE : O : IVSTE : ET : BENOIST : CVEVR : CVEVR : MAGNANIME : ET FRANC : DE : TOVT : VICE : VAINQVEVR : CVEVR : DIGNE : ENTRE : TOVS : DE : COVRONNE : CELESTE : ORES : EST : TON : CLER : ESPRIT : HORS : DE : PEINE : ET : MOLESTE :
Le tombeau fut profané et démoli le 17 février 1792, puis sauvé de la destruction par Mathurin Crucy, architecte voyer
de la ville de Nantes. Restauré avec soin, par les ordres de M. le comte de Brosses, préfet de la Loire-Inférieure (89), et de M. Louis de Saint-Aignan, maire de Nantes, il fut rétabli en 18 17, dans le transsept sud de la cathédrale; mais on a continué, malgré cela, à le nommer le tombeau des Carmes, du nom de Téglise où il fut construit.
La boîte d'or avait été envoyée à Paris et se trouvait au cabinet des médailles ; elle a été rendue depuis à la la ville de Nantes.
Ce tombeau peut à juste titre compter parmi les œuvres les plus remarquables du renouvellement de l'art en France au commencement du XVI^ siècle.
Perréal et Colombe ont su donner avec habileté à cette création le caractère qui lui convenait ; puisqu'on y trouve à la fois l'originalité dans la forme générale et l'expression exacte qui convient aux détails.
Au premier artiste appartient incontestablement l'idée de la composition, tandis que le ciseau du sculpteur a été un interprète si docile et si habile, qu'on oublie l'ensemble, pour admirer les figures et l'ornementation.
D'un simple coup d'œil l'œuvre se Ht et s'explique; sur un socle ou estrade de marbre blanc, de la forme d'un parallélogramme allongé, enrichi d'ornements qui représentent en mosaïque le cordon et les hermines de Bretagne, entremêlés du chiffre de François II, s'élève un grand sarcophage, richement décoré de médaillons et de niches formant deux zones de hauteurs différentes.
Quatre figures allégoriques, debout sur l'estrade aux angles du sarcophage, semblent à la fois en être les gardiennes et rappeler, par le symbolisme des vertus qu'elles représentent, les quaUtés des défunts; c'est dans ce parti de cantonner
(89) En 18 1 5, depuis préfet du Rhône le 22 janvier iSaj.
ainsi la masse du tombeau qu on retrouve le peintre architecte.
Couchées sur une épaisse table de marbre noir qui couronne le sarcophage en marbre blanc, les figures du duc et de la duchesse, les mains jointes et suppliantes, revêtues de tous leurs insignes, reposent solennellement; trois anges soutiennent leurs têtes sur des coussins et, accroupis à leurs pieds, un lion et une levrette gardent fidèlement dans leurs pattes les armoiries de leurs maîtres, en même temps qu'ils en caractérisent le sexe.
Si de l'ensemble on passe aux détails, l'on remarque que le sarcophage lui-même est d'une composition habile.
Une zone inférieure, qui repose sur un socle de marbre noir, est formée de médaillons ou niches circulaires en marbre blanc, sur le fond desquelles se détachent des statues accroupies de moines et de religieuses en pleurs ou en prières (ce sont les personnages que Perréal nomme les venus). Le vêtement de ces figures est de marbre vert et leurs figures de marbre blanc. Entre ces médaillons sont sculptés des candélabres, en arabesques variées, d'une composition très-habile; un fort bandeau en marbre noir couronne cette zone de médaillons.
Quatre pilastres forment ressaut aux angles du sarcophage et sur toute sa hauteur; ils sont ornés de blasons et d'arabesques variés.
Le parti coloratif de la zone supérieure est à l'inverse de celui de la zone formant soubassement ; les statues, en marbre blanc, se détachent sur un fond en terre cuite brune, d'un dessin conforme à celui dont les niches sont revêtues.
Entre chaque niche est un élégant pilastre orné d'arabesques variées, avec chapiteau supportant une frise en marbre blanc sur laquelle est immédiatement posée l'épaisse table de marbre noir, bordée d'une moulure sévère et formant corniche.
Les niches avec statuettes sont au nombre de seize, ainsi que les médaillons au-dessous; les douze apôtres sont représentés sur les grands côtés du sarcophage, six à droite et six à gauche; du côté de la tête on voit saint Louis, roi de France, avec Charlemagne, et saint François d'Assises avec sainte Marguerite du côté des pieds.
Cette statuaire, quoique inférieure, selon nous, à celle des figures principales, présente un grand intérêt comme interprétation du caractère religieux et comme agencement de celui-ci avec les formes décoratives qui commençaient à être en faveur à cette époque; les draperies sont traitées avec élégance.
Les quatre figures debout représentent les vertus cardinales : la Justice, la Prudence, la Tempérance et la Force.
La Justice passe pour être le portrait de la duchesse Anne ; de la main gauche elle tient le livre des lois, de la droite un glaive pour les faire respecter; cette figure est une de celles où l'expression est le plus exactement en rapport avec le sujet.
La Prudence est représentée avec un serpent sous les pieds; d'une main elle tient un compas et de l'autre un miroir vers lequel elle dirige ses beaux yeux attentifs. Cette figure est encore caractérisée par une coiffe qui entoure, à la partie postérieure de la tête, un visage de vieillard barbu.
La Tempérance, qui est vulgairement qualifiée du nom de Sagesse, est une figure sévère, revêtue d'habits monastiques. Elle tient un mors de bride dans une main et dans l'autre une horloge ; c'est bien la tempérance religieuse inspirée par la loi chrétienne.
La Force est, des quatre figures, la plus intéressante ; la composition en est savante et profondément pensée ; on éprouve, en la contemplant, une impression indéfinissable. Jamais la statuaire n'a peut-être mieux rendu, avec quelques attributs et surtout avec un corps de femme, une idée meta-