CONTINUATION DU MÊME SUJET. — NOTES, ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS
J’ose espérer que les détails lexicologiques et grammaticaux dans lesquels je suis entré au chap. qui précède, suffiront aux esprits non prévenus pour leur faire adopter les quatre anciennes prononciations du Tétragramme hébreu que j’y ai rétablies et discutées, savoir : Yahuh et Yahô pour la Judée, Yahvah pour la Samarie et Yahvô pour la Phénicie. Mais les hébraïsants et les critiques, qui ont des idées faites sur ce sujet, en outre, les archéologues et les érudits, que ne satisfait pas plus que de raison la lecture générale Jéhovah, pourront exiger de moi de plus amples éclaircissements. Pour les contenter sous ce rapport, autant du moins qu’il me sera possible, je crois utile de jeter un coup d’œil rétrospectif sur
les articles divers que je n’ai fait qu’indiquer jusqu’à présent, ou que même j’ai passés sous silence et qui pourtant me paraissent susceptibles d’un nouvel examen sous le double point de vue de la philologie et de l’histoire comparées. Tels sont : 1° le remplacement de cette prononciation Jehôvâli par celles ou de Jahvô ou de Jalweh ; 2° l’hypothèse d’une prononciation française Jliouh , Ihou, fou, sans aucun pointvoyelle ; 3° celled’une autre prononciation Jhôh.Ihô ou 7ô, sans voyelle entre les deux premières lettres/, h ; 4° la ressemblance du Tétragramme hébreu avec le symbolique Iaô des sectes du gnosticisme oriental et notamment avec celui des Abraxas Basilidiens ; 5° l’application au même Tétragramme de la théorie astrologico-inusicale des sept planètes diversement combinées pour en tirer la lecture lehôoua, modèle ou copie de Yehôvàh ou Jehôvâh, ainsi que les formes écourtées Iaô et Aô, et 6° les motifs divers qui ont pu déterminer la Synagogue à faire défense aux Juifs de proférer le nom propre de leur Dieu national ;et cela dès une époque antérieure à la traduction grecque du Pentateuque, reportée à l’an 276 avant J-C.
Tout le monde sait que presque tous les hébraïsants rattachent le Tétragramme hébreu Ihuh ou Yhvh au radical araméen Huh, ponctué Hâvâh « être, exister », d’où ils ont tiré successivement pour ce nom divin les lectures Yehovah, Yahvô ou
Yehvô et Yahveh, en le supposant dérivé de la 3* personne singulière du futur de ce verbe. Ceux qui supposentquecenom vient d’ailleurs, soit del’Egypte, soit de l’Arabie, soit de l’Inde, sont comparativement en petit nombre. Le docte Gésénius,qui avait d’abord adopté l’opinion des égyptianistes, a fini par l’abandonner 0). Je ne connais que deux partisans de l’arabisme:E. Meyer (1 2) et H. Ewald (3 4 5). Quant à ceux du Vêdântisme indien, tels que Buttmann, de Bohlen, et Vatke 0), on ne peut leur reprocher aujourd’hui que de n’être pas remontés assez haut ; mais ce n’était pas leur faute, parce qu’à l’époque où ils écrivaient, la littérature védique n’était guère connue, malgré le savant mémoire anglais de Colebrooke On thc Vedas or Sacred writings of the Hindus (S). Comme ces dissidents s’arrêtent plus à l’étymologie du Tétragramme hébreu qu’à sa véritable prononciation, je n'y reviendrai ici qu’accessoirement.
On a vu que la lecture courante Jehôvâh marche de pair dans la Bible avec celle de Jehôvîh , beaucoup moins fréquente et moins connue. Celle de Jahvô ou Jahvoh qu’on leur a d’abord substituée, ne règne plus
(1) Comparez son Manuelle Lexicon et son grand Thésaurus au mot Ihuh, p. 408-9 du 1er et p. 575 du 2n,J.
(2) Vurzel-Wœrterbuch, au mot Ihuh.
(3) Geschichte des Volkes Israël , II, p. 201-5.
(4) Revoir dans l’Introduction le commencement du § III, à la note lre, p. 330 du Vol. acad. ou p. 36 du tirage à part.
(5) Voir Asiatic Researches, VIII, p. 369 - 476, ou Miscellaneous essais, I, p. 9-1 13.
aujourd’hui parmi les liébraïsants. Us l’ont remplacée par celle deJahveli au moins dans le protestantisme, au-delà comme en deçà du Rhin ('). C’est le réfugié Jean Leclerc, je crois, qui, au XVIIe siècle, a donné le signal de cette substitution. Il la fondait sur le sens de créateur qu’il attribuait au Tétragramme (1 2), en se prévalant de nombreux textes bibliques relevés depuis par Gésénius (3), sens auquel n’adhèrent pourtant pas tous ceux qui acceptent sa manière de lire ce nom divin, soit qu’à l’exemple de Théodoret et d'Epiphane ils considèrent le Jabe samaritain comme signiüanl « celui qui est, qui a été et qui sera » W, soit qu’en disciples de Hegel ils l’interprètent par « celui qui devient, qui se fait, qui se révèle dans le monde et dans Thistoire » (3 4 5).
(1) En Allemagne la prononciation Jahveh paraît avoir été adoptée par deux écrivains catholiques de Breslau, Movers et Scholz. Chez nous, M. Ch. Schœbel la rejette formellement comme Samaritaine, en opposition à MM. Michel Nicolas, Albert Réville et A. Carrière, calvinistes.
(2) Selon lui, Yahveh était le futur du verbe Huh, conjugaison Hiphil ou causative, signifiant : « Il fera être, il donnera l’existence » opinion admise même par Gésénius. Voir son Thésaurus, p. 577, en note, et p. 1 146 B. — Une autre conjugaison causative du même verbe, appelée Piel, aurait donné Yehaveh avec la même signification, voy. Souciet, Recueil cité, p. 239-42.
(3) Voir le Thésaurus de ce dernier aux mots Ab, p. 6 B, Ma, p. 236 A, Iu-tsr, p.619 A, ’Ach-h, p. 1075 B, Ph’al, p., H8 A, et ( Jnh , p. 1221 A.
(4) C’est-à-dire comme appartenant à la conjugaison simple ou ordinaire du même verbe huh. Voir Souciet, Recueil cité p. 277-8.
(5) Cette 2do interprétation, soutenue par Delitzsch, Baumgarten et Kurtzius, semble avoir recours soit au passif de l’une des deux conjugaisons causales, Hiphil ou Piel : « il sera fait
Réciproquement les partisans de la lecture Yehôvàh ou Jehôvâh n’ont garde d’adopter le sens de destructeur que lui donnaitle moine portugais Oleaster (*) en se fondant à son tour sur d’autres textes de la Bible, non moins nombreux et non moins positifs que ceux sur lesquels s’appuie l’école de Jean Leclerc (2). Loin de là, ils s’accordent avec les exégètes critiques pour pour combattre avec force cette interprétation ; ils la trouvent étrange sous la plume d’un théologien qui fut le conseil de Jean III au concile de Trente et qui est mort en odeur de sainteté^). Ils oublient que le mosaïsme est une religion de terreur, non par la faute de Jéhovah sans nul doute, mais par celle de son peuple, ignorant, grossier et indocile. Il n’y a guère que deux écrivains, l’un israélite converti (4) et l’autre libre penseur (5), qui,
être »,soit à la conjugaison Eithpahel réfléchie « il se fera être ». Je ne la connais que par la courte analyse de Scholz ( de Origine nominis Ihuh, p. 26). Peut-être nel’ai-je pas parfaitement comprise, carHoelemannjBfêh'sc/ieStadien, p. 59 et 62), lui donne ce sens orthodoxe : Der Goth der Offenbarung.
(t) Ce célèbre dominicain, au lieu de s’en tenir au radical Euh lui-même « être, exister », s’arrêtait à son dérivé Euh, ponctué Eôvah « accident, désastre, calamité, malheur ».
(2) Voyez entre autres, Genèse, XXXI, 43-52 — Exode VII, 5, 17-IX, 14, 16, 29-X, 2-XII, 12-3, 23, 27 ; XIV, 4. I8-XV, 3, sans compter le Deutéronome, Samuel, les Rois, les Chroniques Isaïe, Ezéchiel et Nahum.
(3) Voir le Becueil cité du P. Souciet, p. 235-8 et les Scolies de Rosenmuller sur l’Exode, III, p. 14-5.
(4) Drach, de l’Earmonie entre l’Eglise et la Synagogue, I,p. 498-9.
(5) Daumer,der Feuer-und Holochdienst der Alien Eebræer, p.ll — Il y cite à l’appui plusieurs noms démoniaques assez
se rappelant les vers de Lucrèce :
« Primus in orbe deos fecit timor ». etc., etc. ne se gendarment pas contre l’étymologie d’Oléaster.
La lecture Yahuh , que je place en lr® ligne, n’a eu jusqu’à ce jour que très-peu de partisans. En France toutefois, et même au delà du Rhin, elle a été mise en avant, mais d’une manière conjecturale, par quelques érudits, probablemont en souvenir de la transcription laou des Stromates de Clément d'Alexandrie, car, à l’époque où ils écrivaient, on ne connaissait ni le nom Yaoubid de la grande inscription assyrienne de Khorsabad, ni le qualificatif védique ou aryen Yahuh , voc,f Yahô. Ces écrivains sont, à ma connaissance : 1° Volney (O, 2e Charles Lenormant (2), 3° de Saulcy (3) et 4® Daumer (4).
ressemblants que Clavigéro, Lockiel et Quandt ont recueillis chez diverses tribus sauvages du nouveau monde. Tels sont : Jawahou, Jowahu, Jawxï/iï.rapprochés de niJawoheje, « la mort » et de Jawoheje « mourir », chez les Iroquois.
(1) Les Ruines, t. I de ses œuvres, p. 210, 352-5, et Samuel, t. VI, l,ibid.,p. 169, 256-9.
(2) Introduction à l’Histoire de l’Asie occidentale, p. 138-43, et Nouvelle Galerie mythologique, p. 19 et 39.
(3) Histoire de l’art judaïque, p. 35.
(4) Ouv. cité p. 48, n. 2. — Je pourrais y joindre les abbés Greppo, Madrolle et P. G. L. qui, plus indulgents que leur confrère Scholz de Breslau, ne font pas un crime à Voltaire d’avoir appliqué le laou de Clément d’Alexandrie à un dieu égyptien adoré à Héliopolis dès le temps de Moïse, et de l’avoir confondu avec le Ihuh du Pentateuque, auquel seul pensait ce père de l’Eglise suivant l’interprétation d’Heinsius. Voir les Annotations de ce dernier, p. 62 de l 'Edition Sylburge et p. 561 du texte.
Ajoutons qn'au siècle dernier, le P. Souciet 0), et dans le nôtre Gésénius (1 2), ne se montraient pas opposés aux lectures Yahuh et Yahô, ad libitum, bien qu’ils tinssent le 1er pour Yehovah, et le 2e pour Yahveh.
On a vu au chap. précédent que cet Yahveh samaritain, transcrit labe en grec, remplace Yahvah, comme le Yehvô phénicien, transcrit en grec leuô, remplace Yahvô, et que, ces deux formes le cèdent en antiquiié aux lectures hébraïques Yahuh et Yahô. Telle est du moins la conclusion que je crois pouvoir tirer du parallèle de l’hébreu et du sanscrit, en passant de la Bible au Rig-Véda.
Personne que je sache n’a cherché jusqu’à ce jour dans la littérature Védique les types ou les vestiges des quatre anciennes prononciations du Tétragramme de la Bible, relevées et rétablies au chap. qui précède, savoir : Yahuh, Yahô, Yahvah et Yahvô. Je considère les deux premières comme primitives à cause de la simplicité de leur structure grammaticale, consistant en une racine pure Yak, suivie d’un simple suffixe uh ou ô, et les deux autres comme secondaires ou dérivées en raison de leur rallongement par substitution de la finale Vah ou Vô, à la à la finale uh ou ô.
En réalité, ces quatre formations se réduisent à deux. Comme elles sont moins compliquées que
(1) Recueil cité p. 288.
(2) Thesaur. p. 577 B. et 580 B.
celles tant de la lecture habituelle Yehôvâh ou Jehôvàh que de la leçon plus rare et beaucoup moins connue Yêhôvîli ou Jêhôvih, je n’admettrais celles-ci que très-subsidiairement et je ne les placerais qu’en 3e ligne, en ce qu'elles me paraissent comparativement plus modernes, quand même elles n’auraient pas pour cause l’application tardive et concertée des points-voyelles d ' Adônai et d ' Elôhirn à un nom divin qu’il était défendu d’articuler suivant ses lettres propres, depuis la mort du grand-prêtre Simon-le-Jusle, arrivée vers la fin du III0 siècle avant l’ère chrétienne, je veux dire quand même il faudrait les rattacher à la fameuse théorie astrologique, planétaire et musicale de Y Heplaphthongue ou Ueptaphônie qui certainement était en vigueur à celle époque, sinon chez les Juifs, au moins chez les peuples avec lesquels ils entretenaient alors des relations 0).
Je ne partage pas du reste l'opinion de certains jéhovistes qui vont jusqu’à soutenir que, loin d’avoir donné à Iliuli les points-voyelles (YAdni, la massore avait reporté sur celui-ci les points voyelles de celuilà!1 2); car, pour être conséquent, il faudrait prétendre aussi qu’elle applique à Alhim les pointsvoyelles de lhuh lorsque ce dernier est accompagné
(1) J’ai déjà parlé de cette théorie au § III du Chap. 1er et je me propose d’y revenir avec plus de développement au § V du présent chap.
(2) Le P. Souciet , Recueil cité, p. 264 et suiv. et Drach, ouv. cité p. 481 B.
d 'Âdni 0). En effet l’analogie, cette boussole de la linguistique (’1 2) conduirait à cette conséquence, absolument contraire à la réalité, puisque i’i long, régulier dans le pluriel Alhim serait anormal dans le singulier Ihuh. Aussi ces exégètes se bornent-ils à répondre que Jéhôvlh était primitivement une inflexion particulière de Jehôvâh, usitée dans les prières et marquant le ton doux et affectueux d’un suppliant (3). Je ne conteste pas cet emploi particulier, à la vue des anciens textes bibliques auxquels ils renvoient, mais l’usage s’en est bien généralisé dans la suite des temps, puisque les prophètes Amos, Isaïe, Jérémie, Habacuc et surt oui Ezéchiel, emploient cette dénomination complexe dans des passages où il n’est nullement question de prières, de supplications, de plaintes, de gémissements.
On a poussé beaucoup trop loin l'argument théorique <jue fournit la structure grammaticaledesquatre anciennes prononciations Yaluih, Yahô , Yahvah , Yahvô du Tétragramme hébreu. On a soutenu que
(1) On trouve fréquemment Adni Ihuh, avec la ponctuation Adônài-Jéhàvih, et quelquefois Ihuh Adni avec celle de Jéhôvih Adônàî. Voir les textes cités dans le Thésaurus, p. 96-7; 318-A ; 328 B, 576 B, et 580 B.
(2) Quintilien ( Instit . orat., !.. I, C. o, N. 3), dit de l’analogie : « Ejus hæc vis est ut id quod dubium est ad aliquid simile, de quo non quæritur,referat,ut incerta certis probet ».
(3) Soucief, Recueil ci té, p. 270, Gésénius, Thesaur., p. 580 B.
ce nom divin avait dû se prononcer originairement tel qu’il s’écrit dans les Bibles hébraïques non ponctuées, c’est-à-dire Ihuh, en prenant l’t et l’u pour de simples sons vocaux, sans intercalation d’aucun point-voyelle soit entre Vi initial et le h qui le suit, soit entre Vu et le h final, lorsque ce qualificatif se trouvait dans la Bible à l’état isolé. Car on admettait très-bien qu’en composition il se réduisait à Ihu sans h final et même à lu sans h médial, et pouvait alors se prononcer, savoir : au commencement des noms propres composés : ou Iehô ou /ô,et Ihà ou à la fin de mêmes noms : ou làhu par à long, ou Iahu par a bref, ou Fhu sans a.
Je me suis assez expliqué jusqu’à présent sur les diverses ponctuations que la massore assigne au Tétragramme dans les noms propres composés, d’abord aux § IV et Y de l’introduction en répondant aux égyptianistes, ensuite aux § du
chap. 1er en traitant la question d’une manière plus générale. Je crois inutile d’v revenir si ce n’est très accessoirement ; car ce qui importe, c’est de savoir comment les Hébreux articulaient ce nom divin lorsqu’il figurait seul, soit dans un texte sacré, soit dans la conversation, soit dans les prières, à l’époque, bien entendu, où il leur était permis de le proférer.
A l’appui de la prononciation française lhouh ou Ihou ou /o/i, on n’a guère cité en preuve que des noms composés, extraits de la Bible ou d’ailleurs, savoir ;
1° Le nom italiote Jupiter « le père /ou », comme répondant an nom hébreu luab, abstraction faite de la ponctuation massorétique Jôàb 0).
2® Le fameux Tétragramme I. H. W. (W anglais prononcé Ou), du philosophe chinois Lao-Tseu qui, suivant Abel Remusat, avait voyagé en Occident après la transportation des dix tribus d’Israël jusque dans les villages des Médes et qui, dans cette pérégrination, avait pu converser avec quelques uns de leurs sages sur le nom et l’essence de leur Dieu (‘<0.
3° Le nom numide Juba ou Jubas, donné par les historiens à deux rois africains, le père et le fils, contemporains de Pompée et de César, mais défi) Joab, nom d’un général d'armée sous le roi David, signifie, selon Gésénius : « Cujus pater Jéhovah est »,de même que Iua’h, ponctué Joah, autre nom propre sous Ezéchios et Josias, signifierait, selon le même : « Cujus frater Jéhovah est ». On trouve aussi dans la Bible Abihu, ponctué Abyàhu, « Cui pater est Jéhovah », et Abihua, ponctué Abihu, « Cui ille (id est Deus), pater est » ainsi que Ihua, ponctué Jêhu « Jéhovah est Ille » ou mieux « Iàheslille », (id est Deus). Ce sont des noms métaphoriques, qui originairement, ce me semble, avaient dû s’employer dans un sens mythique chez des tribus polythéistes. Dans le Rig-Véda, Agni est tantôt le père et tantôt le fils des R ichis ou patriarches, et il s’incarne dans plusieurs d’entre eux, notamment dans le célébré Angiras ; il est fils-père et pèrefils, comme le Liber-Pater des Romains. Pourquoi n’en aurait-il pas été de même de Jéhovah chez les sémites hébreux avant leur conversion au monothéisme?
(2) Voyez le mémoire spécial de cet orientaliste dans le T. VII, des nouveaux mémoires de l'Académie des Inscr. et Belleslettres, p. 44-48.
signant d’ancienne date un dieu national que l’on a comparé à Jéhovah 0).
4° Les transcriptions grecques faites par Philonle-Juif et par Origène de sept noms propres hébreux composés qui se terminent par Ihu comme beaucoup d’autres, mais dont les transcripteurs ont rendu les finales par Iou au lieu de Iaou (2).
Et 5° le nom d’un prophète Michée, fils de Jimla, ponctué une fois Mikêhu. pour Mikâ-ihu et signifiant (juis sicut Jéhovah ? (1 2 3 4)
On va voir que ces cinq exemples ne sont rien moins que décisifs, en ce qui touche la prononciation du Télragramme chez les hébreux.
Le premier de tous, Jupiter, est celui sur lequel on a insisté le plus et que l’on reproduit encore de nos jours, sans tenir compte des réfutations qu’en ont faites Tholuek,Gésénius et Scliolz W. C’est une arme à deux tranchants que ce nom ilaliote, car les partisans de la lecture Jéhovah ne manquent pas à leur tour d’invoquer la seconde forme Jovis, génitif et primitivement nomif de Jupiter , sans même re-
(1) Voir Movers, die Phænmer, I, p. 536-8 - Gésénius, monum. l'hœnic., p. 150 et 408, etKopp, Palæographia crit., III, p. 556-7.
(2) Ces sept noms recueillis avec d’autres par S‘ Jérôme en tête de son Lexique des noms propres hébreux (Voir le T. II de ses œuvres, édit. Martianayl, sont les suivants : 1° Abihu, 2° Alihu, 3° Aurihu, 4° I’achihu, 5° Mathmhu, 6° ’Abdihu, et 7° ’Azihu.
(3) II Chroniq., XVIII, 8. Voir ci-dessus Chap. I,§ V,4e alinéa.
(4) Contre de Bohlen, Cuttmann, de Wette et Vatke. Voir le Thesaur. p. 578 A, et de origine nominis Ihuh, p. 22.
courir à la lecture moins connue Jehovih dont elle se rapprocherait davantage. 11 y a là en effet matière à des rapprochements de plus d’un genre, en raison des rapporlsquelesdeux divinitésont entre elles, soit comme présidant toutes deux aux phénomènes de l’atmosphère, soit comme trônant toutes deux au plus haut du Ciel.
Mais ces analogies sont trompeuses. Il est aujourd’hui bien établi en philologie comparative que le Jupiter latin a la môme origine que le Zeus-pater grec et que \eDyâuch-pitar sanscrit. Sa forme antique et déclinable était Jov d’où les Romains ont tiré Jov-i, Jov-em, Jov-e, et les Ombriens Juv-e, JutJ-iU). Varron atteste que l’ancien nomir Jovis avait été substitué à Diiovis ou Djovis par suppression d’un d initial qui est resté dans Diespiter, et dans Dium, Diu, Dio , dans Deus, Dea, dans Divus, Diva, Divum et dans les autres dérivés diana, diusculum, diuscule , interdiu, inlerdius etc. (-), Tous ces mots ont pour radical commun dans les langues aryennes : Div ou Dyu « briller, resplendir » . Orcette racine ne contient pas le h médial du Ihuh hébreu à l’état isolé, et, d’un autre côté, ni le radical syro-chaldéen huh « être, exister », auquel on rattache généralement le Tétragramme, ni le radical aryano-sémitique Yah
(1) Voir les Tabl., Eugubines de M. de Baecker, p. 3 J3 et 367-0 du T. VI, 2e partie, des Mémoires delà Société académique d' archéologie, sciences et arts du département de l'Oise, Beauvais 1866.
(2) Voir Max Muller : Nouvelles Leçons sur la Science du Langage, T. II, p. 192-3 de la tradon française.
« produire, engendrer » d'où je le crois dérivé, ni enfin un autre radical sémitique Iah « être décent, convenable et digne », dont j’ai parlé au § IX du chap. précédent et sur lequel je vais revenir, ne possèdent un d initial (*).
En 2d lieu, Gésénius (-) et Movers après lui (3) ramènent le nom numide Juba ou Jubas, écrit par les grecs louba, loba ou lobas, au qualificatif sémitique Iaub’al qu'on lit dans une inscription cypriote et qui signifie, selon eux, « beauté de Baal », en sorte que ce nom n'aurait plus rien de commun avec le Tétragramme, à moins qu'on ne tire celui-ci du radical sémitique Iah, ponctué Iâàh, qui a donné en phénicien lauh. synonyme de l'hébreu Gauh; mais il me semble que, dans cette supposition, les auteurs sacrés auraient écrit, en hébreu, Iah, lauh ou Iau, et non Jh, Ihuh, Ihu ou lu sans a médial. Ce n'est pas du reste que j'adopte sans réserve l'interprétation des deux savants que je viens de nommer, car le qualificatif Juba pour Jubas, a fort bien pu signifier originairement fils de Baal, et répondre au titre sanscrit Balasya putra « fils de la force », c'est-à-dire au Sahasô-Yahuh aryen, autre-
(1) Le docte Bochart que n’arrêtait point l’absence soit du d initial, soit du h médial, faisait venir le nom grec Dionysos de l’hébreu Ihuh-nsi « Jéhovah, mon étendard », qu’on lit dans Exode XVII, 15. A ce compte, on pourrait également rapporter au nom hébreu Ium « jour », ponctué làm, l’accusatif latin diem qui suppose une forme sanscrite dyâm, pour dyàvam. venant du thème dyau, nom11 dyàuh, latin dies,
(2) Monum Phœnic., p. 150, 180, 408-9.
(3) Die Phœniiier, I, p. 537-8.
ment dit à une épithète du feu suivant l’explication qu’en donne le commentaire indien de Sâyana sur Rig-Véda,I,XXVl,10; LXXtV,5; LXXIXLL,L.
3° Le Trigramme I. II. W. de Lao-Tseu, relevé par Abel Rémusat, n’est, de son aveu, que l’abrégé d’une formule mystique I. H. I. WEI que ce théosophe explique et développe à la façon des panthéistes de l’Inde. Son voyage dans les contrées occidentales ne paraît pas s’être étendu vers le S. 0. au-delà de l’Indus. C’est donc là qu’il a dû puiser ses fantaisies théologiques et mystiques. Le sinologue français s’est ici fourvoyé à la suite des missionnaires jésuites, ainsi ainsique l’a démontré M. Stanislas Julien, sonéminent successeur au Collège de France (*). Le Trigramme I. H. W., rappellerait autant le qualificaift védique d’Agni, écrit Yhuh, quele nom hébreu Ihuh. D’ailleurs, si la formule entière I. III. WEI. a quelque analogie avec la ponctuation léhôvlh des massorèthes, nous avons déjà conjecturé au § précédent que celle-ci pouvait avoir son type en sanscrit tout aussi bien que sa correspondante plus générale Iehôvâh (1 2).
(1) Voir l’exposé historique des études chinoises, tibétaines et mongoles, publié en tSt>7, à la demande et sous les auspices du Ministre de l’Instruction publique, dans le recueil des Happons sur tes progrès des lettres et des études relatives à l’Egypte et à l’Orient, p. 183-4.
(2) A fortiori pourrait-on dire que le nom Yao d’un trèsantique roi de la Chine vient du qualificatif védique Yahô, et non du Tétragramme hébreu, d’où le chevalier de Paravey le fait dériver, etc.etc.
4° Il y a toute apparence que Philon et Origène, dans leur transcription des sept noms hébreux cités ci-dessus en note, ont confondu Iliua, prononcé Ihu. avec Ihu, prononcé Yâhu. Cela paraît évident à l’égard des deux premiers, car les texleshébreux nous les présentent sous deux formes désinentielles, savoir: Abihu et Abihua d’un côté, et de l’autre Alihu et Alihua , et l’on conçoit que la même confusion se soit étendue aux cinq autres par suite d’analogie, surtout à une époque où l’hébreu était tombé en désuétude et où il était rigoureusement défendu aux juifs, et sous des peines très-sévères, de proférer le Tétragramme.
5° La ponctuation Mikêhu , relevé déjà au chap. précédent, ne se présente qu’une seule fois avec la mention Kéri-khe-thib, indiquant que c’est une écriture fautive à corriger par une leçon plus correcte, donnée dans d’autres passages, c’est-à-dire par celle de Mikya ehu('). Elle me parait résulter de la confusion queje viens de signaler entre les terminatifs Ihua et Ihu. Comparez le nom propre Ihua, ponctué Yêliu ou Jêhu, dans lequel on n’a pas tenu compte de l’a final quiescent ( ~ ). Le nom dont il s’agit s’applique
(1) Comparez I Rois, XXII, g, II Chron, XVIII, 7, 8 et 24.
(2) Sur ce dernier nom, voir le Thesaur., p. 577, en note, et I, p. 582 B. et ci-dessus ch. I. § VI, Gésénius le croit contracté de Ihuhua ou mieux de Ihihua, par substitution du verbe Hih au verbe Huh, employé à la 3' personne du futur, en ce sens que lhih répondrait à Ahih (Exode III, 14), comme Ihuh répond à A huh. N’eut-il pas été plus simple d’y voir une
dans la Bible à plusieurs personnages des deux sexes, et les divers points-voyelles qu’il y reçoit annoncent qu’originairement il se prononçait Mikâ-Yâhu , d’où, par des altérations succès, ives, on a passé à Mikà- Yahu, à Mikâ-Yehu, à Mikâihu et finalement à Mikêhu comme s'il remplaçait une forme Mikihua. Du reste, la ponctuation isolée Mikihu sans a final serait la seule fois où le Tétragramme perd son Kamets (a long) à la fin d’un nom composé, et cette unique exception ne saurait être prise pour règle générale.
Si j’ai tant insisté au § précédent sur finlercalation obligée soit d'un a, bref ou long, soit d’un e bref, son substitut, entre 1 ’i initial et le h médial du Tétragramme à l’état isolé, c’est qu’un nouvel exégète italien, M. Michel Angelo Lanci, n'en tient aucun compte, par réminiscence sans doute des formes égyptiaques du surnom Ohi ou Ahi, et par inversion Iho ou lha, donné au dieu Taureau d’Héliopolis, lequel formait le pendant du bœuf Apis de Memphis. Il est bon d’examiner ici son système, parce que l’étymologie toute particulière qu'il donne du Tétragramme se fonde principalemement sur cette
contraction de Ih-\-Ihua : « Yàh erit pour Yàh est, c’est Yâh », par suppression du 1er h et fusion du point-voyelle a avec 17 de Ihua, d’où Yéhu. On sait que hua, est la forme chaldaïque du syriaque Huh et qu’il a pour futur Ihua, employé une fois dans la Bible (Voir Ecclesiaste II, 3).
prétendue prononciation sans voyelle entre /et H. Lanci admet que ce nom divin avait deux formes, l’une populaire, l'autre sacerdotale. En cela, je suis de son avis ; mais voici en quoi je me sépare de ses idées. Il suppose le Tétragramme composé des deux pronoms hébreux Ilia « Elle » , et Ilua « Lui », prononcés Ht et llô, l’a final restant muet dans les deux. A l’en croire, le peuple en aurait tiré Jh-oh « Elle et Lui »,et le sacerdoce • Ilo-IJi « Lui et Elle »,en se bornant à mettre en tête le pronon masculin (*). Ces deux façons de lire leTétragrammerappellentlesidées de l’abbé Greppo sur les formes corrélatives Ohi et Ahi, lho et Iha d’un dieu solaire d'Héliopolis, et sur d’autres formes analogues qu’employaient les hiérorogrammates de l’Egypte pour représenter certains dieux ou certainsnomsdivins, figurésen hiéroglyphes tantôt de gauche à droite ou de droite à gauche, et tantôt de haut en bas ou de bas en haut (’1 2 3).
Mais d’abord, en la forme, n’y a-t-il pas quelque chose d’étrange dans celte espèce de chassé-croisé de lh-Oh, au lieu de Hi-Ho (3), ensuite, le pronom
(1) Voyez le T. I, p. 101-14 de ses Paralipomeni alla ilustrazione délia Sagra Scrittura per monumenti fenico-assyrii ed Egyziani, Paris 1845, 2 vol. in-4°.
(2) Voir son Essai sur le système hiéroglyphique, appliqué à la critique saci'ée, p. 1 12 et suiv.
(3) Le savant Movers ne se permet-il pas une pareille licence lorsqu’il ramène le mystique Abraxas des gnostiques Basilidiens à une forme sémitique Chb’a rba « die grosse sieben » (Voir Die Phænizier,\,p. 558). C’est ce que nous rechercherons au § V. etc, etc.
masculin Hua, constamment ponctué Hu en hébreu, ne paraît pas s’être prononcé Hô dans les langues congénères. Enfin, dans le Pentateuque, il s’emploie aussi presque toujours pour le genre féminin, en place de Hia , prononcé //» (*).
Mainteuant et au fond, je ne vois poindre nulle part chez les juifs, si ce n’est dans le livre Zohar, relalivevement très moderne 0, la singulière idée que l’ancien testament aurait fait de Jéhovah un dieu androgyne, pas même dans le simulacre du Veau d’or que les israélites du désert s’étaient fait fabriquer par Aaron au pied du Sinaï, en l'absence de Moïse et de Josué cachés au sommet de la montagne, simulacre à la vue duquel ils s’étaient écriés : « Voilà tes Elohim (tesdieux), ô Israël, qui t'ont fait monter du pays d’Egypte » (1 2 3). Lanci pouvait supposerai est vrai, que ce symbole idolûtrique de Jehôvâh représentait le soleil et la lune, ordinairement figurés en Orient par un taureau et par une vache, avec prédomi-
(1) Voir le Thesaur. de Gésénius, au mot Hua, p. 369 B. — Rappelons à ce sujet que ces deux pronoms de la 3* personne se rattachent manifestement aux deux formes chaldaïques Hua et Hia du verbe substantif, en place de Huh araméen et de Hih hébreu. 11 paraît en être de même en sanscrit des pronoms démonstratifs m. Sô, pour Sah, f. Sd et Asau,m. f.,dans leur rapports avec le radical AS,« être, exister ».
(2) Midrasch-Buth du Zohar de la Génèse, f° 75, col. 61, dans Drach, ouv. cité, p. 392-3.
(3) Exode, XXXII, 4. — Comparez I Rois, XII, 28, et Nehémie IX, 8. et notez que ce dernier texte met le verbe au singulier. Sur quoi voy. le Thesaur, de Gésénius, p. 96 B. etc, etc.
nance du sexe mâle, et citer en preuve ou en exemple d’abord le taureau Molok des enfants de Moab et d’Ammon, dépeint comme hermaphrodite par Dom Calmet d’après les rabbins (D, ensuite le Rêm ou Bos-Bubalus auquel Balaam compare VAl-Chdi des patriarches hébreux ou le Ihuh des israélites du désert, noms dont le 1er est ponctué El-Chaddnï (2), et interprété en latin par le célèbre dominicain Oléaster, Deus forlis mammarum « Dieu fort par les mamelles » (3), en réminiscence non seulement de la Ceres mammosa et de Ylsis mammosa des mythologues, mais encore du Zeus Mazeus ou Aphrodite barbue des Cypriotes W et du Jupiter Ruminus des Romains (•'>).
11 est très possible, en effet, que les Hébreux idolâtres du désert et postérieurement ceux des deux périodes des Juges et des Rois, qui adoraient El- Chaddaï ou Jéhovah sous la forme d’un jeune taureau qui broute l’herbe (6), aient conçu le dieu de leurs anciens patriarches comme une divinité luni-solaire, portant des formes bovines avec les marques des deux sexes (les cornes proéminentes et les mamelles
(1) Diction cle la Bible, art. Moloch.
(2) Nombr. XXIII, 22, et XXIV, 8. — Sur le mot hébreu Ram ou Pim, ponctué Rém, voyez le Thesaur., p. 1248-9.
(3) Voyez la réfutation de cette étymologie dans le Recueil cité du P. Souciet, p. 210-3.
) Ch. I.enormant, Nouvelle Galerie mythologique p. 32, col. 2.
(5) L. Preller, Rœmische mythologie, p. 173 et 369.
(C) Ps. CVI, 19-20. — Texte hébreu : 1° ’agl, veau (19), 2° Chur, taureau ou bœuf (20).
gonflées"), par allusion aux influences des deux astres du jour et de la nuit sur la production, la conservation et la destruction des êtres sublunaires. Plusieurs textes bibliques semblent avoir gardé des traces de ces conceptions naturalistes d’un double Jéhovah ou d’un Jéhovah donble 0). Tel serait, entre autres, le passage du livre de Josué dans lequel ce général parle à Ihuh, et dit : « Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, dans la vallée d’Ayalon » (1 2). Là cependant Jéhovah paraît distinct de ces deux astres, et ne correspond même pas à l’astre Kevan ou Saturne du prophète Amos, à cet interprète et compagnon du Molok hermaphrodite dont la maison d’Israël a porté le tabernacle durant 40 ans dans le désert (3). En effet, le Jehôvâh du livre Josué est le Jéhovah mosaïque, dieu essentiellement mâle et un. dieu des dieux, supérieur au soleil, à la lune et à Saturne-planète, auxquels ilcommande en maître (4). C est un dieu fort, grand, puisseut et terrible, c’est le dieu des dieux, le seigneur des seigneurs, dieu jaloux et feu consumant, qui ne souffre pas d’autre Elohïm devant sa face, qui permet bien aux autres nations
(1) Comparez les deux cantiques de bénédiction des enfants d’Israël, Génèse, XLIX, 25, et Deuteron, XXXIII, 13-4.
(2) Josué X, 12-3. Le livre Yachar auquel renvoie le rédacteur est mentionné une 2d“ fois dans II Samuel 1, 18, à propos de la complainte de David sur la mort de Saül et de Jonathan qui y fut insérée.
(3) Amos, V, 25-6. Comparez Actes des Apôtres, VII, 42-3.
(4) Ps. CIV, 19. Isaïe, XXIIV, 23, XXX, 26.
d'adorer le soleil, la lune, les étoiles et toute l'armée •les cieu\,mais qui interdit rigoureusement ce culte à son peuple dont il est ou doit être le dieu unique (2J.
Je rejette donc sans hésiter l’étymologie, la formation et la prononciation du Iliuh mosaïque imaginées par Michel Angelo Lanci. Quant au Ihuh patriarcal, je doute très-fort qu’il se soit prononcé ou Ilwli ou Ho-hi. Car si Abraham a résidé momentanément en Egypte, il ne faut pas oublier qu'il était originaire de la Chaldée d'où Ihuh l avait fait .venir en Canaan, et que, dans ces deux contrées de l’Asie, Jéhovah ne passait pas pour un être double. En conséquence, je préfère m’en tenir aux quatre lectures Yahuh, Yahô, Yahvah, Yahvù que je considère, savoir : les deux premières comme sacerdotales ou sacrées, et les deux autres comme populaires ou profanes, à l’époque où il était permis d’articuler ce nom divin. Je ne pense même pas qu’il y ait rien à \ ajouter, ni rien à en retrancher.
Toutefois, sur ces deux derniers points, j'ai le désagrément de me trouver en désaccord avec le
(■J) Entre autres textes du Pentateuque résumés ici, voyez Exode, XX. 2-5, Deutéron., IV, 15-20, V, 6-8, VI, 4 et X, 17. — Notons à ce sujet, d’après Movers (die Phœnizier I, p. 557-8), que les monnaies de Néapolis en Samarie, frappées au temps des Autonins, représentent d’un côté le soleil et de l’autre la lune, avec l’image du temple de Garizim rebâti (Eckhel Doctr. Y et. nam. et, t. 111, p. 433), et consacré à Zeus hupsistos, qui avait remplacé le laie El-Elion des Samaritains, par allusion à Genèse, XIV, 18-22.
trè-docte abbé Movers, décédé récemment professeur à l’université catholique de Breslau. Ce savant, dans ses profondes recherches sur la religion des Phéniciens, repousse l’assimilation du Tétragramme de la Bible d’abord avec le Ieuô du phénicien Sanchoniathon ou plutôt de Philon de Byblos, son traducteur grec, puis et surtout avec le Iaô du gnosticisme oriental. 11 refuse de prendre ces deux qualificatifs pour des transcriptions grecques du Ihuh hébreu, supposant des prononciations hébraïques, telles que Yehvô, en place de Yalwô,e t Yahô. Il n’adopte pour transcriptions acceptables que les suivantes : laua, lauas, Iauô et Iabe (*). Il s’attaque surtout au Iaô du fameux oracle de l’Apollon de Claros en Ionie, qui le proclame le plus grand des dieux. C’est à tort, suivant Movers, que la plupart des érudits modernes confondent cet Iaô avec le Ihuh de la Bible, à l’imitation tant de Diodore de Sicile que des Pères des Eglises grecque et latine, eux-mêmes imitateurs,
(1) Lie Phœnizier, I, p. 548-9. — J’avais cité au chap. I, § VI, les transcriptions grecques Iauô et Iabe. Les deux autres laua et lauas, présentées hypothétiquement par Movers, supposeraient des leçons sémitiques Yahvah et Yahvas, terminées la lre par le h final ou visarga sanscrit et la 2Je par le S grec, son substitut habituel. — A la p. 545, l’auteur avait cité de son côté un texte de Tzetzès adLycophr. p. 831,portantqu’Adonis reçoit chez les Cypriotes le surnom de Gauas, et en avait conclu que ce Gauas était évidemment pour lauas. Enfin, à la p. 538, il avait rapporté, d’après Gésénius ( Monum Phœnic., p. 150 et 408), le nom propre laub’al d’une inscription de l’ile de Cypre, signifiant, suivant eux, « magnificence de Baal ».
le premier cTHécatée de Milet, à ce qu’il semble, et les autres des gnostiques. 11 ne dit rien du Inou de Clément d’Alexandrie et d’une gemme gnostique rapportée par Kopp. Tout porte à croire qu’à l’exemple de ce dernier il ne voyait dans cet Iaou qu'une variante de laô, imaginée pour montrer aux Grecs que le Tétragramme avait quatre lettres comme leur mot 0£C;, et non pas trois seulement (2), et que par suite, il le mettait sur la même ligne que laô, et cela faute de connaître et le Yaoubid de l'inscription assyrienne de Khorsabad et le Sahasô Yahuh des Aryas de l’Inde.
Si les objections de l’abbé Movers étaient fondées, elles ne me laisseraient que le Iabe de Théodoret et d’Epiphane, puisqu’il rejette aussi le leuô de Sanchoniathon ou de Philon de Byblos. Au fond, elles ne feraient pas brèche à mon parallèle de Jéhovah et d'Agni sous le double rapport de l’histoire et de la
C’est de là sans doute que le 1er tirait son identification de Gauas avec Iauas. La Bible n’a point cet Iauas-, elle n’ofl're, comme je l’ai dit au § cité, que le verbe impersonnel Iah ; mais le radical Gah, son synonyme, y possède plusieurs dérivés, entre autres, celui de gauh, ponctué gaavàh et signifiant « majesté, magnificence », surtout quand il s’applique à la divinité. De là est venu le nom propre Garni « majesté de Dieu » (nomb. XIII, 10), donné à l’un des espions que Moïse avait envoyés du désert de Moab en Canaan pour explorer le pays. 1! est manifeste que Gaual correspond à laub’al, comme Al- Brith à Bal-Brith dans Juges VIII . 33 et IX, 46.
(2) Cette explication de Kopp, Palœographia critica, III, p. 531 a été adoptée par Fr. Paul Scholz, disciple de Movers, dans sa petite dissertation de Origine nominis Ihuh, p. 15 en note.
linguistique, puisqu’en écartant pour le Tétragramrne hébreu trois transcriptions qui, selon moi, répondent à trois lectures sémitiques et aryennes Yahuh, Yahô, Xahvôli, elles m’abandonneraient explicitement, dans la 4e transcription Iabe, la lecture Yahvah qui, en sanscrit, avait la même signification que les trois autres suivant l’illustre indianiste Max Millier 0). Cette réflexion pourrait me dispenser de soumettre les idées de Moversà un examen particulier. Mais d’un côté, en pareille matière, il est bon d’écarter de son chemin toute pierre d'achoppement, d’un autre côté, l’autorité dont ce savant jouit en Allemagne et même en France est trop grande pour que je me borne à une simple mention de son système exceptionnel, enfin ce système, tout contraire qu’il est au mien, mérite d’être relevé en raison des éclaircissements qu’il fournil, comme on le verra au § suivant, sur une question très controversée parmi les doctes, celle de la propagation du Tétragramrne hébreu dans l’ancien paganisme.
L’hymne astrologique appelé Oracle d’Apollon à Claros forme, avec un autre texte grec attribué à Démétrius de Phalère, la clef de voûte de la fameuse théorie de V Heptaphthongue dont j’ai déjà parlé plus d’une fois et sur laquelle j’aurai à m’expliquer au § V.
(I) Ci-dessus Chap. I, § dernier.
La plupart des exégètes modernes tiennent ces documents pour apocryphes et les reportent aux premiers siècles de l’Église chrétienne. Suivant eux, ils feraient partie de ces fraudes pieuses que d’habiles faussaires, judeo- chrétiens ou gnostiques, fabriquaient à plaisir pour inculquer aux masses illétrées et crédules leurs doctrines respectives, en vertu du principe que la fin justifie les moyens. C’est le célèbre Jablonski qui a accrédité cette opinion au siècle dernier. Cependant , avant lui , Grotius, Pearson, Bochart et Beausobre qu’il cite (G, avaient admis et soutenu l’antiquité de cet oracle, et, de notre temps, Drach 1 2 3 4), Lobeck (3), Movers (G et Scbolz (5) se sont joints à eux.
Ces quatre derniers érudits font remarquer que la versification de l’oracle de Claros qui proclame Iaô le plus grand des dieux, est trop correcte, trop élégante, trop pure, pour ne pas dater d’une époque bien antérieure à notre ère. Movers, le plus explicite des quatre, ne se borne pas à ces indices intrinsèques; il montre par diverses citations d’anciens auteurs que les hérésiarques gnostiques, à l’exemple des mystagogues payens, avaient appliqué le Trigramme Iaô à nombre de dieux célestes ou solaires du paganisme, tels que Ilarpocrate en
(1) Panthéon Ægyptiorum , II, p. 250-7.
(2) De l’harmonie entre VÉylise et la Synagogue, I, p.
(3) Aglaophamus, I, p. 461.
(4) Die Phomizier, I, p. 139-40.
(5) De origine nominis Ihub, p. 17, en note.
Egypte, Adonis en Phénicie et en Syrie, Bel en Chaldée, Millira en Assyrie et en Perse, Phanès chez les Orphiques, Ifelios, Apollon, Dionysos en Ionie, en Grèce et même à Rome C>. Mais, en revanche, il estime que cet laô n’a pas la même origine, le même sens, ni surtout la même prononciation que le Hnih de la Bible.
D’abord il suppose que le premier dérivait du radical 'JIuli (par ’Heih dur) : « vivre, respirer », tandis que le second, suivant l’interprétation orthodoye qu’il adopte, bien entendu, serait tiré du radical Huh (par H faible) « être, exister ». Il suppose en 2d lieu que l’un désignait le soleil, adoré par les payens comme dieu vivifiant, et l’autre le vrai dieu, l’Etre existant par lui-même, Celui qui est, différence énorme qui excluait toute comparaison (-). En conséquence, il donne pour thème au laô de l’oracle de Claros et des gnostiques un qualificatif araméen Vhuh ou Phô, peut-être hypothétiqne, mais régulièrement formé H), lequel se serait prononcé
(1) La Bible n’a pas ce nom propre. Mais on lit dans II Chroniques, XXIX, 14, Y huai, et clans 1 Chroniq. encore, XXI, 2, Ihial avec la signification (selon Gésénius),de quem vivum seront Deus ». Comparez lual pour Ihual, « Cui Jehova est Deus », suivant le même. Voir son Thésaurus sur ces trois noms propres, à la suite de son grand article Ihuh.
(2) L’auteur se sert à ce sujet de l’expression adverbiale himmelweit « loin comme le ciel », ouv, cité, p. 551.
(3) Comparez son chap. Iaù, p. 339-38 avec le texte et surtout avec les Planches de V Histoire du Gnosticisme de peu J. Matter. 1 re édit.
tantôt Yahuh ou Ya'liô, d’où les Grecs auraient tiré leur Iakkhos 0), tantôt faiblement Yehvô par atténuation de l’aspirée médiale, d’où serait venu le Ieuô de Philon de Byblos. Le Tétragramme Ihuh, au contraire, a du constamment changer en a son h médial dans les transcriptions grecques, car, ajoute Movers, S‘ Jérôme a dit du dialecte hébreu : ldioma illius linguœ est per Ile scribere, sed per A legere, et un peu plus bas : lie littera quœ per A legitur (1 2 3). Dès lors, si l’auteur de l’oracle de Claros avait emprunté son Iaô au Ihuh de la Bible, il l’aurait rendu en grec par l’un des quatre mots : laua, lauas, Iauô , labe (3) relevés au § IV ci-dessus.
Ces raisonnements ne sentent-ils pas un peu trop la subtilité rabbinique? D’abord, en la forme, le II
(1) Volney, dans sa lettre à Lanjuinais ( Revue Encyclopédique d’avril-juin 1819, p. 509), faisait venir ce nom du qualificatif phénico-hébreu Iàh, « digne, convenable, beau, brillant », ar substitution du k/t grec ou II sémitique. Bochart (Canaan, p,442) le supposait tiré du syriaque Iakkho, enfant à la mamelle, et en effet Suidas in Ver ho, dit : Iakkhos, Dionysos epi tu mastô. Voyez là-dessus Religions de l’antiquité, T. III, lre part. p. 281-2. De son côté, A. Langlois qui, dans les notes de son Rig-Véda, 11, 233, n. 70, avait comparé Agni, nouveau-né, au jeune Iacchus, a ensuite expliqué le grec Iacchos par le sanscrit Yakchas, signifiant, selon lui, « désireux de sacrifier ». Voir à ce sujet son mémoire sur le dieu védique appelé Soma (c’est-à-dire Agnilibation dans les Mémoires de l’ Acad, des Inscript., XIX, 2de partie, p. 383 et suiv.
(2) Opp. T. II, p. 522. Ce Père de l’Eglise ajoute même après le
passage : « Sicut è contrario, A litteram sœpéper he pronun-
ciant », et cela à propos du 7/ des noms d’Abraham et de Sarah, écrits Abrhm et Srh.
(3) Die Phœnizier, I, p. 548-9.
faible de l’hébreu se distingue de VA, quoiqu’il se permute parfois avec cette voyelle, comme son correspondant phénicien (4). S* Jérôme lui-même a fini par le reconnaître implicitement dans sa lettre postérieure à Marcella lorqu’il lui écrivait que le Tétragramme hébreu contenait quatre lettres I, H, V, H, et qu’il pouvait se lire en latin IÀHO (4 5). Là en effet, s’il eût suivi ses anciennes idées, il se serait borné à écrire en latin IAO , comme l’avait fait Tertullien d’après les gnostiques grecs, il n’eut point ajouté un H après VA sous-entendu en hébreu, puisque ce II, d’après ce qu’il avait écrit précédemment, aurait représenté ou remplacé la voyelle A.
Ensuite et au fond, qu’aurait signifié pour des tribus polythéistes, comme l’étaient celles du désert arabique et du pays de Chanaan, cette distinction entre exister et vivre ? En toute langue, les deux idées ne se confondent-elles pas lorsqu’il s’agit d’êtres animés, dieux, anges, démons, hommes et brutes, sauf la durée plus ou moins longue de leur existence? En hébreu, elles s’expriment par des verbes presque identiques, puisqu’ils ne différent que par l’aspirée initiale, forte dans les uns ( ’Huh et ’Hih), faible dans les autres ( Huh et Ilih ), et qu’ils se conjuguent
(4) Voir à ce sujet le Thésaurus de Gésénius, p. 2 A et p. 359 A, et ses Honum. linguœ Phænidæ, p. 440.
(5) Au besoin, revoir les œuvres de S‘ Jérôme, II, p. 181-2 avec V appendice, p. 134, éd. Martianay.
absolument de la même manière ('), en sorte que leurs dérivés l’huh et lhuh devaient avoir des significations très-analogues, pour ne pas dire plus. Dans notre XIXe siècle, l’exégèse critique, en Allemagne, en Hollande et en France, a démontré par la Bible elle-même qu’avant la captivité de Babylone, !a masse du peuple israélite, à la fois polythéiste et idolâtre, ne voyait dans son dieu national Jéhovah que l’élément du feu, créateur et destructeur, principe de vie et de mort, qui brillait dans le soleil, dans l’éclair, dans la flamme, en même temps qu’il animait intérieurement les êtres créés, ou les faisait périr en se retirant d’eux (1 2). De là ce serment solennel que lui prêtent ses adorateurs : « 'ht ani, vivant moi ! » pour : je suis vivant ! ou je jure par ma vie ! serment qu’ils ne manquent pas d’imiter lorsqu'ils
(1) Gésénius incline à penser que de ces quatre formes radicales, les deux premières ont dû précéder les deux autres, à titre d’articulations énergiques, exprimant mieux la Vitalité. Voir son Thésaurus, p. 375 A., B. En effet, la notion abstraite, d’étre, d’existei', semble avoir été prise de la notion populaire de respirer, de vivre. Ce qui faisait dire à S« Augustin (Conf. 1,6) : « Domine, Cui esse et vivere, non aliud atque aliud est, quia summe esse et summe vivere id ipsum est ». Voir aussi sa paraphrase (Scrmo Vil de lect. exodi ), rapportée par Hoelemann, Bibel- Studien, 1, p. 59.
(2) Chez nous on peut citer : 1° Benjamin Constant, De la Religion, t. 11 ; 2° Edgar Quinet, du génie des religions ; 3° Michel Nicolas, Etudes critiques sur la Bible-, 4° Albert Réville, Revue des deiu mondes, nos des 15 juin et 1er juillet 1867 ; et 5° A. Carrière, Revue de Théologie, livraison d’avril-mai, de juilletaoût et de 7br -8brc 1869. Ce dernier critique est le plus complet.
le prennent à témoin de la vérité de leurs déclarations par ces deux mots : In Ihuh, •« vivant » (est) Jéhovah! (0. Si les prophètes du VIIIe siècle dont les écrits authentiques sont parvenus jusqu’à nous, prenaient ce dieu pour l’être absolu, pour l’être existant par lui-même, pour Celui qui est, le peuple ne s’en formait pas à beaucoup près une idée aussi sublime : lhuh n’était guère à ses yeux que le principe igné, que l’Agni primitif des Aryas, YIgnis des laims, Y Vgnis des Lithuaniens, YOgni des Slaves. Aussi les auteurs sacrés, pour se mettre à la portée des masses populaires, l’appelaient-ils feu consumant (1 2), lumière d’Israël 0), soleil du peuple 0), soleil de justice (3 4 5 6), enfin dieu fulgural et tonnant (°). Or les Grecs en disaient autant de leur Dionysos, Bacchos ou Iacchos , surnommé Pyrogenes,« né du feu », et qualifié Euas, Eua, Evim, Evios, épithètes que Movers ramène au radical sémitique 'Huh, vivre ou faire vivre (7).
Cela nous explique pourquoi ils le confondaient avec le dieu des Juifs, comme on le voit dans
(1) Voyez dans Je Thésaurus, aux p. 368 A., 378 B et 469 B, l’indication des nombreux textes bibliques auxquels je lais ici allusion.
(2) Deuteron., IV, 24 ; IX, 3.
(3) Isaïe X, 17.
(4) Ps. LXXXIV, 12.
(5) Malachie, IV, 2.
(6) I Samuel, II, I0-VII, 10-Ps.XVIIl, 14, XXXV118 ; 8 XL, 9.
(7) Die Phœnizier, I, p. 345-8.
Plutarque (*). Bien que ce philosophe ne nomme à ce sujet ni Iakkhos ni laô ou laou, les rapprochements qu’il fait entre les Triétérides grecques et les fêtes juives des tabernacles, célébrées de part et d’autre après les vendanges, montrent bien qu’il entend assimiler les cris ta , la, des ménades avec le refrain Hallelu Iah « célébrez Yah » que les Juifs ne pouvaient manquer de répéter durant ces fêtes automnales des récoltes (1 2 3 4). On connaît d’aillenrs les refrains lô Pæan ! Iô Bacchc ! que les Grecs proféraient dans leurs chants sacrés, le J" en l’honneur d’Apollon et le 2na en l’honneur de Dionysos, parce qu’ils les considéraient comme deux dieux ignés ou solaires agissant l’un d’en haut et l’autre d’en bas et concourant également à la production des biens de la terre 0). Peut-être même pourrait-on rattacher au même ordre d’idées ce que Plutarque raconte ailleurs des exclamations Elele u ! /ou, tou ! que les Athéniens poussaient après les libations aux dieux dans leurs fêtes automnales des Oslchophories , en portant des ceps de vigne chargés de raisins (4). Car Eleïeu Iou, Jou, rappelle involontairement haUeluiah et semble supposer une forme sémitique plus complète hallelu Ihuh, Ihuh , en place
(1) Symposiaques , Livre IV, question 6.
(2) Ce refrain figure dans nombre de Psaumes relevés dans le Thesaur. aux mots ’Hll et Ih, p. 380 B, et 580 B.
(3) A ce sujet, on peut voir P. N. Rolle : Recherches sur le culte de Bacchus, I, p. 66-90.
(4) Vie de Thésée, chap. XX.
de haHelu Yahuh, Yahuh , comme dans le nom vulgaire Alika-ihu, « quis sicut Jéhovah! ».
11 est certain, et l'abbé Movers en convient, qu'à l'avènement du christianisme et môme plusieurs siècles auparavant, les Hellènes confondaient leur Dionysos avec les dieux solaires des peuples qu'ils connaissaient, par exemple avec TOsiris des Egyptiens, l'Adonis des Phéniciens et des Syriens, YAttis des Phrygiens et le laô des Chaldéens, ce dernier interprété» lumière intelligible, en grec Phôsnoêton », el qualifié Sabaôth comme trônant au-dessus des sept cieux planétaires ('). S'il avait pu pousser ses recherches plus haut et plus loin vers l'Orient, il aurait vu que le Iaô-Sabaôth du Chaldaîsme répondait non seulement à YHelios Ileptaktis « soleil à sept rayons » des Néoplatoniciens d’Alexandrie et d'Athènes, mais encore au triple ou septuple Agni des Védas de l'Inde sous ses divers titres de Sahasô- Yahuh « fils de la force », Saplartchih « doué de sept rayons », Saptarchêyah » fils des sept Richis ou voyants » et de Putra Sabhayichthah « fils trèsdomestique » comme brillant constamment au foyer sacré de chaque maison, dernière épithète que les Grecs ont fait passer dans leur langue sous la forme Hephaistos (2). 11 aurait probablement compris et
(1) Joh. Lydus,De mensibus, IV, 48, p. 74, et 98, p. 1 12-Cedrenus, Chorographia, I, 296.
(2) Suivant l’étymologie de M. Ad. Kuhn, adoptée par M. Ad. Pictet dans Les origines iudo-europèennes ou les Aryas primitifs II, p 678.
par suite il n’aurait pas repoussé le rapport mystique du Ihuh-Chb'aulh chaldéen, littéralement « fils des sept » avec le Ihuh Tsbauth biblique, originairement «« fils des splendeurs » (célestes). Par suite encore, il ne se serait pas borné à traduire ce dernier nom par Jéhovah des armées P), à moins qu’il n’eût pris Ihuh dans le sens de créateur, à l’exemple de Gésénius (1 2), ou sous-entendu entre les deux termes hébreux le qualificatif Allii « dieu »> à l’état construit, comme le font la plupart des exégètes. Mais n’anticipons pas sur des explications qui seront mieux placées dans des chapitres ultérieurs.
En dernière analyse, s’il est manifeste que le savant professeur de Breslau s’est trompé en refusant de reconnaître avec les Pères de l’Eglise l’affinité du laô grec avec le Ihuh hébreu, il n’en faut pas moins lui savoir gré de ses efforts pour dissiper les nuages amassés autour de l’oracle de Claros. 11 a très bien vu d’abord qu’un hymne commenté à Rome sous Auguste par Cornélius ou Antistius Labeo fils, ne pouvait être postérieur au christianisme ni relégué dans quelque secte obscure et sans nom ; ensuite qu’il eût été difficile aux gnostiques des premiers siècles de l’Eglise, sortant du paganisme pour la plupart, d’emprunter aux Juifs un nom divin que ceux-ci n’osaient plus prononcer ; enfin que depuis longtemps les payens faisaient usage d’un nomsem-
(1) Voir Die Phœnizier, I, p. 550-8.
(2) Thesaur, p. 577, en note et p. 1140 B.
blable dans leur théorie alors très-répandue de l’harmonie des sphères célestes. Seulement, on peut regretter que ses idées sur la double distribution des cinq petites planètes entre les dix signes du zodiaque qui suivent les deux du Lion et du Cancer, réservés l’un au soleil et l’autre à la lune (G, ne l’aient pas amené à s’expliquer sur l’Heptagramme lehôoua de J. C. Scaliger, NasFuller, Sixt. Amama, J. Matthias Gesner, J. D. Michaélis, Bellermann, Seyffarth, Duncker et autres partisans de la prononciation Jéhovah. Ce n’est pas précisément une lacune dans son ouvrage ; car il n’y traitait point de la religion des Israélites. Mais il eût été bon qu’il donnât son avis là-dessus pour compléter ses éclaircissements sur le rôle considérable que le nombre sept jouait dans les antiques religions de l’Asie et plus particulièrement sur le fameux système de l’harmonie des sphères.
Cette matière est vaste et compliquée, parce qu’elle se rattache au calendrier, à la physique, au sabéisme, à l’astrologie, à la théurgie, au monothéisme panthéistique, et surtout à la transmigration des âmes à travers le zodiaque. Mais, pour abréger, je n’en extrairai ici que ce qui concerne le rapport mystérieux dessept planètes connues des anciens tant avec les sept lettres de la lecture Jéhovah ou lehôoua qu’avec les sept jours du cycle hebdomadaire qui clôt dans la Genèse le premier récit de la création.
(1) Ouv. cité p. 164 et suivantes,
Grâce aux savantes recherches de l’érudition moderne, personne n’ignore aujourd’hui que les anciens astrologues de l’Orient avaient affecté les sept voyelles de l’alphabet grec et consacré les sept jours de la semaine, originairement lunaire 0), aux sept Planètes visibles admises par l’antiquité, savoir : aux deux grandes, le soleil et la lune, tout d’abord, ensuite aux cinq petites, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne.
L’ordre dans lequel je nomme ici les sept planètes n’est pas Y astronomique, tiré de leurs distances à la terre ou de la durée de leurs révolutions, puisque le soleil y figure avant la lune, Mars avant Mercure et Jupiter avant Vénus. C’est l’ordre hebdomadaire, je veux dire celui qu’elles gardent constamment dans la semaine de sept jours. En effet, presque partout où ce petit cycle était en usage, sinon dans les relations de la vie civile, au moins dans le comput des fêtes ou cérémonies religieuses, il commençait par le Dimanche, jour du soleil, et se terminait par le
(1) Cette origine, contestée par quelques savants, a été reconnue exacte par nombre d’autres et notammentpar Ideler en Allemagne, par I.etronne en France et par Higgins en Angleterre. L’observation des quatre principales phases de la Lune (les syzygieset les quadratures), aura suggéré aux peuples pasteurs de l’Asie l’idée de partager chaque lunaison d’abord en deux quinzaines ( Pakchàh ou Pakchàni en sanscrit), puis en quatre semaines de sept jours chacune ( Chab’aim ou Chab’aôth en hébreu).
Samedi, jour de Saturne (*), et c’est l’arrangement que suivent encore de nos jours les chrétiens, les israélites, les brahmanes et les bouddhistes. Cependant l’ordre astronomique apparaît chez les Grecs dans la série des sons vocaux qu’ils attribuaient à ces sept astres errants, à l’imitation des Orientaux sans nul doute, car c’est de l’Orient, c'est-à-dire ou de l’Egypte, ou de la Chaldéeou de la Perse, qu’étaient venues leurs premières connaissances en astronomie. C’est de ces contrées que Pythagore avait rapporté en Grèce son fameux
(1) Nombre d’érudits, se fondant sur un célèbre passage de Dion Cassius, XXXVII, 18, ont prétendu qu’en Egypte 1 ’Hebdsomade commençait par le jour de Saturne et finissait par celui du Soleil. Mais les égyptologues n’admettent que la Déc adr chez ce peuple pour la longue période des Pharaons indigènes. La semaine de sept jours y serait donc une importation étrangère et relativement moderne : entre eux le débat. — Jean le Lydien, écrivain du VIe siècle de notre ère, a dit que les Chaldéens, les Egyptiens et les Pythagoriciens n’étaient en ce point que des imitateurs de Zoroastreet d’Hydaspe et qu’ils plaçaient Saturne au 7e jour. Voir son livre de mensibus, p. 14, 16 et 24. — M. G. Rogier s’est trompé à la suite de l’abbé Roussior et autres, lorsqu’il a admis qu’anciennement et même dans la nomenclature des peuples latins, la semaine de sept jours partait de la lune et finissait par le soleil. Voir son livre intitulé L'Antiquité des races humaines, p. 406, note B, Paris, 1 864, in-8°. C’est là une opinion populaire, fondée en partie sur le système astronomique et en partie sur la substitution de la fête chrétienne du Dimanche à la fête juive du Samedi. Chez les Grecs le 7e jour était consacré à Apollon. Mais il est prouvé que les Assyro-Chaldéens et par suite les Grecs des derniers temps donnaient à Saturne le titre de soleil.
système de l’harmonie des nombres, des sons et des sphères, éclairci par Platon et adopté par Kepler.
La théorie vocale que je rappelle parait avoir varié dans son application aux sept planètes, parce que le système astronomique a été longtemps à se fixer, et qu'il est même resté vacillant en ce qui concerne les positions relatives de Mercure et de Vénus (0. Finalement les musiciens astrologues assignèrent aux sept Planètes les sept voyelles de l’alphabet grec dans l’ordre suivant, savoir : 1° A à la lune ; 2° E à Mercure ; 3° H à Vénus ; 4° 1 au soleil ; 5° O à Mars: G" T à Jupiter et 7° à Saturne (1 2 3). On employait ces sept voyelles en guise de notes musicales et on les faisait correspondre à l’échelle diatonique : si, ut, rè. mi, fa, sol , la, donnée oü ûgurée par V Heptacordc ou lyre à sept cordes O). C’est ce qu’on appelait Y Heptaphthongue, YHeptagramme ou Y Heptaphône.
(1) Voyez là-dessus ou l’abbé Barthélemy : Mémoires de l’Acad. des Inscript., LXXX, p. 512-7, édit, in 12, ou Dupuis : Origine de tous les cultes, Vit, p. 185-92, édit. Auguis, pour ne pas citer les écrivains plus modernes.
(2) Voyez à ce sujet Barthélemy et Dupuis, ouv. et lieux cités. — Jean le Lydien, de mensibus, p. 14, n° 2, attribue 1° H à Mercure, 2° L à Vénus, 3° II au Soleil, 4° I à Saturne, 5° O à Mars, 6° l' à la Lune et 7° fl à Jupiter. Je m’en tiens, après Barthélemy, Dupuis et autres, à l’arrangement relaté dans ie texte ci-dessus, parce qu’il est plus conforme à l’ordre naturel des voyelles dans l’alphabet et des Planètes dans le ciel.
(3) Mêmes ouv. et lieux cités. Les musiciens archéologues peuvent y joindre les savantes recherches de Burette, Roussier, Delaulnaye, Th. H. Martin, Vincent, Tiron, etc., sur l’ancienne musique des Grecs.
Cette gamme musicale était toute naturelle et devait remonter à une très-haute antiquité. Car la lre musique humaine a dû être purement vocale comme celle des oiseaux, et par conséquent notée dans le langage aussi bien que dans l’écriture par des voyelles simples, plutôt que par des consonnes précédées ou suivie* de voyelles exprimées ou sous-entendues, autrement dit, plutôt que par des monosyllabes (U.
C’est une grande question de savoir d'où provient la différence qu’on remarque entre les deux séries, V hebdomadaire et Y astronomique, des planètes, savoir :
1° Soleil, Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne,
2° Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne.
Une 2de question qui se rattache à la précédente, est de savoir quel a été le peuple inventeur de la théorie astrologico-musicale dont il s’agit et à quelle époque elle s’est répandue de proche en proche chez les autres peuples, car tout démontre
(1) Démétrius de Phalère ( Péri Herméneias c. 71) s’est donc trompé lorsqu’il a dit qn’en Egypte les prêtres avaient substitue le son des voyelles, en raison de leur euphonie, à celui de la flûte et de la cythare. Dans l’Inde, les musiciens expriment les sept sons, non point comme les Grecs, les Romains et les Ie" chrétiens, par les sept lres lettres de l’alphabet, mais bien par les syllabes initiales : Sa, Ri, Ga, Ma, Pa, Dha, Ni, de sept noms sanscrits expliqués par W. Jones, et rectifiés par M. Guigniaut dans les Religions de l’Antiquité, I, 2e partie, p. 641-2, note 12.
que le système astronomique qui lui sert de base a dû être le fruit d'un grand nombre d’observations sidérales exécutées par quelque collège de prêtres, à la fois astronomes, astrologues et aslrolâlres.
Enfin je vois surgir ici une 3e question : celle de savoir si la semaine de sept jours n’a pas été successivement lunaire, cosmogonique et planétaire , et si elle ne dérive pas originairement du culte de l'élément igné, du feu créateur, conservateur et destructeur, considéré sous trois points de vue par les anciens peuples pasteurs de l’Asie centrale, c'est-à-dire comme brillant au ciel dans le soleil d’abord, puis dans les étoiles du firmament et dans les éclairs de l'atmosphère, enfin dans les volcans terrestres en activité, ainsi que dans les foyers de la tribu ou de la famille.
Voilà des problèmes religieux clignes d’intérêt pour l'archéologie préhistorique, ,1e les ai examinés, il y a bien des années déjà, dans un travail spécial sur les antiques périodes septénaires, travail lu à l’Académie d’Amiens et resté inédit. Ce n'est pas ici le lieu ni le moment d'en faire le résumé. Je me bornerai à rappeler dans une note, relative au Ier, mes idées sur les trois explications que d'habiles érudits ont données de la divergence signalée ci-dessus entre les deux séries planétaires dont est question 0).
(1) Ces f rois explications ont été analysées par Dupuis, Letronne et autres et résumées en dernier lieu par Alexandre de Humboldt dans son Cosmos, III, p. 084-90.
Tout le monde reconnaît qu’environ deux siècles avant notre ère, à une époque où les les rêveries mystiques des astrologues de l’Asie moyenne et antérieure s’étaient propagées d’un côté dans le monde Indo-Persique et de l’autre dans le monde Gréco-Romain ('), les nombreux et dévots partisans de la théorie astrologico-musicale dont je m’occupe dans ce §, s’étaient imaginé que chaque planète rendait un son exprimé par une voyelle et que c’est par le son de celte voyelle qu’il fallait l’invoquer à son rang hebdomadaire chaque jour de la semaine!1 2 3'. Je dis à son rang hebdomadaire, parce que, tous les malins, les pieux musiciens faisaient résonner à la fois les sept voyelles planétaires, en imitation des sept musiciens célestes (3). Car ils se figuraient que les sept astres errants formaient un orchestre divin ou une collection de symphonistes qui avait pour chef le soleil. Seulement, ils prenaient le soin de commencer chaque matin par la voyelle de la planète qui était censée présider au jour dans lequel on entrait, et qui, à ce titre, était mise ce jour là à la tête des six autres. Il va sans dire que cette
(1) Voyez là-dessus les observations de MM. Biot père et Alfred Maury dans les Mémoires de V Académie des Sciences, XXII, p. 225-7 et 267-8.
(2) Voir à ce sujet l’article Planètes de l’Origine de tous tes cultes, VII, p. 184-222, et plus particuliérement p. 215-8.
(3) Cela résulte des textes de Démétrius de Phalère, de l’oracle de Claros et de l’inscription de Milet dont je parlerai tou t-à-1’ heure.
ritournelle planétaire variable, au moins d'un jour à l’autre, n’excluait pas les préludes ou modulations préliminaires, consistant soit à suivre un autre ordre dans l'arrangement et l’émission des sept sons, soit à n’en faire résonner que deux ou trois ou quatre, ainsi qu’on le verra plus loin.
Le solfiement dont est question avait lieu tous les matins au lever du soleil. Il est très probable qu’il se répétait une 2de fois à midi, lors du passage de cet astre au méridien, et une 3e fois le soir à son coucher. C'est le soleil, en effet, qui. durant sa carrière diurne, éclairait, échauffait, vivifiait les trois mondes du ciel, de l'atmosphère et de la terre. C’est lui qui, placé au centre, donnait le ton aux six autres musiciens célestes. Nous voyons par les hymnes védiques que les poètes du Sapla-Sindhou le faisaient triple sous le nom composite Agni-Vâyu- Sùryu (Jgni-feu pour la terre, Vàxju- air pour l’atmosphère, Sûn/a-soleil pour le ciel), qu’ils lui consacraient en plein air, et plus tard dans leurs habitations, trois foyers, placés, le 1er à l'Est, le 2d au Sud et le 3e à l'Ouest, et que là ils lui offraient sept libations à chacun de ces trois instants du jour 0). D’un autre côté, les auteurs grecs nous
(I) Le Rig-Véda y fait maintes fois allusion, et le Code des lois de Manou montre que ces usages se sont perpétués dans le Brahmanisme postérieur à la période Védique. Ces trois stations journalières du soleil portent en sanscrit le nom de Savanas et l’astre lui-même celui de Savitar, du radical Su ou Su « verser, répandre, épancher », puis, par métaphore,
apprennent qu’en Egypte les prêtres d’Osiris offraient de l’encens à ce dieu trois fois par jour
■ engendrer, produire, enfanter », significations que j’ai déjà cru reconnaître dans l’antique radical Yak. — Les trois sacrifices quotidiens dont est question peuvent servir à expliquer la divergence, signalée ci-dessus, entre la série astronomique et la série hebdomadaire des sept planètes. En effet, supposez que le dimanche soit consacré au soleil, vous aurez ce jour là pour 1er terme de la ritournelle planéiaire, savoir : au matin \e soleil, à midi Vénus (en descendant la série astronomique), et au soir Mercure, de sorte que les l®rs termes pour le lendemain seront: au matin la lune, à midi Saturne (en reprenant la série par le haut) et au soir Jupiter, ce qui vous donnera pour le surlendemain, savoir : au matin Mars, à midi le soleil et au soir Vénus, et pour le 4e jour, au matin Mercure, a. midi la lune et au soir Saturne, d'où la ritournelle du matin, pour les trois jours suivants commencera la lerc fois par Jupiter, la 2Je par Ténus et la 3e par Saturne. — Du reste la théorie astrologico-musicale dont il s'agit est trop savante et trop compliquée pour qu’on puisse la faire remonter aux âges primitifs. — Notons à ce sujet que parmi les sept ou huit séries planétaires que j’ai recueillies dans les écrivains de l’antiquité, il en est une qui case les planètes dans le ciel absolument comme dans la semaine. On la trouve, 1° dans les Purànas Hindous (Voir le Vichnu Puràna, trad°n Wilson, p. 83 et 228. — Colebrooke, Miscellaneous essays,
I, p. 133-4 et II, 3C3 n 2 et p. 413 — Creuzer et Guigniaut, Beligionsde l’antiquité, p. 231 et suiv., 2° dans quelques auteurs grecs (Voir l 'Origine des Cultes, VII, p. 185-6.) et dans divers monuments celtiques ou germaniques (Voir Schlègel, ind. Bibl.,
II, p. 179, de Bohlen, das alte indien, I,p. 247, et Court de Gebelin, Histoire du calendrier, p. 580-2). Elle est le fruit de l’ignorance sans contredit. Mais elle pourrait bien remonter plus haut que le système astronomique et avoir servi de 1er canevas à la série hebdomadaire plutôt que d’être une application fautive de ce système.
au matin, à midi et au soir (0. Il y a bien de l’apparence que ceux à' Adonis en Phénicie et dans le Liban, ceux de Bel en Chaldée et en Assyrie (2) et ceux de Milhra en Perse agissaient de même, et par les mêmes motifs, envers ces trois dieux solaires, également qualifiés du titre de Iahô ou laô dans le gnosticisme. Bien que le Pentateuque ne parle que de deux sacrifices journaliers à Jéhovah, pour le matin et le soir, j’incline à penser que les Juifs polythéistes en pratiquaient un 3e à l’heure de midi en l’honneur de Bàal (1 2 3 4). L’idée était si naturelle que, bien des siècles plus tard, l’Eglise catholique a institué ses trois Angélus quotidiens, sonnés et récités matin, midi et soir, en commémoration de la venue en ce monde du soleil de justice, de grâce et d’amour, du rédempteur des âmes, appelé Jésus, du nom de son père céleste, en vieil hébreu Ihuchu’a « Jéhovah-Sauveur », ou, selon moi, « fils-Sauveur » (*).
(1) Voir les indications fournies par MM. Birch et Chabas dans la Revue archéologique, XIV, p. 78, et p. 456, et surtout le Traité de Iside et Osiride attribué à Plutarque.
(2) Daniel, VI, 10 et 13,1e déclare, ainsi que le Fihrist extrait par de Hammer dans le Journal asiatique , 3e série, XII, p. 249-50.
(3) Cela me paraît résulter de l’histoire des démêlés du prophète Elieavec les prêtres de Baal, voirl Rois, XVIII, 26 et 29.
(4) Voyez S* Matthieu, I, 21, et S* Luc, I, 21-8, et sur le titre de Soleil de Justice donné au Messie, d’abord le prophète Malachie, ch. IV, 2, puis Jablonski, de origine festi nativ. Christi dissertatio, in Opuscul., III, p. 346 et suiv, et ibi Te Water ; enfin Creuzer et Guigniaut, Religions de l'antiquité , I, 2» pari. p. 361- 5 et 401-2.
Toutefois il parait qu’en Palestine, sinon avant, du moins après l’exil babyloniennes pieux Jéhovistes honoraient leur dieu non pas seulement trois fois, mais bien sept fois par jour. Cela du reste n’aurait rien d’étonnant, car le nombre sept était aussi sacré chez les Hébreux que chez les Aryas. A ce titre il figure aussi fréquemment dans la Bible que dans le Rig-Véda. Un psaume alphabétique par acrostiches porte en propres termes sous la lettre Ç in ou Chin : « Je te célébré sept fois par jour à cause de tes jugements équitables », et quelques versets auparavant sous la lettre Qoph, il y est dit : « Je précède l’Aurore pour (te) supplier, et j’espère en la parole. Mes yeux s’ouvrent avant (la fin des) veilles (de la nuit), pour m’entretenir de tes décrets ('). Ces trois versets indiquent qu’à certaines heures de la nuit les dévôts se réveillaient pour louer Jéhôvâh, comme ils le faisaient à diverses heures du jour, et qu’ils proféraient ce nom sept fois par Nykthémère, et par conséquent 49 fois par hebdomade, en sorte que la 50e fois aurait commencé par le Ur jour de la semaine suivante, c’est-à-dire par le dimanche (1 2).
(1) Psalm. CX!X, p. 164 et 147-8.
(2) Il n’échappera pas au lecteur que ces nombres concordent avec ceux des semaines de jours, de mois et d’années simples ou septuples du calendrier juif. Par exemple, la Pentecôte venait le 50e jour après Pâques et le Jubilé la 50e année après sept périodes sabbatiques, c’est-à-dire la 1 re après 7 fois 7 jours, et la 2d« après 7 fois 7 ans.
Mais ce Psaume élant jugé postérieur au retour de l’exil babylonien ne serait pas d’un grand poids dans la question de savoir si les payens avaient calqué leurs heptagrammes planétaires sur ces récitations quotidiennes et judaïques en sept lettres du nom quadrilitère, quel qu’eût été le nombre des uns et des autres: car, d’un côté, les juifs d’alors ne prononçaient plus guère ce nom divin, et, de l’autre, les ritournelles païennes me paraissent remonter plus haut. Aussi les partisans de la lecture Jehôvàh préférent-ils s’appuyer sur d’autres textes bibliques réputés plus anciens.
Ces textes sont : d’abord le Psaume Cceli enarrant gloriam Dei attribué à David, dans lequel le roi prophète fait évidemment allusion à l’harmonie des sphères (■) ; puis un verset du prophète Amos portant que c’est Jéhovah qui bâtit ses étages dans les cieux (2) ; ensuite trois autres versets de Zacharie déclarant que les sept yeux de Jéhovah vont par toute la terre (3) ; enfin les détails donnés par le livre de l’Exode sur le chandelier d’or à sept branches, placé dans le sanctuaire près de la table des douze pains de proposition W, détails
(1) Ps. X!X, 1-5 — l’expression caractéristique est le mot hébreu Qum « Sonus eorum », Septante phthongos, Symmaque ekhos. Voyez Gésénius, Thesaur., p. 1 f20 B, — Ewald; PoetBùcher II, p. 28, — S. Cahen ; La Bible in loco, et même Bahr, Symbolik des Mosaischen cultus, I, p. 191.
(2) Amos IX, 6.
(3) Zacharie, III, 9 et IV, 2, 10.
(4) Exode, XXV, 31-9, et XXXVII, 17-24.
qui, au jugement des doctes, se rapportent les uns aux sept planètes et les autres aux douze signes du zodiaque dans lesquels elles avaient leurs domiciles suivant l’astrologie orientale (•).
A ce sujet, rappelons en passant que le psaume davidique cité tout à l’heure ajoute à son tableau des cieux dont la voix se fait entendre partout, que le dieu-fort (hébreu Al) a posé en eux une tente pour le soleil et qu’immédiatement après il dit de celui-ci : « Et lui (hébreu uhua ), comme le nouvel époux sortant de sa couche nuptiale, se réjouit comme le héros pour parcourir sa carrière. Il part de l’extrémité des cieux et son circuit (s’étend) jusqu’à leur (autre) extrémité. Rien ne résiste à sa chaleur » (1 2). La Vulgate, par méprise ou de propos délibéré, traduit : « in sole posuit tabernaculum suum ». Elle imite ainsi tout-à-la-fois et la kabbale judaïque et le gnosticisme oriental. On sait que la lre considérait le grand astre comme le représentant visible de VAin-Suph ou de l’infini, nom par lequel elle désignait le Jéhovah de la Bible, et que le
(1) Philon, Josephe, Clément d’Alexandrie, Origène et même S‘ Augustin ont reconnu d’une manière plus ou moins explicite que les 12 fils de Jacob n’étaient pas sans rapport soit avec les 12 signes du zodiaque, soit avec les 12 soleils mensuels de l’annee, et à l’appui de leurs interprétations, on peut citer plusieurs textes du Pentateuque, entre autres, Genèse, XXII, 20-4 ; XXVIII, 12-3 , XXXVII, 9-11 ; et XL1X tout entier.
(2) Ps. XIX, 4-5.
identifiait généralement son Iaô «soleil intellectuel», ou « lumière intelligible », avec le Pater agnôslos ou « Père inconnu », avec celui-là môme auquel l’oracle deClaros faisait dire : « sept voyelles me célèbrent, moi, dieu grand et immortel, père infatigable et éternel de toutes choses. Je suis l’impérissable heptacorde qui règle le mélodieux concert de la rotation céleste » (0.
Il résulte des deux passages d’Eusèbe, indiqués à la note précédente et relatifs au concert harmonique des sept cieux, que ce Père de l’Eglise considérait les ritournelles planétaires des Grecs comme des emprunts faitsau Tétragramme hébraïque. Il le dit môme en termes très-formels dans l’un des deux, à propos des prétendus mystères de l’alphabet qu il développe à l’exemple des Kabbalistes, des Gnostiques et des Néoplatoniciens. De là le système Jéhoviste dont j’ai maintenant à parler dans ce paragraphe.
Plusieurs exégètes de renom, en tête desquels je place Matthias Gesner, à titre de vulgarisateur, se sont prévalus de l’opinion émise par l’évèque
(1) Dans Eusèbe, Prœpar. evang., p. 519-20. Comparez ibid, p. 202, ed. Viger. — En s’avançant plus loin vers l’Asie centrale, on trouve aussi cette identification du soleil avec l’Etre-suprême, par exemple en Assyrie, en Perse et dans l’Inde. Aussi le Rig- Vèda contient-il plus d’un hymne où Sûrya « le soleil » se confond avec PradjApati « le Seigneur de la création » et où sa course journalière est décrite en termes presque identiques à ceux du Ps. Cœli enrrrant gloriam Dei.
de Césarée pour soutenir que la lecture Iehôoua ou Jehôvâh était très-ancienne en Israël; que c’était même l’antique et véritable prononciation de ce nom quadrilatère; qu'elle s’était conservée parmi les rabbins après la destruction du 2e temple de Jérusalem, et que la massore de Tibériade n’avait fait au fond que l’adopter dans sa manière habituelle de ponctuer ce nom divin. Quelques uns ajoutent même qu'elle avait pu en agir ainsi sans crainte et sans scrupule, parce que. depuis plusieurs siècles, l’usage était de remplacer Ihuk par Adni dont la ponctuation était à très peu près la même (').
Voici en abrégé comment les Jéhovistes en question essaient de justifier philologiquement leur hypothèse, à défaut de preuves historiques.
Comme les nombreuses combinaisons de vovelles
planétaires qu'on lit dans les monuments du gnosticisme oriental qui sont parvenus jusqu’à nous, ne présentent pas celle dont ils ont besoin (1 2), ils conjecturent que pour le 7e jour de la semaine,
(1) Revoyez là-dcssus le P. Souciet et le cher Drach, outrages et lieux cités précédemment.
(2) On aurait pu s’attendre à la trouver sur l’inscription grecque découverte dans les ruines de la ville de Milet en Ionie et savamment expliquée au siècle dernier par l’abbé Barthélemy dans les Mémoires de l'Acad. des Insar., T. XLI, in-4° ou LXXX, in-12. Malheureusement, des sept colonnes qui la composaient, la 7e et la plus importante, celle de Saturne, manque complètement par suite d’une rupture de la pierre gravée.
c’est-à-dire pour le jour du Sabbat, consacré à Saturne par les païens et à Jéhovah par les Juifs, ceux-ci avaient adopté une formule expressive et caractéristique du dieu suprême, celle de 7/iu/Hhua, composée de Ihuh « Jéhovah », et de Hua « Lui » ou «. l’Etre » par excellence, et articulé ou Tehô-oua ou leô-lloua par suppression soit de l’aspirée finale du ier terme, soit de l’aspirée initiale du l’écriture hébraïque n’admettant pas
volontiers le redoublement d'une même lettre dans le corps d’un mot simple ou composé et le remplaçant d’ordinaire par un signe diacritique, appelé Daghesch dur par les grammairiens.
Dans ce système, il eût été mieux, ce me semble, de substituer au composé hypothétique Ihuh-\-hua , celui de Ih+huh « Yâh étant »,ou « Yâh existant », pour : C’est Yâh ou Yâh est, en remplaçant le futur du verbe substantif par le participe présent. Ce dernier composé se serait prononcé Yâh-hôvâh, puis Yehôvâh par changement du 1er point-voyelle à en e brévissime avec suppression de l’une des deux aspirées du milieu et maintien de celle de la fin. La lecture ou prononciation Yehôvâh rappellerait ainsi, pour le fond de l’idée, le panthéistique Iaô tant de l’Oracle de l’Apollon de Claros que des gnostiques Basilidiens, dieu qualifié par l’un *bros Iaô et par les autres Iaô Abraxas ou Abrasax (*),
(1) Ce nom à’ Abraxas ou d’ Abrasax est encore une énigme. Voy. J. Matter, Histoire du gnosticisme, II, p. 46-58, Ire édit. — Movers cite, d’après Selden, des amulettes gnostiques portant
et elle conviendrait d'autant mieux à la désignation dieu d’Israël que les sémites du voisinage identifiaient ce dieu avec leur Belitan ou Bel l'ancien, autrement dit avec le vieux Saturne casé par les astrologues tantôt dans notre soleil, tantôt dans la plus haute des planètes, dans le soleil de VEmpyrée qu'ils nommaient El-Elion « le Dieu Très-Haut » (*) : idées admises par ies Juifs eux-mêmes, puisque le Psalmiste dit à lhuli : « Tu as établi Elion pour ton refuge » (2).
Rappelons à propos de cette hypothèse philologique, un certain passage déjà cité du Guide des égarés dans lequel Maimonide raconte que les Talmudistes (du 2n(i au 6° siècle de notre ère), agitaient entre eux la question de savoir si l’une des quatre
Ab-rabba-dabra qu’il interprète par « Der grosse ater des Logos »
( Die Phænizier I, p. 204), puis il rend Abraxas, par « die grosse sieben », comme formé du sémitique Ch b'a rba (ibid. p. 353), lu de droite à gauche. Mais, outre qu’il supprime un b, il n’obtient ainsi qu’une finale ch, au lieu de xas ou sax. Le mot l’extrait traduit par M. Dulaurier dans le Journal asiatique, IX, 4e série, p. 54a, ou la traduction du livre entier par Schwartze, édit. Petermann, aux pages 224, 228 et 233, Berlin 1837 in-8°. hébreu Ksa ou Ksh « lumière, pleine-lune », ne conviendrait-il pas ici ? On aurait alors Pater magnus ou magui luminis, en se rappelant ce passage de la Pistis Sophia : « Jésus ajouta : Iaphistha etc., etc. Car je connais le nom du père du trésor de la lumière, et en même temps, élevant la voix, il s’écria : C’est Aberanenthôr, proclamant ainsi le nom ineffable ». Voyez
(1) Voy. Movers, ouo. cité, p. 234 et suiv. — Comparez Genèse XIV, 19-22.
(2) Ps. XII, 9.
lettres du Tétragramme ne devait pas être redoublée dans la prononciation (*). Je conjecture qu’il s’agissait de son h médial, ainsi que je l’explique dans la note ci-jointe (2).
Je ne m’arrête pas d’ailleurs aux objections lexicograpbiques qu’on a faites au système de Matthias Gesner et consorts, et que l’on tirait de la différence quant aux voyelles entre les alphabets
(1) Voir la trad°n de feu S. Munk, I, p. 273, ou le Thesaur. de Gésénius, p. 577 A.
(2) Selon les règles ordinaires de la ponctuation massoréthique, il n’y avait dans ce nom divin que la lre lettre I ou la 3e U qui fussent susceptibles de redoublement. Or, si nous supposons que ces vieux grammairiens exégètes considéraient Ihuh comme un mot composé à l’aide des deux racines Ih et huh juxtaposées, n’est-ce pas sur le h médial que portait la question? On a vu que je prends Ihuh pour un simple dérivé d’un radical perdu Ih, ponctué Yâh, avec addition du suffixe uh. Je n’ose pas supposer que les Talmudistes dont parle Maimonide allaient si loin que moi, car ils paraissent n’avoir vu dans le qualificatif Ih qu’une syncope du Tétragramme Ihuh-, mais ces questionneurs, tout en ne songeant qu’au radical conservé huh, ponctué hàvàh au parfait et hôvàh au participe présent, ne faisaient-ils pas allusion à ce participe hàvàh! ne le supposaient-ils pas ajouté au 1er terme Ih (pour Ihuh), à titre de développement ou pour mieux dire d’explication ? Dans cette hypothèse, ils se seraient demandé si, par exception, l’on ne devait pas appliquer au h médial de Ihuh le daghech redoublant appelé Techdid en arabe. L’auteur de l’harmonie entre l’Eglise et la Synagogue, I, p. 375, semble incliner ici pour le Daghech Mappik ou corroboratif qui, à la fin d’un mot, communique à la lettre qui le reçoit un son plus fort sans la redoubler, et par suite vouloir l’appliquer au 2<i h. Mais le texte de Maimonide ne me paraît pas se prêter à cette supposition. La mienne n’est pas entrée non plus dans l’esprit de ce rabbin. Je ne la donne que pour ce qu'elle vaut, n’ayant à l’appuyer que sur l’hypothèse de Ih-\-Huh, analogue à celle que j’ai admise au ch. I, § 0, luha, une leçon laoui des Stromales de Clément d'Aleiandrie à propos du labe Samaritain.
gréco-égyptien et phénico-hébreu (0. Elles sont aujourd'hui sans valeur ou du moins sans portée (1 2). Les Grecs n'étaient pas ici des inventeurs, mais des copistes de la théosophie orientale; leurs auteurs en conviennent et s’en réfèrent soit aux Egyptiens, soit aux Chaldéens, soit même aux Perses (3). Nous venons de voir qu’Eusèbe de Césarée en appelait aux Hébreux, et je crois qu’il n’avait pas tout à fait tort. Selon mes conjectures, il ne lui manquait que de remonter, sinon aux Aryas du Sapta-Sindhou, du moins aux Brahmanes de l’Inde, leurs successeurs, qui possédaient l’alphabet le plus complet que l’on ait découvert jusqu'à ce jour. Les Grecs n'avaient lait qu'imiter ici les théories orientales, et j’oserai en dire autant des Egyptiens-Coptes. Il me semble
(1) Gésénius les avait adoptées dans son Thesaitr., p. 578 A, après Didyme de Turin. Alexandre de Humboldt ( Cosmos , 111, p. 691, n. 57) cite aussi dans ce sens Zoèga, Lobeck, Tœlken, et Ideler fils.
(2) Notre illustre égyptologue, M. le vicomte Emmanuel de Rougé, a montré dans plusieurs lectures récemment faites à l’Académie des Inscript, et Belles-Lettres dont il est un des membres les plus éminents, que l’alphabet dit phénicien avait été formé à l’aide de divers signes phonétiques empruntés aux écritures égyptiennes, thèse que M. Fr. Lenormant vient de reprendre après feu M. Charles Lenormant, son père, et de développer dans un mémoire couronné par la même Académie et en cours de publication.
(3) Dion Cassius tenait pour les Egyptiens et Jean le Lydien pour les Perses. Il me semble que les Assyro-Chaldéens auraient plus de droits à l’invention.
que les uns el les autres s’étaient bornés : îu a remplacer le He sémitique par leur voyelle Ilia ; 2" à scinder le Wau, prononcé Ou, en deux voyelles O et U, parce que le Ile final de Ihuh étant réputé quiescent, ils ne pouvaient le compter pour signe du 7e son de la gamme harmonique, et 3° à employer leur 0 méga en place de la finale ah ou uh à l'exemple des Phéniciens, des Perses el des Indiens (0. De telle sorte qu’en définitive, entre leurs nombreuses combinaisons de voyelles planétaires, ils obtenaient notamment la modulation approximative 1E0UA 110 qui figure sur le monument de Milet. en tête de la 1re colonne consacrée à la Lune (1 2).
En restant sur le terrain de la philologie, on pourrait demander aux partisans de la lecture Jehôvâli pourquoi ils laissent entièrement à l’écart la ponctuation Jèhôvih. Elle est, il est vrai, plus rare dans la Bible que la précédente. Cependant on l'y rencontre assez de fois pour que les Jéhovistes en question aient dû, à mon avis, se
(1) Nous avons vu qu’en sanscrit Yahuh et Yahvah ont pour vocif, l’un Yahô et l’autre Yahvô. 11 en est de même de Yahah, dont je parlerai bientôt, son vocir étant identique à celui de Yahuh. — A l’égard du Phénicien, voyez, outre les Monum. Linguæ Phœniniœ de Gésénius, p. 434 et 440, les observations de Sarchi, Nouv. gram. hébraïque, p. 17-20, sur le double son du point-voyelle appelé Kdmets, qui valait à ou o pour au.
(2) Revoir la planche n° 3 du Mémoire cité de l’abbé Barthélémy, T. XLI, in-4°, p. 520, ou T. LXXX, in-12, p. 522.
préoccuper de sa composition, je veux dire de l’origine étymologique de sa désinence. En effet, ni le verbe Iluh « être, exister », ni le pronom Hua « Lui ou l’Ètre », ne révèlent la forme lhuih ou Ihui, avec ou sans h final. Dans la Bible, Hui , ponctué ffôi, ne figure que comme une interjection exprimant ou la menace, ou la douleur, ou l’exhortation (latin vœ , heu, heus). C’est une pure onomatopée qui parait n’avoir rien à faire ici, à moins de supposer que Jehôvîh ou Yehôuih aurait signifié originairement, ou Yahô-Hèlas ! ou Yahôhn! ou Yahôhé! ou Yahô-heu! ou Vahô-holà! (D Ces significations, par parenthèse, rentreraient jusqu’à un certain point dans l’explication que nombre d’hébraïsants donnent de la finale Ih du Tétragramme ainsi ponctué lorsqu’il se trouve accompagné d'Adônàï, mais elles ne la fortifieraient guère. Aussi la plupart des grammairiens et des exégètes, tant anciens que modernes, trouvent-ils plus simple, plus exact et plus vrai de tirer la ponctuation Jéhôvîh de celle d 'Elôhîm, comme la ponctuation Jehôvâh de celle à'Adônâi.
Toutefois, s’il m’est permis de faire ici une petite excursion dans le champ des langues
(1) C’est ce dernier sens que les gnostiques Valentiniens et autres donnaient au mot Iaô lui même dans leurs rêveries sur la chute de la Sophia- Akhamôth que 1 ’Eon Horos retint dans les limites du plérôme en lui criant Iaô « halte là ». Voir Matter, ouv. cité, II, p. 128-9.
arvennes, j'oserai conjecturer qu’à une époque indéterminée le sanscrit avait pu passer par là.
On trouve dans les hymnes védiques deux qualificatifs Yahvah masc., et Yahvi féminin, qui ont la même racine que le litre Yahuh ou Yahù d'Agni, et qui font au pluriel, l’un Yahvâh « les écoulements, les fils? », et l’autre Yahc'ih « les effusions, les filles? ». Le 2'1 pluriel, précédé de S aplan. « sept », sous la forme Sapta-Yuhvih, figure dans le Rig-Véda comme synonyme de Sapta-nadih « les sept rivières » (*) soit de la terre, soit de l'atmosphère, soit du ciel. Ces Sapta-Yalivîh au fém. appellent ou supposent au masc. des Sa pi a Yahvâh répondant aux Sape a Sindhavah « les sept fleuves » qui arrosaient la contrée des Aryas et lui avaient valu le nom populaire de Sapta Sindhu, en zend Hapia H indu (2). Maintenant lirons les deux pluriels en question, non point immédiatement du radical Y ah, mais de son dérivé Yaha, nif Yahah ou Yaliô « eau », ou « force », selon le Nighântîi (3) et faisons-le suivre des suffixes pluriels, m. VâU, f. Yîh, signifiant « doués de ou possédant », il nous sera facile d'en déduire les formes sémitiques Yahùvûh et Yahâvîh d’un côté, et de l’autre celles de Yahôvàh
(2) Sur les sept fleuves, voy. mon opuscule du Berceau de l’Espèce humaine, p. 31-33.
(3) I, 9, et II, 12.
et Yahôvib, dieux ou déesses « possédant l’eau ou la force ». comme les phénomènes de l’air ou du ciel, tels que vents et nuées, éclairs et tonnerres, et. de les appliquer à Jêhôvâh ou à Jêhôvlh , en les prenant pour des pluriels de majesté applicables à un dieu unique, car les hébraïsants nous apprennent que le point- voyelle Kàmets exprime en hébreu Yâ chez les Juifs portugais et espagnols, et l’é ou l’o chez les Juifs polonais et allemands (0.
Dans cette hypothèse, le Télragramme hébreu ainsi allongé en Heptagramme, nous rappellerait, d’un côté, Y lleplaçjrammaton Sarapin des Egyptiens C1 2), et de l’autre le laô Abraxas ou Abrasax des gnostiques Basilidiens, dieu panthèistique comme Sérapis et comme YAbros ïaô de l’oracle de Claros, dieu universel qui dit : sept voyelles me célèbrent etc., etc. En. effet, si c’est trop s’aventurer avec Mo vers que de prendre l’énigmatique Abraxas, pour une transposition altérée de Chb’a rba « ie grand sept ». il n’en est pas moins \ rai qu'il répond, d'une part, aux Chb'auth « les sept », des Chaldéens, et de l’autre à l’ Ueptaktis « à sept rayons », des Grecs (3), et de plus, qu’il a son type ou son adéquat dans le
(1) Sarchi, Grammaire citée, p. 17-20.
2) Voir Creuzer et Guigniaut : Religions de F antiquité, I, p. 40* ; 2° Theologumena anlhmelica, p. 4 1 — 7>3 , édit. Ast., 3“ Joli. Lydus; de me '.sinus, p. 20-32 et 40, et 4° les mémoires de Villoteau et de Jomard dam ta description de l’Egypte, antiquité.
(3) Ouv. cité, I, p. 332-3.
Saptarichi des Brâhmanes, signifiant « doué de sept rayons », c’est-à-dire dansAgni, à la fois feu céleste, feu aérien et feu terrestre, en même temps que créateur, conservateur et destructeur 0).
Quelles qu’aient été l’origine ethnologique et la première signification du mystérieux titre Abraxas ou Abrasax employé par les gnostiques basilidiens pour qualifier ou caractériser leur dieu panthéistique Iaô, l’application qu’ils en faisaient aux divers noms ou aspects du soleil, jointe à ces deux particularités qu’ils le composaient de sept lettres et lui donnaient pour valeur arithmétique le nombre 365 (-), porte à penser qu’ils le rattachaient tant à Vabros lao de l’oracle de claros en Ionie et à Y \bros Adonis de Bion et de Proclus, qu’à YHelios Heptaktis du même Proclus, de Damascius et de l’empereur Julien (3). Je n’hésite donc pas à ajouter pour com-
(1) Il n’y a rien qui se présente plus fréquemment dans les hymnes du Rig-Véda que l’image des sept rayons du soleil, de la lumière ou du feu : elle y est exprimée de mille manières sans y être jamais rapportée ostensiblement au soleil, à la lune et aux quinque Stellœ errantes dns auteurs grecs et latins. Les poètes Aryas ne paraissent pas avoir distingué les cinq petites planètes des autres étoiles du firmament, je veux dire avoir connu leurs mouvements propres. Du reste, la vue des sept couleurs de l’arc-en-ciel a dû suggérer de bonne heure aux pâtres du Sapta Sindhou l’idée de la lumière décomposable en sept rayons : de là leurs jeux de mots perpétuels sur ce nombre sacré et sur ses multiples, tels que H, 21, 28, 49, 63, etc.
(2) Voir là-dessus J. Matter, ouv. cité, II, p. 46-S8, avec les planches y relatives.
(3) Dans Movers. die Phænizier, I. p. 342-32.
plément le titre sanscrit Saptarlchih « à sept rayons, à sept clartés, à sept lumières, à sept splendeurs, » que les anciens commentateurs indiens du Rig- Véda donnaient à leur triple Agni W.
Je ne puis ni ne dois entrer ici dans les développements que nécessiterait l'exposé complet de ces rapprochements mythologiques. Ils m’écarteraient trop de mon sujet actuel. Obligé de me restreindre, je laisserai d’abord de côté le nombre 365 qui fait allusion à la durée de l’année vague des Égyptiens, pour m’en tenir au nombre sacré de sept qui joue un si grand rôle dans toutes les religions de l'antiquité. Et même, comme l'application de ce dernier aux sept planètes est connue de tout le monde, je ne relèverai guère ici que celle beaucoup moins remarquée qu’en ont faite les anciens peuples de l’Orient aux sept étoiles de la grande-Ourse ou du grand chariot, appelé dans nos campagnes chariot de David.
Cette belle constellation du nord, qui ne se couche jamais, était en grande vénération chez les antiques pasteuis de 1' \sie centrale.
Dans le Sapta sindhou on l'appelait saptarikchâs. « les sept étoiles » Saptarichyas ou Sapiarchayas « les sept Itichis », ou « voyants »: on les mettait en relation mythique, d’un côté, avec les sept rayons d’Agni, de l’autre avec les sept premiers patriarches
(4) Voyez à ce suje: Langlois, Rigv.. II. 25a. n. 24, et Nève, Essai sur le mythe des Ribhavas, p. 30fi.
ou Richts humains, réputés souches des sept familles primitives de la race aryenne en même temps qu’adorateurs du feu dont ils portaient les divers noms, aussi bien que les célestes Richis du pôle septentrional.
Notons au sujet de ces diverses qualifications, 1° que Rikeha « étoile » signifie également Ours en sanscrit, et qu'en hébreu le mot ’Aich ou 'Ach désigne l'astérisme de la grande-Ourse, Sidus Ursi dans Job, 2° que les poètes Aryas personnifiaient les sept rayons d’Agni sous les noms 1° de Saplaraçmayas « les sept rênes ou les sept guides », 2° de Saplarlchayas « les sept splendeurs » et 3° de Saplarchayas « les sept Richis » par un jeu de mots facile à concevoir 0).
Les derniers chantres du Rig-Véda insinuaient qu'à l'origine des choses Viçva karman, l’universel créateur, après l’accomplissement de son œuvre, avait fixé dans les Saplarikcliâs du Nord les sept rayons avec lesquels il venait de créer les trois mondes, rayons qui ne faisaient qu’un avec lui (1 2). Là il n’y a encore aucune allusion au système des sept planètes * les Hindous paraissent ne l’avoir
(1) Sur tout cela, voyez, outre Langlois et Nève déjà cités, 1° A. Maury, Croya ices et légendes de l’antiquité, p. 137-8 ; 2° Max Miiller, A Ilistory of ancient sanscrit Literature, p. 379 et suiv., et 3° le même, Nouvelles leçons sur la science du langage, p. 361-6 du texte anglais, ou 11, p. 82-5 de la trad°“ française.
(2) Comparez dans le R V. Langlois, I, 450, 1-2, et IV. 178. 15. — 423, 1 1 , etc., etc.
connu que beaucoup plus tard. Les prêtres des bords du Tigre et de l’Euphrate, livrés à l’observation des astres, étaient plus avancés sous ce rapport. Toutefois, quand on compare les Saptarchayas célestes des Aryas avec les sept Amschaspand. s des Perses, avec les sept anciens Elahim des Assyro- Chaldéens, avec les sept Cabires des Phéniciens et des insulaires de Samothrace, et même avec les sept Kôkabim des cabbalistes Juifs, on est bien tenté de croire que, dans l’origine, tous ces dieux ignés ou lumineux des espaces célestes s’étaient rapportés aux sept étoiles de la grande-Ourse, bien plutôt qu’aux sept planètes.
Quoiqu'il en soit à cet égard, au siècle d’Isaïe les Israélites faisaient de cette constellation du Nord le séjour d 'Elion et de ses compagnons, les Elohim supérieurs, placés au-dessus des étoiles à' El ou du soleil (0. Ils les appelaient Çèraphim <• les ignés », et se représentaient Ihuh-Tsbauth trônant au milieu d’eux (2) comme Bêlitan au milieu de ses Elahim, comme Ormuzd au milieu de ses Amschaspands, jomme Agni au milieu de ses Ricliis du Septen- ;riori.
(1) Isaïe, XIV, 4-20. — Sur ce texte, voyez ou le Commentaire allemand de Gésénius sur Isaïe, II, p. 316 et suiv. ou son Thésaurus, p. 606 B. avec les Addenda de Roediger, p. 03-4, et comparez Hcrdor, Histoire de la poésie des Hébreux, p. 137 et 1 40 île la tradon française de Mrac la Bne A. de Carlovitz.
(2) Isaïe, VI, 1-7. — Sur le sens du mot hébreu t'éraphim , voyez le Thésaurus de Gésénius p. 1341-2.
C’est donc avec raison, selon moi, que notre poète Victor Hugo, en décrivant l’œuvre genésiaque des six jours dans une de ses Contemplations, intitulée : Lumen, Komen , Numen, n'a pas hésité à rattacher les sept lettres du nom Jéhovah, non point aux sept planètes de l’antiquité, comme on a coutume de le faire, mais bien aux sept belles étoiles de la grande-Ourse dans lesquelles le créateur aurait mis son nom en rentrant dans son repos après la création.
J’adhère volontiers à cette manière de voir, car il me semble qu’aux yeux des antiques pasteurs de la Haute Asie, ces sept astres du nord ont du être les premiers dieux célestes créés pour veiller à l’entretien du monde, en tournant autour de l’étoile polaire comme les bœufs qui foulent le grain destiné à la nourriture des hommes, tournent autour du poteau auquel ils sont attachés 0), image rustique dans laquelle se complaisent les Pu^ànistes Hindous et que les anciens peuples d’Italie ont figurée dans leur nom Septemleriones « les sept broyeurs », abrégé en Septemtriônes , au singulier Septemtrio (2). El n’est-ce pas aussi
(1) Voyez le hhàgavata-Puràna, 11, 95, 20, trad00 d’Eug. Rurnouf. — L’étoile polaire (la dernière de la queue de la petite-Ourse) y est appelée Dhruva « le (dieu) fixe, l’immobile ». Mais aux temps Védiques, ce pouvait être une étoile du Dragon. Voir Colebrooke, Mise. Essays, II, p. 328.
(2) Voyez là-dessus, d’abord la Nouvelle (ialeiie mythologique de C.b. Lenormnnl et de Witte. p. 22-3. e! ensuite les .Yoj ivellei
( iii )
l’idée que les prêtres chaldéens s’étaient formée originairement de leur laô-Sabaôih, ainsi nommé, si l’on en croit Jean le Lydien et Cedrenus, à titre de lumière intelligible trônant au-dessus des sept cieux? (*). Ces chroniqueurs Byzantins, relativement modernes, ne sont-ils pas tombés dans l'erreur en remplaçant les sept astres de la grande-Ourse par les sept planètes très bien connues de leur temps et alors plus renommées en Grèce que leurs devanciers avec lesquels l’astrologie orientale les avait mises en relation mythique? Mais laissons là ces questions non encore éclaircies, sauf à les reprendre plus tard, s’il y a lieu, et hâtons-nous de revenir aux Heptagrammes planétaires d'où Matthias Gesner et ses adhérents tirent la prononciation Jéhovah.
Les formes Sémitico-Aryennes du Tétragramme fhuh, Yhuh ou Yhvh, relevées précédemment, je
leçons sur la science du langage de Max Millier, II, p. S2-90 de la trad»n française. Avant eux, Jac. Grimm, Ad. Kuhn, Lassen et Nève avaient déjà fait de curieux rapprochements de noms et de mythes sur la constellation du Chariot ou de l’Ourse — Pococke {Spécimen Hist. Arab., p. 146 édit Wite) et l’auteur du livre Qi-tab-al-Fihrist, traduit d’abord par de Hammer (dans le Journal Asiatique, 3e série XII, p. 249 et 259-63), puis par le IJr D. Chwolsohn (dans DieSsabier und der Ssabismus, II, p. 5, 60, 228), racontent que les Tsabiens, Natsoréens ou Mandaïtes de ’Harran, en Mésopotamie, successeurs des prêtres Chaldéens, se tournent vers le Nord pour faire leurs adorations et qu’ils célèbrent sept fois par an les mystères du Nord, en invoquant le grand dieu Scàe>n<W(Samaël),qui y préside.
(I) Ouv. et Hem r cités, et Mo vers, 1, p. 530.
\eux dire Yehôvàh et Yèhôvih , avaient sur le? formes plus abrégées Valwâh et Yahvih, dérivées des primitives Yahuh et Yahô, l'avantage de se prêter admirablement aux nombreuses combinaisons qu'en ont faites les partisans orientaux de l'harmonie des sphères pour invoquer et célébrer les sept planètes 0) en même temps que les douze signes du zodiaque entre lesquels l'astrologie les avait distribuées en les supposant tantôt solaires en descendant du Lion, unique domicile du Soleil, jusqu’au Capricorne, premier domicile de Saturne, et tantôt lunaires en remontant du Verseau, second domicile du même Saturne, jusqu’au Cancer, unique domicile de la Lune, ainsi que l’a très bien montré l’abbé Movers (2).
On lisait dans le fameux Oracle grec de Claros, en Ionie : « Invoque ensemble fier mes et lîelios. le jour consacré à llêlios : puis Sèlênè quand luit son jour : ensuite Kronos, et pareillement Aphrodite par les appels mystérieux qu’a trouvés le plus grand des Mages, le roi de V Ilrptaphihongue. . . .
(1) Nombre d’auteurs ont traité ce sujet. Je regrette de n’avoir pu les consulter tous, entre autres, Bellermann, Th. Henri Martin, de Rennes, et l’allemand Ferdinand Piper dont Al. de Humboldt parle a vec éloge dans son Cosmos, lit, p. 091 ,n 52.
(2) Revoir Die l'hænizier, I, p. 161 et suiv., et ne pas s’arrêter ici à la planche 11 du mémoire de Barthélemy relative à l’ancien et au nouveau domiciles des planètes, exécutée punr l’explication d’un système différent et comparativement plus moderne.
Tu appelleras chaque dieu successivement d’une voix haute et sonnant sept fois » 0).
Ce que prescrivait cet Oracle de Claros, le monument de la ville de Milet , en Ionie encore, le représentait graphiquement sur sept colonnes planétaires dont les deux dernières, celles de Jupiter et de Saturne, ne se sont pas retrouvées par suite d’une rupture de la pierre, accident fâcheux au jugement des partisans de la lecture Jéhovah, en ce que cette forme devait naturellement se trouver, selon eux, dans la modulation préliminaire de la 7" et dernière colonne dédiée à Saturne. Les cinq colonnes conservées intactes contiennent chacune deux fois les sept voyelles planétaires rangées différemment, d’abord comme préludes sans ordre appréciable (~), puis comme ritournelles appropriées chacune au jour qu’on avait en vue, c’est-à-dire commençant par la voyelle de la planète qui y présidait, ensuite le tout se termine par celte
(1) Dans Eusèbe, Præpar. Evang., p. 202, extrait de Porphyre. — Après ces mots « le plus grand des Mages, le roi de l 'Heptaphthongue », le texte intercale cette phrase prosaïque : « les assistants s’étant écriés : C'est d ’Ostanès que tu parles », Apollon ajoute : « Tu appelleras etc. ». — Je me suis expliqué au chap. I, § 3, d’après les assertions et indications de Pline l’Ancien, sur deux Archimages du nom d ’Ostanès, Osthanès ou Hostanès, contemporains et conseillers, l’un de Xerxès et l’autre d’Alexandre.
(2) Le prélude de la 4e colonne, consacrée au soleil, porte HOÜTAnE, c’est-à-dire contient avant la finale E les trois célèbres voyelles JA o.
prière adressée à chaque dieu : « 0 Saint, conserve la ville de Milet et tous ses habitants » (3).
J’ai déjà rappelé que la 1” colonne de ce monument, celle qui est dédiée à la Lune, débute par le prélude ieouaim, lequel, au moyen d’une légère transposition, pourrait donner iEOUnAH, c’est-à-dire pour nous, Jehôvâh, en rétablissant le 1« //entre E et fi, et en déplaçant le OU changé en V devant le // final. Mais,dansle système purement planétaire, on n’en saurait tirer IEOUciiH, c’est-à-dire Jéhôvîh, vu l’absence de l’4 et la répétition de 1 ’/. Gesner et consorts n’auraient point vu là une objection sérieuse contre leur système, car ils ne prétendaient pas transformer les Juifs en copistes plus ou moins habiles : tout au contraire, ce seraient les payens,soit Egyptiens soitGrecs,qui auraientimitélesJuifs,en accommodant leurs emprunts à leur théorie astrologico-musicale, et par suite en élaguant une lecture qui ne s’y adaptait point. Si cette hypothèse, appuyée quant aux Egyptiens d’un texte équivoque d’Isaïe (5 6), a quelque apparence de fondement, il serait beaucoup plus simple de se tourner vers l’orient de la Judée, vers Babylone, Suse, Ninive, Ecbatane, Persépolis, etc. et même de pousser ses investigations jusqu’au Sapta Sindhou en se rappelant mes conjectures sur
(5) Revoir Barthélemy, Mémoire et lieu cités.
(6) Isaïe, XIX, 17-25. — C’est une question de savoir si ce passage se rapporte à quelque événement du règne de Pamétik I", (an. 070), ou à l’époque de la construction du temple Juifde Léontopolis (an. 149).
la formation hypothétique et vraisemblable des lectures Jehôvàh el Jèhôvih.
Ne concluons pas du texte de l’Oracle de Claros cité en dernier lieu, qu’il fallait toujours réciter successivement les sept voyelles en l’honneur de chaque dieu-planète. Les amulettes gnostiques prouvent qu’on pouvait en omettre plusieurs, et, par exemple, n’en retenir que deux, trois ou quatre, telles que Aô, lah, Iaô, Iahô et leurs variantes. Mais comme ces f irmes abrégées s’éloignent beaucoup des prononciations Jehôvàh et Jèhôvih , qu’elles sont moins problématiques quant à leur origine et à leur ancienneté et qu’elles se rattachent d’une manière un peu plus certaine aux motifs qui ont déterminé la grande synagogue à prohiber la prononciation du Tétragramme hébraïque, j’en renvoie l’examen au § qui suit.
Parlons d’abord du Digramme Aô.
On sait qu’Aô était un nom d’ Adonis dans Pile de Chypre 0). Movers le fait venir du radical sémitique ’Huh « vivre ou faire vivre » (2) et M. Jules Oppert du pronom hébreu Hua , assyrien Hu « lui », employé emphatiquement ponr désigner
(1) Etymologicon Magnum et Hesychius.in Verbo.
(2) Ouv. cité, I, p. 229, 285 et 555.
i' Etre suprême (0; Ces deux dérivations nie paraissent également contestables. J'aimerais mieux recourir au sanscrit Asuh «vie, souffle vital, esprit», en passant par le zend Ahû pour Ahuh de même signification, car Asuli est un titre d’Agni -Soleil, dans les hymnes védiques ( ~ ), comme Ahû est un titre d'Ormuzd, dans le zend-avesta (1 2 3 4), et tout me porte à croire qn'Ahuh était aussi un litre de Jéhovah dans le texte primitif du livre de l’Exode où on lit maintenant Ahili (4). Mais la recherche de l’étymologie est sans importance lorsque le sens est constaté d’ailleurs. Or Movers convient lui-même qu’.4donû, avec ou sans l’épithète d 'Abros était considéré comme le plus grand des dieux, qu’on le confondait d’un côté avec le Jéhovah de la Bible, appelé parfois Adàn « Seigneur », et plus souvent Adànài « mon Seigneur », et de l’autre avec l 'abros laô de l’Oracle de Claros (5). Cela suffit pour m’autoriser à voir dans Aô, une forme écourtée du phénicien laô provenant du primitif lahuh « fils », qu’on a détourné de son acception première
(1) Journal Asiatique, 5e série, IX, p. 147-8, 193, 517 et Expédition scientifique en Mésopotamie, II, p. 87-8.
(2) Avec l’épithète Djivan « vivant ». Voir Rig-Véda Rosen. I, p. 92, St. 10
(3) Voir le Commentaire d’Eugène Burnouf sur le Yaçna Zend, p. 50-1.
(4) Exode III, 14. Revoir ci-dessus, introduction p. 334 du Vol. acad. ou p. LX11 du tirage à part.
(5) Die Phænizier, I, p. 312 et p. 542.
en songeant au rôle du dieu plutôt qu'à l'origine de son nom.
J’ose donc conclure de là que les partisans grecs ou égyptiens de l’ Hepiaphiliongue, en l'empruntant aux Sémites, en faisaient le résumé du système planétaire, en ce sens que 1 .4 désignait la Lune et l’n Saturne, c’est-à-dire la plus basse et la plus haute des sept planètes, autrement dit, la première et la dernière dans le ciel, YAlpiia et Yômèga dans l’alphabet, la nète et l'hypate dans l'heptacorde.
Ces idées là n’étaient pas étrangères ou du moins inconnues aux Juifs durant la période assyrienne. Achab en Samarie et plus tard Manassé en Judée protégèrent ouvertement Yastrolâlrie (L. Au temps de l’exil, le Deuléro Isaïe fait dire trois fois à Jéhovah : « Je suis le premier et je suis également le dernier, et hors moi il n’y a pas de dieu \1 2), par opposition aux Mazzalôth ou Mazzarôth , c’est-à-dire aux douze signes du zodiaque dans lesquels les sept planètes avaient
(1) Voir les détails donnés dans I Rois XVI, 30 33— II Rois XXI, 5-6, et XXIII, 5-20, et dans U Chroniq. XXXIII, 2-0.
(2) Dans Isaïe XLI, 4 ; XLIV, 6; XLVIII, 12. J’appelle Deutéro- Isaïe avec les exégètes critiques et indépendants de l’Allemagne, de la Hollande et de la France, Fauteur des chap. XL à LXVI d’Isaïe et même de quelques chap. ou portions de chap. qui précèdent le XLC. Les lecteurs de la Revue des deux mondes et de la Revue de Théologie se rappelleront les articles publiés récemment sur ce sujet par JLM. A. Réville et A. Carrière.
leurs domiciles suivant les astrologues de Babylone et de Ninive (•). A son tour, l’auteur de l’Apocalvpse met dans la bouche de l’Agneau mystique, lils du Très-Haut (et son représentant), les paroles suivantes : « Je suis Y alpha et l’oméga, le premier et le dernier; le commencement et la fin » (1 2). N’y a-t-il pas là, à 5 ou 600 ans d’intervalle, deux allusions au système planétaire, en même temps qu’une réfutation indirecte de cette théorie astrologique? Aô pouvait rappeler lliuh, c’est-à-dire Jéhovah, aux Juifs exilés à Babylone et Ichu’a, pour //i«c/iu’a,c’esl-à-dire Jésusaux gnostiques Basilidiens d’origine sémitique (3) répandus en Egypte, en Asie Mineure, eu Phénicie, en Syrie, en Judée et ailleurs, en ce sens, qu’en préposant 1 à cet Aô , on obtenait laô , abstraction faite des deux h du Tétragramme qui ne se faisaient pas entendre à l’oreille dans la prononciation (4).
(1) Voyez là-dessus Die Phœnizier, I, p. 79-80, 163-8 et 693.
(2) Apocal. XXII, 13.
(3) J. Matter, ouv. cité, II, p. 37-8, affirme que l’hérésiarque Basilide était né en Syrie, qu’il s’était retiré à Alexandrie et que sa doctrine gnostique se ressentait des anciens enseignements de l’Egypte, modifiés par des relations avec la Judée, la Perse et la Grèce.
(4) Cette hypothèse peut sembler hasardée, mais c’est celle de Jablonski et de beaucoup de savants qui, perdant de vue les trois textes d’Isaïe cités ci-dessus, se prévalaient de celui de l’Apocalypse pour prétendre que l’Oracle de Claros était l’œuvre d’un gnostique chrétien qui aurait forgé son laô en préposant à Aô la lettre initiale du nom Iésus, interprété Soleil de Justice,
Le 1'* Trigramme gnostique Iah n'est autre à mon avis que le nom divin lli, ponctué Yâh, qui figure dans la Bible comme synonyme ù'Ihuh et qui le remplace même dans les derniers temps du Judaïsme, je veux dire après le retour de l’exil babylonien. Il a pour variantes dans le gnosticisme trois autres formes Aih, liai et Iha qui le suivent sur des amulettes ou talismans avec la suscription : laô Abrasax Sabaôlh Adôneos (*). En astrologie, les trois lettres /, A, H , réunies, désignaient le Soleil, la Lune et la planète Vénus (2), c’est-a-dire l’astre du jour, l’astre de la nuit et l’etoile du matin et du soir, appelée de tout temps et en tout lieu étoile du berger. Iah était donc le dieu triple qui présidait au Nyktémère, c’est-à-dire au jour, à la nuit et à l’intervalle qui les sépare,
comme fils dn Très-Haut (Comparez Malachie, IV, 2, St Matthieu 1,21, St Luc, I, 31-3). — Ces érudits ignoraient que Yaô et Ao pouvaient avoir été empruntés par les Grecs à des formes Aryano-sémitiques Yahô et Ahô, usitées comme vocatifs de Yahuh « fils », et d’Ahuh (pour Asuh), « souffle de vie » etc.
— En revanche, le clier Drach, ouv. cité, I, p. 366, 489-90 et 346, incline à penser que l’Oracle en question pourrait bien remonter autemps de la guerre de Troie.
(*) Scholz ( dissert . citée, p. 18) d’après Kopp et Bellermann.
— Au lieu de quatre formes on en pouvait forger neuf, car 3X3=9.
(2) C’est par erreur de copiste, suivant l’abbé Barthélemy (■ mémoire cité, p. 512, édit, in-12), que Porphyre, dans son commentaire sur Denys de Thrace, attribuait Yalpha à Vénus. Du reste, ce commentateur omettait deux voyelles, Yépsilon et Yhéta, en même temps que deux Planètes, la Lune et Mercure.
le soir et le matin. En conséquence, Iak était le dieu du temps, l’ancien des jours de Daniel, le Hua des Assyro - Chaldéens, appelé encore llu « le fort par excellence » dans les inscriptions cunéiformes, et ailleurs Bilitan <• Bel l’ancien » etc.
Le 2d Trigramme laô est le plus fréquent de tous les litres adoptés par le gnosticisme pour désigner le dieu universel. Il a pour variantes d’abord Oai , c’est-à-dire laô , lu à rebours, puis Aôi et Iôa, enfin Aiô et Oia, lus différemment, c’est-à-dire ou de droite à gauche ou de gauche à droite. Ces variations indiquent évidemment des emprunts faits par les Grecs ou par les Coptes à des écritures en boustrophcdon usitées soit en Egypte, soit en Phénicie, soit en Asie Mineure, soit dans d’autres contrées plus orientales.
Il est évident que les six groupes de lettres dont il s’agit avaient pour objet ou pour résultat de résumer tout le système planétaire. Ces astrologues y rattachaient sans doute des idées cosmologiques. Ainsi le 5e groupe Aiô et le 4e Oia, pouvaient signifier que le Soleil, placé au centre du monde, communiquait ses effluves de lumière, de chaleur et de vie aux six autres Planètes, savoir : vers le bas, à la Lune. A, en passant par Vénus H et par Mercure E, et vers le haut, à Saturne n, en passant par Mars O et par Jupiter V. Je m’abstiens de rechercher la raison mystique ou astrologiques tant du 3S groupe, Aôi, Lune, Saturne, Soleil, que du 4e, Iôa , Soleil,
Saturne, Lune, pour m’arrêter au 1" groupe, Iaô, Soleil, Lune, Saturne, et au 2d, Oai, Saturne, Lune, Soleil. Il me semble que ceux-ci exprimaient : l’un le passage des rayons solaires vers les deux planètes extrêmes, et l’autre leur retour de ces mêmes planètes à leur point de départ. L’abbé Barthélemy et, après lui, Abel Rémusat, ont très bien remarqué du reste que les mystagogues de l’Orient et ceux de la Grèce, les Pythagoriciens entre autres, ne se contentaient pas de voir soit dans Iaô, soit mieux encore dans Aiô, la première, la moyenne et la dernière des planètes du ciel, la première, la moyenne et la dernière des voyelles de l’alphabet, la première, la moyenne et la dernière des cordes de l’Heplacorde, mais qu’ils y mêlaient des conceptions transcendantes sur la divinité, une en son essence et triple en ses manifestations dans le temps comme dans l’espace (0. Les gnostiques des diverses écoles avaient trouvé là une ample moisson à recueillir : ils n’eurent garde de la laisser perdre.
Enfin le Télragramme Iahô de St Jérôme appelle notre attention à divers points de vue. D’abord, il est évident que le Trigramme Iaô en a été tiré par suppression du h médial, suppression
(1) Voir là-dessus les Mémoires cités de ces deux auteurs dans les Bemeils de Vancienne et de la nouvelle Académie des Inscriptions, 1° T. I.XXX, p. 521-2, in- 12, et 2° T. VU, p. 44-8, in-4°.
intentionnelle peut-être 0), mais, dans tous les cas, bien constatée. Ensuite, si nous divisons Iah6 en deux syllabes, il nous sera facile d’en tirer, d’un côté, IA, Soleil et Lune, ou Dimanche et Lundi, de l’autre, Ho, Vénus et Saturne, ou Vendredi et Samedi. Il reste les trois voyelles intermédiaires : O pour Mars ou Mardi, E pour Mercure ou Mercredi, et V pour Jupiter ou Jeudi.
Ces jours moyens n’étant pas fériés chez les sémites, on comprend que leurs astrologues aient négligé de relever le Trigramme OEU ou tout autre que pouvait fournir la réunion de leurs voyelles respectives. Il semble pourtant que la voyelle E consacrée à Mercure et caractéristique de Mercredi, c'est-à-dire du milieu de la semaine, réclamait une exception. Elle l’obtint en Asie Mineure, car nous avons vu que l’Oracle de Claros qui ne nomme expressément ni .1res ou Mars, ni Zeus ou Jupiter, prescrit d’invoquer Hermès ou Mercure avec Helios ou Apollon le jour consacré à celui-ci, probablement par le motif que Mercure était la planète d’Apollon : ce qui pouvait donner IE. En ajoutant ho. on avait IEHti en place de iAHn, par substitution de la voyelle de Mercure à celle de la Lune. Mais peut-être aussi qu’au lieu de IE (Soleil—
(1) C’était le sentiment d’Abel Kémusat, mais je la crois purement euphémique et semblable à celle de l’esprit rude en grec au milieu des mots.
Mercure), convenable au Dimanche, on admettait El (Mercure-Soleil) pour le Mercredi par exemple, et que de là était venue la célèbre inscription El qu’on lisait au fronton du temple de Delphes U\ On sait que Hermès jouait auprès à'Apollon le rôle de Thoth auprès à'Horus, de Nebo ou Nabu auprès de Samas, ü'Alars auprès d 'Ormuzd, et primitivement à' Âgni-feu, auprès d'7n<ira-Soleil (-). C’était le dieu précurseur, le messager, le conseiller, l’esprit dirigeant, l 'aller ego du grand astre.
Je ne pousserai pas plus ces rapprochements mythologiques (1 2 3). On pressent les conclusions que j’en veux tirer ici.
(1) Plutarque (dans son petit traité De F,I apud Delphos , œur. morales, I, p. 479, édit. Dübner de la collent. Didot), conjecture que cette inscription voulait dire « Tu es ». C’est ainsi que le rédacteur de l’Exode (111, 14-o) essaie d’expliquer par « I! est », le nom Ihuh qu’on lit également au fronton de nos églises ou chapelles gothiques. Ces deux interprétations intelligibles pour les adeptes, devaient dépasser l’intelligence des profanes et des masses populaires.
(2) Sur les rapports d'Indra avec Agni, je me borne à renvoyer quant à présent, avec réserve d’y revenir plus tard, aux Nouvelles Leçons de Max Miiller sur la science du langage, II, p. 244-fi de la trad. fr.
(3) On pourrait y joindre par hypothèse un pentagramme IEHciA , Soleil, Mercure, Vénus, Saturne, l.une, lequel se rapprocherait beaucoup plus de la lecture Jéhovah. Il aurait l’avantage de rétablir dans le cadre planétaire écourté l’astre multiforme de la nuit dont les quatre principales phases avaient servi de 1er fondement physique à la période hebdomadaire. D’un côté, la Lune et Saturne, planètes extrêmes, pouvaient être rapprochés mentalement comme mettant environ
Tant que les HébFeux étaient restés confinés dans leurs montagnes, anciennement volcaniqnes (*), ils ne s’étaient pas fait scrupule de nommer leur dieufeu par son nom propre et patriarcal Ihuh-Allnm ou flmh tout court, répondant au titre védique Sahasô-Yahuh « fils de la force ». Ils tenaient ce qualificatif de leur 1er père Abraham, selon le rédacteur de la Genèse. Ce patriarche, d’origine chaldéenne, avait dù le rapporter avec lui de la Mésopotamie, si tant est qu’à son arrivée en Canaan, il ne l’eût pas déjà trouvé en usage au pays de Salem que gouvernait le prêtre-roi Melkitsedeq (-). En effet, il paraît suffisamment établi par la Genèse, ce qui est d’ailleurs confirmé par les inscriptions cunéiformes anariennes, qu’à l’époque reculée de celte émigration, les Assyro-Chaldéens connaissaient un dieu fils, nommé en leur langue, sinon laô ou lah comme ie pensait le général Rawlinson 3), au moins //»-’, (hébreu Ifua, « Lui ou l’Etre ». ), prononcé Aô par MM. Jules Oppert et François Lenormant et qualifié Bin hébreu Bu), (ils, en tant que fils privi-
t’ ii ne 30 jours et l’autre 30 ans à faire leurs révolutions respectives; de l’autre, il devait paraître naturel de placer à la suite du Soleil Mercure et Vénus dont les révolutions étaient réputées annuelles comme la sienne.
(1) Lamartine l’a constaté dans son Voijage en Orient, H p. 209-12.
(2) Comparez Genèse, XI, 28-31 ; XIV, 18-22 ; XV, 7. etc.
(3) Suivant Bunsen dans son CE gypten’s Stelle etc. citée précédemment au chap. I, § a.
légié rie Bêl, le démiurge, (hébreu Bàl), et de Bilit «la dame, la maîtresse» (phénicien Balat), eux-mêmes émanés à'Anou ( YOannès de Bérose) et de sa femme Anat ( YAna’Uis des Grecs; (*). Nous verrons ultérieurement que les idées de filiation convenaient sous plusieurs rapports et au Jéhovah patriarcal de la Genèse et à YAgni archeyas du Rig-Véda. Mais ce n'est pas ici le lieu ni le moment d’y insister davantage. Ce que je tiens à rappeler pour l'instant, c’est que, depuis leur sortie d'Egypte jusqu’à leur retour de l’exil Babylonien, ceux des enfants d’Israël qui étaient restés fidèles au Jehôvâh mosaïque, n’avaient jamais hésité à articuler, à invoquer, à proclamer son nom propre, ni plus ni moins que ses autres noms divins.
Tout change insensiblement de face à cet égard après leur rentrée à Jérusalem et la construction du 2d temple. Ce n'est pas qu’ils soient moins attachés à leur dieu national. Bien loin de là : ils reviennent tous à lui, et rejettent les dieux étrangers que leurs pères avaient adorés. On dirait que les Perses avec lesquels ils s’étaient trouvés en contact,
(1) Voir à ce sujet les écrits déjà cités du 1er et surtout le
résumé du '21 11 dans son Manuel d’histoire ancienne de l’Orient, II, p. 182, 4e édit., Paris, 1869, in-12. — Dans ce dernier, le dieu Aô-Bin est ainsi défini et caractérisé « la lumière divine, l’intelligence qui pénètre l’univers, le dirige et le fait vivre, le guide intelligent, le Seigneur du monde visible, le Seigneur des connaissances, de la gloire, de la vie, qui a ordinairemen pour symbole le Serpent ».
leur avaient communiqué toute leur horreur pour les idoles Babyloniennes contre lesquelles leurs prophètes antérieurs avaient vainement fulminé. Maisj chose étrange! plus ils vénèrent le divin Tétragramme, moins ils osent le prononcer. La grande Synagogue le leur défend d’une manière absolue, et ils lui obéissent. S’autorisant d'une fausse interprétation des textes sacrés qui n’avaient en vue que les mécréants et les impies, elle édicte la peine de mort contre toupies infracteurs. Force est donc pour tout le monde, pour les prêtres comme pour les laïques, de remplacer Ihuh par d’autres noms divins, tels que Adni et Alhim, ponctués Adônài et Elôhtm (L.
Pourquoi ces défenses rigoureuses? On en a
(t) Il parait y avoir eu deux défenses successives, la lre au peuple et la 2do au sacerdoce, faites à environ 100 ans d’intervalle, l’une après le pontificat de Siméon, fils d’Onias Ier, que Prideaux surnomme le Juste, l’autre au temps du vrai Siméon-le-Juste, contemporain d’Antigone de Sokho. Prideaux dont j’ai suivi l’opinion a sans doute confondu les deux personnages. N oir à ce sujet un article de M. P. Mounier dans la Revue de Théologie, liv0** de novbre-déei>« 1869, p. 343. — Drach, ouv. cité, I, p. .">53-4, dit que Siméon-le-Juste est le pontife qui alla au devant d’Alexandre-le-Grand, selon Josèphe, Archéologie, lit). XI, c. 8. .Mais, suivant Prideaux ( Histoire des Juifs, III, p. 136 et suiv.), le souverain sacrificateur d’alors (l’an 333 avant J. C.) était Jadduah. Quoiqu’il en soit, la version grecque du Pentateuque prouve que sous le règne de Ptolémée Pli i 1 adelpbe (de l’an 284 à l’an 247) la prononciation du Tétragramme était interdite. Depuis quand l’était-elle? Je ne saurais le dire, même approximativement.
donné des raisons plausibles, mais insuffisantes, semblables à celles qui, dans l’Inde, empêchaient les initiés de communiquer aux profanes le divin monosyllabe Aum. 11 est certain qu’à cette époque indéterminée, les adeptes des deux religions confondaientle nomavecle dieu. Les rabbins disaient comme les Brahmanes : « son nom est lui et lui est son nom ». Le Tétragramme est ineffable, parce qu’il est le dieu-tout. Le prononcer, ajoutaient-ils, ce serait mettre dans sa bouche le monde entier avec toutes ses créatures etc., etc., etc. (0. Mais, voici, selon toute apparence, la raison décisive : les astrologues, les magiciens, les sorciers, les thaumaturges en avaient abusé au point de scandaliser les vrais croyants (2). Le plus sur moyen de réprimer ces profanations, c’était d'interdire l’emploi de ce nom divin; cessante causà, cessât effectus.
Est-ce à dire qu’antérieurement à ces prohibitions religieusement observées, les païens auraient
(1) Voyez l’ Histoire des Juifs de Basnage, III, I re partie, p. 328, et le Lexicon Chald., Tahnud, et Rabbinicum de Buxtorf, p. 2432 B. où R. David, sur Isaïe XVI, 21, s’exprime ainsi : Ki Hua Chmu, Uchmu Hua , c’est-à-Jire en latin : « Nam ipse (est) nomen-ejus, et nnmen-ejus (est) Ipse, et comparez Lois de\Manou, II, 7 4-0, 83-IV, 133 et XI, 263. C’est d’ailleurs l’idée que Slrabon (Céograpliie, XVI, p. 1104, édit de 1707), se faisait du dieu de Moïse, l’un des prêtres Egyptiens, selon lui. — Le mot hébreu Chm (Nomen et .Verne»), s’emploie souvent dans la Bible en place de Ihuh (Voir le Thesaur. V° Chm).
(2) Origène, le Talmud, Damascius et Maïmonide sont d’accord là-dessus. Voyez Souciet, Recueil cite, p. 279, et p. 377-83, et Movers, ouv. cité, p. 532.
puisé chez les Hébreux l’idée d’appliquer aux sept planètes et par suile aux sept jours de la semaine les sept lettres ^consonnes ou voyelles, il n’importe ici), de l’Heptagramme Yehôoua ou lehôvah formé à l’aide du Tétragramme hébreu
Nous avons vu qu’Eusèbe de Césarée le pensait à l’égard des Grecs à propos de l'oracle de l’Apollon de Claros, et que plus tard les partisans de la forme Jéhovah le soutinrent à l’égard des Egyptiens au sujet d’un texte grec attribué à Démétrius de Phalère. Cette thèse pouvait paraître spécieuse aux exégètes des derniers siècles qui croyaient le Tétragramme exclusivement propre au Mosaïsme. Dans le nôtre, elle ne me paraît plus guère admissible. En effet. le Rig-Véda, nous l’avons vu, contient un qualificatif Yaliô, ti,f Yahuh , identique au Iahô de S‘ Jérôme, et désignant la grande divinité du feu, comme le Iliuh de la Bible. Or jecrois avoir suffisamment montré qu’en passant de l’orient à l’occident de l’Asie, cet Iahô ou lahuh, avait pu s'allonger en deux ou quatre Heptagrammes, soit Yalivah et Yahvih , soit Yehovah et Yehovih , selon la ditférence des dialectes ou des intonations, et par suite donner lieu aux nombreuses combinaisons de voyelles grecques qu’on lit tant sur le monument de Milet que sur les amulettes des gnostiques Basilidiens et autres.
En ce qui touche plus particulièrement la théorie musicale et planétaire dont je viens de parler, et
son application à la période hebdomadaire, institutions que les Jehovistes dont il s'agit prétendent avoir été fondées toutes deux sur ce nom divin et sur la Bible hébraïque, tout porte à croire au contraire que les Grecs et les Egyptiens, les Phéniciens et les Hébreux, les Médo-Perses et les Aryas indiens les avaient empruntées successivement à l’astrolâtrie Assyro-Chaldéenne. 11 est vrai que les inscriptions cunéiformes de Babylone et de Ninive, retrouvées notamment à Borsippa et à Khorsabad, n'ont pas encore révélé avec certitude à nos assyriologues modernes la forme primitive et isolée Yaho ou Yahuh, base des rêveries astrologiques du gnostticisme oriental, car jusqu’à ce jour ils ne l’ont trouvée, sans la signaler, que dans le nom propre composé laoubid que portait un roi de ’Hamath, détrôné par le monarque assyrien Saryukin Mais leurs études ultérieures pourront leur faire découvrir ou déchiffrer d’autres monuments du même genre plus anciens que le VIIIe siècle avant notre ère et plus explicites, je veux dire des textes qui, au lieu de Ban, Ben ou B in « fds », contiendront à l’état isolé laô ou Iau (ce dernier prononcé Iaou ), avec application au dieu du feu , au dieu fis par excellence, car je suis bien tenté de ne voir dans ce qualificatif assyrien Ban, Ben ou Bin « fils », qu’une traduction de son synonyme hébreo-Aryen Yahuh ou Yahô.
Quant au nom propre Hu que M. Oppert transcrit Aô, tout en reconnaissant qu'il répond au pronom
hébreu Hua « Lui ou l'Ètre », je crois que les Assyro-Chaldéens ont pu l’écrire aussi soit Hua, soit Hué . soit même Hui, car leurs inscriptions changent quelquefois A en l. à la manière arabe. De telle sorte qu'en préposant lehô (pour lahô) soit à hua. soit à hui, on pourrait expliquer la formation tant du lEHnoUA de Gesner et consorts que du lEHnOUI plus hypothétique indiqué au § précédent, et se rendre ainsi compte de la substitution massoréthique tantôt d ’Adônâï, tantôt d ' Elôhîm dans la lecture ou dans la prononciation du Tétragramme de la Bible.
Quelque jugement que l’on porte de ces conjectures et de celles que j’y ai ajoutées de mon chef en m’arrêtant à des formes purement sanscritiques tirées du naturalisme des Védas, je n’y attache pas assez de prix pour m’y arrêter davantage, et je me hâte de conclure.
Ce qui ressort avec évidence' des discussions auxquelles je viens de me livrer, c’est que les nombreuses combinaisons de voyelles planétaires qui ont préoccupé les sectes gnosliques avant comme après l’avènement du christianisme, n’avaient pas la Bible pour source unique, ni même pour base principale. Elles étaient originairement fondées sur une théorie astrologico-musicale, inventée, suivant toutes les probabilités, sur les rives du Tigre ou de l’Euphrate, soit àNinive, soità Babylone, et répandue de proche en proche, d’un côté, sur celles de l’Arius, de l’Oxus, de l’Indus et du Gange, de l’autre, sur
celles de l’Oronte, de l’Halys, du Jourdain et du Nil. Ces prêtres assyro-chaldéens, à la fois astronomes, astrologues et astrolâlres, sont reconnus aujourd'hui pour inventeurs et promoteurs du fameux système des sept planètes ou des sept lumières et de son application à la semaine de sept jours (0, période plus antique, fondée originairement sur les quatre principales phases de la Lune durant chacun des 12 mois de l’année, qui avaient été portés alternativement à 29 et à30 jours.
En dégageant le petit cycle hebdomadaire des lunaisons qui excédaient de 1, de 2 ou même de 3 jours le nombre 7 multiplié par 4, pour le rattacher aux sept planètes, ces astrolâlres sont parvenus à le rendre plus continu, plus régulier, plus stable, plus indépendant des autres mesures du temps. Aussi leur théorie nouvelle a-t-elle fait le tour de l'ancien monde. Les Hébreux et les Indiens l'adoptèrent, les uns plutôt, les autres plus tard, en y mêlant des idées cosmogoniques tirées de leurs croyances respectives sur la manière dont ils concevaient l’œuvre de la création. Mais les premiers, les purs Jéhovistes au moins, s’abstinrent de donner des noms planétaires aux jours de la semaine : ils ne firent exception qu’en faveur du 7e jour, appelé dans leurs livres sacrés Chbt Hhuh
(1) Je me borne à renvoyer là-dessus d’abord aux ouv. cités de MM. J. Oppert et Fr. Lenormant, puis au résumé succinct et substantiel de M. A. Maury publié dans la Revue des deux mondes en Mars 1868, p. 476-7.
« repos de Jéhovah »» , considéré comme créateur en six jours, ou « repos à Jéhovah » symbolisé par le feu qui devait être éteint le 7e jour dans toutes les demeures, son sanctuaire excepté (*).
C'est une question controversée parmi les indianistes de savoir si les Aryas du Sapta Sindhou qui étaient presque tous polythéistes, connaissaient lessepl Planètes, appelées par leurs successeurs Sapla Sûryâs « les sept soleils » au masculin (2). et s'ils pratiquaient la semaine de sept jours qui n’apparaît pas clairement dans les Védas.
Je n'ose me prononcer sur ces deux points; je ne les mentionne en terminant que pour rappeler d’abord leurs idées sur la création des trois mondes par les sept rayons d'Agni, qu'ils plaçaient tantôt à son foyer terrestre, tantôt dans le disque solaire, tantôt dans l’astérisme de la grande-Ourse; ensuite un certain hymne védique relativement moderne il est vrai, qui, remontant à l’origine des choses, représente les sept Richis divins célébrant, comme les étoiles du matin dans Job (1 * 3), l’œuvre de la création avec les mètres, les Rhythmes, les modulations, les chants spéciaux propres à chacun, et cela de concert avec les ViçvarJcvas « tous les
(1) Je reviendrai là-dessus dans un chap. ultérieur.
(•2) Voir les lndisclie Studien de 11. Albrecht Weber, II, p. 238 et 396, et IX, p. 363, en note.
(3) Job, XXXVIII, 4-8.
dieux », qui complètent l’octave (0; enfin la conception familière aux poètes Aryas de leur triple ou septuple Agni comme dieu créateur, en même temps que comme Saliasô Yahô « fils de la force ».
Je relève de nouveau cette qualification mystique sur laquelle je reviendrai encore plus d’une fois, parce qu’elle est identique à la dénomination genésiaque Yahuh Elôhim donnée pour la première fois précisément à l’occasion de l’œuvre des six jours, et que ce titre de Yaliô ou Yahuh, diversement allongé en Heptagramme chez les Aryas comme chez les sémites et les Khamites, a pu fournir matière aux nombreuses combinaisons de voyelles dont les anciens astrologues de l’Asie ont tant abusé. Je nomme ici les poètes Aryas, au lieu des Anachorètes de l’Inde, leurs successeurs, par la raison que déjà ils jouaient assez volontiers sur les noms et les nombres divins, et que l'un d’eux a dit, en parlant d 'Agni Viçvakarman, c’est-à-dire du feu créateur universel :
Celui qui entre les dieux était seul dieu.
Yah Dêvêchu adhi dêvah êkah âsît (2).
profession de foi qui semble avoir été traduite
(1) Rig-Véda, trad#n Langlois, IV, p. 422-3. Voir l’hymne tout entier.
(2) Rig-Véda A, M. X, H. 121, R. 8. ou Nouv. Leçons de Max. Müller sur la science du Langage, II, p. 198.
par l'Oracle de l’Apollon de Claros dans ce vers grec déjà cité :
<I>fâçe: T6v irâvTcov Vitïtcv 6egv ’ÊjAfisv’ IAÔ.
Dis que de tous les (dieux) le plus grand dieu, c’est Iaô
Après ces longs et fastidieux commentaires sur le qualificatif Yahuh Elohim des patriarches hébreux, originaires de la Chaldée, je m’estimerais heureux de pouvoir passer immédiatement à l’explication du Sahasô Yahuh des Richis Aryus, leurs contemporains du Sapta Sindhou ; car là le chemin est moins encombré, grâce aux déblais des modernes indianistes. Ce sera l’objet de l’un des chap. suivants, destinés pour la plupart au parallèle des deux divinités. Mais avant d'aborder le fond, il me reste en la forme à éclaircir et compléter certains détails de mes deux chapitres imprimés qui précédent. On trouvera ces éclaircissements accessoires dan. les corrections et additions supplémentaires qui suivront Y Errata ci-après. Quant au parallèle annoncé, je me vois forcé de l'ajourner pour peu de temps, je l’espère, me proposant de le faire précéder d'un résumé ces croyances aryennes, peu connues de la grande majorité des lecteurs.