CHAPITRE I
Discussion préliminaire sur la véritable prononciation du Tétagramme hébraïque IHTJH(l).
De tous les anciens noms de la Divinité qui sont parvenus jusqu’à nous, il n’en est aucun qui, depuis la renaissance des lettres en Europe, y ait suscité parmi les érudits autant de débats, d’hypothèses, de systèmes et de rêveries, que le célèbre Tétragramme hébreu IHUH, ou YHVH, plus connu sous sa forme moderne Jehôvâh.
(I) Les ouvrages à consulter sur ce chap. Ier sont très nombreux. Voici ceux dont j’ai fait plus spécialement usage :
1“ Tetragrammaton par Drusius, dans la Critica-sacra, t. 1, 2e partie, in-f°.
2° Recueil de dissertations critiques sur quelques endroits difficiles de l’Ecriture Sainte, Paris, 1715, in-4°, sans nom d’auteur, mais attribué au P. Souciet, jésuite.
3° Palæographia critica, par Ivopp, vol. 111 et IV, in-4°.
4° Thésaurus Linguæ Ilebrœœ et Chaldœæ, de Gesenius, au mot Ihuh, p. 575-8, in-4°.
5 De l’harmonie entre l’Eglise et la Synagogue, par P. L. D. Drach, t. I, in-8°.
6° De origine nominis Ihuh , dissertation de Fr. Paul Scholz, Breslau, 1857, in-8°.
Et 7° Uber die Bedeutung und Aussprache von Ihuh, par H. G. Hoelemann, dans ses Bibel-studien, lre partie. Leipzig, 1859, in-8°
Ce nom de quatre lettres que nous écrivons généralement avec sept, en y faisant entrer les trois points-voyelles que lui adjoignent les bibles ponctuées et en prenant pour des consonnes les quatre caractères écrits à la suite les uns des autres et de droite à gauche en hébreu, ce nom quadr {littéral, dis-je, joue un rôle immense dans la religion des Juifs : il est à la fois la base, le centre et le couronnement de leur édifice social, politique et religieux. C’est le nom sacré par excellence, le nom à la fois glorieux et terrible, le nom ineffable et incommunicable, le nom propre de Dieu, comme désignant son essence; tandis que les autres noms divins que lui donne aussi la Bible hébraïque sont des noms dérivés de ses actions et n’indiquent que ses attributs, tels que la puissance, la justice, la bonté, la sagesse, la miséricorde, etc. En un mot, ce nom particulier (D. ce nom distinct ou séparé (1 2), était, si l’on en croit les auteurs du Talmud, le seul nom existant avec Dieu avant la création (3). Delà le saint respect dont les Juifs l’entouraient comme symbole de nationalité, d’indépendance, de théocratie et surtout de monothéisme. Sous ces divers rapports, il ne pouvait manquer d’attirer partout l’attention du monde
(1) Hchm hmiu’had.
(2) Chrn hmphurch.
(3) Sur tout cela voyez le More Nebukim ou Guide des Egarés, de Maimonide, traduction de feu S. Munk, chap. I, p. 207-73. Paris, 1856, grand in-8°.
savant. Aussi a-t-il enfanté des milliers de dissertations, pour ne pas dire de gros volumes 0), et il en enfante encore de nos jours au-delà du Rhin, surtout dans l’Allemagne protestante qui est devenue la terre classique de l’exégèse sacrée.
Ihuh figure dans les textes hébreux de la Bible jusqu’à 6855 fois, si l’on s’en rapporte au relevé minutieux et tout récent d’un vieil israélite anglais, nommé Jonathan (1 2). Dans ce nombre ne sont pas compris probablement les noms propres d’hommes et de femmes dans lesquels Ihuh entre comme élément constitutif, tel que celui de Jonathan (3 4), ou Adéodat, en grec Theodôros, que je viens de citer, et celui de Nathanyâhu W, son adéquat, signifiant Dieudonné, en grec Dôrotheos. Mais il en est sans doute autrement du nom divin 7/t, ponctué Yâh, forme poétique ou populaire de Ihuh, son type ou son abrégé, qui commence à apparaître dans le cantique chanté après le passage de la Mer-Rouge et que le Psalmiste emploie assez fréquemment, témoin le refrain Illluih (Alleluyâh !).
(1) J’en pourrais dire autant du divin monosyllabe Aum des Indiens sur lequel les Brahmanes et les Bouddhistes ont débité plus de rêveries encore que les Talmudistes et les Kabbalistes Juifs sur Ihuh : ce qni a fait croire à Anquetil-Duperron qu’il y avait eu là des emprunts réciproques, bien que Ihuh ne ressemble pas plus à Aum que l’arabe Alphana au latin Equus. Voir son Oupnekhat , I, p. 443.
(2) Voir l’article de V International de Londres, extrait par le lournal d’Amiens, dans son numéro du 23 août 1806.
(3) Hébreu sans points-voyelles Ihunthn ou Iunthn.
(4) Hébr. s. p. v. Nthnihu.
Cependant, chose singulière et bien digne d’attention ! le nom intégral Iliuh a cessé d’étre en usage chez les Juifs, même dans la bénédiction sacerdotale où son emploi était formellement prescrit par le Pentateuque. Cette cessation absolue date d’une époque vaguement déterminée, mais qui parait remonter à celle du partage de l’empire d’Alexandrele-Grand entre les généraux qui l’avaient aidé dans ses conquêtes en Asie. On sait que, dès l’année 320 avant l’ère chrétienne, la Judée, la Phénicie et la Cælésyrie étaient devenues tributaires de l’Egypte sous le gouvernement de Ptolémée-Soter (0. Les Talmudîstes prétendent que le souverain pontife Siméonle-Juste, décédé sous le règne de ce prince, l’an 292 avant Jésus-Christ, fut le dernier des prêtres sanctifiés d V Eternel qui proféra à haute voix le divin Tétragramme selon ses lettres propres, dans la grande bénédiction du peuple à la solennité du jour des expiations (1 2).
Ce qu’il y a de certain, c’est que ce nom sacré ne reparaît plus ni dans la version grecque d’Alexandrie,
(1) Ces trois provinces lui furent enlevées l’an 314 par Antigone; mais il les reprit l’an 300. LesLagides les perdirent l’an 203 par suite des victoires d’Antiochus-le-Grand sur les Égyptiens. Elles tombèrent alors sous la domination des Séleucides, et la Judée y resta assujettie jusqu’à l’époque des princes Asmonéens ou Macchabées qui, à partir de 106, luttèrent avec avantage contre ces puissances étrangères. Après ces libérateurs, le pays tomba sous le joug des Hérodes et des Romains.
(2) Guide des Egarés, I. p. 273-9 ; Thésaurus, p. 570.
dite des Septante, qui date pour le Pentaleuque de l’an 276 sous le règne de Ptolémée-Philadelphe, ni dans les livres bibliques écrits en chaldéen ou en grec, ni dans ceux du nouveau testament, ni dans les ouvrages de Philon et de Josèphe, ni môme dans les versions de la Bible hébraïque exécutées durant les cinq ou six premiers siècles de notre ère, en quelque langue que ce fût, par la raison que les premiers chrétiens judaïsaient tous en cette partie.
Tel était alors le respect des Juifs pour ce nom divin que le néoplatonicien Philon déclare expressément qu’il n’est pas permis de l’entendre et encore moins de le transcrire littéralement 0). Ce respect s’est continué jusqu’à nos jours parmi les Israélites. Il a été imité par les Pères de l’Eglise, excepté par ceux qui avaient à combattre les hérésis gnostiques dans lesquelles on faisait jouer au Tétragramme les rôles les plus divers. Sl-Grégoire de Nazianze, en théologien-poète, va même jusqu’à dire, par allusion
(1) Ce sont ses propres expressions dans sa Legatio apud C. Caligulum, p. 1041 de ses œuvres dans l’édition de Paris. Josèphe s’exprime en termes aussi nets dans son Archéologie judaïque, lib. Il, c. b, § 2. 11 y ajoute même dans son livre subséquent, de Bello judaïco, liv. V, c. 5, que ce nom n’était composé que de voyelles, assertion excusable dans la bouche d’un helléniste écrivant en grec pour des Grecs, mais inexacte en réalité, car le He hébreu répond a notre H aspiré. Elle a pourtant été répétée par Eusèbe de Césarée dans un texte qui sera cité ci-après.
à lhuh sans le transcrire, que Dieu est insaisissable pour l’esprit, inexprimable pour la langue 0).
La grande Synagogue s’était montrée extrêmement sévère à l’encontre des Israélites qui oseraient le proférer. Elle leur infligeait la peine de mort par une fausse entente de divers textes de Pentateuque qui n’avaient voulu atteindre que les blasphémateurs (1 2 3 4). Ce fait est trop connu pour que j’aie besoin d’y insister.
Quant aux prêtres officiants à qui la loi prescrivait de bénir le peuple au nom de lhuh (3), Maimonide rapporte, d’après la Misclinâ, qu’ils remplaçaient le Tétragramme par un nom de douze lettres, moins mystérieux, mais pourtant très respectable, qu’on enseignait d’abord à qui voulait l’apprendre, mais que dans la suite on ne révélait plus qu’aux plus pieux de la classe sacerdotale, à tel point que le prêtre qui s’en servait en bénissant le peuple dans le sanctuaire, le faisait absorber par les mélodies des prêtres, ses frères W. Il paraît que le Talmud ne
(1) Voir ses œuvres , I, p. 552 ou Drach, ouv. cité, I, p. 337, — On en dit autant d 'Aum, Atmà ou Brahma dans les Lois de Manou, I, 7, et XII, 122, trad. de Loiseleur-Deslongcbamps.
(2) Yoy. entre autres, Exode, III, 5, et XX, 7, et surtout Lévitique, XXIV, 10-0.
(3) Lévitiq. IX, 22. Nomb. VI, 2i-G,
(4) Voir surtout cela le Guide des Egares, de Maïmonide, I, p. 274-5 avec les notes du traducteur feu S. Munk. Voici en outre certain texte de R. Bekhaï que lîuxtorf, Lexicon Chald. Talm. Rabbinic. p. 2135, et d’autres après lui rattacbent au Tétra-
s’explique ni sur le sens de ce nom substitué, ni sur les lettres dont il se composait. Le savant Maimonide se borne à dire qu'on le cachait, à l’exemple du Tétragramme, parce que les hommes relâchés l’ayant appris sans en bien saisir les profonds mystères métaphysiques, avaient été troublés dans leur foi et étaient arrivés à de fausses croyances ou avaient professé par suite des croyances mauvaises 0).
Ces expressions ambiguës ont fait naitre parmi les critiques une question intéresante : celle de savoir si c’est seulement par des scrupules religieux, comme on le croit généralement, ou si ce n'est pas aussi par suite d'abus, de profanations, de blasphèmes, de superstitions et de sortilèges, soit
gramme lui-même : « sunt tempora quibus sacerdotes profea runt illud noraen cum elevatione manuum expressè (et « publiée, ut ab omnibus audiatur), et sunt tempora quando « non pronunciant illud publiée et clare, sed deglutiunt illud « (id est obscurè, cum murmure et mussitatione proferunt « illud, quasi absorbèrent) ». — Du reste, l’existence et l’emploi de ce prétendu nom de douze lettres ont été contestés de nos jours par Abraham Geiger, célèbre Rabbin de la Synagogue de Breslau dans un savant livre publié en 1857, sous ce titre : Urschrift und Uebersetzungen der Bibel, etc.
(1) Oui', cité, p. 274-5.
(2) Maïmonide, ouv. cité, I, p. 271-2, semble admettre les deux dernières causes lorsqu’il parle, d’après la Mischnâ, d’abord des Kamiôth ou amulettes renfermant des formules magiques qu’on portait comme préservatifs contre les maladies, ensuite des Schimôth ou noms sacrés, forgés par fantaisie, n’offrant aucun sens et réputés capables d’opérer des miracles.
parmi les Israélites, soit parmi les étrangers avec lesquels ils se trouvaient en rapport 0), qu'il fut défendu d’abord de révéler le Tétragramme à tout venant, ensuite de le prononcer à haute et intelligible voix non seulement dans la conversation, mais encore dans la lecture de la Bible ou dans le chant dos Psaumes et, qui plus est, dans les bénédictions solennelles du peuple, expressément ordonnées aux prêtres célébrants par deux livres dePentateuque.
Ce point ne me parait pas avoir été suffisamment éclairci. Je me propose de l'examiner plus tard. Pour l'instant, je me borne à faire observer qu’après la destruction du second temple et la dispersion des Juifs, les hommes instruits savaient seuls, au dire de Maimonide, de quelle manière on devait prononcer le Tétragramme, par quelle voyelle devait être mue chacune de ses lettres, et si une de celles qui sont susceptibles de redoublement devait être ou non redoublée ; ils transmettaient cela les uns aux autres, et pour perpétuer, à ce sujet, la tradition orale, il était permis aux pères de famille et aux maîtres d’école de l’enseigner à celui de leurs enfants ou de leurs élèves qu'ils jugeraient capable et digne de l’apprendre. Mais cet enseignement, soit quant à la prononciation, soit quant à la signification, n'avait
(i) Voy. la dessus le livre cité de Maimonide, dans la traduction et avec les notes de feu S. Munk, I, p. 273-4, et II, p. 378, en note. — Notons que le P. Souciet, Recueil cité, p. 253-5, Gesenius, Thesaur, etc., p. 576, et M. Munk lui-même, au t. Ier
lieu que sous le sceau du secret, et une fois par semaine d'années seulement P). Ce qui indique une sorte d’initiation analogue à celle de la communication de la Savitri chez les Brahmanes de l'Inde qui imposaient à leurs élèves en théologie, jugés dignes de la recevoir, l’obligation de ne pas révéler aux profanes leur sacré monosyllabe Aum (*).
Quoiqu’il en soit, les hébraïsants pensent généralement que, dès la mort de Siméon-le-Juste, arrivée l’an 292 avant notre ère, les Juifs dans la lecture de la Bible, remplaçaient le Tétragramme lhuh par par deux autres noms divins (’2). Ils lui substituaient généralement Adni , prononcé Adônâi, Septante, Kurios, vulg. Dominus, lorsqu'il figurait seul dans un texte ou qu’il y était accompagné de quelque qualificatif autre qaAdônâi. Par exception, quand il était précédé ou suivi de ce dernier nom, ils le remplaçaient par Alhim, prononcé Elohim. Septante
de Maïmonide, avaient traduit Chbu’a par semaine de jours, mais c’est semaine d'années , Chb’a Chnim, qu’il faut entendre d’après la note rectificative du t. Il, p. 378 de la Traduction française.
(1) Voir Lois de Manou, XI, 265, et comparez ibid, II, 40, 36- 74-85, et IV, 125.
(2) Dans leurs écrits ou dans leurs discours, les Israélites se contentaient du mot Chm en hébreu ou Chima, en Samaritain, signifiant le nom, c’est-à-dire le nom par excellence. Voir le Thés, de Gesenius, p. 1433 A. in verbo. Cependant ils le remplaçaient aussi par d’autres mots, tels que ceux de Ihud et Iusph, altérés l’un en Iduh pour Juda (en Judée ?) et l’autre en Iusi pour Joseph (en Samarie ?) Voy. le Tetragrammaton de Drusius, p. 301-2, et YHarmoniede Drach, I, p. 495.
Thcàs, vulg. Dcus, pour ne pas lire deux fois de suite le même nom divin Adônâi (*).
Voilà pourquoi nos Bibles ponctuées portent trèssouvent Jéhôvâh et quelquefois Jéhôvîh.
C'est entre le Ve et le IXe siècle de notre ère que ces deux ponctuations ont été insérées dans l’ancien Testament par les massorèthes ou grammairiens de Tibériade en Galilée. Ces traditionnalistes s’étaient proposé de fixer définitivement la lecture des livres sacrés, écrits dans une langue morte que les Juifs ne parlaient plus depuis leur retour de l’exil babylonien, et qui d’ailleurs avait eu le défaut, commun à tous les idiomes sémitiques, de faire très-souvent abstraction des voyelles dans son système d’écriture (1 2).
(1) Cependant les Septante répètent quelquefois Kurios, au lieu d’employer Theos, par exemple, sur Juges, VH, 2*2, et sur II Samuel, VII, 19, 20. Il leur arrive au moins une fois sur Genèse, XV, 2, de traduire le vocatif Adni Ihuh par Despota Kurie, au lieu de Kurie Thee.
(2) Cette rareté des voyelles a fait croire à nombre d’hébraïsants que l’alphabet hébreu ne contenait que des consonnes, et à quelques-uns (Masclef et Houbiguant, par exemple), que, pour les articuler convenablement, il fallait les faire suivre de la voyelle que leur donne le canon alphabétique, au lieu de s’arrêter aux pointillages des massorèthes. Un lexicographe anglais (W.Packhurst) allait plus loin: il se bornait à suppléer la voyelle a pour toute consonne non suivie d’une autre voyelle écrite (comme le font les Indiens), sauf pour les lettres finales
Régulièrement Jehôvâh, calqué sur Adônai. aurait dû être ponctué Jahôvâh, avec un premier a trèsbref, au lieu d’un e brévissime et très-peu sensible appelé Scheva, puisque Jêhôvîh, calqué sur Elôlüm, était ponctué comme celui-ci par é fermé, 11 paraît, en effet, avoir eu originairement ce son d’un a trèsbref (*\ qui, dégénérant en e muet ou Scheva, a fini par disparaître jusque dans la ponctuation de quelques noms composés à l’aide d’un Ihuh initial, écourté en lu et ponctué Iô (2).
L’origine historique de ces deux ponctuations du Tétragramme Ihuh, déjà admise par Maimonide au moins pour la première, a été démontrée dans les deux derniers siècles par les plus célèbres hébraïsants de l’Europe. Cependant elle n’a pas été acceptée par tous leurs confrères. De nos jours encore, elle rencontre plus d’un antagoniste. Ces opposants (3) conviennent bien que la ponctuation Jéhô-
et quiescentes. A reprendre les choses de très-haut, je crois qu’il était dans le vrai. 11 n’y avait guère de difficulté sérieuse que pour les voyelles i et u, lorsqu’elles devaient jouer le rôle des demi-consonnes y et v.
(1) Ainsi le pensaient R. Asarias, Buxtorf et Gesenius. Voir le grand Thesaur. de ce dernier, p. 576, en note.
(2) La même chose est arrivée au Zend dans ses rapports avec le Sanscrit, comme Eugène Burnouf l’a fait voir dans son Commentaire sur le Yaçna Zend, au chap. de l’alphabet, p. XLVI.
(3) Tels que Forster, Piscalor, Alstédius, Gatacker, Hiller Fuller, Hillel, Leusden, le P. Souciet, Michaélis, Rosenmüller, Draeh, Stier et Hoelemann.
vàh, telle qu’elle se présente le plus fréquemment dans les Bibles ponctuées (car les rabbins en ont qui ne le sont pas du tout), suppose nécessairement pour lecture Adônâï (*). Mais ils n’en persistent pas moins à soutenir qu’elle révèle l’antique et véritable prononciation de Ihuh, laquelle se serait religieusement conservée dans les écoles rabbiniques du moyen-âge jusqu’au moment où Pierre Galatin l’a mise en relief dans son livre de .Lrcanis catlwïicœ verilatis, publié au XVIe siècle (2).
Tout ce qu’on peut leur accorder, ce me semble, c’est quela prononciation Jehôvâh, ou mieux Yehôvâh, était déjà admise par les adeptes de la Gnose Orientale, antérieurement à l’ère chrétienne. En effet, Eusèbe de Césarée ou plutôt Porphyre qu’il copie à ce sujet, v fait allusion dans un texte relatif à la célèbre théorie païenne de Y Heptaphthongue qui avait pour but d’imiter la musique céleste des sept
planètes dans les invocations qu’on leur adressait
(1) Voyez notamment le Recueil du P. Souciet, p. 269, l’ Harmonie etc. du chevalier Drach, I, p. 482, et les Bibel-studien de Hoélemann, p. 68 et suiv., 84 et suiv. — M. Sarchi dans le petit appendice joint à sa nouvelle grammaire hébraïque, g A'i'o-l , a résumé les preuves du fait avoué par les partisans de la prononciation Jéhovah : il la rejette à l’exemple de beaucoup d’autres, en déclarant que la véritable reste inconnue, parce que, de tout temps, Ihuh a été regardé comme ineffable.
(2) L’un d’eux, le chevalier Drach, israélite converti, prétend qu’elle est de tradition fort ancienne et constante parmi les rabbins, et que durant les XIVe et XVe siècles, elle avait été admise par quelques érudits chrétiens, tels que Porchetti, Denys le Chartreux et Ficino. Voir son ouv. cité , I, p. 483.
chaque jour de la semaine en prononçant successivement et dans un certain ordre les voyelles de l’alphabet grec qui leur étaient consacrées 0), théorie qui, suivant les Grecs, remontait à l’un des deux archimages Chaldéo-Persans du nom d’Osthanès, zélés partisans de la doctrine sacrée de Zoroastre et magiciens renommés , lesquels , croyait-on , avaient suivi ou secondé, l’un, Xerxèsdans son expédition contre la Grèce, et l’autre, Alexandre dans la sienne contre la Perse.
Quoiqu’il en soit de l’origine et de la date de ce système mystique et astrologique sur lequel j’aurai à m’expliquer ultérieurement, il est constant que, depuis Pierre Galatin, la prononciation Jehôvâh a obtenu droit de cité en Europe, au détriment de sa compagne, la ponctuation Jéhôvlh, beaucoup plus rare dans les textes sacrés (1 2) et restée presque inconnue des modernes. La forme Jéhovah fut d’abord adoptée par tous les écrivains qui, sans connaître l’hébreu, se piquaient de littérature hébraïque, puis par beaucoup d’autres. Elle s’est maintenue jusqu’à nos jours et propagée à tel point qu’aujourd’hui tout le monde en fait usage en parlant du dieu des Juifs.
Quand je dis tout le monde, j’en excepte, bien
(1) Voy. Eusèbe, Præpar. évang. lib. XI, p. 519-70, édit. Viger, Pline, c. XXX, c. 2, rt05 4 et 6, et Drach, ouv. cité, I, p. 346-7.
(2) Cependant le chevalier Drach en a compté 211 exemples dans le prophète Ezéchiel.
entendu, les Israélites scrupuleux 0) et les hébraïsants consommés de toutes les communions. Ceux-ci réclament en vain contre ce qu’ils appellent une méprise rabbinique. La routine l’a emporté sur l’érudition par divers motifs. D’abord, pour les mystiques, Jéhovah offrait cet avantage que, décomposé en ses trois syllabes : ye H- liô H- vâh, il exprimait à la fois les trois temps de la durée du grand être, le passé, le présent et le futur (1 2) et ses trois hypostases,le Père, le Fils et le Saint-Esprit (3). Voilà pourquoi, dans plusieurs églises catholiques où figure le Tétragramme Iliuh, on le voit encadré dans un triangle équilatéral dont les trois côtés représentent, dit-on, les trois personnes de la Trinité (4). Ensuite, aux yeux du public, les hébraïsants qui rejettent la lecture Jéhovah ont le tort de ne s’entendre entre eux ni sur l'origine ethnologique, ni sur l'étymologie,
(1) Dans sa première traduction du Pentateuque, feu S.Cahen s’était abstenu de transcrire en français ce nom divin pour ne pas froisser les susceptibilités de ses coréligionnaires.
(2) Voir, entre autres, Michaélis, supplem. ad. Lexica hebraîca, p. 524, — Drach, ouv. cité, p. 319 et 449-56, — Rosenmüller, Scholia in Exodum, sur 111, 15, Stier, Lehrgebaude der hebr. sprache, etc. p. 327, et Hoélemann, ouv. cité, I, p. 57-C2 et 93-4.
(3) Voir encore Drach, ouv. et lieu cités, et surtout la petite dissertation Jéhovah de l’abbé P. G. L., p. 22-36, « où l’on « démontre, porte le titre, que le nom de Jéhovah a été connu « d’un grand nombre de peuples et qu’il se rapporte essen- « tiellement à la Trinité ». Pari», 1830, in-8° de 32 p.
(4) Ce triangle emblématique paraît être d’origine égyptienne à l’abbé G. P. L., p. 32 de sa dissert, citée.
ni sur la prononciation, ni sur la valeur de ce nom hébreu. Enfin, quant aux écrivains de nos jours, prosateurs, poètes, philosophes, théologiens, etc., ils trouvent plus simple et plus court de suivre le torrent que de remonter à ses sources.
Je ne dois m’occuper dans ce chapitre préliminaire que de la prononciation du Tétragramme hébraïque. Quant aux autres griefs que je viens de rappeler, comme ils tiennent beaucoup plus au fond qu'à la forme, leur tour viendra dans les chapitres subséquents.
J’ai déjà indiqué dans l'introduction les deux lectures auxquelles je m'arrête de préférence (*). Ce sont en écriture française Yahouh et Yalw. Voici le moment de déduire les motifs intrinsèques de ce choix, tout en continuant, pour ne rien préjuger, ou à écrire Ihuh ou à suivre la routine.
Un abbé P. G. L. qui écrivait en 1830, dit avoir recueilli dans les auteurs anciens et modernes, jusqu’à 28 manières principales d’énoncer ou d'écrire le Tétragramme en question. Encore, a-t-il oublié d’y comprendre la lecture Jéhôvîh, bien que, à
(I) Voyez ci-dessus, p. 9, 17, 19, 21, du tirage à part, ou p. 303, 31 1, 313 et 315, du t. VJ, 2e série, des Mémoires de l’Académie d’Amiens.
l’exemple de beaucoup d’autres, il cite Jovis et Jupiter comme dérivés de lhuh (0.
De ces 28 prononciations, réelles ou présumées, il y en a un grand nombre à écarter comme étant soit des fautes de copistes, soit des doubles emplois, provenant les unes d’inadvertances , les autres d’échanges de lettres, car l'alphabet hébreu ne possède pour voyelles propres que les trois primitives A, I, V, celle-ci prononcée ou. Il n'a ni E ni 0, le Ile étant une aspirée qui répond à notre h dur, et Y Am un A guttural. 11 ne possède pas non plus de caractères distincts pour rendre les articulations aryennes que les Indianistes-Français expriment par y grec et v latin. C’est la ponctuation seule qui détermine, d’une part, si les caractères appelés iod et vau représentent i et u , ou y et v, et de l’autre, si, en les faisant précéder d’un a sous-entendu, on doit en tirer soit ai et au (pour ê et ô) devant une consonne, soit ay et av devant une voyelle (1 2).
Le système des ponctuations massoréthiques est plus compliqué que je ne l’indique en cet endroit : mais je remonte et je m’en tiens à ses éléments primordiaux, les seuls dont j’aie besoin pour le travail qui va suivre (3).
(1) Voy. sa petite dissertation citée, de la p. 14 à la p. 21.
(2) Voyez là-dessus VEtude sur l’idiome des vèdas par M. Ad. Régnier, p. 172-7 ou la Grammaire comparée de Franz Bopp, trad. de M. Michel Rréal, I, p. 68.
(3) Il y aurait de curieux rapprochements à faire sous ce double rapport entre les grammaires aryennes et sémitiques.
Deux voies d’investigation s’ouvrent ici devant nous, l’une grammaticale, l’autre historique. La première consiste à comparer ensemble les formes que prend le Tétragramme dans les noms propres composés où il entre comme élément constitutif, soit au commencement, soit à la fin (0. La seconde, de son côté, se borne à faire un choix parmi les diverses transcriptions de ce nom divin à l’état isolé, qne les payens, les Gnostiques et les Pères de l’église nous ont transmises à défaut des Rabbins, des Talmudistes, des Septante et de la Vulgate ( 2 ).
Parcourons rapidement ces deux routes.
La première est courte et ne nous retiendra pas longtemps.
Au commencement des noms propres composés, l’hébreu écrit le Tétragramme ou Ihu sans h final,
Ni Bopp ni Gesenius ne les ont tentés. J’espère que M. Ernest Renan portera ses vues de ce côté, s’il reprend et achève quelque jour la partie lexicographique de sa savante Histoire générale des langues Sémitiques.
(1) Il n’y a qu’un seul composé qui contienne un ihuh médial. Je crois inutile de m’en préoccuper. Le Tétragramme y prend d’ailleurs trois formes, savoir : ihu, iu, et même i seulement dans ali’aim, à l’exemple de Ihua (Jéhu).
(2) J’ai oublié de rappeler ci-dessus au § 1er de ce chapitre, qu’à la manière dont la Version Alexandrine traduit les versets 15 et 16 du chap. XXIV du Lévitique, ce serait un crime aussi grand, plus grand même, de prononcer le nom Ihuh que de le blasphémer et le maudire.
ou même iu sans h médial. Au 1er cas, la massore le ponctue ou Iehô avec Ve très-bref, dit Scheva, ou Ihô sans cet e brévissime. Au second cas, elle le ponctue Iô (*). Les Grecs n’ayant pas de signe pour exprimer le h médial, les Septanfe n’ont pu faire la distinction et transcrivent partout iô. Ces règles sont générales et ne souffrent guère que deux exceptions dans les formes hébraïques des noms écourtés de Jusuè et de Jêhu , écrits : le 1er parfois lchu’a et le 2e toujours lima, en place de Ihuchua et de Ihuhua, car la ponctuation donne Iè par Syncope (1 2).
A la fin de ces mêmes noms composés, l’hébreu écrit généralement ihu avec h médial, mais toujours sans le h final, et la massore ponctue lâhu avec Vâ long, en place de Ve scheva. Il n’y a guère qu’une exception : les textes ou les variantes nous l’offrent dans le nom populaire et trituré Mikihu sur lequel il est bon de faire en passant une petite remarque.
11 paraît qu’on a dit d’abord Mikâ-yâhu (quissicut Jéhovah!), selon la règle générale, puis successivement : 2° Mikâ-yahu, par a bref ; 3° Mikâ-yehu, par
(1) Sur 21 noms de cette espèce, rassemblés par Gesenius, J’en ai compté 12 écrits tantôt Ihu et tantôt lu, ad libitum, et 9 écrits seulement lu.
(2) Voy. le Thesaur. de Gesenius sur ces deux noms, p. 581 B et 582 B. - Il faut y joindre Ali’aini mentionné ci-dessus où ihu médial se réduit à i, et Mikdh, où ihuh final se réduit à h comme on va le voir.
e scheva ; i°Mikâ-ihu, par suppression de cette voyelle brévissime ; 5° Mik-êhu , par fusion de la diph thongue ai en ê très-long ; 6° Mikâ-hu, par suppression de i, et 7° Mikâh, par la double suppression de i et de u ()).
Reste à savoir, et c’est le point le plus important, si, dans la prononciation du Tétragramme employé seul comme nom divin ou dégagé à ce titre de ses annexes caractéristiques, le maintien constant de son h final est de nature à faire modifier ces premiers aperçus. C’est ce que nous verrons au § suivant. Bornons-nous dans celui-ci à relever un composé étranger, connu depuis peu d’années. Il nous est offert par la grande inscription cunéiforme du palais de Khorsabad, déchiffrée par MM. Oppert et Menant.
Il s’agit d’un roi de Hamath, tributaire forcé de l’Assyrie, qui se révolta contre sa suzeraine sous le règne de Saryukin, Sarkin, Sargin ou Sargon, père de Salmanassar, entraînant dans sa défection les villes d’Arpad, de Simyra, de Damas et de Samarie et qui fut sévèrement châtié par Sargon après la prise de cette dernière ville, arrivée l’an 721 avant
(I) Voy. le Thesaur. de Gesenius, in Verbo, p. 786 B., et les bibel-Studien , de Hoelemann, p. 95. — Quelques unes de ces formes sont hypothétiques, mais nécessaires pour expliquer les réelles. — Rien à dire des deux autres noms connus : Mikih (quis sicut Yàh!), et Mik-al (quis sicut EU). Mais j’aurai à revenir sur la ponctuation désinentielle ihu, en place de yàhu, dans Mikà-ihu et Mik-éhu. ’
1ère chrétienne. Dons l'inscription nini vite dont il est question, ce rebelle est nommé laoubid ou Yaoubid ; mais une autre probablement explicative, lui donne le nom de lloubid O). Il n’y est pas dit du reste si le deuxième nom avait précédé ou suivi le premier. J'inclinerais volontiers vers la seconde hypothèse (1 2).
Quel que soit le sens de la finale bid des deux noms sémitiques lloubid et Yaoubid, il est évident qu'ils contiennent deux qualificatifs purement hébreux : Aluh, (dieu), et Ihuh, (Jéhovah), privés de leurs aspirées ; car, d’un côté, les inscriptions de Ninive affaiblissaient quelquefois en i, à la manière arabe, l'a initial des noms divins (3), et, de l’autre, on ne doit pas être surpris de trouver sur YOronte de Syrie, au VIIIe siècle avant notre ère, le Tétra-
(1) Voy. Journal Asiatique, n° de Janvier 1864, p. 20 - 1, et Manuel d’Histoire ancienne de l'Orient jusqu’aux guerres mèdiques, par M. Fr. Lenormant, II, p. 90-1, 4e édit., Paris 1869.
(2) Nous aurions ainsi le pendant de l’histoire des deux fils de Josias dont l’un, nommé en hébreu Ihuà’hz, fut déposé par le pharaon Nekhô ou Neckaû et remplacé sur le trône par son frère Aliqim dont le nom fut changé en celui de Ihuiqim.W oir 1 i Rois, XXIII, 30-o. Ici, par inverse, Yaoubid, nom syriaque, aurait été chan-gé en lloubid, nom assyrien.
(3) M. Jules Oppert en a cité trois autres exemples, savoir : 1° Bilit pour Balat, grec Baaltis ; 2° Isat, «feu» pour Asat, et 3° Istar ou Istara « étoile », en place du zend Açtare, sanscrit Tara pour A stàrà, grec et latin Aster, hébreu ’Achtrth,\o\T son expédition en Mésopotamie, II, p. 67 et 178.
gramme Ihuh, honoré par des syro-araméens, voisins et alliés des tribus samaritaines 0). Nous pouvons donc tenir pour certain qu’à l’époque de Saryukin, Sarkin, Sargin ou Sargon, on prononçait Yahou, et non pas Ychù ou lhô, au commencement aussi bien qu’à la fin des noms propres composés, et que si, en hébreu, il y avait alors une légère différence entre les deux cas, elle ne consistait guère que dans la quantité du point-voyelle a, bref au commencement et long à la fin
Cette conclusion s’appuie d’ailleurs sur le nom divin J/i, ponctué Yâh, que les hébraïsants considèrent comme une abréviation populaire de Ihuh, mais qui pourrait bien en avoir été le prototype, ainsi que le pensait le savant Bunsen en rappelant que le général Rawlinson croyait avoir retrouvé dans es inscriptions ninivites le nom Ian ou /a/i avec application au dieu du feu (1 2).
Remarquons en passant que ce nom Ih figure avec celui de Ihuh dans le cantique du passage
(1) Dès le règne de David, au XIe siècle, le roi qui régnait alors à Hamath, avait envoyé son fils Joram à Jérusalem avec des vase9 d’or, d’argent et d’airain que David s’empressa de consacrer à son dieu Ihuh. Voir ü Samuel, VIH. 10-2. Le nom de ce prince royal est hébreu, et syncopé de Ihurm « Jéhovah élevé ». L’auteur de I chron. XVIII. 9 - 1 1, le remplace par Hdurm , nom écrit ailleurs Adurm, et synonyme de Adnirm « Adonis-le-Haut », répondant à l’hébreu Adnihu, « le Seigneur Jéhovah », selon Movers, die Phœnizier. p. 542.
(2) Voir Egypt’ s place in universal History, IV, p. 192-4.
de la mer rouget1); que le Psalmiste l'emploie fréquemment ; qu’il a survécu à Ihuh à la fin des noms propres composés, et qu’il s’est transmis jusqu’à nos jours dans notre alléluia latin, hébreu hlluih , grec allclouia, avec suppression du h final (2).
Il serait fastidieux et peu profitable de relever toutes les anciennes transcriptions grecques, coptes et latines du Tétragramme hébreu, qui sont parvenues jusqu’à nous. Au besoin, on les trouvera rassemblées dans les ouvrages cités en tête de ce chapitre. Je les ramène et les réduis toutes aux (juatres principales qui sont : 1° laô, 2° Iaou, 3° labc et 4° Ieuô.
L’Exégèse historique prend les deux premières pour judaïques, la 3e pour samaritaine et la 4e pour phénicienne. Je ne m’attacherai pas aux autres, parce qu'elles ne sont toutes que des variantes provenant soit d'erreurs de copistes, soit de remplacements euphoniques d’abord des voyelles primitives a, i, u,
(1) Exode XV, 2 N.-Comp. Psalm. CXVlll, 14, et Isaïe XII, 2.
(2) Cependant Origène le transcrit une fois en grec Iah(Vo\r ses œuvres II, p. 539, Commentaire sur le Ps. II, 2, 7 et 1 1 ), comme s’il avait songé au II copte, différent et distinct du Hèth grec. Ailleurs pourtant il le transcrit Iaa et semble ainsi nous renvoyer au qualificatif phénico-hébraïque Iah, ponctué Iaah, « beau, orné, brillant » sur lequel j’aurai plus tard à m’expliquer.
tantôt par les voyelles dérivées e et o, tantôt par les semi-voyelles y ou j et v ou wW. J’en excepte pourtant deux, savoir : Iaôth et laôn dans lesquelles le h final de Ihuh est remplacé par les consonnes (h ou n. J'en ferai l’objet d’un § séparé.
La première transcription grecque ou copte laô est celle qui se rencontre le plus fréquemment dans les anciens monuments du Gnosticisme oriental. S‘ Jérôme, le plus savant des Pères de l'Eglise, l’a rendue en latin par Iaho, en rétablissant le h médial de l’hébreu Ihuh, mais en continuant de négliger le h de la (in qu'il connaissait pourtant très-bien, car, après avoir dit deux fois que ce nom divin se compose des quatre lettres 1, II, U, II, il ajoutait : et leyi polest Iaho (-) S’il n'a point tenu compte de ce h final, c’est sans nul doute parce qu'il le considérait comme quiescent (3) et que le latin ne l'admettait guère que dans les trois interjections ait! oh! proh! où il s’articulait. Mais la transcription laô sans aspirée avait prévalu, et c’est celle qu'avait adoptée, sous l’empire d’Auguste, le jurisconsulte et archéologue Cornélius ouAntistius Labeo fils, dans son commentaire sur le célèbre oracle de l’Apollon de Claros qui portait notamment :
(1) Voir ci-dessus § 3, à la fin.
(2) Voir S‘‘ Hieronymi Opéra, U, p. 28! -2 etappendix p. t 31, édit. Martianay. — Tertullien écrit Iao sans aucun h, à l’exemple des auteurs grecs.
(3) Il paraît l’être en effet, si on le compare à celui du nom divin Ih qui sonnait plus fortement et était réputé radical.
Phràzeo ton pànlôn hùpaton thebn cmmen'Iaô U).
La seconde transcription grecque laou est beaucoup plus rare dans les anciens auteurs que la précédente. On ne la trouve que dans les Strornates de Clément d’Alexandrie (2) et dans une gemme gnostique rapportée par Kopp O). Elle a pour variantes d’abord la forme leou dans deux ouvrages coptes cités en note O), ensuite la forme grecque Iau , différemment accentuée sur l’u final, lequel doit ici se lire ou comme en latin 0). Les points-voyelles a, u et ô se permutent d’ailleurs fréquemment en hébreu, comme le prouvent ici même les transcriptions du Tétragrainme dans les noms propres composés, savoir :
(1) Voy. Macrobe, Saturnales. I, 18, et Movers, die Phænizier, I, p. 539 et suiv.
(2) Stromales, V, p. 560, édit. Sylburge, ou p. 366, édit. Potter.
(3) Palœographia Critica, III, p. 330.
(4) Pistis Sophia, trad0» Schvarlze, p. 18, 122, 155, 221-7, et Traité des mystères des lettres grecques, extrait par M. Dulaurier dans le Journal Asiatique, 4e série, IX, p. 543 -7. Voir aussi les notes de Monti'aucon ou de Bahrdt sur les Hexaples d’Origènc (sur Exode III, 13-5).
(5) C’est ce qu’ont montré Drusius, Tétragrammaton, p. 342 et Monti'aucon sur l’Exode III, 15. Ces savants supposaient que la forme hellénique Iau, en place de laou, avait été puisée à la finale des noms propres composés. La chose est possible, caria Vulgate écrit lau, et non pas là, à la fin des onze noms propres suivants : 1° Atslihu,'20 Bqihu,'i° Dlihu,\n IIIihu,'6° Iglihu, 6° Irihu, 7° M'asihu, 8° Mthniku, 9° Azihu, 10° Qlihu, 11° Chlmihu. Cependant il ne me paraît pas probable que Clément d’Alexandrie et les gnostiques eussent puisé là leurs transcriptions laou et leou du Tétragramme, car d’autres écrivains expliquent par Iaô la finale Ihu, aussi bien que l’initiale Ihu ou lu des noms propres composés.
lehô, Ihô, Iô au commencement, et lâhu à la fin.
Passons maintenant aux deux autres transcriptions grecques Iabe et Ieuô, extraites, l’une du Tétragramme samaritain par Théodoret et Epiphane, et l’autre du Tétragramme phénicien par Philon de Byblos et Porphyre.
Ces deux formes hellénisées supposent évidemment les deux lectures ou leçons sémitiques qui suivent :
1° Yahveh pour Yahvah, tant par changement du V en B 0) que par substitution de Pc à l’a, d’où labe.
2° Yehvé ou Yehvôh, pour Yahvé ou Yahvôh, tant par changement du V en U (1 2) que par substitution de l’ô à l’a, d’où leuô,
Ces échanges n’ont rien d’extraordinaire dans des langues imparfaites qui ne tiennent guère compte des sons vocaux dans le corps de leur écriture et semblent les prendre assez arbitrairement l’un pour l’autre dans la prononciation ou ponctuation. De là ces Variantes grecques ou coptes du Tétragramme : Iauô (3 4 5), Ieuô W, loué(°), le tout pour Iaouô, c’est-àdire pour Yalwô ou Yàhvôh par remplacement d’a-
(1) Comparez le grec David à l’hébreu Duid ou Dvid.
(2) Comparez le grec Leui à l’hébreu Lui ou Loi.
(3) Gemme gnostique dans les Lettres de Beuvens «M. Letronne p. 39 et 64.
(4) Philon de Byblos sur Sanchoniathon , édit Orelli, p. 2.
(5) Pistis Sophia, p. 234 !..
bord de l'a oriental, soit en e, soit en o (>), ensuite du v soit en u (prononciation française), soit en ou (2).
Quant à Yahveh pour Yahvah, sa transformation en labc rappelle qu’un manuscrit des Stromates porte Ta-ouc, en place de laou (3), comme si le copiste grec avait eu sous les yeux un texte arabe portant Ih-hue a Yâh-lui » ou « Yûh-l’Ètrc » O), car cette transcription exceptionnelle offre deux mots séparés. Quoiqu'il en soit, entre les deux formes Yahvah et Yahveh, il n'v a pas à balancer sur la question de priorité, l’c primitif n’étant qu'un substitut de l’a dans les anciennes langues de l'Orient. Aussi les rabbins du moyen-Age, dans leur mystérieuse écriture Atbasch, exprimaient-ils le Tétragramme par un mol emblématique qui, ramené à l’alphabet ordinaire, donnait précisément Yahvah, et non pas Yahveh, pour lecture de ce nom divin O). C’est qu’en effet, Yahvah était avec
(1) Comparez le sanscrit parlas au grec podos et le sanscrit padam au latin Pedem *
(2) Comparez, d’une part, le latin epangelium au grec euanqelion, et de l’autre, le grec Oualerios au latin Valerius.
(3) Voir le Thésaurus cité, p. 377 A.
^4) L’hébreu écrit Hua « lui » et prononce IIou, au lieu de Houé. Voir le Thésaurus cité, p. 369 B. Jéhovah dit lui-même dans la Bible: Ani-Hua, « je suis lui ou l'Être », Deutéron. XXXII, 39, et Isaïe XLIII, 10, 13, 23 ; XLVIII, 12. Ses adorateurs lui disent dans le même sens : Athah-Hua, « tu es lui ou l’Être « II Samuel, VII, 28 — Psauma XLIX, 4. etc.
(3) Ce mot était écrit M.TS.P.TS. et prononcé Matspats, à l’aide de deux a intercalés, d’oh résultaient par déchiffrement
Yahuh, écrit Iliuh, dans le môme rapport queleSyrochaldaïque Yakyah se trouve avec Yahih, écrit Ihih et raccourci par les rabbins en Ii, abstraction faite des deux aspirées (l).
Remarquons d’ailleurs au sujet des deux formes secondaires Yahvah et Yahvô, substituées aux primitives Yahuh et Yahô, et devenues types des deux transcriptions grecques Iabe et leuô, que, suivant le philologue Gésénius, les Phéniciens changeaient volontiers en ô la désinence ah, écrite h, des noms hébreux (2) ; procédé qui ne leur était pas exclusivement propre, puisqu'on le retrouve en sanscrit et en zend, et que, par exemple, le Rig-Véda possède un qualificatif divin Yahvah (thème Yahva) dont le nominatif change sa finale ah en ô dans certaines circonstances en vertu de lois euphoniques qu'il est inutile de relever ici.
Avant de passer du terrain des langues sémitiques à celui des idiomes aryens, il me reste à
l’écriture Yhvh et la lecture Yahvah. Voyez là-dessus Drach, ouv. cité, I, p. 300.
(1) S» Jérôme écrivait au pape Damase (T. II de ses œuvres p. 281 - 2) ; « I. H. I. H, id est, duobus la, quæ duplicata ineffabile illud et gloriosum Dei nomen efficiunt ». Il croyait alors que le JJ hébreu se prononçait A et que la 3e lettre du Tétragtamme était un J comme la lre, erreur qu’il a corrigée dans sa lettre à Marcella. — Le ü rabbinique avec le point-voyelle a sonscrit entre et pour les deux, donne Yàijâ. — On sait que l’écriture Ihih, lue de droite àgauche par les Grecs, a produit chez eux mm.
(2) Voir ses Monumenta Phœnicia, p. 434 et 440.
relever deux variantes grecques déjà annoncées Elles se rattachent aux deux transcriptions laô et Jnou, dont elles se distinguent par leurs lettres finales; et sous ce rapport, elles paraissent dignes de quelque attention.
La lre variante est Iaùth par ô long ou laolh par o bref (1), et la seconde Iaôn, également par ô long (1 2), ou Iaon par o bref encore (3 4 5). Laissons de côté, comme provenant d'erreurs de copiste, les deux formes en o bref, pour nous en tenir aux deux autres, par la raison qu’originairement, dans les dialectes sémitiques aussi bien que dans les langues aryennes proprement dites, la voyelle o représentait a+u, de même que la voyelle e représentait a+r W, nos voyelles brèves e et o n’y étant pas alors connues, en sorte que, pour les mots d’origine très-antique comme l’est, à mon avis, le Tétragramme hébreu, les deux sons o et e devraient être transcrits en français au et ai , ainsi que l’avait montré Eug. Burnouf dans un mémoire inédit sur la transcription des alphabets orientaux en caractères européens (•'>).
(1) S» Irénée fadvers. Hæres., 11, p. 170) donne les deux formes; Alexandre de Tralles (11b. XI, p. 658) et quelques pierres gnostiques ne mentionnent que la première.
(2) Lettres de Beuvens à M. Letronne, p. 22.
(3) Annotât. d’Heinsius, p. 62 sur les Stromates, édit. Sylburge.
(4) Revoir le présent cliap. § 2, p. du vol. ou p. du tirage à part.
(5) Ce mémoire avait été couronné en 1828, je crois, par VAcad. des Inscr. et Belles-lettres, dont l’auteur ne faisait pas
La lrc variante grecque Iaôih,e n place de Ialiôth, suppose une ponctuation Yahôli pour Yahuh , avec h final changé euphoniquement en th, dans l’état d’annexion par exemple, comme il arrive quelquefois en hébreu et souvent en phénicien pour les noms en a/i,la plupart féminins^). Malheureusement en hébreu la finale ulh, ponctuée ôth, est la désinence habituelle du pluriel des noms féminins, pluriel employé quelquefois pour exprimer une idée abstraite au singulier (-). Appliquée au Tétragramme, elle donnerait lieu de croire qu’on a pris Yahuth avant sa ponctuation en Yahôth, pour l’équivalent ou la traduction du pluriel égyptien Paut, prononcé Pa-out , et venant du radical Pa , « être, exister » lequel désigne, au sens propre, la totalité des dieux et, au figuré, l’idée abstraite de divinité au sens absolu (3). Nous serions ainsi ramenés à
encore partie. J’en avais eu communication par l’obligeance habituelle de ce grand philologue.
(1) Gésénius, Monum. Phænicia., p. 439, cite le grec Baaltis, venant du phénicien Baalath, en assyrien Bilit, selon M. Oppert, par affaiblissement de a en i.
(2) Témoin ’ükmuth « sapience ou sagesse », ponctué ’Hakamôth ou ’Hakemôth et construit tantôt avec un pluriel et tantôt avec un singulier. Voir le Thésaurus de Gésénius, in Verbo, p. 473 A.
(3) Voy. les Etudes égyptiennes de M. Chabas, dans les Mémoires de la société d’histoire et d’ archéologie de Chalon-sur-Saône , 111, p. 216, (année 1831). — M. le Vicomte Emmanuel deRougé lit Pauti, au lieu de Paut. Mais son interprétation ne diffère pas de celle de M. Chabas.
la fameuse définition de l’Exode III, 14, « je suis celui qui suis », sur laquelle j’aurai à revenir dans un chap. subséquent. J'accepte ce sens métaphysique, sauf à m’expliquer plus tard sur l’époque relativement moderne de son adoption.
La T variante grecque laôn, pour Iahôn , fait songer à plusieurs vocables hébreux, terminés en uh comme Ihuh. mais dont les dérivés prennent un n à la fin, en place du h final (L. Tels sont les mots Gluh « exil », Chluh « paix ». et Chlmuh « pacifique », ponctués Gilôh, Clnlôh et Chelomôh, dans lesquels le h final ne se prononce pas et fait place au n dans les formes dérivées. En appliquant cette ponctuation au Tétragramme, on arrive aisément à la transcription laôn pour Yahôn. Mais, à s’en tenir au dialecte phénico-hébraïque, il semble que Yâhôn , à litre de qualificatif dérivé, signifierait « le Jèhovien », et non « le Jéhovnh ». Cependant, comme le suffixe un, ponctué ôn, est tantôt augmentatif et tantôt diminutif en hébreu, selon les grammairiens (1 2), Yâhôn pourrait désigner le grand ou le petit Yâh.
Notons à ce propos que le suffixe hébreu un, ponctué ôn, n’est probablement pas sans rapport avec le sanscrit Van, qui, dans les cas faibles de la
(1) Sur ce changement désinentiel de uh en un, voyez les Institutiones hebraïcæ de Gésénius, édit. Migne, § 82, II, n° 15, p. 75G du volume.
(2) Voir les exemples cités par Sarchi, nouvelle Grammaire hébraïque, p. 61, § il 4.
déclinaison, se réduit d’abord à un, par suppression de l’a, retour du v à son élément-voyelle u et allongement de celui-ci par forme de compensation 0), puis se change en ôn dans les thèmes en o par fusion de cet a avec l’û de ûn pour Van, d’où résulte Aùn, écrit ôu(1 2). Dans cette hypothèse, le sémitique Yahôn dériverait d’un thème Yaha-Van, raccourci en Yah-ôn et écrit Ihun, et il ne resterait plus pour racine que la lre syllabe //i, laquelle est identique au nom divin Ht. Je pourrai y revenir quand je m’occuperai de l’origine et de l’étymologie du Tétragramme.
Pour le moment, en voilà assez sur ces transcriptions grecques Iaôth et Iaûn qui ne figurent pas dans la Bible et que les gnostiques avaient sans doute empruntées aux. mythologies des peuples voisins des Juifs. Dans l’ancien Testament, le Tétragramme, lorsqu’il est employé seul comme nom divin, reste constamment invariable, et ne se construit pas selon le langage des grammairiens, c’est-à-dire ne modifie pas son h final en th dans l'état d'annexion ou de rapport dit complément génitif, pour se rattacher comme antécédent au mot qui le suit à titre de
(1) Comparez en sanscrit le thème Yuvann if Yuvâ, latin Juvenis, avec le gif Yûnas, (d’où Junior en latin), venant d’un comparatif aryen Yùniyas. Voy. Bopp, Grammatica S anscrita, p. 112 et 121.
(2) Comparez en Sanscrit le gif Maghônas, dérivé du thème Maghavan, « titre habituel du Dieu Indra, considéré comme riche en trésors.
conséquent!1 2). C’est un privilège qu’il a sur les autres substantifs en h. Au point de vue de la philologie comparative, on serait tenté de croire que le Télégramme n’est pas un nom purement hébreu ni même exclusivement sémitique, mais un ethnique d’emprunt que les hébreux auraient gardé tel qu’ils l’avaient reçu sans se permettre d’y toucher, dans la crainte de lui enlever quelque chose de son efficacité prétendue en altérant, si peu que ce fut, sa forme écrite, et cela par suite des idées superstitieuses qui régnaient autour d’eux dans la théosophie orientale (5 6).
Suivant ma manière de voir, le peuple auquel les Israélites auraient emprunté ce nom divin ne serait pas celui d’Egypte, quoi qu’en aient dit, chez nous, Voltaire à propos du Iaou de Clément d’Alexandrie (3 4), et chez les Allemands, de Colin W, Heeren (5), Wegscheider (®), et Hagel (7) au sujet du Iaô de Diodore de Sicile ou d’Hécatée de Milet (8) , en se
(1) Sur cet état d’annexion , Voy. la nouvelle Grammaire hébraïque de Sarchi § § 168, 05, 293 et 426.
(2) Voy. là-dessus Origène contre Celse, Jamblique de Mystériis et Movers, die Phœnizier, I, p. 541,
(3) Voir dans ses œuvres édit. Beuchot, XV, p. 103 — XLI1I, p. 62, et XLIX, p. 116.
(4) Biblische théologie. I, p. 102.
(5) Gœttl. Anzeigen Von 1830.
(6) Instit. § 22, note.
(7) Apologie des Mosis, p. 84.
(8) Diod., Bibliothèque historique, 1, 94, et Fragments, à la suite, XXXIV, 1 et XL, 3.
fondant sur ce que ces deux historiens présentaient les Juifs comme une colonie égyptienne, à l’exemple de Manethon, C hérémon, Lysimaque et Apion dans Joséphe. Ce serait plutôt aux Chaldéens et par ceuxci aux Aryas qu’il faudrait recourir, car c’est de l’Asie centrale qu’étaient sortis les peuples de Japliet, de Sem et de Cham décrits au chap. X de la Genèse.
On a vu dans l’introduction qu'en rendant à Iaô son h médial et à Jaou tant cette aspiiée du milieu que celle de la fin, l’idiome védique fournissait deux formes lout-à-fait semblables, savoir : le vocatif Yahô et le nomif Yahuh d’un qualificatif aryen d’Agni, dieu du feu (O. La ressemblance n’existe pas seulement pour la prononciation ; elle se retrouve aussi dans l’écriture. En effet, les hébraïsants et les indianistes reconnaissent : les uns qu’en hébreu la lettre appelée Iod ou Yod se prononce comme Y y grec francisé et le j allemand ou slave, lorsqu’elle vient à tomber sur une voyelle, et les autresrque l’a bref est toujours sous-entendu en sanscrit après les consonnes simples ou groupées qui ne sont ni marquées du signe de quiescence à la fin des mots, ni accompagnées au milieu d’une autre voyelle destinée à les mettre en mouvement. D’où la conséquence que si, en
(I) Revoir l’introduction, p. 311 - 3 du VR vol., 2e série, des Mémoires de l’Académie d'Amiens, ou p. 17 - 9 du tirage à part. Je ne m’arrête pas aux flexions des cas indirects parce que l’hébreu les remplace par des prépositions. Toutefois, je note en passant qu’en sanscrit la forme Yahoh exprime le génitif et le locatif duels de Yahuh.
hébreù, on écrit lhô ou Ihuh. et en sanscrit Yhô ou Yhuh, dans la Jre langue on peut très-bien et dans la 2e on doit nécessairement prononcer en français Yahô et Yahouh , l’w oriental, je veux dire l’u aryen, sémitique et égyptien, valant ou, comme dans la plupart des langues modernes de l’Europe, quand il n’est pas suivi d’une autre voyelle exprimée ou sous-entendue qui le changerait en v français ou w allemand. C’est un phénomène analogue à celui qui se reproduit dans les mêmes circonstances pour la lettre I. ainsi qu’on vient de le voir, le caractère ou le son a, inséré à sa suite, la changeant alors en y grec ou J allemand.
Je pourrais ajouter ici, sans attacher à cette remarque autrement d’importance, que le Yhuh sanscrit pourrait être appelé Tétragramnre aryen, abstraction faite des désinences qu'il prend dans les cas indirects, car, d’un côté, il n’a également que quatre lettres écrites, l’a bref y étant seul sous-entendu après la semi-voyelle y, et, de l’autre, le dieu auquel il s’applique reçoit d’autres épithètes où figure le nombre quatre, par exemple, celle de cerf blanc (Gôra), à quatre cornes ( Tchatuh çringa), par allusion tant à la blancheur de la flamme qui s’allume qu’aux quatre coins du foyer (j).
(1) Voy. Rig-Véda Langlois II, 210-2-3 et 259, n° 21-2. Cette hypothèse rappelle, d’un côté, les quatre cornes de l’autel de Jéhovah, et de l’autre, les quatre visages du Brahma des Védântistes de l’Inde, dieu substitué à Agni comme nous le verrons plus tard.
J’ai ramené ci-dessus les deux autres transcriptions grecques Iabe et Ieuô à deux formes sémitiques Yahveli pour Yahvah et Yehvô pour Yahvà. Les védas emploient Yahvah et Yahvà dans le sens de « grand, ample, étendu », au nominif singulier masculin, et les appliquent tant à Agni (<) qu’à d’autres dieux de nature ignée ou lumineuse dont il est ou le père ou le frère ou le fils, selon le point de vue sous lequel on l’envisage dans le naturalisme indien.
A considérer les choses sous le rapport de la lexicologie ou de la grammaire, je veux dire de là fornation des mots dérivés, il semble que Yahvah vienne de Yahuh, et Yahuh d’un primitif Yah, en remontant des polysyllabes à la forme monosyllabique, évidemment plus ancienne en thèse générale comme moins savante et moins compliquée. D’où la conséquence théorique que le dieu tutélaire des sémites hébreux aurait été désigné successivement par les trois qualificatifs suivants: 1° Yah , écrit Ih; 2° Yahuh ou Yahô , écrits Iliuh ou //ta, et 3° Yahvah ou Yalwô , écrits 7/ta/t et Ihu encore en hébreu sans points-voyelles, mais allongés dans la prononciation par l’adjonction au suffixe u soit du suffixe a plus général en sanscrit, soit du suffixe ô, qui remplace ici a~hh.
(1) LeRig-Véda-Rosen,p. 67, 1-2, donne une fois Yahvam Agnim (magnum ignem), tandis que le Rig-Véda-Aufrecht emploie au nif Yahvà Agnih ou Agnir, M. III, S. 1,8, 12, et M. VII, S. I R. o. Peut-être que Yahvah , dans ses applications à Agrm'.serait mieux rendu par fils, sens que M. Max Müller donne à ce qualificatif lorsqu’il est suivi d’un génitif. J’y reviendrai bientôt.
Cette dérivation serait à peu près l’inverse de celle que supposent les hébraïsants, puisqu’ils considèrent Ih, non pas comme le type, mais comme l’abrégé de Ihuh. J’oserais, après le baron de Bunsen, ne pas adopter leur avis, par une raison que l’on pressent d’avance : C’est qu’au lieu de rattacher comme eux le Tétragramme au radical araméen Huh « être, exister, », je serais plus porté à le tirer, en remontant à sa lre origine, d’un autre radical primitif, à la fois aryen et sémitique, à savoir : Yah « engendrer, produire, enfanter ■* etc. Je me borne ici à indiquer cette étymologie en passant, mais je me réserve d’y revenir dans un chapitre ultérieur lorsque j’examinerai la fameuse définition : « Je suis celui qui suis » donnée dans le livre de l’Exode. Toutefois, il est bon d’en dire dès maintenant quelques mots, avant de clore pour les lecteurs peu familiers avec les résultats des nouvelles recherches philologiques, cette longue et aride discussion préliminaire.
Le parallèle que j’essaie d’établir entre le Saha- Sô-Yahô du Rig-Véda et le Yahuh-Elohim de la Genèse ne préjuge en rien la grande et difficile question de savoir quels ont été primitivement les rapports lexicologiques et grammaticaux de l’hébreu avec le sanscrit. Elle est très-controversée entre les philologues de nos jours (G.
(t) Voyez là-dessus : E. Renan, Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, p. 418-46, lre édit., et Max Müller: la Stratification du langage, trad°n Louis Havet, p. 26-32
Il y a autant d’autorités pour que contre. On n’est d’accord que sur un seul point, à savoir: que le sanscrit ne vient pas de l’hébreu ni l’hébreu du sanscrit. De part et d’autre, on reconnaît qu’il y a eu entre les deux langues, comme entre les deux races qui les parlaient, certaines affinités primordiales, provenant soit du voisinage, soit d’une antique habitation commune dans une même contrée de l’Asie centrale. On ne varie que sur l’étendue et la portée de ces rapports linguistiques.
Je n’ai pas à entrer dans ce grand débat, par la raison que, dans les deux camps, on reconnaît que la Bible et le Rig-Véda ont conservé des verbes et des noms communs aux Sémites et aux Aryas, noms et verbes en petit nombre il est vrai, mais qui ne sauraient être le produit du hasard ou de l’onomatopée ('). Cet aveu me suffit, car tel est le cas, suivant
(t) La grammaire comparative a constaté et reconnaît aujourd’hui que les anciennes langues fleæionnelles, en têts des quelles brillent le sanscrit et le grec (l’hébreu leur est fort inférieur), ont débuté par être monosyllabiques et isolantes ; qu’elles sont ensuite devenues agglutinatives, c’est-à-dire qu’elles se sont bornées à juxtaposer deux ou trois syllabes significatives sans fléchir la dernière, et que finalement elles ont abouti à des formes flexibles pour les pronoms, les substantifs, les adjectifs et les verbes. Voyez Max Müller : la stratification du langage, tradon Louis Havet, p. 10, et Georges Curtius : La chronologie dans la formation des langues Indo-européennes , trad0 Hergaigne, p. 52-o. — Les rapports des langues aryennes avec les sémitiques paraissent avoir précédé la formation des cas indirects dans les déclinaisons des lre", et celle de la tri 1 itt.éralité dans les conjugaisons des 2‘*c*.
moi, de la racine monosyllabique Yah, (écrite Ih ou Yh ), que je considère comme étant la source des quatre dérivés hébreux et sanscrits Yahuh, Yahô , Yalwah et Yahvô,àe même signification ou au moins de signification analogue. A la vérité, cette racine verbale ne se retrouve à l’état brut ni en sanscrit ni en hébreu. Un très-vieux recueil indien des mots védiques, le Nirukta, la donne, mais sans aucune explication, et elle manque dans les catalogues des Hadices Sanscrites publiés jusqu’à ce jour. Les nombreux dérivés qu'elle a laissés dans les Védas prouve qu’elle avait des significations très-diverses et parlant assez vagues par leur généralité. Mais M. Max Muller a montré par divers exemples que la plupart des racines védiques ou autres qui ont été découvertes jusqu'à présent, se trouvaient dans ce cas. Selon lui, elles avaient primitivement une signification matérielle, et une signification si généi nie et si compréhensive, qu’elles pouvaient facilement s'appliquer à beaucoup d'objets spéciaux et passer du sens propre au sens figuré, transition naturelle et indispensable, par la raison qu’aucun progrès n'était possible dans la vie intellectuelle de l’homme sans la métaphore (U.
Le relevé que j’ai fait des épithètes multiples dérivées du radical Yah, m’a fait reconnaître en lui,
(!) Voir ses Nouvelles leçons sur la science du langage, tradon de Georges Harris et Georges Perrot, II, p. 72 et suiv., Paris 1868, in-8°.
entre autres acceptions, celles de « couler, s’écouler, verser, répandre, épancher, éparpiller, semer, etc, et par suite, engendrer, produire, enfanter ». Si le zend, l’assyrien, le grec et le latin n’ont pas cette racine, ils la remplacent par d'autres où l’esprit passe figurément de l’action de semer à l’idée d’engendrer, ainsi que l’a très-bien remarqué M. Jules Oppert 0).
Appliqué à un dieu du 1er ordre, le qualificatif Yahuh. vocatif Yahô , a pu signifier semeur ou semence, engendrant ou engendré, père ou fils. Mais, bien que le sens de père paraisse convenir au Yahuh mosaïque, je persiste à maintenir celui de fils pour le Yahuh patriarcal, et en cela j’ai la satisfaction de me trouver d’accord avec feu M . Charles Lenormant, sinon pour l’étymologie du nom.au moins pour le rôle du dieu (1 2). Yahuh Elo'him ne signifiait pas pour les patriarches l'esprit des dieux, comme le pensait cet ingénieux professeur, mais bien le fis des forts ou des dieux. J’en déduirai plus tard les preuves tirées de la Genèse et de la théogonie qu’elle suppose. Pour le moment je me borne à rappeler que l’idée de fils est celle que tous les traducteurs ou interprètes des Védas attachent au titre Sahasô Yahô, réservé à Agni et formant le vocatif de Sahasô-Yahuh « Roboris flius ». Comme le Yahuh aryen est pour moi homonyme et
(1) Expédition scientifique en ilésopotamie, t. Il, p. 128 ou Journal asiatique, 7e série, IX, p. 160.
(2) Voir son Introduction à l’Histoire de l’Asie occidentale,
synonyme du Yahuh sémitique, j’ en conclus l’identité primitive d’Agni et de Jéhovah.
Il convient de signaler ici l’opinion exceptionnelle du célèbre indianiste Théodore Benfey. Dans sa traduction allemandedu Sâma Véda. il avait, à l’exemple de ses devanciers, traduit Sahasô Yahô par Sohn der Kraft , « fis de la force » (*). Mais depuis, dans sa Revue intitulée Orient und Occident , il a tenté de l’interpréter par « Herr der Kraft, maître de la force (V. Peut-être ce savant israélite s’est-il ici laissé guider à son insçu par le souvenir des noms bibliques Al-Alim « le fort des forts » <1 2 3 4) et Al-AIhim de même signification W. Quoiqu’il en soit, Benfey étend ces
(1) Voir le Glossaire qui précède cette traduction aux mots Agni, p. 4, et Yahu, p. 153.
(2) Voir cette Revue, malheureusement inachevée, I, p. 385 et 420-3.
(3) Daniel, XI, 36.
(4) Josué, XX, 22, et Psalm. L, 1. — En hébreu comme en sanscrit, le qualificatif fi/s était susceptible de deux sens principaux : le propre et le figuré. Ces deux langues l’employaient métaphoriquement pour indiquer qu’un personnage ou un sujet quelconque possédait à un haut degré la qualité de la chose ou des choses dont il s’agissait. Ainsi le fils de la foire désignait figurément « le fort, le puissant, le robuste par excellence ». On disait aussi, dans le même sens, tantôt « le père de la force », tantôt « le maître de la force ». Mais ces deux métaphores étaient moins fréquentes qne la lre, surtout chez les Aryas quand ils parlaient du feu qu’ils venaient de produire par le frottement de deux morceaux de bois, car alors on passait aisément du fait physique à l’allusion intellectuelle. On peut voir là-dessus, savoir : pour la Bible, le Thésaurus de Gésénius, au mot Bn, p. 217, et pour le Rig-Véda, d’abord l’Essai sur le
idées conjecturales aux autres dérivés de Yah, tels que Yahvah , Yahvî, Yahvyah, Yahvati. Mais son ami M. Max Muller qui adopte souvent ses étymologies, s’en écarte ici, puisque, dans sa traduction commencée des hymnes Védiques, à propos de la forme secondaireLa/ma/i, suivie du génitif Adilêh et appliquée au dieu Varunah (grec Ouranos), il vient de la rendre en anglais par « theson of Aditi, le fils de (la déesse) Aditi » O. J’adhère d’autant plus volontiers à cetteinterprélation nouvelle de l’éminent professeur d’Oxford, que ce savant éditeur du texte et du commentaire sanscrits du Rig-Véda me semble avoir plus spécialement qualité pourlesbien traduire.
Longtemps avant que M. Max Müller m’eût révélé la synonymie de Yahuh et de Yahvah construits chacun avec un génitif, je l’avais soupçonnée. Seulement il me semblait, d’une part, que Yahvah,comme
mythe des Ribhavas, par M. Félix Nève, p. 183, n. 6, et p. 264-6 ensuite lesnotesde feu Langlois sur sa traduction du Rig-Véda ou livre des Hymnes, l, 261, n. 42; Sol, n. 14 ; o53,n. 38, et 111,487, n. 9. — M’Th. Benfey me semble avoir un peu trop négligé ici la transition du sens propre au sens tropologique. Il n’a vu dans le radical Yah qu’une syncope de la racine Yabh qu’il a traduite en allemand par Bewœltigen (Revue citée, I, p. 420-2)et plus tard en anglais par To lie with ( Dictionnaire sanscrit-anglais , F'3 Yabh, Djabh etDjambh). — Ajoutons que l’éminent indianiste regarde le thème Yahu comme un abrégé du thème Yahva : opinion qui ne me paraît guère en rapport avec la marche naturelle du langage qui, généralement, va du simple au composé.
(i) Voir sa Rig-Veda-Sanhità,translated and explained, p. 239, London, 1869, in-8°. — Le texte Védique se trouve au M. X, S. Il, R. 1.
dérivé secondaire, pouvait être une prononciation populaire, tandis queYahuh , à titre de dérivé primaire,pouvait être une prononciation sacerdotale 0), et d’autre part, que dans la haute antiquité, Yahuh désignait le dieu fils considéré à sa naissance, et Yahvah le dieu fils devenu adulte, à peu près comme dans la mythologie égyptienne, Harpocrate désignait le soleil naissant an solstice d’hiver, et Harsiesi ou Horus le soleil dans sa force au solstice d’été, idées que le célèbre oracle de l’Apollon de Claros, en Ionie, exprimait : l'une par les mots Habrôs Iaô, « tenellus Inô », et l’autre par Helios, « soleil »,sanscritSûn/a/i, primitif Swaryah selon Bopp (2).
Quant au nom divin Ih, ponctué Yâh avec à long, au lieu d’a bref, je suis tenté d’y voir une contraction d’un primitif Yah-ah par report du 1er h sur le 2' et fusion des deux a brefs en un à long. Cet Yahah n’a plus dans les Védas que les deux significations suivantes : « l’eau et la force » (3), considérées sans doute, à l’origine au moins, comme causes, l’une de germination, et l’autre de mouvement. En partant de ces conceptions, l’accolade des deux noms Ih-\-Ihuh qu’on trouve trois fois dans la Bible (*), pourrait bien
(1) Je reviendrai plus tard sur cette distinction conjecturale.
(2) Voir son Glossarium sanscritum, in Verbo, p. 379. — Voir d’ailleurs Jablonski, Panthéon égyptien , II, p. 152, et Prolég.p. 55, et Movers, die Phœmzier, I, p. 539-40.
(3) Nighantu,\t\'2,ei II, 9, ou Glossar védique de Benfey,p. 153.
(4) Psalm.LXVIII,5 — Isaïe, XII, 2 et XXVI, 4. — Au Ps.citè, verset 19, on lit Ih Alhim, en place de Ih-Ihuh. — Gésénius, au mot Ih de son Thesaur., p. 580 B., remarque que nombre de manuscrits,
avoir signifié originairement « Père-fils », à l’inverse du nom latin Liber-Pater, « fils-Père »,qui se donnait à Dionysus. Mais il se pourrait aussi que le lh hébreu, qui garde toujours le Kamets ou û long valant deux a brefs, n’eût été qu’une forme araméenne du qualificatif phœnico-arabe Yah « beau, digne, convenable brillant ». La Bible n’emploie celui-ci qu’une fois, comme verbe impersonnel, et la massore le ponctue Yââh (0. Le sens de beau ou de brillant conviendrait très-bien à ces deux versets de la complainte du roi Ezéchias relevant d’une maladie mortelle: « Je disais en mon cœur : Je descendrai aux portes du Chêol, je suis privé du reste de mes années. — Je disais : Je ne verrai plus Ih,Ih, c’est-à-dire Yâh, Yâh, sur la terre des vivants ; je ne verrai plus personne parmi » les habitants du monde »(-). Ce moribond craignait d’étre à jamais privé de la vue du ciel ou du soleil, car le Chêol des Juifs ressemble à YHadès d’Homère. Les morts y sont réduits à l’état d’Ombres (hébreu Rephaïm , grec Skiai), sans énergie, sans vigueur, sans action ni volonté. Ce sont des exsangues, comme
puis les Septante, la Version Syriaque et Saadias omettent Ihuh sur Isaïe XII, 2, et il les approuve, parce qu’on ne peut pas plus réunir les deux noms que Jovis Jupiter ou Josua Jésus. Ces raisons ne me paraissentpas convaincantes. L’omission signalée ne s’appliquerait pas d’ailleurs aux deux autres textes cités, qu’il explique assez mal, ainsi qu’on peut le voir en comparant le texte hébreu avec sa traduction latine incomplète.
(1) Jérémie X, 17 — Ce verbe Yah est synonyne de Gah et de Nah. Voir le Thesaur. de Gésénius, p. 557 B.
(2) Isaïe, XXXVIII, 10-1.
les appelle Ovide. Ces Rephaïm ne se souviennent plus de Jéhovah, et Jéhovah les oublie à son tour. Ezéchias en fait la remarque aux versets suivants où il dit à son dieu : « le vivant, le vivant, celui-là » seul te célèbre, comme moi au jourd’hui, et s’attend » à ta fidélité » ('). Or, en prenant le nom divin Ih, ponctué Yâh, pour un synonyme du qualificatif lah, ponctué Yàâh, et en le prononçant de la même manière à l’exemple d’Origène qui le transcrit en grec Iaa dans son commentaire sur Daniel (1 2), on peut très-bien supposer qu’Ezéchias l’a redoublé à dessein pour mieux exprimer ses craintes de perdre pour toujours la vue du beau, du brillant, du splendide spectacle qu’il avait devant les yeux, autrement dit de la Tsab'a IIachamaïm,de « l’armée des cieux » dont Jéhovah était le chef dans l’opinion populaire qui le confondait volontiers tantôt avec le soleil, tantôt avec le firmament, ainsi que nous le verrons ailleurs.
Mais c’est assez nous étendre sur l’origine et le sens primitif de ce nom divin Ih ou /â/i, dans un chapitre où il ne s’agit que de prononciation.
Pour en revenir au Tétragramme Ihuh, je crois pouvoir conclure dès à présent qu’il s’est prononcé de quatre manières différentes, savoir : 1° Yahuh. 2° Yaliô, 3° Yahvah et 4“ Yahvô, et que les petites différences que ces lectures présentent avec les
(1) Isaïe, XXXVIII, 18-9. — Comparez Psalm. XXX, 10.
(2) Voir Origenis Opéra , II, p. 45.
transcriptions grecques, coptes, latines, assyriennes ou autres, proviennent des altérations ou des modifications qu’elles ont subies dans la suite des âges.
Nota. Je n’avais annoncé à la fin de l’introduction qu’un seul chapitre pour ma discussion préliminaire. Mais je m’aperçois en finissant qu’il reste bien des points à éclaircir, non pas pour la généralité des lecteurs, mais pour la elasse des critiques et des hébraïsants. Je me vois donc amené à ajouter ici à leur adresse un chapitre complémentaire.