ACTE I
Parlez?... et d’ayance La reconnaissance Guidera mes chants !
Chez vous, dans votre hôtel, vous faut-il un concert ?
Pour charmer les loisirs d’une noble assemblée.
Désirez-vous une cantate ?... un air Langoureux et plaintif ? ou belliqueux et fier ?
Aimez-vous la cadence ou brisée, ou perlée ?
Préférez-vous, en leur rhythme joyeux,
Les boléros, les sérénade ?
Ou bien la vocalise, aux traits audacieux,
Qui s’élève et descend en brillantes roulades ?
Commandez, monseigneur ?... on fera de son mieux Ah 1 ah ! ah ! ah ! ah I
ENSEMBLE
JENNY
Ah! de la fauvette Que n’ai-jc, pauvrette,
Pour payer ma dette.
Les brillants accents !
A vous, ma science !
Parlez, et d’avance La reconnaissance.
Guidera mes chants !
LE DUC
Oui, de la fauvette Brillante interprète,
Oui, sa voix coquette Redit les accents !
O douce éloquence !
Je sens que d’avance La reconnaissance A dicté ses chants.
LE DUC
Merci, Jenny, des trésors que vous m’offrez ; mais ce n’est pas là ce que je venais vous demander.
JENNY
Eh! quoi donc, mon Dieu ?...
LE DUC
Une grâce d’où dépend ma vie et mon bonheur!...
JENNY, l’inTitant b s'asseoir près d'elle, sur le canapé' à droite.
Ah ! parlez, mylord ! parlez ! je vous en supplie !
LE DUC
Depuis huit ans, commandant de nos flottes ou gouverneur de nos colonies, j’habitais les mers de l’Inde ou de la Chine, lorsque, par une combinaison ministérielle, trop longue à vous expliquer, j’ai été rappelé à Londres pour faire partie du nouveau cabinet. C’est dans un but politique que le roi désire vivement marier mon fils, lord Mortimer...
JENNY
A lady Clarence Oldoborough, fille de votre nouveau collègue.
LE DUC, fronçant le sourcil.
Ah! vous savez cela?... Vous savez alors ce qui arrive?...
JENNY
Non, mylord !
LE DUC
En vérité?
JENNY
Je vous l’atteste.
LE DUC, froidement.
levais vous l’apprendre!... Depuis deux ans j'avais envoyé mon fils à Londres, pour l’initier et le former à nos débats parlementaires; car ses talents, plus encore que son nom et sa naissance, doivent, malgré sa jeunesse, l’appeler prochainement aux affaires; tout me le garantit, la promesse formelle de Sa Majesté et notre alliance avec d’Oldoborough. Jugez donc de mon étonnement lorsque hier il m’a prié de suspendre ou d’éloigner indéfiniment ce mariage, attendu que lady Clarence méritait, par sa beauté et ses vertus, un amour qu’il ne pouvait lui donner.
JENNY
Est-il possible?... Et pourquoi donc?...
LE DUC, se levant et la regardant.
Vous me demandez pourquoi ? (jenny se lève aussi.) Parce que mon fils, à qui la politique n’a pas fait négliger l'étude des arts (souriant), et qui est même assez bon musicien, amateur s’entend!... mon fils va, depuis deux mois, tous les soirs à l’Opéra... et que là, il a entendu une jeune débutante dont chacun vantait les talents et la vertu ! Beauté qu’il a d’abord admirée, comme tout le monde, et qu'il a fini par adorer comme un insensée!... et cette sirène si séduisante, si dangereuse, que je ne connaissais pas et qu’il m’a nommée, sous le sceau du secret, c'est Jenny Bell !
JENNY, se récriant.
Moi ! ce n'est pas possible !... je n’ai jamais vu lord Mortimer et ne lui ai jamais parlé.