‹ Jenny Bell operacomique en trois actes paroles de M. Eugene ScribeChapitre 60 sur 87 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

JENNY , assise à droite ; MORTIMER,

MORTIMER

J’étais là, j’ai tout entendu !

JENNY

Quoi donc ?...

MORTIMER

Son offre insolente.

JENNY

C’est là ce qui vous étonne?

De lui?... non!... mais de vous!... je ne puis y croire! mon erreur première survit à tout ce que je viens de voir et d’entendre. Je vous avais placée si haut, que je ne puis redescendre encore de mes illusions.

JENNY, affectant la gaieté.

Et vous avez tort!... Vous nous voyez trop en beau; vous nous parez de qualite's que nous n’avons pas!... Ces beaux sentiments que nous traduisons le soir, et qui vous charment, vous paraissent les nôtres! erreur!... Voyez-nous telles que nous sommés, légères, frivoles, capricieuses, n’ayqpt à dépenser que quelques années de beauté et de succès dont il faut nous hâter de profiter !

MORTIMER

Ah ! ce n’est pas vous que j’entends!... ce n’est pas possible ; il y a dans vas traits et dans votre langage quelque chose qui n’est pas d’accord, qui jure! Vous n’ètes pas vous!... vous vous calomniez... vous me trompez?...

JENNY

En quoi donc? Je ne vous ai jamais dit que je vous aimais!

MORTIMER

C’est vrai!

JENNY

Et... (hésiunt) je ne vous aime pas!

MORTTIMER.

Je lp sais!... mais me préférer monsieur Dodsoq?..,

JENNY, vivement.

Vous pourriez le croire!...

Ou plutôt sa fortune! c’est plus indigne encore!... et voilà maintenant pourquoi je vous déteste !

JENNY, s’eff .rçaot de ri».

Soit, monsieur!... séparons-nous? quittons-nous bons amis, et oubliez-moi?...

MORTIMER

Ah! que ne le puis-je?... pourquoi n’en ai-je ni le courage

ni la force!... Noble, pure et vertueuse, telle que je vous avais rêvée, je vous aurais donné ma vie et mon sang, je vous aurais adorée! Et maintenant...

JENNY, avec douleur.

Vous me méprisez?...

MORTIMER, avec violence.

Oui!... et je t’aime encore!... et je t’aime toujours!...

JENNY, avec un éclair de joie.

Vous !...

MORTIMER

C’est une honte , n’est-ce pas , contre laquelle je me débats en vain ! car t’aimer, je le sens bien, est un horrible malheur... mais te voir au pouvoir d'un autre est un malheur plus affreux encore!... Écoutez, Jenny... je vous ai trompée, je ne suis pas ce que vous pensez! j’ai un nom, un rang!... de la fortune!...

Î D'un ton amer.) De la fortune aussi!... elle est à vous!... Je vous 'offre ! je vous la donne !

JENNY, avec indignation. ,

A moi! mon Dieu !... (Elle se cache la tête dans ses mains.)

MORTIMER, poussant un cri de joie.

Ah! quel bonheur ! elle s’indigne! elle rougit!...

JENNY

Pour vous, monsieur.

MORTIMER, de même; ■

Bien!... bien!... je m’abusais! tu es digne de moi; j'avais raison de t’estimer et de t’aimer, malgré toi-même et malgré

moi ! (un Domestique entrant.)

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