c Où est la Bepa? — Qu'il me tarde tant d'elle
6i JEP
pour l'édification de ses paroissiens, les extraits de quelques vieux sermonnaires.
La clarté studieuse de la lampe cessa enfin de filtrer à travers les contrevents du curé; l'éclairage de la forge s'éteignit. La lune régna seule sur la place déserte. Puis deux ombres parurent devant la maison des Malhibern :
Jep et Bepa.
Il était heureux, ce soir-là, le petit Jep, heureux d'aimer, heureux de vivre.
» — La belle nuit! — dit-il à Bepa. — S'il fait ce temps-là demain, nous pourrons ouvrir le bal en plein air. C'est promis, n'est-ce.pas?
Il 1 ; attirait à lui; elle se recula. Cette maîtrise immédiate l'offusquait. Son instinct lui disait de rabattre le caquet de ce glorieux.
— La nuit porte conseil, — répondit-elle, avec une moue équivoque. — D'ici à demain, j'aurai peut-être changé d'idée.
Jep tombait de son haut, déconcerté.
— Tu me ferais cet affront? — dit-il. — Méchante !... Moi qui étais si content !... C'est vrai, dis, tu ne veux plus?... tu me lâches?...
— Pour te lâcher, il aurait fallu que je commence par te prendre!... Il n'y a rien de décidé encore , laisse-moi le temps de réfléchir.
— Ah ! tu me feras mourir avec tes oui et
JEP 65
tes non. Quelle affaire pour une contredanse ! Dis-moi oui, bien vite, ou je me fâche.
Bepa n'avait pas l'intention de pousser à bout son amoureux.
— Ce sera oui, puisque lu y tiens tant ! — dit-elle. — Nous danserons ensemble, et même tu pourras m'embrasser après, puisque c'est l'habitude.
— Devant tout le monde, ça ne compte pas.
Ce serait meilleur maintenant.
II essayait de la saisir. Elle glissa de ses mains.
— Bonne nuit, Jep! — dit-elle en se sauvant, — et tâche de ne pas faire de mauvais rêves !