A CARCASSONNE
Sur quelque époque du passé que nous arrêtions notre souvenir, sur quelque point du globe que nous jeltions nos regards, nous voyons, toujours et partout, la contrainte engendrer la.misère. Que l’humanité soit sauvage ou. patriarcale, barbare ou civilisée, l’erreur a poussé de si ppfondes racines dans le domaine de l’intelligence, que la majorité des hommes a presque désespéré des développements ultérieurs d’un globe dont le pêché semble avoir faitsa proie, etsur lequel l’indigence, la fourberie, l’oppression, le carnage semblent être des éléments constitutifs de toute société.
Sans considérer si cet état étai t inhérent à la création et devait se perpétuer , ou si
c’était un mouvement transitoire que l’enfance du monde avait nécessité, que l’orgueil et l’incurie des hommes avait maintenu , l’impiété s’empara de tous les cœurs et se traduisit, ici, en un scepticisme audacieux, là, en un mysticisme hypocrite.
Des rhéteurs sous le nom de philosophes s’emparèrent de prétendus esprits forts, mais qui n’e'taient quedes têtes faibles, pour les pousser à l’anarchie. Des pharisiens sous le nom de prêtres s’emparèrent d’hommes prétendus pieux, mais qui n’étaient que des esprits faibles, pour les maintenir dans le fanatisme. Etau sein de ce cahos social, la forme dût anéantir le fond, le fait dut violer le droit, des principes de conventions durent servir de base à des torrents de systèmes mensongers. Alors chaque individu eut son idole, chaque famille son intérêt privé, cBaque corporation sa morale compressive, chaque nation sa politique sanguinaire, chaque continent son esclavage justifié, et la terre notre mère infortunée dévorée par les tremblements, les tempêtes, les inondations, ses volcans, les pestes, gémissait de la jeunesse flétrie, de ses enfants si longtemps et si prolondément malheureux.
Un homme, ua génie se lève dans la nuit des temps, ses regards r'esplendissanls decharitélisent dans les destinées du monde, ïl s’avance seul contre tous, mais il est armé du glaive de la foi., Il chante dans le désert, mais sa voix dominante élonflera tôt ou tard les rugissements des méchants, car son chant est un hymne d’espérance.
Prophète méconnu, le mépris redouble ses transports; martyr indompté, quarante années de tortures ne parviendront pas à troubler la sérénité de son âme; Moïse du genre humain, il franchira dans l’isolement le désert d’une vie malheureuse, afin d’éclairer la trace qui doit conduire les générations au templedel’harmonie, à l’autel de l’unité.
Nos neveux pourront-ils jamais croire qu'un siècle si prétentieux ait été si coupable, pourront-ils s’imaginer que la capitale du progrès ait été si vandale. Quel est le délire, quel est le venin, quel est le nouveau fanatisme qui a corrompu notre race.
Eh! quoi! au nom de la religion vous persécutez celui qui vientilévoiler les propriétés’et les attributions de Dieu. Au nom des sciences naturelles vous ridiculisez celui qui a trouvé la clef dcTanalogic uni-
verselle. Au nom de la dignité humaine, vous proscrivez celui qui a levé le voile qui nous cachailies destinées de l’humanité. Au nom de runiié de système vous reniez celui qui a déduitde l’attraction matérielle l’attraction passionnelle et qui a dit : «lES ATTUACTIONS SONT PROPORTIONNELiES AUX
BESTiNÊES ». Au nom de l’économie, vous répudiez celui qui a trouvé le moyen d'associer non seulement le capital, le travail, le talent; mais encore les passions, les caractères, les goûts, les instincts, association dont les moindres résultats sont pour chacun un minimum proportionnel àsa valeur.
Au nom de l’ordre, vous contestez la compétence de celui qui a proclamé que « ea
SÊRIEDISTRIBUE LES HARMONIES», lorsqu’un
fantôme d’ordre sériaire empêche seul la dislocation de ce colosse aux pieds d’argile au cœur de plomb, colosse informe nommé civilisation. Au nom de la justice, vous flétrissez celui qui vient raffermir à tout jamais les droits de ta propriété,.dont les produi ts étant décuplés permettront une répartition proportionnelle si méthodique, que les hommes les plus pauvres de l’ordre sociétaire seront plus.heureux que les plus fortunés de vos sociétés. Au nom de la
ffloralitè, tous jetez la pierre à celui qui affrancliit la femme du besoin, partanlde la chance la plus imminente de prostitution, à celui qui fait de la virginité le palladium de l’ordre sociétaire. Au nom de la philantropie, vous repoussez celui qui vient nous fournir les moyens de garantir aux enfants une éducation intellectuelle et professionnelle, à tel point que les enfants
des monarqiiesnepourraientpasalteindre,
dans l’état actuel, à la dixième partie des développements qui sont réserves aux plus pauvres de la génération iiarmonienne.
|Au nom de la solidarité, vousoutragezcelui qui a prouvé que l’humanité est un être collectif, etque nul nepeutêtre heureux tant qne tous ne participeront pas au bonheur général. Au nom de l’unité enfln, vous excommuniez celui qui a protesté contre la multitude et l’incohérence des ordonnances bmaines, celui qui a prouvé qu’à Dieu !eul appartient de faire la LOI, loi qui doit mfanter la vérité, l’ordre, l’amour, lali- )erté;Loi destinée àrelier un jour, bientôt, [uand nous voudrons, les rois et les pendes, les riches et les pauvres,, les esclaves t les libres,'les faibles et les forts, les ieillards et les enfants, les hommes et les
femmes, le ciel et la terre, Dieu et l’humanité. La découverte de cette loi, la solution de chacun des problèmes qui s’y rattachent, était une œuvre que le genre humain tout entiern’aurait peut-être pasaccompliedans l’espace des plusieurs siècles. Quel a éli le prix d’un miracle qui a duré quarantf ans? il n’y a pas eu un seul infirme, si infirme qu’il fût qui n’ait jeté sa pierre an géant. Et l’autorité que nous venons sauver, ne sait pas bien, au jour qu’il est, que! rôle elle doit jouer vis à vis de nous; et li clergé que nous venons sauver nous condamne sans nous comprendre, sans nouentendre;comme les prêtres païens ont condamné Socrate, comme les prêtres juifs onl condamné Jésus, comme les prêtres chré tiens ont condamné Galilée, comme les prêtres catholiques ont condamné Fourier; c les riches que nous venons sauver resten stupides et béants comme le Boa en travai de digestion ; et le peuple, le pauvre peupl( que nous sauverons, rit et pleure, joue c grouille dans son bourbier, dans son abomination, dans sa civilisation. Et le prophète, le messie, le martyr, qui s’est dévoué pour nous sauver tous, attend, attend encore son apothéose, sa résurrection.
Au moment le plus solennel de la lulle je vivais triste et isolé aux pieds de nos montagnes. Moi aussi,«dès ma plus tendre enfance, j’avais été épouvanté du désordre, et sans balancer je m’étais consacré à la destrnction du mal. Mais que pouvais-je seul contre tous.
Alors une parole, un écrit qui me parut d'abord mystérieux, vint retremper mes forces. La science sociale m’apparut dans toutson éclat, eljepus me rattacher à l'bumanité, à la nature, à Dieu. Dans les extases de mes insomnies, j’attendais plein de confiance le cri derésurrection, qui ne pouvaitpas tarder à retentir. L’arbre de l’avenir est si beau, ses fruits sont si doux ! et sans prévoir jusqu’àquel poinl les esprits étaient égarés, les cœurs malades, j’attendais!
Enfants, pleurez! femmes, frappez vous le sein, hommes, couvrez vous de cendres!
Fourier est malade.
J’accours, j’épendissur son cœur ulcéré par les iniquités dont on l’avait abreuvé, une goutte du baume le plus pur. Ses yeux se mouillèrent de larmes, son front s’illumina d’une auréole céleste, et quand je le quittai pour retourner dans nos contrées, je lui dis ces mots qui parurent l’attendrir : « Per-
raeltez moi detransmetlreauxgénéralions futures ma pression de votre main » trois fois il me serra et par ceWc étreinte, j’avais
reçu une consécration apostolique.il
mourut! ! !...
Je ne crus pas mieux pouvoir honorer sa mémoire qu’en me dévouant tout entier à l’accomplissement de son œuvre; je calculai mes forces, je mesurai le gouffre où j’allais m’aventurer, je ceignis mes reins et, confiant mon avenir à la providence, je partis pour conquérir le mondeau bonheur.
Tous pendantlongtempsme prirent pour fou. Travaux, privations, sacrifices, misères , fatigues, outrages, nul ne pourra jamais les comprendre; j’en ai fait la confidence à Dieu seul.
Cependant le nombre des adeptes grandissait. De tous les points du globe nous recevions des adhésions chaleureuses, mais le midi semblait insensible au mouvement général. Plein d’un sain transport, je m’écrie : c(Les derniers seront les premiers! »
conlianl.dans votre intelligence, dans votre courage j’accours. Simon joint ses eflbrts aux . miens, et l’empressement que vous avez mis à former celte réunion, m’est un sûr garant que nos travaux n’ont pas été stériles.
N’esl-il pas heureux de penser que cet anniversaire, à jamais mémorable, nous met en communion avec les hommes d’élite de toutes les nations de la terre, et qu'il est le germe de cette unité universelle, de cette fraternité humaine, vainement rêvée de tous temps par les plus grands génies; car peut-on voir une ombre de fraternité dans celte exécrable civilisation j où l’intérêt de l’individu le rend ennemi de lui-même et de ses semblables, où ses passions, au lieu de le développer, de le conserver, le poussent vers sa ruine, tandis que l’espèce entière se débat dans une anarchie permanente. Là, la gastronomie conduit à la maladie, à l’a- ■brutissement; l’amour, à l’orgie,' à la ■ déception; l’amitié, à la duperie, à la iïfipnnerie ; le familisme, à la tyrannie, à l’hypocrisie; l’ambition, à la perfidie, aux fureurs de parti, aux fourberies commerciales, à fout excepté au bien. Là , le père est obligé d’opprimer la famille; le supérieur, ses subordonnés ; le monarque, ses peuples ; la race blanche, les autres races. Le prix de celle oppression générale est une haine universelle, le fruit de celte duplicité, — c’est la guerre, la racn-
dici(é, la prostitution, l’esclavage, le bagne!... Je n’irai pas pins bas.
Frères des climats poétiques, des régions lumineuses réveillons-nous, affranchissons le monde du règne des ténèbres, que la lumière intellectuelle soit ! de la hardiesse, qu’il n’y ait rien dont notre cou- ^ rage ne puisse venir à bout. Electrisons • les esprits paralysés par tant d’infortunes, ravivons au fond des âmes celte étincelle sympathique qu’on croit éteinte, et qui n'est qu’ensevelie sous des monceaux de cendres. Gloire aux hardis conducteurs qui déblayeront la route qui conduit à la félicité ! tes générations passées nous crient persévérance, les générations futures nous tendent les bras, et dans leurs cœurs reconnaissants seront gravés .des noms qui ferontl’admiralion des postérités.
Le navigateur, pour acquérir une fortune modique et incertaine, dépense de longues années, s'expose à raille périls.
Le guerrier, pour cueillir un laurier teint de sang, supporte de longues fatigues , s’expose raille fois à la mort.
Nos pères, pour conquérir un vain fantôme de liberté, renouvelèrçnî les travaux des Titans.
Nos ayeux, pour de vieilles murailles, emblèmes d’une régénération avortée, se ruèrent sur la terre sainte, combattirent en héros, moururent en martyrs aux cris de Dieu le veut !.. Et nous, indignes enfants d’une race de géants, lorsque nous n’avons qu’un pas à faire, un vœu à former pour constituer la fortune, la santé, la gloire, la liberté, le bonheur de toutes les nations du monde, de toutes les générations futures, resterons-nous immobiles sous les regards de la stupidité qui voudrait nous fasciner, attendrons-nous pour agir, la permission de ces hommes sans cœur, de ces nullités qui ne savent trouver le bonheur, que dans le contraste que leur présentent les infortunes des classes qu’ils appellent inférieures.
Tout doit profiler à la cause de la vérité , et ces agressions brutales ont eu un résultat bien précieux, c’est celui de déterminer des hommes de valeur qui n’étaient encore que bienveillants, à devenir sympathiques, il ne leur reste plus.qu’un pas à faire, c’est celui d’aborder avec une pleine confiance Texploration de la plus sublime des sciences.
Donc Dieu le veut ! touchez, écoulez,
regardez, tout est merveilles dans la nature. Le créateur a fait son œuvre, à nous notre tâche. Il nous a donné l’air, à nous de respirer, il nous a donné la lumière, à nous d ouvrir les .yeux ; il nous a donné les éléments de la félicité, à nous de la réaliser, en utilisant les agents divers qu’il a mis à notre disposition, et que notre maître est parvenu à coordonner par une succession de travaux inouis.
Enfin secouons les langes d’une enfance désordonnée, sojmns hommes; sentinelles du progrès social une immense responsabilité sollicite nos efforts. Car si par notre lâcheté nous permettions an mal de régner encore sur la terre, que pourrions-nous répondre aux accusations de ces malheureux, que le torrent de nos iniques institutions a entraînés dans la misère ou dans le crime.
Rois, grâce pour vos peuples.
Bières, grâce pour vos enfants.
Hommes, grâce pour l’humanité.
Levons-nous tous et courons au salut!
Alerte ! allons un sublime génie nous ouvre la voie; proclamons ses travaux, annonçons au monde que. Dieu a jeté un regard paternel sur ses enfants trop long-
(omps malheureux. Amionçons que la nature n’atlend qu’un signal pour nous ouvrir ses flancs producteurs et nous inonder de trésors et de félicités. Proclamons que l’homme rallié à l’homme, à la création, au créateur, va entonner l’hymne de délivrance. Alors les enfants chanteront Noël, les femmes Alléluia, les hommes, Hosanna.et les vieillards diront:
Seigneur, Dieu de justice et de vérité, merci; car avant de fermer la paupière, nous avons pu saluer l’aurore du bonheur universel.
Voyez, voyez poindre ces temps prédits par les prophètes, écoutez : « L’es- « prit du Seigneur est sur moi, il m’a « envoyé pour guérir ceux qui ont le « cœur brisé, annoncer aux captifs la li- « berlé, aux aveugles le recouvrement de « la vue ; et pour délivror ceux qui sont « dans l’oppression.
« Les peuples, comblés de richesses et « de délices, et trouvant les voies de for- « tune dans la pratique de la justice et de « la vérité, vont s’écrier dans une sainte « ivresse ;
« Voici venir les jours de miséricorde.
« Seigneur nous avons assez vécu, puis-
« que nous avons vu l’œuvre de votre «sagesse, le code sociétaire que vous « avez préparé pour le bonheur de tous « les peuples. Heureux ceux qui ont faim « et soif de justice, car ils seront rassasiés. « C’est vraiment par l’harmonie socié- « taire que Dieu nous manifeste sa pro- «vidence, et que le Sauveur, selon sa « prophétie, vient à nous dans toute la « gloire de son f>ère. C’est le règne du « Christ, il triomphe, il est vainqueur !..
Et ces temps sont venus! préparons, préparons ce triomphe ; alerte ! hommes de cœur; ouvriers de la vigne du Seigneur à l’œuvre, à l’œuvre, Dieu le veut !..
-sa-
À AUGUSTE BUNQUl.
Marchons hommes de cceur, mes frères, Et laissons aux âmes vulgaires Désespérer du genre humain.
La voix ardente du poète Vous dit, vous chante, vous répcic:
Insensés voilà le chemin.
La foi le soutient, le ranime,
Et pour vous tirer de l’abîme,
Pour franchir de nouveaux dégre's,
A l’humanité chaneelante,
Il fournit sasève brûlante Afin d’éclairer le progrès.
Guidé par l’étoile des mages,
Ses regards percent les nuages Dont se voile le saint esprit ;
Elu du ciel, fils du génie,
Il dédaigne l’hypocrisie Qui le hue et qui le poursuit.
Elle dit ; « Maudissons les fêtes Où nos pères sûr leurs prophètes Portaient de sacrilèges bras. »
L’HQtntpe-Djeu vient-il à paraître ?
Elle le poiii'suit comme liailre,
Elle le conduit au trépas.
Plus tard, ses neveux de leur haine Proscrivent la race inhumaine Qui fit périr le Rédempteur :
Ces hypocrites de leur rage Poursuivent le Christ de notre âge,
Le Prophète libérateur.
Dans ces suppèls de la folie,
Dans ces vétérans de l’orgie.
Dans ces Titans d’iniquité.
Dans ces ignobles amalgames D’exploits hideux, d'horribles trames, Qui reconnaît l’humaiiité. ’
Mais pour combler tant de misères, - Dans les palais, dans les chaumières,
Le serpent des collisions Suscite un double fanatisme,
Et Prépare le cataclisme Qui fait crouler les nations.
Allons race républicaine,’
Quand le préjugé qui t’enchaîne Empoisonne tes aliments ; .
Baignés aux sources de la vie,
Les Apôtres de l’harmonie T’offrent des sucs fortifiants.
Alerte aveugles journalistes , Demi-eroyants, fervents simplistes.
Triomphateurs du lendemain.
Dieu le veut, ouvrons R barrière , Osons, groupés sous sa bannière.
Combattre les fils de Caïn.
Un géaiil nous (race la roule, Laissons clans rornière du doule Les incurables de l’enfer.
L’filernel nous commet sa gloire.
Oui, sa cause doit Iriomplièr.
illarcbons, c’est le ciel qui nous gui Voyez sur celle pyramide,
Sur ce phare deliberlé,
Se dérouler des plis immenses, Cesl l’arcane de nos souffrances, ' C^csl 1 étendard de l’unité.
Enfants des pôles, des tropiques, Des royaumes, des républiques.
Saluez le Palladium.
Biches, pauvres, rois, prolétaires, Dieu vous bénit, vous êtes frères, Entonuez tous le Te Deum.
Oh ! temps'prédits par le Messie !
Oh! jour de céleste harmonie.
Ton aurore éclaire le port ;
Et les séraphins et les anges,
El-les trônes et les archanges,
’f’ont salué de leurs transports.
marchons, hommes de cœur, mes frère.'.
Et laissons aux âmes vulgaires, Désespérer du genre humain.
Veiis dit, vous chante, vous Insensés, voilà le chemin.