‹ Jérémie en 1845Chapitre 8 sur 22 · COMPLAINTE · texte numérisé non relu

COMPLAINTE

Ah ! dans ce temps d'ignorance, ' De démence,

S’il existe un tendre cœur,

Qu’il regarde, qu'il pâlisse!

Qu’il frémisse,

Qu’il partage ma douleur!

Qu’il transmette ma mémoire.

Mon histoire,

Au siècle le plus profond ;

Au sein de chaque famille,

Que la fdle.

Le soir bénisse mon nom!

Un jour, nos belles montagnes.

Nos campagnes.

Le vallon où j’étais né,

Tout s’évanouit dans l’ombre;

J’étais sombre.

L’homme était infortuné.

J’étais sombre, solitaire,

La prière

Sutcèile il tous mes plaisii's ; Que de craintes, que d’alai'nies, Que de lainies,

Que de cris, tiue de soupir!

Bientôt, apôtre intrépide,

Au flambeau de vérité ;

Dans le liouibier je m’allonge.

Je me plonge,

Pour sauver riiumaniié!

Qui redira ma soufiVauce,

Ma vaillance.

Dans ce combat de géant ;

Qui redira mes orages,

Mes outrages,’ ^

Quand le monde me regarilr, Faible barde.

J’entonne mon cliant d’amour.

Et quand sou œil me domine, Me l'ascine.

Pour m’absorber sans retour ;

Dieu soutient ma confiance ;

Je m’avance Vers l’infernal cité,

La Babj’lone moderne,

La caverne,

Le volcan d’iniquité.

Qu'ai-je vu dans celle fange.

Le mélange.

De mille crimes divers.

Dans ce goulTrede misère.

Do colère.

J’ai reconnu les enfers.

Des hailluns el du mépris.

J’ai vu languir la richesse Dans l’ivresse

D’un sacrilège sommeil;

J’ai vu, sublime constance!

L’indigence

Attendre en vain son réveil.

J’ai vu faible, .sans haleine.

Sous la peine,

Le vieillard prêt à périr ;

J’ai vu le jeune homme impie, Dans l’orgie.

Ecrasé de son loisir.

J’ai vu couchés sur la glace,- Crier grâce,

La mère et son nouveau né ;

Point de cœur qui compati.ssn Au supplice

De ce groupe infortuné.

J’ai vu jouer la colomhe Sur la tombe

Coiiveile de mille Heurs ;

J’ai vu bientôt le vampire Lui sourire

Pour l’acabler de malheurs.

J'ai vu la fatale empreinte, Vierge sainle 1

Du serpent envenimé ;

J’ai vu le démon farouche De sa bouche

Flétrir l’archange opprimé.

J’ai vu ia jeune imprudente, Tendre amante.

S’abandonner au méehant ;

Et j’ai vu dans la misère Cette mère

Nourrir de pleurs son enfant.

J’ai vu cette ange déchue

Prostituer ses appas ;

J’ai vu sa gorge si pure ta pJture

De l’orgie et des frimats.

Dieu rcQoit le sacrifice.

Et l’hospice

Va finir tant de malheurs ;

Mais nul auprès du suaire Solilaire

Ne viendra verser des pleurs !

Peuple, enfin, lève la tête, Vois la fêle,

Aurore de Ion bonheur ;

Le Soigneur nous est propice ;

Sa justice

Nous devait un Rédempteur !

11 apparaît dans ce monde.

Qu’il inonde

Do paix, de gloire ét d'amour, Quand la fourbe, la colère,

Le dévorent à son tour.

Que son courage sublime

Et d’épines couronnés, Confondons par la constance L’insolenee

De nos bourreaux étonnés !

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