COMPLAINTE
Ah ! dans ce temps d'ignorance, ' De démence,
S’il existe un tendre cœur,
Qu’il regarde, qu'il pâlisse!
Qu’il frémisse,
Qu’il partage ma douleur!
Qu’il transmette ma mémoire.
Mon histoire,
Au siècle le plus profond ;
Au sein de chaque famille,
Que la fdle.
Le soir bénisse mon nom!
Un jour, nos belles montagnes.
Nos campagnes.
Le vallon où j’étais né,
Tout s’évanouit dans l’ombre;
J’étais sombre.
L’homme était infortuné.
J’étais sombre, solitaire,
La prière
Sutcèile il tous mes plaisii's ; Que de craintes, que d’alai'nies, Que de lainies,
Que de cris, tiue de soupir!
Bientôt, apôtre intrépide,
Au flambeau de vérité ;
Dans le liouibier je m’allonge.
Je me plonge,
Pour sauver riiumaniié!
Qui redira ma soufiVauce,
Ma vaillance.
Dans ce combat de géant ;
Qui redira mes orages,
Mes outrages,’ ^
Quand le monde me regarilr, Faible barde.
J’entonne mon cliant d’amour.
Et quand sou œil me domine, Me l'ascine.
Pour m’absorber sans retour ;
Dieu soutient ma confiance ;
Je m’avance Vers l’infernal cité,
La Babj’lone moderne,
La caverne,
Le volcan d’iniquité.
Qu'ai-je vu dans celle fange.
Le mélange.
De mille crimes divers.
Dans ce goulTrede misère.
Do colère.
J’ai reconnu les enfers.
Des hailluns el du mépris.
J’ai vu languir la richesse Dans l’ivresse
D’un sacrilège sommeil;
J’ai vu, sublime constance!
L’indigence
Attendre en vain son réveil.
J’ai vu faible, .sans haleine.
Sous la peine,
Le vieillard prêt à périr ;
J’ai vu le jeune homme impie, Dans l’orgie.
Ecrasé de son loisir.
J’ai vu couchés sur la glace,- Crier grâce,
La mère et son nouveau né ;
Point de cœur qui compati.ssn Au supplice
De ce groupe infortuné.
J’ai vu jouer la colomhe Sur la tombe
Coiiveile de mille Heurs ;
J’ai vu bientôt le vampire Lui sourire
Pour l’acabler de malheurs.
J'ai vu la fatale empreinte, Vierge sainle 1
Du serpent envenimé ;
J’ai vu le démon farouche De sa bouche
Flétrir l’archange opprimé.
J’ai vu ia jeune imprudente, Tendre amante.
S’abandonner au méehant ;
Et j’ai vu dans la misère Cette mère
Nourrir de pleurs son enfant.
J’ai vu cette ange déchue
Prostituer ses appas ;
J’ai vu sa gorge si pure ta pJture
De l’orgie et des frimats.
Dieu rcQoit le sacrifice.
Et l’hospice
Va finir tant de malheurs ;
Mais nul auprès du suaire Solilaire
Ne viendra verser des pleurs !
Peuple, enfin, lève la tête, Vois la fêle,
Aurore de Ion bonheur ;
Le Soigneur nous est propice ;
Sa justice
Nous devait un Rédempteur !
11 apparaît dans ce monde.
Qu’il inonde
Do paix, de gloire ét d'amour, Quand la fourbe, la colère,
Le dévorent à son tour.
Que son courage sublime
Et d’épines couronnés, Confondons par la constance L’insolenee
De nos bourreaux étonnés !