‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 14 sur 99 · ACTE PREMIER 3I · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER 3I

en réalité tout dans cette maison où il domine comme une mécanique toujours en rotation ronflante. On ne parle que d'acheter, de vendre, comme si cœur, matière, esprit, sentiment, était soumis à des cotes et se mouvait dès qu'on paie,... même les soins affectueux, même le dévouement, même les attentions de la charité et de la parenté. Pire que cela 1 II me semble parfois que sa passion pour l'argent, hideuse contagion, va me gagner et m' accaparer. Mère, mère, à certaines heures, je voudrais ne plus être rivée à lui par ces liens d'épouse à époux que je ne comprends pas sans la beauté caressante des sympathies fondées sur les mêmes émotions et les mêmes préférences !

DAME RÉGINA

Quoi, jusque-là !

LOUISE

Oui, jusque-là! Jusqu'au divorce s'il était possible, puisque ce mot, pour moi encore terrible pourtant, me monte à la gorge. Jusqu'au divorce, cette catastrophe banale qui, dans nos sociétés apaisées, où les soin-

tions sanguinaires ont fait place aux solutions intellectuelles, remplace les crimes d'autrefois.

DAME RÉGINA

Les crimes d'autrefois ! Que veux-tu dire?

Oui, les crimes sournois... ou terrifiants, comme celui de l' Othello de Shakespeare que

je vois là sur tes genoux! (Elle désigne le livre du bras tendu).

Page 1