ACTE PREMIER 2q
DAME RÉGINA, souriant.
Pau\Te enfant, comme tu t'exaltes î tu en de\'iens éloquente. .. et même grandiloquente.
LOUISE
Ah ! ne plaisante pas ! Aie plutôt pitié de moi! Mon cœur use sa gaine! Je m'égare dans le taillis épineux de ces tristesses. Eloquente, grandiloquente I Excuse les mots, les images, la rhétorique exagérée qui me viennent de Fabricius, de mon père et de toi-même Seuls ils rendent mon trouble et mon chagrin. L'exaltation cruelle que ceuxci font surgir dans mon cœur blessé m'entraîne à me servir de leur aide déclamatoire.
DAME RÉGINA, sérieuse.
J'ai tort. Pardonne à ton observatrice de mère d'oublier parfois sa tendresse pour son enfant devant la curiosité de l'aventure et d'être comme le médecin qui s'occupe plus de la maladie que du malade. Me voici revenue au doux charme de mon affection pour toi, et à sa souffrance, puisque tu souffres. Parle, parle encore pour renseigner mon inquiétude. J'écoute ta plainte. J'ausculte. J'ai l'oreille à ta poitrine.
LOUISE, toujours debout.
Tiens, voici un détail de quelque netteté. Cette préoccupation constante de l'argent et du profit. Elle semble percher dans la mentalité d'Alfred telle qu'un sombre oiseau, un oiseau de proie. Tout l'y ramène, et alors il n'a emploi ni de la peur, ni de la pitié. C'est pour lui, en toutes choses, le centre et la mesure. Ce que valent ses actes, ce que valent les actes des autres, n'a que ce diapason. Imperturbablement, obstinément, il en fait la norme, le leit-motiv de sa symphonie vitale. C'est pour lui l'objectif de toute activité méritante et de tout Idéal, si ce mot ailé peut être prostitué aux événements bassement et vilainement terrestres. Je ne le trouve jamais qu'à cet étage inférieur, alors que moi, ta fille et ton élève, je suis si naturellement juchée plus haut. Même quand il s'occupe d'art, visitant, achetant, ornant cette demeure, meublant ce hall que tu aimes, le profit possible, la question de prix, la revente à bénéfice le préoccupe. C'est une hantise qui me le rend odieux et qui, en ma pensée, l'avilit et le déshonore. L'argent avec lequel on pourrait faire tout, empêche