‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 16 sur 99 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

mais un peu suranné Papa, elles vont bien pour nous... et même pour vous, Belle- Maman.

DAME RÉGINA

A l'âge où je suis, mon gendre, mes affaires sont moins les miennes que les vôtres. Depuis que j'habite sous votre toit, vous vous êtes constitué le gérant assidu de ma fortune. Je dois vous en être reconnaissante.

Parfaitement ! Mais moi, en bon gérant, je vous en dois compte, et c'est ce que je viens faire pour une opération traitée hier, avec toute la prudence, je crois, et l'habileté que j'aurais appliquée à une opération qui m'eût été propre.

DAME RÉGINA

Soit, je vous écoute, mais déjà très désintéressée, ce que vous explique mon grand âge où le plaisir est moins d'avoir que de donner et où l'on se déshabille de son patrimoine comme si l'on devait se coucher bientôt dans la tombe.

LOUISE, restée debout.

Chère Mère, si bien portante, ne parle pas

ainsi.

ALFRED, reprenant.

J'ai réalisé cent mille francs de vos rentes sur l'Etat qui sont pour le moment en hausse. J'ai appliqué la somme à la souscription de fondation de deux cents actions de la société coloniale de FA fnazone qu'un syndicat d'émission composé d'hommes d'affaires et de banquiers, dont notre maison fait partie, lance demain en bourse avec une prime de cent cinquante francs par titre. La presse est stylée ou plutôt elle marche d'elle-même : elle est habituée à ce jeu. Le succès est certain. Dans les trois jours vos actions seront revendues et vos cent mille francs espèces seront devenus cent trente mille francs. Ce n'est pas un bien gros bénéfice, mais un joli petit coup néanmoins. N'est-ce pas?

Mais qu'aurai-je fait pour mériter le profit de ce joli petit coup comme vous dites?

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