‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 17 sur 99 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ALFRED, moqueur.

Rien du tout ! C'est là précisément ce qui est joli.

LOUISE, intervenant.

Alors on reçoit, comme ça, trente mille francs sans rien produire !

ALFRED

Mais tu le sais bien, bonne amie, que je devrais nommer grande dinde. Ce sont les vraies affaires, les affaires habiles, rapides, peu fatigantes et sûres. C'est comme ça que nous nous sommes enrichis et que nous nous enrichissons encore. Je m'applique à prendre mes avantages et tu ne vas pas m'en faire un reproche^ n'est-ce pas, toi qui en profites ?

DAME RÉGINA

Mais ces trente mille firancs que je vais encaisser dans trois jours, — sans rien faire, — sur qui vont-ils être pris ?

ALFRED

Ça je n'en sais rien. Sur ranon}Tne. Sur l'acheteur qui croira faire un bon placement.

Qui croira ! Mais pourquoi croira-t-il ?

ALFRED

Parce qu'il a de l'argent à placer, parce qu'il aura lu nos journaux financiers, ou nos bulletins financiers dans les journaux politiques, ou parce qu'il aura cru les conseils de nos agents intermédiaires, très zélés toujours... puisqu'ils touchent de notables commissions sur chaque placement.

DAME RÉGINA

Mais l'affaire coloniale de V Amazone estelle bonne au moins ? Donnera-t-elle des dividendes rémunérateurs aux acheteurs des actions... avec prime?

ALFRED

Turlututu, belle-maman, ne m'en demandez pas tant. Je n'en sais rien et n'en veux rien savoir. Je n'en ai pas le temps et ce n'est pas mon métier de financier de rechercher à fond ce qu'il adviendra d'une affaire que je lance. Ne confondons pas les règles de la morale avec les règles de la finance. La vertu dans

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