ACTE PREMIER
ment un authentique descendant de Jacob, par moi ton père et par le fils illustre d'Isaac et de Rebecca, notre lointain homon}Tne. Puisque nous voici seuls, retournons dans la terre de Chanaan. Ça va bien, mon petit Nephtali ? Non ? Tu as l'air renfrogné.
ALFRED
Mais oui, j'ai l'air renfrogné. Cette vieille mécréante me fait manquer une affaire. Et ma pécore de femme qui l'applaudit.
LE VIEUX JACOB
Ta belle-mère, mécréante, ta femme, pécore ! Comme tu y vas ! Il faut que ce soit grave. Question d'argent, alors? Moi, tu sais, je ne l'ai jamais gobée cette vieille calamiteuse, cette vieille de malédiction, au visage de mauvais augure. Tantôt je l'ai nommée la Mère de la Sagesse ; c'est plutôt la Mère de la Sottise et des embarras Je l'ai toujours soupçonnée d'avoir le mauvais œil; aussi... (il soulève
et montre une petite corne qu'il a en breloque). ALFRED.
Trente mille que je manque! C'est elle, «la douairière» qui les gagnait, mais elle
et moi c'est tout un, puisque sa caisse doit nous revenir. Et ma femme qui l'applaudit !
LE VIEUX JACOB
Ah! voilà! ces chrétiens s'entendent entre eux, comme nous, enfants d'Israël, nous nous entendons entre nous. Ce sont des histoires de cœur qui t'amènent cette joie : fallait pas épouser cette blonde et blanche, cette Nazaréenne. Aurait fallu prendre Rebecca Schlum qu'on nous offrait, t'en souviens-tu ? Oh ! la belle Sulamite qu'elle faisait! En voilà une qui pense argent comme son mari Kônigsfeld! (Jovial) Je crois qu'ils ont compté plus qu'ils ne s'en sont conté : Kônigsfeld passe pour avoir été circoncis de trop près. Aussi, pas de progéniture, comme si Jahvé avait détourné d'eux sa face.
ALFRED
Mais toi-même tu m'as poussé à préférer Louise.
LE VIEUX JACOB
Mais oui, mais oui. Louise était riche. Louise étaitîa fille d'un haut magistrat. Louise était élégante. Louise était du beau monde.