‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 20 sur 99 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LE VIEUX JACOB, fait irruption; très ingambe et agite ; accent prononcé de juif allemand; en houppelande ; il garde son chapeau sur la tête, en arrière.

Un instant. Maman Régina, pas si vite, qu'on ait le temps de vous souhaiter le bonjour, vous la mère de la Sagesse ! Voilà que vous allez comme une automobile. On croirait que le bon vieux Salomon Jacob, votre grand ami, vous met en fuite, (ii lui prend les deux coudes) Bonjour, bonjour et rebonjour! A vous Louise, aussi, bonjour, bonjour et rebonjour. Je passe ici avant d'aller à la Bourse.

DAME RÉGINA

Bonjour, Jacob! Toujours animé, toujours fringant. Quelle différence entre vous et moi, et pourtant vous êtes mon contemporain.

LOUISE^ le baisant sur une joue.

Bonjour, Père.

LE VIEUX JACOB, se dégageant sans répondre.

Ah! c'est que j'ai été élevé à une rude école, moi, quand j'étais là-bas en Transylvanie, J'étais sobre, moi ! J'étais travailleur, moi! Je me levais matin, moi ! On me taquine en disant que je faisais l'usure. Que dire d'un juif sinon qu'il a fait l'usure? Eh bien, vous voyez que l'usure ne m'a pas usé. (il rit bruyamment, et cesse brusquement). Du reste.

Moïse a révélé l'ordre de Dieu : « Tu ne prêteras pas à usure à ton frère, mais tu prêteras à usure à l'étranger, afin que le Seigneur, ton Dieu, te bénisse. » On peut mépriser un homme, mais on ne méprise jamais son argent.

Continuez, continuez, Jacob. On vous verra à mes funérailles, et très dispos, j'en suis sûre. Au revoir. Viens Louise. (Elles sortent lentement).

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