ACTE PREMIER
dans le Deutéronome. Je suis du parti Vieux- Juif, je suis pour le Talmud. Abarbanel a écrit : « Il est injuste de montrer de la miséricorde pour les infidèles. » Je ne me suis jamais mêlé à leur société qu'en étranger, et même (écoute-moi mais ne le répète pas) en ennemi ! Le rabbin lacoub a écrit : « Les Juifs seuls s'appellent des hommes, les idolâtres s'appellent pourceaux, (Pause, les yeux fixes et levés au plafond). Oui, ils seront réduits en esclavage, l'esclavage de notre Argent! La prédiction fameuse, et d'abord mal comprise, commence à se réaliser! — Parlons d'autre chose. Moi aussi je rate une bonne affaire. Je suis rempli de tribulations. Ma poitrine en est rétrécie et la désolation l'habite. Je l'avais toujours craint, parce que le jour où j'ai conclu était un samedi; je n'avais pourtant, ce sabbat-là, donné que ma parole, pas d'écrit.
ALFRED
Quelle affaire ?
LE VIEUX JACOB
Celle du château de Samorgan. Tu sais bien que lorsqu'il y a cinq ans j'ai prêté six cent
mille francs à son propriétaire, le marquis Adhémar de Samorgan, qui me l'a hypothéqué, ce n'était pas pour les malheureux quatre et demi pour cent d'intérêt. C'eût été trop bête. Je voulais attendre la ruine de ce dépensier, de ce vieui piaffeur, de ce détraqué brûlant la chandelle par les deux bouts en regrettant qu'elle n'eût que deux bouts, les intérêts en retard, l'impossibilité du remboursement; alors exproprier, profiter du discrédit et racheter à vil prix moyennant ma créance, première en rang, ou un peu plus. Ce domaine là vaut plus d'un million!
ALFRED
Oui, tu as voulu recommencer ici, avec ce marquis, ce qui t'a enrichi là-bas en Transylvanie; mais ce qui, aussi, t'a forcé de quitter la Transylvanie.
LE VIEUX JACOB
. Après fortune faite. Il ne faut pas rester dans le pays où l'on a fait fortune : on ne vous y rend pas justice. Une fortune dont l'origine est obscure paraît plus honorable. Ce château, c'était pour vous, mes enfants.