‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 24 sur 99 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

pour que vous eussiez une habitation princière, digne de vous, comme tant de nos coreligionnaires.

Tu es bon père, je le sais. Mais je n'aime pas beaucoup ces acquisitions féodales où nous avons toujours l'air d'être plutôt les concierges que les seigneurs du domaine que nous habitons.

LE VIEUX JACOB

Le marquis n'avait plus payé un liard depuis deux ans. Il est, en effet, nettoyé jusqu'au dernier poil. D'autres l'avaient épilé, voire écorché, moi j'allais le vider. La procédure marchait son train, et même un train express. La vente était affichée, quand, ô modique de chance! un mauvais matin, je reçois une lettre du notaire de ce cochon m'in\'itant à passer chez lui pour recevoir capital, intérêts et frais ! Imagine-t-on chose pareille ?

ALFRED

Et la suite?

LE VIEUX JACOB

La suite, on la devine. J'ai eu beau protester, regimber, me plaindre de ce mauvais tour, crier que, dans notre tribu, on ne prête pas sur gage pour être remboursé, mais pour accaparer le gage, j'ai été contraint de recevoir et j'ai perdu mes droits ! Cinq ans de patience pour rien! Mais le plus scandaleux, c'est que le notaire m'a appris que c'était notre ami Blum qui avait fourni les fonds au marquis. Il veut tout simplement recommencer ma combinaison pour son compte. Quelle canaille ! Tout de suite j'ai ressenti une nouvelle atteinte de ma néphrite. Moses Mosberg, c'est à la vessie que ça lui prend quand il a une contrariété d'argent.

C'est tout ce que tu avais à me dire?

LE VIEUX JACOB

Ton frère Ruben, n'est-il pas en bas dans les bureaux ?

ALFRED

Non, il est parti pour la Bourse.

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