‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 3 sur 99 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

FABRICIUS, entrant par le fond.

Salut, dame Régina ! Bonne santé et douce vieillesse ! Encore à lire ?

DAME RÉGINA

Lire, oui. Que peut faire de mieux une veiive en train de gra\-ir, en se traînant, l'escalier qui sépare les deux paliers de soixante-dix et quatre-vingts ans? Errer dans les pensées d'un autre est souvent moins amer que de s'accroupir dans les siennes.

FABRICIUS, debout.

Vous voici mélancolique dès ce beau matin d'hiver diaphane au gel radieux, malgré ce feu clair qui ne vous laisse du froid que la vivifiante sécheresse de l'atmosphère. Et ce livre, de qui est-il ?

DAME RÉGINA

Shakespeare ! Feu mon mari l'aimait étrangement, vous le savez. Aux anniversaires de la mort de celui qui fut le brave compagnon de ma vie^ je le reprends instinctivement comme si son ombre m'y poussait ou si mon âme retrouvait la sienne vaguant entre les pages. Car c'est son exemplaire. Voyez : ces traces sont celles de ses doigts; ces plis il les a faits; ces coups de crayon en marge, ces mots soulignés marquent son passage dans les paysages, les horizons et les taillis de l'œuvre.

FABRICIUS

Je me souviens. Ce grand travailleur du Droit, ce magistrat que nous nommions « l'Irréprochable », se qualifiait, lui, « le

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