‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 33 sur 99 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

le diable l'eût encore. Chacun sait qu'un inventeur c'est un homme intelligent qui n'a pas le sou.

LE VIEUX JACOB

Et on pourrait gagner avec...?

ALFRED

Après examen, nous présumons, Ruban et moi, que dans chaque pays on pourrait revendre le monopole entre cent et cinq cent mille, suivant l'importance de la presse quotidienne et de la production de librairie. Nous avons les statistiques.

MICHEL

Tu dis que c'est un vieux cheval sur les boulets et qui attend son foin. Offre lui cinquante mille pour être généreux. Cuisinenous cet inventeur, matière à tribulations.

LE VIEUX JACOB

Oui, pour être très généreux. Cinquante billets de banque sur la table ; c'est ça à quoi on résiste difficilement. Maïmonidès a dit : « Il n'est pas permis au Juif de dépouiller ostensiblement l'étranger pour ne pas s'atti-

rer des poursuites; mais il est permis de lui dérober en secret. »

ALFRED

Entendu. Je tâcherai d'enlever l'affaire ce soir même, car il faut prendre garde à l'éveil de concurrents. Bridou attend mon oui ou mon non comme un mendiant affamé à la porte. On dit que les Dubuisson le guettent.

MICHEL

Les Dubuisson ! Ça des concurrents ! Ces chrétiens des concunents. Allons donc! Qui a l'argent? Qui al audace? Qui a la virtuosité? Nous, nous, nous, les Juifs, rien que nous! Christianiser une affaire, c'est faire une croix dessus.

ALFRED

Ils ne sont, en effet, guère heureux dans leurs tentatives ceux qui nous imitent et se font ainsi qualifier Juifs par les leurs. Ça tourne mal le plus souvent. Avez-vous remarqué qu'ils raccolent et s'adjoignent presque toujours quelqu'un d'entre nous quand ils courent, à notre instar, une aventure financière ?

Page 1