ACTE DEUXIÈME
MICHEL, trèsdandy, toilette d'une extrême recherche.
Bah! après six mois depuis l'émission, c'était prévu. On peut s'en ficher puisque nous avons évacué toutes les nôtres aux beaux jours. Cest sur ma part de bénef que j'ai acheté Miranda, mon nouveau pur-sang.
Nous n'avons de ce beau projet «réalisé » que les actions, comme dit un sarcasme caricatural de Gavami.
Ils se mettent tous quatre autour d'une table, en Conseil.
ALFRED
Messieurs, la séance est ouverte. Le premier objet à notre ordre du jour est le Brevet Bridou. Vous savez, c'est cet inventeur sexagénaire qui a passé son existence et fait passer sa fortune en recherches sur le réemploi commercial pour la fabrication du papier neuf, des papiers gâtés par l'impression et l'encre II a enfin réussi. J'ai fait examiner le procédé discrètement et sûrement.
Voici quatre rapports de quatre experts qui s'ignorent l'un l'autre. C'est décisif et magnifique. Une affaire de diamant. Quelque chose comme la circulation perpétuelle de cette
denrée de première nécessité, le Papier, qui a sur le Pain cette supériorité que ne passant pas par l'estomac on peut en consommer sans limite et jusqu'au plus parfait gaspillage.
La fable du Phénix appliquée aux vieux journaux. Insignior resurgit! C est-il moderne ça et nouveau style !
ALFRED
Faut-il acheter le Brevet ?
MICHEL
Parbleu ! Mais évidemment. D'ailleurs tout ce qui touche au Journalisme nous intéresse énormément. C'est notre principale force... après l'Argent bien entendu.
LE VIEUX JACOB
Oui. Mais pas si vite. Combien le Brevet ?
ALFRED
Le prix demandé est ridicule d'exagération: deux cent mille francs ! Je vous le demande ! Un pauvre diable qui tiraille la queue du diable, au point qu'on devrait s'étonner que