ACTE DEUXIEME IO
impossible, ces âmes si souvent l'envers des nôtres, s'infiltrer partout chez nous en liquide pénétrant une matière poreuse, se glisser dans nos familles, pulluler dans nos affaires, encombrer notre art, notre politique, notre littérature, nos journaux ce pain ou cet alcool quotidiens, introduire en nous des habitudes et des allures qui nous dénaturent, diriger peu à peu notre civilisation en la jetant hors de ses voies historiques, originales, naturelles, patriales, parler en maîtres avec l'insolence croissante des intrus, être à ce point dans la maison que vraiment déjà c'est nous qui sommes à la porte, ah ! il me semble qu'on m'a meurtri, qu'on m'a brisé le cœur et que je ne suis plus qu'une vaincue, une captive et une esclave ! ( Elle se jette en sanglotant aux pieds de sa mère et se cache la tête dans son giron). PHILARÈTE, ému.
Chère Dame Régina, ma consultation tourne mal. Elle empire l'accès au lieu de soulager. Quel torrent! Et j'ajoute quelle érudition ! On sent, je le répète, que Fabricius a passé par ici. Que le Destin lui pardonne! Et nous, patientons. Le temps remet tout à sa place.
DAME REGINA
Le temps! Oui, mais tantôt débonnaire, tantôt cruel, il remet tout à sa place pour la souffrance comme pour la joie! Ma pauvre enfant! Je n'insiste pas, mon ami. Merci pour vos bonnes intentions. Le Destin est plus fort que nous. On en arrive, en cette question brûlante, à la période des opinions intraitables. — Lève-toi, Louise, ceci m'a fatiguée, épuisée. Ma vieille carène a besoin de repos. Mène-moi au lit, ce palier de la tombe pour les vieillards; en s'y étendant ils prennent mesure de leur cercueil. Adieu, Philarète. Excusez cette scène imprévue. (Les deux femmes sortent, Louise toujours sanglotant).