ACTE DEUXIÈME II
d'Hindous! promptement des résidus abjects et infects, des rebuts de l'Humanité, la plus \-ile en,^eance. Tu voudrais donc une humanité de métis! Vas-y voir aux colonies ce qu'ils valent ces bâtards en dehors des ataWsmes : une écume.
ALFRED
C'est un brave homme, te dis-je. Laisselui sa toquade comme on la laisse aux déments paisibles qui se croient princes. Ça les rend si heureux.
MICHEL
Ils ont le secret de vous agacer ces gens atteints de « Bravhommie ». Est-ce que tu ne confondrais pas brave homme avec idiot? Je te dis que c'est un omnipotent imbécile, que sa savante bêtise est corpulente. Au surplus, sa théorie du sang mêlé, à ce verbaliste qui se croit médecin social et qui est tout au plus vétérinaire, n'est pas beaucoup plus bête que la théorie de l'Assimilation, celle du juste milieu, du travestissement, la tienne.
ALFRED, badinant.
Quoi? Veux-tu bien respecter ton père, gamin !
Il6 JÉUICHO
MICHEL
Les gamins doivent la vérité aux gens sérieux, comme jadis les fous de cour la devaient aux rois. Je suis de la Jeune Judée, moi^ de la juiverie dernier steamer, et je te dis que nous ne voulons pas de l'as-si-mi-lation, pas plus que du croisement.Tu rêves, toi, de si bien nous déguiser en Nazaréens qu'on ne nous distinguera plus, ni nous, ni les autres. Pas deçà, Lisette! Non, pas de mimétisme à l'instar des insectes qui, pour échapper à l'ennemi, se confondent avec le tronc ou les feuilles des arbres sur lesquels ils vivent. Nous nous croyons forts dans la Jeune Judée, désormais très forts, grâce à l'argent de nos papas et aussi par nous-mêmes. Nous n'avons plus rien à concéder aux malheurs des temps. C'était bon à l'époque des ghettos et des mellahs, quand les ignorants du Moyen-Age mettaient leurs antipathies instinctives sur le compte de la malédiction attachée au crucifiement de leur Messie. Aujourd'hui nous n'avons pas conquis, mais on nous a bénévolement donné l'égalité politique après la civile. En avant! hardiment sur la piste de la sainte Egalité où la Pécune