ACTE DEUXIEME II
bottes, et nous lécheraient les orteils si nous allions pieds nus comme jadis à Jérusalem, à Ierouscalaïm, ainsi qu'on le prononce bellement en hébreu. Je crois à la Dictature de l'Argent; il est la forme actuelle que donne à sa puissance, pour nous éternellement protectrice, le Dieu d'Israël, s'il existe. Luttes des idées? je ne connais pas ça! Il n'y a que les luttes d'argent, même sous les luttes des idées. Le suave Boudard...
ALFRED
Laisse-le donc en paix, il nous sert.
MICHEL
Il nous sert. Est-ce un motif pour ne pas le juger.
ALFRED
Je sais, comme toi, qu'il est tellement féru du besoin de défendre les autres races, qu'il est près de \àlipender la sienne, en oiseau qui salit son nid.
MICHEL
Il me produit parfois l'effet d'un curé défroqué. Ce suave Boudard nous parlait tantôt d'une ou deux douzaines de Lévy, de Kahn,
de Dreyfus, à sa Loge l'Acacia Fraternel. Mais ouvre l'Almanacli du Commerce à ces noms fatidiques, tu en trouveras par centaines des Dreyfus, des Kahn et des Lévy, des Mayer et des Isaac, et toute une majestueuse géographie de gens à noms de villes, les Brunswick, les Carlsruh, les Wùrsbourg, toute une riche ménagerie de gens à appellations, d'animaux, puisque sous Napoléon, quand il nous fallut subir des noms de famille, des coquins de fonctionnaires appelèrent Kalb, Wolf, Cerf, Chameau, Cheval, les malheureux qui ne pouvaient les payer, tandis que les payants obtenaient les douces dénominations Rosenthal, Lilienthal, Goldberg, Siegfried, etc. Aujourd'hui, ils se feraient appeler Parsifal, Tanhaûser, Lohengrin. Sors d'ici, regarde les enseignes dans les grandes rues et sur les beaux immeubles, Israël s'affiche et trône partout. Lis les journaux : aux courses, aux premières représentations, aux promenade?, aux réceptions, aux concerts, aux concours, aux bals, à l'escrime, àl'automobilisme, aux fancy-fairs, aux lawn-tennis, aux vernissages, aux tirs aux pigeons, aux séances académiques ou universitaires, aux dîners du