‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 62 sur 99 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ALFRED, l'interrompant.

Eh I comme tu vas, comme tu t'emballes ! Et tu qualifies Boudard de bavard ! Qu'es-tu donc, toi qui dissertes, dissertes à perdre le souffle, si ce n'est un bavard ?

MICHEL, gravement.

Le bavard est celui qui parle sans regarder la vie, et d'autre chose que la vie. C'est l'orateur goitreux qui gonfle les bulles de savon, non de sa philosophie, mais de sa nigaudsophie. Non, je ne suis pas un bavard. Je dis ce qu'il est temps de dire^ ce qu'on ne dit pas assez.

ALFRED

Soit. — Mais craignons d'aller trop vite. Gare les chocs en retour ! Ne penses-tu pas qu'il faut encore s'insinuer, agir en douceur et rabattre de cette bravacherie hautaine et claironnante où tu te complais?

MICHEL

Bah! quand on a l'argent, en quantités disproportionnées, on a tout, surtout, les femmes et les consciences, et même la bonne renommée si l'on y tient; à quoi les méchants

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ajoutent les juges, et les avisés la presse, cette presse domestiquée, où nous tenons garnison, où tout journal a son Juif, où nous fabriquons nos grands hommes aussi aisément que nous fabriquons nos coups de bourse, où nous faisons la hausse des réputations aussi prestement que celle des actions de société dont nous voulons le placement. Un enfant, dans les Précoces de Dostoïewsky, inten'oge son père : — C est-il vrai^ père, que rien n'est plus fort que l'argent? — Et le père de répondre : Oui, mon fils, rien n'est plus fort que l'argent.

ALFRED, songeur.

Mais n'y a-t-il pas autre chose qui serait aussi fort?

MICHEL, mystique et frémissant.

Je veux vibrer les inspirations de ma race à tous les moments de mon existence. Je ne veux pas me démunir des forces propres dont elle me doue. C'est en m' abandonnant fièrement à elles que je donnerai tout mon rendement. Je ne veux pas adopter des pratiques et des préceptes qui peuvent valoir pour d'autres, mais qui ne valent rien pour moi. Mon refuge et mon riche arsenal sont là. Quand

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