‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 65 sur 99 · ACTE nEUXlÈME · texte numérisé non relu

ACTE nEUXlÈME

DÉBORA, effrontée.

Une tentative d'inceste alors ? — Bah! si ça n'offusque pas ton fils de me croire la maîtresse de son père et la rivale de sa mère, ça ne m'offusque pas davantage de croire qu'il te tient pour mon amant. — Comment va ta femme ?

ALFRED

Plutôt moins bien. C'est une bougie qui se consume. La cire diminue, la flamme seule reste la même Toujours exaltée, irritable, fantasque, indocile, hostile, rebelle.

DÉBORA, interrogative.

Mal en point donc, se déchamant, enlaidissant?

ALFRED, détournant la tête.

Oui, se déchamant.

DÉBORA

C'est drôle, n'est-ce pas, qu'on s'informe de ce qu'on hait, avec plus de sollicitude peutêtre que de ce qu'on aime. Il est vrai que c'est pour des espoirs qui doivent faire sourire, en sa géhenne, Baal-Zébuth, prince des démons. (Câlinante.) Tu m'entends?...

ALFRED

Tu es séductrice et terrible, Débora! Tu devrais te nommer Dalila.

DÉBORA

Dalila ! la traîtresse qui dompte les hommes forts et les change en bêtes ? Non, une Dalila auxiliatrice qui, dans une orgueilleuse et clairvoyante humilité, saura aider Samson au lieu de le livrer. — Mais à propos de ta diaphane épouse, sa vieille Maman la soutient-elle toujours comme un vieux mur croulant soutient le lierre languide qui s'y cramponne ?

ALFRED

Oui! Ce sont des alliées.

DÉBORA

Dis plutôt des complices dans la guerre de tracasseries qu'elles mènent contre toi. — Ah ! cette presque octogénaire ne peut pourtant pas durer toujours. Sa candidature à la mort se prolonge un peu longtemps à mon gré.

ALFRED

Comme tu es rogue dans ton antipathie •Cette rudesse impitoyante me contracte,

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