ACTE DEUXIÈME I
(l'attirant à lui) et me plaît aussi par sa brutalité, Débora, ô la femme forte biblique, digne cle ton nom légendaire !
DÉBORA
On me Ta déjà dit. Feu celui qui fut mon mari. Monsieur Bonaventure, le proclamait avant le divorce qu'il obtint... contre moi, je m'en vante. Le sien, par exemple, Bonaventure, n'avait pas la même allure et ne laissait pas d'être comique, de même que son prénom dérisoire Félix, vu ce qui arriva,.... grâce à toi, séducteur. Oh ! l'insupportable incirconcis que c'était ! Tu ne m'en veux pas de ce gros mot? Je l'avais pris pour sa très considérable fortune, ce naïf, toujours dans un idéal Scandinave. Tu sais ce que mon nom de famille, Scheerlingenthal, mi-hollandais, miteuton, signifie, lui ? « Le val aux ciguës. » Ça ne te fait pas peur?
Fleur savoureuse et vénéneuse, autour de toi flottent de mystérieuses coïncidences. Elles agissent sur moi comme des philtres. Mais le philtre le plus puissant, c'est toimême. (Il récarte et la contemple passionnément
des pieds à la tête.) Toi -même ! — (A demi-roix près de l'oreille) et suTtout ton corps, ton corps charmant, ton corps charnu, ton corps à la splendide opulence.
DÉBORA
Sensuel, va! voluptueux. Je l'aune ton libertinage, et tes hymnes à la beauté, à ma beauté extérieure, à ma beauté d'orientale. Je suis fière de mon corps, je me sens exister plus dans mon corps que dans mon esprit, qui me semble une toute petite nécessité insignifiante et presque un superflu. Car oiï, si ce n'est dans la chair divine, vibrent les vraies jouissances ?
ALFRED
Ah! près de toi seulement, dans tes bras, je me retrouve ! Il n'y a d'amour que celui des réalités tangibles. Que la femme européenne me semble creuse avec sa perpétuelle incUnation aux fluidiques, aux aëriformes délectations psychiques ! Combien c'est insuffisant et frêle! Tandis que toi, ô £istueuse.. !
DÉBORA
Tu parles ainsi que, dans les Mille et une nuits, parle à la princesse Seth Boudour, « la