ACTE TROISIÈME
le mélange, (il lève la main) mon mélange, ma théorie du croisement !
FABRICIUS
Jessica! Elle m'a toujours parue modelée en surface, cette Jessica, aussi sautillante que son nom, aussi peu fille de son sinistre père, dont elle se moque efifrontément, que de la Grande Ourse. Shakespeare a écrit Othello six ans, je crois, après Shylock. Et dans la vie d'un tel surhumain, six ans de plus dans le développement de la pensée!... Oui, vraiment, dans Othello il a pu toucher cet âpre problème, Shakespeare le de vinateur, l'instinctif précurseur de tant de découvertes ps5xhiques et de soucieuses angoisses modernes; qui souvent a parlé miraculeusement, sans en deviner le sens, de choses, alors inconnues, qui depuis sont apparues ; qui, dans le prodigieux Roi Jean, a affirmé la circulation du sang avant Harvey. Les grands hommes projettent des éclairs. Goethe n'a-t-il pas, avant tous les botanistes, proclamé que la fleur n'était qu'une feuille perfectionnée ? Jessica ! la réconciliation des races ! alors qu'on force son père à se faire chrétien sur le champ !
qu'on lui confisque la moitié de ses biens ! alors que sa fille s'est sauvée avec un mécréant maudit, en lui volant sa cassette à bijoux et ses ducats ! alors que Shakespeare le fait congédier avec ces mots sauvages : « A ton baptême tu auras deux parrains ; si » j'avais été juge, tu en aurais eu dix de plus » pour te mener, non pas au baptême, mais » à la potence !» Ah ! la belle réconciliation !
PHIL ARÊTE
Eh bien ! il aurait donc changé d'opinion, ce que je ne trouve jamais recommandable... même chez les superhommes. (Avec orgueil) Moi, Philarète Boudard, depuis bientôt trente ans, je pense toujours de même. Etre antisémite c'est être sectaire !
FABRICIUS
S'affirmer différent des autres n'est pas d'un sectaire, mais d'un homme libre conscient des lois de l'ethnologie.
PHILARÈTE
C'est d'un sectaire, vous dis-je! Qu'est-ce que cette aberration de croire que nous avons dans l'âme des cordes qui manquent aux