SCENE XX
RUBEN, qui les a regardé s'éloigner, à Frédéric.
Mon neveu, on ne peut plus se le dissimuler : ta pau\Te Mère n'est qu'un petit feu tremblotant qui va s'éteindre.
FRÉDÉRIC
Tu le vois, toi, mon oncle, toi, le simple beau-frère. Et son mari ne le voit pas !
RUBEN
Ou ne veut pas le voir. Entre eux planent d'invisibles et funestes Kerubims qui ont à jamais détruit l'harmonie.
FRÉDÉRIC
Ah ! si tu avais entendu tout à l'heure ses étranges propos sur d'Annunzio et Shakespeare ?
RUBEN
Il y a longtemps que moi, le taciturne, l'observateur qui aime à se replier sur soimême, j'étudie les bizarres événements muets qui, dans cette demeure, tournoient silencieusement, comme des chauves-souris.
FRÉDÉRIC
Hélas! rien ne m'y semble à sa place. Je me rends à peine compte des causes et je m'épouvante des résultats : je me sens dans leur ombre.
RUBEN
On y est engrené dans des rouages qui contrarient l'ordre naturel des choses. Et c'est pourquoi tout va mal. La race y joue un rôle redoutable, Frédéric, (élevant la main) la Race ! On y a méconnu ses lois : elle y agit, férocement, pour les rétablir et... pour châtier!
FRÉDÉRIC, troublé.
Mon oncle, que voulez-vous dire ?
RUBEN
Ton père a épousé une européenne, ta mère a épousé un juif. D'une telle union rarement sort un équilibre : tantôt elle se mouvra dans des discords secondaires et tolérables, tantôt dans des conflits effrayants. Pour cette triste maison, c'est le cas.
FRÉDÉRIC
Précise, précise, pour que je trouve mon chemin dans ce sinistre labyrinthe. Tout est