ACTE TROISIÈME
obscur î Tout est prodigieusement obscur! Enigmatique est le tissu décevant du Monde. Oh ! quel don douloureux que le désir de descendre dans la nuit des choses et d'y fouiller!
RUBEN
Peut-être que moi, le frère, je devrais me taire. Mais combien le silence est difficile quand on est pris dans la lutte qui partout, aux heures présentes, s'éveille et s'étend parmi les sociétés où notre peuple a pris pied et mène le combat pour la vie, et quand on est soi-même spectateur, acteur ou victime dans un de ses poignants épisodes ? Frédéric, entre ton père et ta mère a d'abord murmuré et maintenant rugit l'antagonisme racique, d'autant plus incurable qu'on les avait plus étroitement liés l'un à l'autre. Ta mère en meurt, comme ta grand-mère en est morte. Quant à ton père, mon frère, il résiste à la tourmente parce qu'il a les yeux fixés sur un espoir et sur un phare. (Pause) Cet espoir et ce phare, c'est Débora !
FRÉDÉRIC
Débora Scheerlingenthal ?
RUBEN
Oui..., qu'il épousera quand ta mère... ne sera plus !
FRÉDÉRIC
Oh ! malédiction ! Malédiction sur cette voleuse. Malédiction aussi sur son...
RUBEN
Tais-toi! tais-toi, toi, le fils! Tais-toi et résigne-toi, comme on se résigne aux cyclones.
(Frédéric s'affaisse sur un siège). Regarde en
homme le spectacle auquel il t'est imposé d'assister. Vois, moi, je suis calme. Supériorité ou misère de mon sang, je suis calme. Calme, flegmatique et résigné comme un oriental transporté, charrié, par le hasard et le mystère des événements dans cette grande ville étrangère, au milieu de ces hommes qui ne sont pas de ma race, qui ne peuvent suffisamment me comprendre et que je ne comprendrai suffisamment jamais. Ils ont entre eux, comme nous avons entre nous juifs, des liens de chair; mais d'eux à nous il n'y a que des liens de convention factices et mensongers. Ils sont, comme nous le sommes, des prolon-