‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 84 sur 99 · SCENE XXI · texte numérisé non relu

SCENE XXI

MICHEL, railleur.

Voilà l'oncle qui galope son dada du Sionisme. Bien en selle, je l'avoue, et un brillant galop. Mais un galop d'écuyer dans un manège, pour la haute école, sur place, sans effet pratique.

RUBEN

Tu écoutais, sceptique ? Tu écoutais, gouailleur ?

MICHEL

Oui, bon oncle, j'écoutais tes... bêtises, toute ta machinerie du Sionisme. A ton exaltation et à ton emballement je t'aurais cru Ar3'en, tu sais ces Aryens, qui, à certaines heures, éprouvent le besoin de faire des sottises et nomment ça l'Enthousiasme. Alors tu crois sérieusement à toutes ces fanfares (je pourrais dire fanfaronnades) des congrès Sionistes où l'on porte Monsieur Max Nordau en triomphe sur les torses trapus d'êtres au crâne chauve, au nez en volute, aux oreilles en raquettes de cactus, aux paupières turques

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en écailles de moules, aux jambes courtes et au bas des reins trop large ? A ces signes, on les reconnaîtrait, comme le prêtre à sa tonsure, ou l'éléphant à sa trompe, ou le bossu à sa bosse.

RUBEN

Oui, j'y crois, comme à tout ce qui est rayonnant espoir et retour à la vraie Patrie !

Et tu t'imagines que les milliers de juifs installés et bien installés dans la ruche européenne vont, comme ça, sur un signe, tout lâcher pour aller défricher les déserts de Syrie et dessaler la mer Morte?

RUBEN

Suis-je seul à le croire ?

MICHEL

Ah! non, j'en conviens. Mais vit-on jamais les fous à l'état d'échantillons uniques? La Déraison est une déesse qui, au contraire de sa sœur la Raison, ne va jamais sans un imposant cortège... de détraqués.

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