SCENE II
LOUISE, entrant, Fabricius se lève.
Bonjour, Mère! (Elle s'agenouille. Dame Régina la baise sur le front). Ah! que j'aime me refaire ainsi petite fille devant toi et dans ton giron ! Que c'est doux et consolant ! {Elle enfouit sa
tête dans le giron de Dame Régina — pause silencieuse — puis elle se relève tendant les deux mains à Fabricius). Et maintenant à vous, Fabricius, bonjour, bonjour!
FABRICIUS, lui serrant les mains.
Bonjour, Louise, bonjour ma camarade, aujourd'hui comme aux jours non-oubliés de notre lointaine enfance. Quelle émotion tu mets ce matin dans ces baisers, ces mains tendues et ces saints de bon augure ! Quelle émotion aussi tu donnes, chère et vaillante Amie!
DAME RÉGINA
En effet, tu vibrais tantôt entre mes vieux genoux et voici que tes yeux sont humides.
LOUISE
Il y a des moments où l'attendrissement est plus facile. On dirait une chaleur agissant sur le gel du cœur. Tu m' apparais toujours si vénérable et si touchante quand tu trônes dans ton grand fauteuil en ta dignité d'aïeule.
FABRICIUS
Bonnes amies, je dois vous quitter. C'est bientôt l'heure de mes cours. Ah! la longue, intéressante et pathétique causerie, Louise, que je viens de défiler avec ta grave et étonnante maman.
LOUISE
Comment la femme de mon Père et l'amie du savant Fabricius, immémorialement attentive à leurs discours, serait-elle autrement que grave et étonnante ? Au revoir, Fabricius.
DAME RÉGINA
Fabricius, au revoir !
Il sort.