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17 signale l’arrivée en ville le 15 du comte de Buxhowden, général de cavalerie russe et de son fils lieutenant de la garde impériale russe : « après s’être reposé, le général ira, dit-on, en France » 1%. La route de Pétersbourg à Paris ne passe pas par Varsovie, mais le général aura voulu voir une ville où ül n’a pu entrer en 1806 à la tête de sa division. Faut-il noter qu'Adam de Wurtemberg est, si jeune, colonel de la Garde Impériale russe ? Sans doute, tous ces militaires sont venus danser à Varsovie.
Par hasard Buxhowden connait le Prince Louis; par hasard il descend à son auberge : il s'étonne de l’y trouver interné, confère avec lui, envoie des estafettes à Dresde, à Stutigart — cela peut s’expliquer, — à Pétersbourg, à Vienne 14, — c’est au moins inattendu — tout cela pour 38.000 ducats.
À qui faire croire que tout ce monde se rencontre là par hasard ? Cette prise de corps a l'air de déranger des plans politiques. Buxhowden a de lallure à la tête d’une division, et aussi d’une intrigue : fin 1806, il à fait sauter Kamienski pour assurer à Bennigsen le commandement de l’armée russe; en 4807, il a ameuté les Allemands baltiques et les salons de Pétersbourg contre Bennigsen 1%. Que fait-il done à Varsovie ? Il y aura une histoire bien étrange de conspiration militaire dans le Duché en 1811; cette année sera celle de la plus grande désertion parmi les troupes du Duché 1%; celle aussi où le tsar devra faire son offensive sur Varsovie. Tout ce monde est-il étranger à ces préparatifs ?
Louis de Wurtemberg s’adresse au Ministre de la justice
‘Lubienski, frère par mère d’Oginski et au Conseil d'Etai qui
pensent « ne pouvoir arrêter la marche judiciaire » et font donner « par exprès connaissance au Roi de ce qui se passe ». Son aide de camp remet alors à M. de Serra, résident français (1810), une lettre « où il expose ce qui lui arrive et réclame la protection du ministre du souverain protecteur de la Confédération du Rhin dont le chef de sa famiile, le Roi, son frère, est membre ». De Serra pensa —— peut-être à tort — n'avoir pas à agir dans une affaire particulière qui ne regardait aucun sujet de $S. M. l'Empereur et Roi et pour laquelle il n’avait ni instruction, ni commission particulière qui l’au-
(163) Gazeta Warszawska, n° 92, supplément 17 nov. p. 1643. (164) Nemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 240.
(65) WaziszEWsKi, Le règne d’Alexandre 1‘, t. 1, p. 204-206, p. 209. (166) AskenAzy (Szymon), Xiaze Jozef, p. 185.
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torisât à s’écarter de la règle générale. Il exprima au Prince Louis ses regrets de l'impuissance où il était de répondre à son attente, en référa à Bassano 157 et s’en tint là.
Le 13 décembre, la Gazette de Varsovie annonce que le Prince Adam de Wurtemberg « fils du Prince Louis qui est à Varsovie » est parti par Dresde pour Stuttgart 1%. Auparavant, il a envoyé un courrier de Varsovie à sa cousine Catherine, reine de Westphalie, à laquelle Louis « a écrit également, faisant la relation détaillée de son arrestation ». La bonne Catherine que cette affaire « a réduite au désespoir », écrit à ce sujet en janvier 1811 à son père, alors irrité contre son gendre et contre son fils qui ne veut pas revenir de Cassel à Stuttgart. Elle veut lui prouver une fois de plus que son mari est un gendre délicieux toujours prêt à rendre service : « Le roi (Jérôme) a pris beaucoup de part à ce qui vous arrive et il est bien décidé à faire pour mon oncle ce qui pourrait lui être utile, surtout puisque mon oncle s’est adressé à lui; mais il faut d’abord que nous sachions ce que l’on pourrait faire » 15%, Voilà Jérôme obligé de par sa situation de famille. à agir dans cette affaire dont sont avisés Pétersbourg, Pulavy, Varsovie, Vienne, Dresde, Cassel, Stuttgart et Paris.
Or, c’est le moment où, par le sénatus consulte du 15 décembre, Napoléon annexe la côte allemande de ia mer du Nord à l’Empire français, et par suite, le duché d’Oldenbourg, propriété du beau-frère d'Alexandre et de Catherine Pavlovna, ainsi que la meilleure partie de ce Hanovre que Napoléon
vient à peine de céder à Jérôme. L’Empereur de Russie pro-
teste et agit. Jérôme de son côté ne peut se plaindre qu’en secret, sous peine ‘de paraître s’associer à Alexandre, dont les plans ne sont pas moins dirigés à cette date contre le roi de Westphalie que contre l'Empereur des Français. En janvier 1811, D'Allonville soumet au tsar son Mémoire politique et militaire sur les circonstances présentes. Le plan de campagne que contient ce Mémoire, et qui recevra l'approbation du Ministre de la Guerre russe, Barclay de Tolly, comprend les mesures suivantes : « dissoudre le Gouvernement polonaïs, dissiper ou enrégimenter ses corps armés, en les envoyant sur les derrières, mais dévaster impitoyablement le Duché, si
(167) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 1, p. 268. (168) Gazeta Warszawska, n° 100, supplément, p. 1786.
ie Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 11 et 23 (Journal de la reine) et p. .
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on se trouvait contraint de l’évacuer, afin d’ôter à l'ennemi les moyens d'y susbister; prendre l'offensive... gagnant si possible la Silésie, occuper de concert avec la Prusse la ligne de l’'Oder, faire déclarer les Princes de l'Empire ou exciter une insurrection dans le nord de l’Allemagne; envoyer un corps auxiliaire dans la Prusse menacée tant par la Westphalie que par les cinq nouveaux départements français; l’aider à insurger le nord de Allemagne qui était si bien disposé lors de la guerre de 1809 » 170.
D'autre part, Alexandre fait de multiples avances à Saint- Julien, ambassadeur d'Autriche. Kochelev, le bras droit de Roumiantsov est chargé de lui dire : « Quoiqu'il fut de l’intérêt commun de ménager au commencement la Bavière, cependant si la récupération du Tyrol vous convenait, on y coopérerait en offrant à cette Cour, des dédommagements en Westphalie, ainsi qu’au Grand-Duc de Wurzbourg une transposition de ses Etats, si cela pouvait être agréé » par l’Empereur d'Autriche. En tout ceci, on ne vise que la mort de l'Etat westphalien.
C'est aussi le moment où Adam Czartoryski à l’instigation d'Alexandre opère des sondages sur les dispositions des Polonaïs et notamment de Poniatowski. Il est probable que ces sondages ont commencé, dès novembre. Précisément, Czartoryski va se trouver obligé de prier le tsar d'intervenir pour que les créanciers qu'il a à Pétersbourg, lui laissent des délais (février-mars) 171. Jamais Adam ne s’est plus trouvé dans la nécessité de complaire à Alexandre. En avril, c’est-à-dire lorsque le tsar lui est venu en aide, Adam Czartoryski exerce une pression sur sa sœur Marie afin d’en obtenir qu’Adam de Wurtemberg revienne près d’elle « pour quelques mois ». Il est bien invraisemblable qu’à le fasse par amitié pour Louis de Wurtemberg. La princesse Marie écrit à son frère : « Je vous remercie de tout cœur pour tout l’intérêt que vous prenez à Adam; à ceci je réponds avec précision et en détail... Le retour si tardif de mon fils à présent ne peut plus être pour moi ni un bonheur ni un agrément pour cent mille raisons que tu sentiras, que je sens très profondément, mais qu’il serait
(170) BocpanovitTcH, Histoire de la guerre nationale, p. 467. Le Mémoire de D’Allonville y est cité, p. 466-473.
(171) AskEnaAzy, Xiaze Jozef, p. 186-187. Waziszewsxi, Le règne d’Alexandre 1°, p. 320-1. Nicozas MicxairoviTem, Alexandre 1°, t., 1°, p. 357-359. Correspondance au sujet du banquier Rall.
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trop long et même impossible de détailler ». Elle désire qu’on lui rende son fils entièrement : « Car, si on me l’envoie pour quelques mois seulement pour que je lui donne de l'argent — je trouve qu'alors cela ne fera de bien à mon fils, ni à personne » 172, Mais pourquoi l'ami d'Alexandre qui aime sa sœur Marie, la tourmente-t-il à cette date, et cela après l’'odieux mari divorcé, pour qu’elle garde près d'elle ce fils qui l'a négligée et ne lui reviendra pas en quelques mois ? Ne serait-ce pas qu'il est très utile à Alexandre d’avoir dans le duché un agent de plus, un colonel de sa garde dont les allées et venues, de Varsovie à Pulavy et aïlleurs paraîtraient les plus naturelles du monde ? On voit fréquemment à Varsovie l'agent russe D’Ansiedt, conseiller de légation, marié à une Polonaise dont la famille habite Varsovie, d’où prétextes à y passer de longs congés 15. Il remplissait « sa mission occulte avec le caractère d'agent public que le traité de Tilsit avait reconnu pour la France seule » 174. Mais Adam de Wurtemberg était mieux placé.
Faut-il souligner qu’outre la tsarine douairière, les princes Alexandre, Louis et Adam, la maison de Wurtemberg est encore représentée dans le monde politique russe par le Général prince Eugène (1788-1857), fils ainé du frère cadet de Marie Féodorowna (Eugène Frédéric Henri : 1758-1822) ? Faut-il noter que le prince Louis, feld maréchal en Prusse, général en Wurtemberg, âgé de 56 ans en 1812, s’abstiendra de marcher contre la Russie ? Que le roi Frédéric écrira le 2% mars 1811 à Napoléon une lettre qui est une invitation à ne pas se lancer dans une guerre contre la Russie 15, lettre dont le Général Bonnal à signalé l'importance 1 et à laquelle l’Empereur crut devoir faire une longue et sévère réponse 177. Qu’enfin le prince Eugène fera capituler Vandamme à
(172) Muzeum Ksiazat Czartoryskich (Cracovie), Correspondance manuscrite A. D. 256. Xiezna Wurtemberska do swego brata X. A. C. t. 2 (1804-1815), Varsovie, 2 mai 1811.
(73) Ernour, Maret, duc de Bassano, Paris, Charpentier, 1878, 691, p. in-8°, p. 291, note 1.
(174) BiGxon, Histoire de France, t. 10, p. 66.
(75) Politische und militarische Correspondenz Kônigs Friedrich von Wurtemberg mit Kaiser Napoleon I (1805-1813) herausgegeben von Schlossberger, Stuttgart, Kohlhammer 1889, 348, p. in-8°.
(176) Bonnaz (Général H.), La manœuvre de Vilna, Paris, Chapelot, 1905, 93 p. in-8°, p. 6-9.
1 de Corresp. de Napoléon, t. 22, n° 17553, p. 17-20, Paris, 2 avril
STANISLAS KOTSKA, Comte POTOCKI Président du Conseil des Ministres du Duché peint par L. David (1781). Château de Willanow.