PERTE
Kulm ?:178. En dépit du divorce qui sépare Marie et Louis.. Wurtembergs et Czartoryskis sont étroitement unis par leurcommune alliance avec la Russie.
Catherine et Jérôme jouent pour eux le rôle de paraton-nerres : c’est tout. En la circonstance, Jérôme est assez bien placé pour obtenir quelque chose de Frédéric-Auguste de qui dépend la libération du Prince Louis. Dès février'au plus tard, il a entamé une négociation tendant à la suppression des droits. d'exportation entre la Westphalie et le Duché (Recht des Abzuges oder Abschosses und der Nachsteuer) : Frédéric-- Auguste y a répondu par un décret dans le même goût 17%. Bref, le 29 juin le roi de Saxe duc de Varsovie signe un autre décret décidant que, les dispositions en usage dans le Wurtemberg interdisant tout recours aux créanciers étrangers du Prince Louis contre ses biens en ce pays, par mesure de réciprocité il interdisait à ses créanciers wWurtembergeoïs tout recours contre son avoir dans le Duché 150. C'était la fin d’une affaire par elle-même peu intéressante, mais qui, en surgissant et en se prolongeant au moment où les agents d'Alexandre en Pologne préparaient une invasion pour 1811, les força à inter-. rompre momentanément leurs menées, dont la découverte paraissait imminente. « L’insurrection devait avoir lieu en 1811, dit Orchowski. La grande sécheresse de 1810 et la mauvaise récolte rendant difficile l’établissement d’approvisionnements pour la troupe, on remit le soulèvement à 1812 » 81, La date où Buxhowden, Louis de Wurtemberg, et Adam Czartoryski agissent, exclut cette interprétation. Il est grand dommage que la policé varsovienne n'ait pas fait main basse sur les valeurs et papiers de Louis dès le premier jour. Jérôme semble avoir eu moins de goût pour une intervention, que ne lui en attribue Catherine. A lui qui paie si volontiers et si largement ses dettes et celles de sa femme, l’attitude d'Adam de Wurtemberg et de la Famille dut paraître suspecte. Il n'avait pas la clef de aventure, mais elle était de celles où l’on sent que
(178) Journal des Campagnes du Prince de Wurtemberg (1812-14). Paris, Chapelot 1907, CCCXX, 254 p. in-8°. CLAUSEwITZ mentionne dans l’entourage de l’Empereur Alexandre à Vilna le prince d’Oldenburg, beau-frère du tsar, et dont la femme sera plus tard reine de Wurtemberg. (Der Feldzug, voir 1812), p. 28.
(179) Dziennik praw Xiestwa Warszawskiego, t. 3, p. 221-222 et Gazeta” Warszawska, samedi 30 mars 1811, n° 26, p.447.
(180) Dziennik praw Xiestwa Warszawskiego, t. 3, p. 367.
(181) LimanowsEr (Dr. B.), Historya Demokracyi polskiej w epoce : porozhiorowej, 2° édition, Varsovie 1922, 271 p. in-8°, p. 114-5.
Corner
Von parle de tout, sauf de la question importante : il s’étonnait qu’on eut besoin de lui en cette affaire, et ce qu'elle contenait de mystère n’était pas propre à l'attirer vers Varsovie. Le voyage de Poniatowski à Paris jettera une lumière dans <es ténèbres.
Le reproche fait à la Westphalie d’avoir été un royaume éphémère ne‘signifie rien, sinon qu’il à été entraîné dans la chute de Napoléon. En 1811, malgré bien des ennuis, Jérôme pouvait envisager avec quelque joie l’œuvre accomplie. Les peuples allemands, dit M. Driault, n’avaient fait en 1809, «que des tentatives isolées, quasi individuelles. L'Allemagne n’était pas si guérie du cosmopolitisme qu’on l'a dit : Gœthe s’entendait bien avec Napoléon et Jean de Muller était un serviteur dévoué de Jérôme... Les Allemands sentaient les bienfaits des principes de la Révolution. Ils étaient un peu honteux de de leurs vieilles institutions. Les avantages de l’administration napoléonienne réels, se manifestaient dans tous les détails de leur existence, car .ils sortaient d’une pesante servitude, d’une oppression intellectuelle, où leur cerveau avait été comme emmuré. Ils savaient sous cette dénomination étrangère ce que C'était que la liberté, si paradoxal que cela semble. Malgré les légéretés de la cour, le gouvernement de la Westphalie montra une activité remarquable par le seul fait qu’elle était inspirée de la France. l’agriculture libérée par l’abolition des droit féodaux, les paysans émancipés par l'achat des biens d’Eglise; la constitution de la petite propriété; voilà ce que signifie la domination napoléonienne en Allemagne. On écrit cela en une phrase et il y a là un phénomène d’une valeur inexprimable et qui gagna la masse à la cause française » 1, Von Specht en paraissant dire le contraire, s'exprime de même, estimant que les Français avaient beau jeu en Westphalie où à la place d'institutions vieillottes, en ruines, de cadres morts, ils apportaient des choses neuves
et vivantes, supérieures, et où ils arrivèrent pourtant à se faire détester 185.
can Drraurr, Le grand Empire. Alcan, 1924, 424 p. in-8°, p. 164-5,
(183) Von SPEcHT, Le royaume de Westphalie et sa destruction par Tchernichev, p. 18 (Korolevstvo vestfalskoïe i razrouchenie iego général-adjutantom Tchernichevim). Traduit par Kaznakov, Petersbourg, Weimar 1852, 221 p. in-8°. M. CHAssé (Charles), (Napoléon par les écrivains, Paris, Hachette 1920, 263 p. in-8°, p. 27) a invoqué contre Napoléon et contre Jérôme le témoignage de Mme de Staël (Considérations sur la Révolution française) écrivant : « Mais fallait-il inonder la terre
TR
Jérôme communicatif, peu distant, se mêle au peuple. A
peine hors de danger (septembre 1809), il est dans le Harz
à Clausthal, en habit de mineur dans les galeries il charme les ouvriers par sa dignité affable, sa générosité. En 1811, avec Catherine et ses dames vêtues en mineurs, il voit plusieurs mines, distribue de l’argent : « Jamais, dit Catherine, je n’ai vu joie pareille à celle de ces braves gens ». Dans les usines ils se font expliquer les procédés de fabrication de divers métaux. Catherine note : « Depuis l'Empereur Othon, aucun souverain n'avait été à Clausthal » 184. Cet intérêt porté par Jérôme à l’industrie, les progrès mêmes de cette industrie, attirent jusqu’à l’attention de la Gazette de Varsovie laquelle publie une coupure d’un rapport à Jérôme de son Ministre des Finances signalant que « l'acier des usines de Karshut vaut l'acier anglais et peut le remplacer dans une notable partie de l'Allemagne » 1.
Sans doute, Jérôme et Catherine aiment les bals, le théà-
tre, les chasses à courre 1%; mais ils aiment aussi à agir
leur grandeur ne les tient pas claustrés dans leur palais comme des principicules allemands; leur peuple les voit et se rend compte qu’ils ne lui veulent que du bien. En mai 1811, Jérôme est à Marbourg, ville universitaire où le travail des sociétés secrètes devait être intense. Or, il à été reçu très cordialement : « Sensible à l’empressement avec lequel le public s’est porté sur ses pas et aux démonstrations d’une joie sincère dont il a été le témoin, il a versé à pleines mains les pétitions reçues entre les mains du Ministre de l’intérieur en disant : « Il faut tout accorder ». Toutefois, cela ne se pouvait pas. Après avoir passé la revue d’un régiment, il est revenu à pied : il a reçu les autorités, le clergé. Des reliques ayant été partagées entre protestants et catholiques, le Roi,
de sang pour que le Prince Jérôme prît la place de l’Electeur de Hesse et pour que les Allemands fussent gouvernés par des administrateurs français qui prenaient chez eux des fiefs dont ils savaient à peine prononcer les titres, bien qu’ils les portassent, mais dont ils touchaient très facilement les revenus dans toutes les langues ? Pourquoi lAllemagne serait-elle soumise à l’influence française ? Cette influence ne lui apportait aucune lumière nouvelle et n’établissait chez elle d’autres institutions libérales que des contributions et des conscriptions ».
(184) Mémoires du roi Jérôme, t. 4, p. 237, t. 5, p. 51-52. Un témoin
oculaire : Le royaume de Westphalie, p. 193-4.
(185) Gazeta Warszawska, 1810, n° 83, 16 octobre, p. 1485, corresp. de Cassel, 29 septembre.
(186) Mémoires du roi Jérôme, t. 5, p. 58-59.