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Les ombres ne manquent pas à ce tableau : mais il en est qui n’eussent pas inspiré au roi le désir de quitter la Westphalie pour régner plus près de la Russie. Entre 1808 et 1811, 27 étudiants sujets russes sont venus à Gôttingen, incités à cela par d'anciens étudiants devenus professeurs à l’université de Moscou, diplomates, ete. 1%. [ls y ont trouvé Schlæœtzer qui a travaillé à l’Académie des sciences de Pétersbourg et parle russe; Hugo, membre en 1805 de la commission de codification russe. Ils apprennent chez Heeren à détester la Révolution française, chez Sartorius à admirer la loi financière autrichienne de 1810, à honnir tout bouleversement, à croire que ce qui prend force dans un Etat, c’est ce qui a des racines dans le passé; à mettre l’acteur dans la classe des travailleurs utiles, le soldat dans celle des ouvriers improductifs; à admirer l'Angleterre dans Adam Smith #6. Ils ont du reste peu besoin qu’on les pousse à ne pas sympathiser avec ce que représente Jérôme : à Kœnigsberg, Tourgueniev arrivant n’a eu qu’une pensée — voir la Wacht Parad et le roi de Prusse. Il irouve Sartorius trop peu allemand, se moque du professeur de théologie qui prie à genoux pour le roi Jérôme, mais lui, est tout remué quand il entre dans l’église russe de Cassel. Il estime que Jérôme est un désœæuvré, encore qu’il n’en puisse juger; il sert de lien entre Sartorius et le chancelier Roumiantzov 17. Bref, il y a des bagarres, à Gôttingen, entre étudiants et policiers; des étudiants exclus, deux sont sujets russes 1%, Cet esprit contempleur et anarchique du Russe de tout âge et de toute condition qui s’est pris à avoir honte d’être dobrodouchni *, il valait mieux affronter à Gôttingen, qu’en Pologne même.
Jérôme qui, en 1809, veut, pour éviter le sort de Frédéric- Auguste, avant tout tenir sa capitale, en vient à s’absenter volontiers de Cassel et même du royaume 2%. II y avait alors à Paris, il est vrai, des événements importants, le divorce de Napoléon, son mariage, le baptême du roi de Rome : mais, enfin, ces absences supposent une certaine sécurité. Partant en
(195) K. Tarasov, Outchebnié godi N. J. Tourguenieva v Gettingenie. {Journal Ministerstva narodnavo prosviechtchénia, 1916, septembre et octobre, p. 72-115, 145-185), p. 86-88.
(196) Idem, p. 86, 149, 96, 102-3, 108, 154-5.
(197) Idem, p. 75, 84, 83, 178, 107.
(198) Idem, p. 155.
(199) Bon garçon. us (a
(200) Du 1° nov. 1809 au 6 janvier 1810; du 14 mars au 11 juillet 1810; du 24 mai au 28 juin 1811.
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mai 1811, il demande à M. de Wolfradt sil croyait que le royaume serait tranquille. Ce ministre ayant cru pouvoir Vassurer. « Mais, dit le Roi, vous n'avez pas prévu non plus ce qui est arrivé, il y a deux ans. On ne peut sans doute lire dans le cœur des hommes, réplique Wolfradt, mais il y a des pays dont je répondrais sur ma tête. Dans les autres, je ne vois aucun symptôme d'inquiétude; d’ailleurs l’état des choses est bien différent de celui d’alors. Toutes les autorités sont épurées : on peut compter sur les subalternes, ce qu’on ne pouvait faire il y a deux ans ». Le roi, l’ayant regardé fixement, répondit : « Cela suffit ». On dirait que l’âme de ce jeune monarque qu’on avait remplie d'inquiétude, s’est sentie soulagée par tout ce qu’il avait vu lui-même dans son trajet, où rien ne semblait confirmer les soupcons qu’on lui avait inspirés ». Dans le même temps, Catherine se rend à Ems avec huit dames et quatre cavaliers » 201,
Sans doute, si près de l'Empereur, on se croit parfois menacé de destitution, d’annexion de la Westphalie à l’Empire. Entre le traité du 14 janvier 1810 donnant le Hanovre, mais grevant ce don de charges qui semblent en annuler la valeur 2% et le décret du 22 janvier 1811 qui réunit à l’Empire les départements de l’Elbe et du Weser, il n’y a qu’un an. IT y à un moment pénible, mais des perspectives d’amples compensations : « La Silésie serait donnée à l’Autriche; le reste de la Prusse pourrait bien tomber en partage à la Westphalie » 2%, On apprend le 4 février que l'Empereur « ne peut offrir de dédommagement au Roi pour le moment, n'ayant rien »; mais il « assure verbalement et par écrit qu’il est très content de la Westphalie et de son gouvernement » 24. Les « pauvres habitants des départements du Weser et de PElbe sont désespérés de leur changement » 2% : ils veulent rester Westphaliens. Jérôme en fait autant : « L’idée réellement gigantesque que l'Empereur a conçue de réunir les trois principales rivières d'Allemagne à la Seine, écrit Catherine, vient de mon mari; le Roi a fait venir, pour ce projet, M. Vilukind... qui assura que le plan était d’une exécution facile et l’on fit commencer les travaux. Le roi avait déjà dépensé
(201) Mémoires de Jérôme, t. 5, Reinhard à Bassano, p. 121.
(202) KieinscHmipT, Histoire du royaume de Westphalie, p. 394 et suivantes,
(203) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 19. Journal de la Reine Catherine.
(204) Idem, t. 5, p. 25, Journal‘ de la Reine.
(205) Idem, t. 5, p. 117.
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un million »?%. Des projets de longue haleine, des essais de: réalisation ! Jérôme semble bien vouloir s’en tenir à la Westphalie.
Sans doute, on le verra encore se déclarer prêt à y renoncer. Le 13 mai 1811, il écrit à l'Empereur : Si les desseins politiques de V. M. exigent la réunion de la Westphalie entière à l’Empire français, comme ses agents se plaisent à en faire courir le bruit, je ne demande qu’à être mis le premier et sans intermédiaire dans le secret de ses intentions et bien persuadé qu'aucun mécontentement causé par ma conduite envers Elle, ne provoquera ses résolutions, je me ferai un devoir d’y concourir moi-même. Je suis avant toutes choses Français et Frère de V. M. et sa justice et sa bonté sauront bien me dédommager de tous les sacrifices qu’il lui paraîtra convenable de m'imposer » 27. Mais on voit de quoi il s’agit : Davout menace de s'emparer de Magdebourg et de son territoire; quand il à amené en Westphalie 6.000 hommes de grosse cavalerie en plus des 12.500 Français qui y sont entretenus et que l'Empereur en a consenti le retrait, il n’en fait rien et introduit encore 475 hommes et 1.049 chevaux dans le district de Reuteln où ils vivent à discrétion. Il malmène maires et préfets; le gouvernement est en butte à ses propos. Il annonce hautement que son plan de conduite est de presser le bouton aux sujets de Jérôme pour leur faire désirer d’être réunis à la France 28. En tout ceci, Jérôme ne fait que défendre le pays confié à ses soins.
Mais, l’armée, base — si peu sûre en 1809 — de cet édifice en construction, qu'est-elle devenue ? En toute saison, à tout moment, Jérôme l’alerte, la fait manœuvrer, la tient en main. Le 3 janvier 1811, à Catherinenthal, « le froid est tel, écrit Catherine, que je ne puis me résoudre à sortir. Le Roi, en rentrant de la manœuvre, m’a forcée de vouloir bien monter pour voir défiler les troupes. Elles avaient, malgré le froid, bonne mine et l’air content. Les soldats criaient tous : Vive le Roi ! avec une sorte d’effusion du cœur » 2%. Il est fier de ses troupes qui se présentent bien : autrement, que signifierait cette revue de 18.000 hommes dont il fait les honneurs à sa vieille maman, Madame Mère, venue villégiaturer avec eux
(206) Idem, t. 5, p. 22. Journal de la reine.
(207) Mémoires de Jérôme, tome 5, p. 113, 13 mai 1811. ; (208) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 129, 135, 22 juillet et 6 nov. 1811. (209) Idem, tome 5, p. 15; p. 133, 20 sept. 1811.
du 27 août au 6 octobre dans la très calme Westphalie 21. Et il n’y a pas lieu de supposer le jeune roi endormi dans une décevante quiétude. Le lieutenant Rüppel est très fier qu'au ‘bout de trois mois de formation le 2° Régiment de Hussards ait pu parader devant Jérôme et recevoir de la reine. son étendard, très fier que le roi ait été content de la troupe, très fier de l’approcher en devenant aide de camp du Général Hammerstein; heureux le 45 novembre 1811 de commémorer la naissance du roi par un bal brillant et un grand banquet de Régiment 21, Le Capitaine Karl von Giesse note que son aïeul a eu l’honneur de manœuvrer sous les yeux du Roi; il cite parmi ses amis, non seulement Ochs, Wiegand, mais le colonel Gissot 212, et résumant ses Mémoires antérieurs à 1812, écrit : « Als der Kônig von Westfalen seine an der Küste gelegenen Gebietsteile bereiste und seine dortigen Truppen besichtigte, zeigte es sich recht, mit welcher Liebe und Verehrung die Hessen und Westfalen an ihm hingen, obwohl die meisten nicht aus freien Stucken seine Soldaten geworden waren. Jerome besass eine wunderbare Gabe seine Untertanen für sich zu gewinnen, die dem rechtmässigen Herrn des hessischen Landes mehr oder weniger gefehlt hatte » 21,
Jérôme n’a pas de raison de souhaiter une guerre : pour:
tous les Etats la paix est un bien inestimable; même pour des Etats qui comme la Prusse sont œuvres de guerre, un long règne pacifique est la garantie des succès du règne belliqueux qui suivra. Une Westphalie appuyée, elle aussi, sur son armée, mais jouissant d’une bonne paix, eut été aussi viable que la Prusse. | Quand, revenant du baptême du roi de Rome, Jérôme passant à Ems vient dire à Catherine : « La guerre entre la Russie et la France paraît inévitable » 214, il n'est pas autrement enchanté ! Il écrit à l'Empereur six jours après : « Jai été
(210) Idem, p. 55-58.
(211) Ruppez (Edouard), Kriegsgefangen in Herzen Russlands (1812- 1814), p. 14-15.
(212) Vaxpaz, (Napoléon et Alexandre, t. 8, p. 328) remarque : En Westphalie, en Hanovre on détestait la politique de l'Empereur, on pardonnaït beaucoup à la verve joviale de nos troupiers, à l’humeur sociable de nos officiers et souvent ceux-ci étaient reçus dans l’intérieur des familles en hôtes moins subis qu’agréés. (Souvenirs manus- -crits du Général Lyautey).
(213) GrEssE (FRIEDRICH Von), Kassel-Moskau-Kustrin (1812-3). Tagebuch während des russischen Feldzuges geführt. Leipzig, Dyk 1912, Xu1-345 p. in-8°, p. x. $
(214) Mémoires du roi Jérôme, t. 5, p. 49, 29 juin 1811.