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LE DÉPART POUR LA ZONE DES ARMÉES

Le départ pour la guerre est lourd de questions : Jérôme envoie-t-il un contingent ? a-t-il un commandement ? pose-t-il une candidature ? Certains Polonais s'apprêtent à toute éventualité. Il ne s’agit encore que d’un commandement, et point immédiat : Jérôme n’a jamais autant songé à la Westphalie. Il part : cela donne à penser aux rois de Saxe et de Prusse dont il traverse les Etats. Il est à Kalisch, quand les Polonais le croient encore à Cassel.

Berthier considère les contingents de Bavière, Wurtemberg, Saxe et Westphalie « comme devant former des corps tout organisés » 1, Pour Jérôme qui veut rattacher à son armée les Wesiphaliens déjà à Dantzig, son Corps n’est pas un agglomérat de parties interchangeables dans l’étendue de la Grande Armée, mais une unité nationale ayant un seul chef possible — le roi, un seul pourvoyeur — son ministre de la guerre ?. Le roi invité à proposer des chefs pour ses unités, ne cherche pas, mais indique « De Hammerstein pour commander la bri-

(1) MARGUERON, La campagne de Russie, p. 134, 4 février, Berthier à

l'Empereur. , (2) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 218, Reinhard à Bassano, 11 février, ° 314.

gade de hussards, De Lepel pour celle des cuirassiers. Ils ont chacun organisé ces corps ». Pour l’infanterie, il à « le Général de Division d'Ochs et 3 bons généraux de brigade; les colonels sont bons. Quant à la garde, les chefs en sont très bons ». Pour le commandement en chef, « l'Empereur ne voulant pas du général Morio, on prendrait avec plaisir le général comte Vandamme » #.

Vandamme ayant déjà commandé sous Jérôme, celui-ci, devenu roi depuis lors, ayant dirigé sans lui des opérations en 4809, se croit à plus forte raison en état de s’en faire obéir en 1812. Berthier le 4 février propose Vandamme à l'Empereur avec un traitement de 402.750 frs, soit moitié de celui d’un maréchal d'Empire4. L'ordre de l'Empereur mettant Vandamme à la tête du contingent de Westphalie » est du 21 février : il commandera « sous les ordres du roi »5. Son traitement est réduit à 90.750 frs 5, puis à 78.750 frs? le 1% mars.

Mais jusque fin février le roi reste inquiet : toute la Cour, s’il était possible, voudrait joindre l’armée, dit Reinhard. Jérôme y choisit ses officiers d'ordonnance, les comtes de Lôwens” tein, de Badenhausen, chambellans, de la Lippe, le prince de Hesse-Philippstadt. C’est de sa part préjuger d’un rôle de Commandant en chef dont l’attribution n’est pas sûre. Le 29 Reinhard demande au Comte de Hône, ministre de la Guerre, « si le roi regardait son contingent comme devant être composé en entier de Wesiphaliens ? Sans doute a-t-il répondu, puisque nous n'avons aucune autorité sur les 12.500 Français. Du reste, le comte de Hône n’a point dissimulé que le mot contingent dont la France avait soin de se servir en parlant de l'armée westphalienne ne lui paraissait pas d’un heureux augure pour le désir du Roi d'obtenir un commandement particulier » 8. Une semaine plus tard, Reinhard signale que « le Roi paraît confondre les dispositions concernant le Corps d’armée qu’il espère commander avec celles concernant le contingent qu'on

(3) Idem, t. 5, p. 144-145, note du 22 déc. 1811, Jérôme à l’Empereur.

.(@ Arch. nat., AF IV 1642, 15° dossier, Personnel, Rapports du Major général, 57 pièces, pièce 8, 4 février.

(5) MarGUERON, Campagne de Russie. Ordre au Major Général, 21 fé- Vrier, D. 230: " co Arch. nat., AF IV 1642, 15° dossier, pièce 21, 28 février, Berthier

mp.

(7) MARGUERON, Campagne de Russie. Décret, Elysée, 1° mars, p. 339.

(8) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. n° 315. Cassel 17 février, fol. 187-190 et n° 316, Cassel, 20 février, fol. 194.

lui demande »?. Ainsi, Jérôme pourrait avoir un commandement et que ce ne fût pas celui de son armée !

Au reste, cette équivoque dissipée, Jérôme qui, en 1806 et 1809, a fait campagne à part, loin du théâtre principal des opérations, se fait des illusions : il à organisé son armée en vue d’une action séparée, avant-garde, corps d'armée, réserve 1, Il s’agit bien de cela ! « Conformément aux ordres de l’Empereur », Berthier fait connaître au roi de Westphalie que « son corps d’armée se trouve composé de manière à n'être pas maniable à l’armée », que l’intention de l'Empereur est « que ce corps soit formé en 2 divisions d'infanterie et une brigade de cavalerie :

4e Division : 9 bataillons d'infanterie, 1 régiment de hussards, et 18 pièces d'artillerie outre l’artillerie des régiments.

2 Division : 9 bataillons, 1 régiment de hussards, 18 pièces d'artillerie. Brigade de cavalerie : 2 régiments de cuirassiers, Chevau-légers lanciers de la Garde, Gardes du Corps, 2 batteries d'artillerie à cheval, soit 12 pièces;

Que le train, les administrations, les Equipages militaires doivent être répartis entre les 3 divisions; qu’il y aura donc 4 brigades d'infanterie dont 2 de #4 bataillons et 2 de 5; que par ce moyen, il aura un Corps d'armée d’une organisation très simple et facile à manier; que si les troupes qui sont à Dantzig rejoignaient, les divisions se trouveraient de 11 bataillons chacune; qu’enfin cela n’empêchait pas de réunir les 2 régiments de hussards avec les autres régiments de cavalerie pour former une belle division de 2.500 chevaux ou de mettre tel bataillon en avant-garde, mais que l’organisation permanente doit être en 2 divisions et une réserve de cavalerie ». Berthier fait en même temps cbserver qu'il faudrait porter chaque régiment de cavalerie de 550 à 800 ou 900 chevaux, ainsi que le Régiment de Lanciers, attendu que devant l'ennemi, ils seraient bientôt extrêmement réduits » 4, Pour Napoléon et Berthier le contingent westphalien rentre dont dans la Grande Armée à l’état d'unité quelconque sans forme action, ni but particuliers. Le 2 mars, Reinhard écrit à Bas sano : « Il résulte de tout ce que je puis recueillir des Mi:

(9) Idem, n° 317, 27 février, fol. 206.

(10) MaArGUERON, Campagne de Russie, p. 239-241, Berthier à l’Empereur et inversement 26 et 28 février.

(11) Arch. nat., A. F. IV 1642, 10° dossier, 8° corps, pièces 3, Paris

29 février. Voir dans Margueron, p. 241, l’ordre initial de l'Empereur à Berthier, 28 février.

nistres que S. M. n’a encore aucune certitude d'obtenir un Commandement particulier, ou du moins elle ignore quelle en sera la nature »?. Ceci ne l'empêche pas d’ailleurs de confier au Ministre de Prusse, Senfft, sous le sceau du secret que Jérôme recevra « ad honores » le commandement en chef de l’armée qui se réunit sous le maréchal, duc de Reggio *.

Les ordres de mouvement commencent à se succéder avec précision, non sans se contredire; ils sont conçus en termes laissant tout espérer à Jérôme qui n’est pourtant l’objet d’aueune décision. Le 13 février, Berthier a proposé à l’Empereur « d’ordonner à $S. M. le roi de Westphalie d’avoir son Q. G. et ses équipages à Halle le 4° mars, de faire commencer à ses troupes leur mouvement le 22 pour se réunir à Halle le 4% mars, et de faire occuper Dessau » sur le pont duquel elles ‘passeraient l'Elbe » 14, Jérôme doit-il donc commander son armée ? Le 22 février, ordre de Berthier à Jérôme : « Son corps d'armée doit être réuni du 10 au 15 mars à Halle; aucunes troupes westphaliennes ne doivent occuper Brunswick, Magdebourg et environs ;il peut occuper Halle et le pays de Dessau; c’est à ce pont que son corps est destiné à passer l’Elbe... Son Ministre de la Guerre est avisé du mouvement des troupes qui doivent traverser ce royaume, et invité à prendre les mesures pour assurer leurs subsistances et leurs logements » #5. Berthier a-t-il parlé au chef d'Etat ou au chef de guerre ? Finalement le roi écrit à Berthier afin de connaître le plus tôt possible les intentions « de l'Empereur », « à l'égard de sa personne, attendu que sa maison militaire ne peut marcher qu'avec Elle ». Et à Jérôme pour qui cette guerre est avant tout un moyen d'imprégner ses troupes d’un solide loyalisme à son égard, Berthier a écrit le 28 février « pour lui demander, si son intention est de marcher à la tête de ses troupes =» 16.

D'ailleurs, Jérôme, ayant demandé au début de février le Général Guilleminot comme chef d’Etat-major, Berthier annonce à l'Empereur le 2 mars : « Ce Général est employé près

(12) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. n° 318, fol. 216-218, Cassel, 2 mars.

(3) RLEINSCHMIDT, Histoire du royaume de Westphalie, p. 482. (Chitfrierte Depesche Senffts an Friedrich Wilhem 2 März, Geh. Staatsarchiv. Berlin Hessen Rep. I n° 23).

(14) MARGUERON, Rapport du Major Général à l'Empereur, 13 février, p. 196, Arch. nat. AF IV 1642, 15° dossier, pièce 10.

(15) Arch. nat., AF IV 1642, 10° dossier 8° corps, pièce 1, 22 février.

(16) Idem, pièce 4, 2 mars, Berthier à l'Empereur.

de moi; mais un adjudant-commandant, M. Revest a reçu l’ordre de se rendre au Corps westphalien pour faire les fonctions de Chef d’Etat-major sous les ordres du Général Vandamme » 17. S. A. $S. Alexandre, Prince de Neufchatel, viceconnétable, maréchal de l’Empire, Grand veneur de la couronne, avait été, avec Murat et le Prince Borghèse, témoin de Jérôme, lors de son mariage 18. Mais comme Davout, comme tous ceux qui en principe ne pouvaient prétendre à des couronnes, n'étant pas alliés à la famille impériale, il savoure toutes les occasions qui lui sont offertes, de brimer en Jérôme le prince du sang. Entre lui et Davout, Jérôme aura de l’agrément.

Nous touchons pourtant au bui. Le 3 mars, Napoléon enjoint à Berthier : « Ecrivez au Roi de Westphalie que je lui ai envoyé le Général Vandamme, et lui envoie le Général Tharreau pour commander une de ses divisions, que le Général Chabert, n'ayant servi que comme major, n’a pas l'aptitude nécessaire, que je fais choix d’un général de brigade capable pour être son chef d'état-major, qu’il fasse partir ses bagages, sa maison militaire pour Halle et vienne de sa personne avec très peu de monde à Paris. Il viendra incognito, n’y restera que deux ou trois jours, après quoi il ira rejoindre son corps d’armée » 1. Enfin, voilà Jérôme pourvu du commandement rêvé.

En attendant qu'il en soit informé, il s’empresse d’assurer la prompte exécution des ordres donnés. Le 4 mars, Berthier rend compte à l'Empereur, d’après une lettre du roi Jérôme « que le corps westphalien serait réuni du 10 au 15 mars à Halle et dans le pays de Dessau » #t lui transmet le tableau du mouvement de ces troupes envoyé par le Comte de Hône. Les unités formant la brigade d'avant-garde arriveront

Les 1% et 2 régiments de hussards, à Dessau, le 6 mars;

Le 1* bataillon d'infanterie légère, à Dessau, le 14 mars;

2 compagnies de chasseurs carabiniers, à Dessau le 14 mars.

2° Les unités composant la Division d'Infanterie arriveront :

(i7) Arch. nat., AF IV 1642, 10° dossier, 8° corps, pièce 4, 2 mars et Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 219, Reinhard à Bassano, 11 février.

(18) MARTINET (André), Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, p. 10-12 et Mémoires de Jérôme, tome 3, p. 35.

(19) MARGUERON, Campagne de Russie, p. 353-4, et Du Casse, Mémoires pour servir à l’histoire de la campagne de 1812 en Russie, Paris 1852, Dumaine xu-291, in-8°, p. 15-17.

Les 3 bataillons de guerre du 2 de ligne à Achen, le 15 mars; ] RES

Les 3 bataillons de guerre du 7° de ligne à Côthen, le If mars; :

Le 3 bataillon d'infanterie légère à Osternienburg, le 6 mars;

Les 2 bataillons de guerre du 3: ligne à Lobejun, le 7 mars;

Les 2 bataillons de guerre du 5° de ligne à Vettin, le 10 mars;

Les 2 bataillons de guerre du 6° de ligne à Gropzig, le 12 mars;

Le % bataillon d'infanterie légère à Zorbig, le 6 mars;

3° La Brigade formée des 1% et 2° régiments de cuirassiers à Bernburg le 13 mars et le grand Pare d'artillerie à Alsleben, le 12.

Il ne reste alors à partir que la Garde royale dont le Roi n’a pas encore fixé le jour de départ ?°.

Ce détail atteste les appréhensions de Jérôme. Le 5 mars il écrit encore à son frère au sujet des 3460 hommes de Dantzig. L’Empereur s’oppose à leur rentrée dans le corps westphalien : il veut par contre former la 2° brigade de la 2° division des 4 bataillons d'infanterie de la Garde de Jérôme: à quoi Berthier fait observer que cette garde ne comprend que

2 bataillons, un de grenadiers, un de chasseurs et déjà portés dans la 1" brigade » 21,

Depuis le 3 mars, l’armée westphalienne est le 8 corps de la Grande Armée, sa 1" division a le n° 23, sa deuxième le CRD NCER

Le 8 mars, Jérôme a reçu l'invitation de l'Empereur à se rendre près de lui : il part, précédé du rapport précité du 5 mars, adressé par Reinhard à Bassano, et signalant que « ce prince, au lieu de se subordonner de bonne grâce à S. M. I. se plaît à voir dans des dispositions qu’il croit attentatoires à Sa Souveraineté un présage sinistre. pour son avenir et la conservation de son royaume » #3, Puis ce sont les histoires de

(20) MARGUERON, Campagne de Russie, p. 362, Arch. nat. AF IV 1642 10° dossier, pièce 5, 4 mars. : :

(21) Arch. nat., AF IV 1642, 10° dossi iè i - TM EE ssier, pièce 6, Paris, 11 mars, Ber (22) MARGUERON, Campagne de Russie, p. 358.

eme du roi Jérôme, t. 5, p. 233, Reinhard à Bassano, Cas-

la revue du {* mars, de l'affaire Bulow jetées en deux rapports abondants (9 mars) dans les jambes de Jérôme.

Voilà le roi Jérôme à Paris du 13 au 20 mars. « Jamais tel accueil, dit Masson, même en 1807. Et tout de suite la grande nouvelle : il aura le commandement en chef de Paile droite de la Grande Armée, plus de 80.000 hommes, les Polonais (5° corps) que commande le Prince Poniatowski (40.000 hommes), les Westphaliens (8 Corps, Vandamme, 20.000 hommes), les Saxons (7° Corps, Reynier, 24.000 hommes). Cest l’armée qui devra défendre le Grand Duché du premier choc des Russes. L’Empereur a-t-il donc tout oublié de cette campagne de 1809, où si cruellement il a repris son frère ? Prétend-il récompenser en lui une obéissance qu'il n’a trouvée pareille chez aucun des siens ? Ayant formé le dessein d’un remaniement total de PAllemagne par quoi la Westphalie et Berg doivent disparaître, prépare-t-il pour son frère de prédilection un établissement nouveau bien plus somptueux dans la Pologne rétablie ? A la fois sans - doute ces deux dernières raisons et l'assurance qu’il a prise une fois pour toutes que Jérôme étant son frère, est égal à toutes les destinées, que ses fautes de 1809 ont été péchés de jeunesse comme toutes les autres qui précèdent et qu’il brûle de les réparer; que ses défauts mêmes lui serviront près d’un peuple léger, dissolu et vain; enfin que cela l’arrange. Dès lors, et malgré les concurrents qui se croient des droits acquis à la couronne de Pologne, Jérôme prend l'attitude du candidat de l'Empereur » 74,

En fait, Brunswick-OEls s’est chargé de justifier partieilement Jérôme, après que l'Empereur l’eut cruellement repris. Jérôme n’est pas égal à toutes les destinées; mais il a pu se défendre en 1810, et même contre Reinhard en mars 1812. Il est obéissant, bien malgré lui parfois, et l’avoue sincèrement. Masson s’est quelque peu aventuré en admettant qu’à la mimars 1812 il y ait une couronne de Pologne à donner; que le commandement de l'aile droite implique la candidature au trône de Pologne; qu’on puisse donner des « raisons » du choix par l'Empereur de son frère comme candidat et du reste que ce choix « arrange » Napoléon.

Si le traité franco-prussien du 14 février est pour Jérôme de l’avis des diplomates prussiens et de Kleinschmidt un.

(24) Massox (Frédéric), Napoléon et sa famille, t. 7, p. 290-291.

« coup de tonnerre », Ce voyage inopiné de Jérôme à Paris en paraît presque un autre pour eux. Lecoq écrit en chiffre à Krusemarck : « Haben Sie ein offenes Auge auf das Betragen und die Schliche des Kôünigs Jerome. Weder die glücklichen Garantieen die unsere Allianz uns bietet, noch der geringe Kredit, dessen sich dieser Fürts gegenwärtig erfreut, dispensieren uns von der Sorge, seine ehrgeizigen Intriguen zu überwachen »%. La très avertie diplomatie prussienne croit donc les vues de Jérôme orientées ailleurs que vers la Pologne : elle a à Cassel tant de sources sûres de renseignements qu’on peut se fier à son flair.

Un témoin intéressant et digne de foi en cette affaire, c’est la reine Catherine. Si Jérôme n’a nulle sérieuse envie de quitter la Westphalie, elle à en moins encore : inquiète à toute rumeur sur leur exode possible d'Allemagne, elle fait un sort dans son Journal à toute nouvelle qui l’éloigne de cette perspective. Le 12 février, elle note : « On prétend qu’il n’y aura pas de guerre, que l'Empereur n'envoie tant de troupes en Allemagne que pour la soumettre entièrement et se faire élire Empereur d'Allemagne » 2. Au bout des lettres que lui écrit son père, le roi de Wurtemberg, on ne voit point de Pologne : «Si la tranquillité devait-être troublée et que le roi votre époux y prit part personnellement, voire situation me peinerait.. Vous avez un tendre père qui sera charmé de vous voir jouir chez lui d’une tranquillité que peut-être Cassel ne vous

donnerait pas ». «Il est à prévoir que quelqu’assurés que puissent être les succès, les résultats seront nuls pour nous » ?7. Le 27 février, autre conte dans le Journal de Catherine : « On

-croit assez qu’on tiendra un congrès à Brunswick où les Empereurs et le Roi se rendront et que la Turquie serait la pomme que l’on se partagerait en rétablissant un royaume de Pologne. Pourvu que ce royaume ne soit pas destiné à mon mari, le reste m'est égal ». C'est très clair. Le 4 mars, « on prétend que le courrier, passé il y a dix jours, a apporté des propositions d’arrangement : l'Empereur irait pour la forme

(25) KiewscHminr, Histoire du royaume de Westphalie, t. 7, p. 290- 291. Chifrierte Depesche an Krusemarck 14 März 1812. (Geh. Staatsarchiv in Berlin. Frankreich. Rep. I, n° 11a).

(26) Mémoires de Jérôme, t. 5, Journal de la reine, pl6ile

(27) SCHLOSSBERGER, Briefwechsel der Kônigin Katharina und des Kônigs Jérôme von Westphalien sowie des Kaïsers Napoleon I mit dem Kônig Friedrich von Wurtemberg, Stuttgart, Kohlhammer, 1886. 3 vol. in-8°, tome 3°, p. 177, Stuttgart 2 Febr. 1812; p. 178-9, 16 febr. 1812.

occuper la Pologne, qui serait érigé en royaume indépendant; la Russie serait dédommagée de ses pertes en Pologne par la Valachie et la Moldavie; l'Autriche aurait la Silésie prussienne; le royaumé de Prusse serait réduit au duché de Brandebourg et serait feudataire de la Pologne; la Westphalie agrandie jusqu’à l’Oder aurait Dantzig ». Le 5, « on assure qu'il n’y aura pas de nouvelle guerre... D’autres nouvelles disent qu'il est certain que le Roi de Westphalie ira à Berlin ». Le 20, Jérôme ayant écrit de Paris que tout va au mieux, elle se demande ce que cela peut signifier et ajoute : « Je désire que le Roi ne se repente jamais de préférer un autre royaume à celui-ci, ainsi qu'on l’affirme » ?#.

Elle écrit à son père, le 26 mars, après le retour de Jérôme qui lui a causé une indigestion de joie : « Hier..., le roi arrive inopinément. Sa présence, la surprise que j’en ai éprouvée, a | été inexprimable...; j’en étais aussi inquiète que je le pouvais

être de ma propre situation, ignorant absolument ce que je

deviendrais dans les circonstances actuelles; mon mari est extrêmement content de son voyage; il m’a dit qu’on conti- | nuait à croire à la possibilité de la paix, néanmoins que tous | les préparatifs se continuaient et que lui se trouvait dans le | cas de se rendre sous peu de jours à son poste. Quant à moi, je reste ici, c'est chose absolument décidée : l'Empereur et le Roi le désirent et notre bien-être futur en dépend. Vous sentez d’après cela, qu’il n’y a pas à hésiter et que toute considération secondaire et qui ne tiendrait qu’à mon intérêt particulier cesse, dès le moment qu’il s’agit d'objets et de motifs majeurs » 2. Quel ton ! Elle reste à Cassel pour y veiller aux intérêts de ce royaume en passe de croître; il s’agit d'objets et de motifs majeurs; l'Empereur et le Roi désirent qu’elle

reste ! Elle écrit dans son Journal : « 1! est bien certain que le Roi garde ce royaume mais il sera agrandi ». La voilà calme et sûre d’elle-même, — une grande reine. « On parle

même de me donner la régence. Je m’y suis opposée jusqu’à

présent, je ne m’en sens ni les moyens ni la capacité; mais il

paraît que le Roi et l'Empereur le désirent tous deux : ce sera

à mon corps défendant que je l’accepterai. Il y aura un Con-

grès à Dresde où l'Empereur ainsi que l'Empereur d'Autriche

et tous les rois doivent se rendre. J'irai aussi et le Roi y vien- (28) Mémoires du roi Jérôme, tome 5, p. 161, 165, 166, 167, 173.

(29) Du Casse (Baron), Catherine de Wurtemberg princesse Jérôme. Correspondance inédite, Paris, Bouillon 1893, 398 p. in-8°, p. 61.

dra de Glogau » *®. Elle mettra quelque coquetterie à se laisser faire une douce violence : elle est ravie — reine d’un grand royaume, régente, membre d’un congrès. Est-ce en Pologne qu’une diète encombrante lui eut fait, de gré, jouer ce rôle ? Le 3 avril, le Journal nous apprend : « On dit que le Roi de Saxe serait Roi de Pologne et que l’on réunirait la Saxe à la Westphalie, ce qui ferait un des beaux royaumes d’Allemagne » 51.

À qui faire croire que Jérôme endort Catherine dans une trompeuse sécurité et songe à la Pologne ? Masson, parlant du choix par Napoléon d’un roi d’Espagne en 1808, écrit : « Rebuté par Joseph, par Louis, Napoléon s’adresse à Jérôme : mais là, difficulté imprévue : la reine est protestante et tient à sa religion. Entre l’Espagne et sa femme que choisira Jérôme ? Il choisit Catherine et c’est elle qui l’apprend à son père. « Les affaires d'Espagne sont un bien grand exemple des funestes suites qu'ont les discussions de famille; mais elles ont pensé en avoir aussi pour mon repos : le trône a été offert au roi et, s’il l’'eut accepté, je me trouverais dans la malheureuse perplexité de choisir entre mon époux et ma religion. Heureusement, il n’en est plus question; on va suivre un autre plan »%2. La Pologne, aussi catholique que l'Espagne, n’a pas même intransigeance; il y à toujours régné un esprit de tolérance réel, puisque tant de sectes y prospèrent; mais ces groupes ombrageux, souvent aggressifs, donnent parfois à la Pologne une réputation d’intolérance qui est, à l’occasion, leur fait. Une étrangère, non catholique surtout, pouvait s’y tromper sans peine. Au reste, il faudrait chercher pour trouver dans l’histoire de Pologne une reine non catholique ?

C’en eut été assez pour retenir Catherine sur le chemin de Varsovie.

Maïs, si son mariage avec Jérôme a attiré sur celui-ci l'attention des Czartoryski, pour Catherine le problème doit se poser inversement. Son oncle Louis, marié à une Czartoryska, ayant subi ensuite l’injure méritée du divorce, et cela après avoir trahi la Pologne, n’a pas été sans calomnier à Stuttgart et les Czartoryski et la Pologne pour se justifier. Adam de Wurtemberg-Czartoryski part comme volontaire en 1812, mais

(30) Mémoires de Jérôme, tome 5, p. 174.

(31) Mémoires de Jérôme, tome 5, put (32) Masson, Napoléon et sa famille, tome 4, p. 220.

SUP ÈRe

| aux côtés du prince royal de Wurtemberg #, non aux côtés de Jérôme : ce jeune homme ne paraît pas rechercher la Pologne. Catherine doit donc avoir sur ce pays pas mal de préjugés qui l’empêchent de Le voir comme il est.

Princesse et reine allemande, elle fait naturellement de l'Allemagne sa terre de prédilection. Quand Napoléon reprend à la Westphalie une partie du Hanovre, des sentiments allemands bouillonnent en elle. Que des lambeaux d’Allemagne soient partagés entre des princes allemands, c’est parfait; que les meilleurs morceaux échoient à son père ou à son mari qui, par elle, est allemand, rien de plus juste; mais toute attribution à d’autres qu’à des Allemands lui paraît un vol. A ce | titre aussi, l’annexion, déguisée ou non, de la Westphalie à | l'Empire et le transfert de Jérôme à Varsovie l’eussent peinée, troublée.

L’irréductible hostilité de la tsarine douairière à Napoléon, hostilité d’Allemande à la haïne tenace, n'’agit-elle pas égale- | ment par des lettres adressées de temps en temps au roi de -Wurtemberg ? Cette rancune se renforce de celle de la grande duchesse Catherine d'Oldenburg : depuis l’annexion de l’OI- | denbourg, c’est le duel à mort entre elle et Napoléon. Alexan- | dre y est entrainé par des menaces très claires. Le Comte

Tolstoi dans la chaleur d’une dispute se rapportant au vœu général de la nation pour la liberté des mers et la paix avec la Porte, a dit à son maître : « Si vous ne changez pas de principes politiques, vous finirez par vous faire étrangler | comme votre père ». C’est la peur qui porte ce souverain, non | seulement à des déterminations qui contrastent avec la bonté de son cœur ou la sagacité de son esprit, mais ausi à celles | qui répugent à ses principes ou choquent son amour propre... | Des propos de cette force tenus à Moscou où l'on se permet | de tout dire, peuvent lui être revenus » %. Le projet d'octroi par Alexandre aux provinces russes de Pologne de la Consti- | tution du 3 mai 1791, s’est heurté à une opposition des seigneurs russes propriétaires dans ces provinces, dont l’un, membre du Conseil d'Empire, a osé lui faire « les représenta- tions les plus vives et ne lui cacha même pas les dangers per- sonnels auxquels ces innovations actuellement hors de sai-

(33) ScHLOSSBERGER, Briefwechsel der Kônigin Katharine; tt. 3° p. 178-9, Stuttgart, 16 februar 1812.

(34) MicxaiLovircH (Nicolas), l'Empereur Alexandre 1°, t. 1°, p. 441, St. Jullien à Metternich, 28 septembre 1811. L

son, L’exposeraient », ce qui eut comme résultat qu'Alexandre ne s’occupa plus de ce dessein et promit « de s’en désister entièrement » %. Près de Catherine d’Oldenbourg et de sa mère, il y a Alexandre de Wurtemberg frère du roi Frédéric et de Marie Féodorowna qui ne lâche pas Alexandre 1* d’une semelle et va l'accompagner à Vilna %. Il y a Eugène de Wurtemberg qui va faire campagne contre Napoléon en face du Prince royal de Wurtemberg et d'Adam, dans le corps de Baggowouth #7, Le roi de Wurtemberg qui a servi la Prusse, la Russie, la France, est moins enthousiaste de la guerre qui se prépare, que curieux de tirer son épingle du jeu, et d'être en mesure de le faire : « On nous tient, dit-il, dans une parfaite ignorance. Ce n’est pas indiscrétion de ma part, ni pour pénétrer les intentions du roi votre époux; mais par une suite naturelle de ma vive tendresse pour vous, ma chère fille, que je vous conjure de me faire savoir quels sont vos projets » %. Cet autre Saturne dévorerait à l’occasion le royaume de ses enfants à force d'intrigues, s’il les voyait en partance pour la Pologne. Et quelle répugnance pour Catherine à régner sur cette Pologne qu’Alexandre 1* paraît vouloir tant disputer à Napoléon.

La seule question, ici est dans les rapports entre Jérôme et sa femme. Or Masson dit : « C’est le meilleur ménage : la femme, née princesse, a sur le bonheur que doit attendre l'épouse d’un souverain, des idées différentes de Julie ou d’Hortense ». Jérôme a des maîtresses; mais il adore sa femme: il s’évade avec elle du bal de l'Hôtel de Ville en 1810 par un escalier en sautant les marches quatre à quatre. Lors du bal Schwartzenberg les hommes perdent la tête : lui entraîne la reine par le jardin, lui fait escalader un mur et l’emballe dans

(35) MicxaiLovirc (Nicolas), L’Empereur Alexandre 1°, t+t. 1°*, p. 453-4, St. Jullien à Metternich, 8 janvier 1812.

(36) Scirper, Imperator Aleksandr I, t. 3, p. 75.

(37) C. G. F., Journal des Campagnes du Prince de Wurtemberg 1812- 14, p. 1-3. Les relations entre tous ces Wurtemberg ont été telles que les vrais Russes jugeant inutile leur rôle, en ont été comme excédés : « Comme notre nation a été peu connue non seulement des étrangers, mais même de son propre gouvernement qui croit que sans les Finnois, les Prussiens et les Wurtembergeois qui remplissent la Cour et tous les départements, la Russie serait perdue » (Le comte Worontzow, Londres, Sep. 1812). (Nicolas Michaïlivitch, t. 1tr, p. 107). Ce qui semble certain, c’est que la conduite de cette famille ne pouvait suggérer à Jérôme l'impression qu’elle eût sympathisé avec son installation sur un trône de Pologne.

(38) SCHLOSSBERGER, Briefwechsel Kônigin Katherina, 5° volume, p. 179 Stuttgart, 15 Marz 1812, Lettre du roi de Wurtemberg à Catherine.

la première voiture %. Il est le plus galant, le plus empressé,. le plus généreux des maris, fait autant et plus de présents à sa femme qu’à ses favorites. Aux fêtes qu'il donne, Catherine peut toujours croire qu’elles lui sont dédiées. Lui qui n’a jamais payé ses dettes, paie à présent celles de sa femme : car il a trouvé quelqu'un qui l’égale, sinon la surpasse en prodigalité; c’est à la royale, à l’allemande, fastueusement que Catherine s’endette ». D'ailleurs « de son mari, elle paraît trouver tout admirable jusqu'aux enfants qu’il a de ses maitresses : elle s’en établit la marraine, la protectrice. Elle a pour lui une passion qui résiste à tous les désagréments qu'il lui donne du côté de la fidélité » %. Son Journal abonde en exclamations de bonheur qui ne paraissent pas feintes, et que tempère seulement le regret de n'avoir pas d'enfants *?.

Or, de ces deux époux empressés à se plaire, on ne voit pas que l’un ait pu songer à contrister l’autre en le déracinant de l'Allemagne.

La silhouette à croquer alors, c’est celle de l’affreux Rein-

hard qui, peu de jours avant, traitait Jérôme en roi de grand

chemin prêt à plier bagage en abandonnant sa couronne. Que

le ton est changé, avant même le retour du roi! Il écrit à

Bassano : « Le courrier arrivé ici le 20, à apporté la nouvelle: des grâces que $S. M. a accordées aux personnes qui avaient reçu du roi des titres héréditaires, et dont on ressentit d'autant plus de joie qu’on y voyait une preuve de l’amitié de S. M. pour son auguste Frère » #, On ne dirait pas qu’il s’agit de « toute la bande joyeuse », stigmatisée par Masson

« Comtes de l’Empire Le Camus, Salha et Meyronet; barons de l’Empire Marinville, Boucheporn, Bruguière, Ducoudras et Duchambon » #2. Il poursuit : « Ce qui avait été divulgué sur le contingent westphalien semblait annoncer qu’il ferait partie d’un corps chargé de garder les côtes et dont le commandement serait donné au roi. Hier, on apprend que ce contingent se dirige sur Kalisch et sera admis à servir dans la ligne de la Grande Armée ». Ce qui avait semblé une oppression sans

(39) Masson, Napoléon et sa famille, tome 4, p. 482; tome 6, p. 49-41, p. 292-298.

(40) Mémoires du roi Jérôme, tome 5; p. 30, 22 mars; p. 48-9, 23 juin et 28 juin 1811; p. 157-8, 3 janvier 1812; p. 162, 21 février; p. 172-3, 18 mars; p. 174, 25 mars; p. 177, 6 avril.

(41) Arch. min. aff. Etr., F. W. n° 326, folio 285, Cassel 23 mars 1812.

(42) Masson, Napoléon et sa famille, t. 7, p. 294.

nom, un sujet de révolte, est devenu un honneur. « En aitendant, les Peuples de ces Contrées regardent avec admiration le développement des préparatifs immenses dont ils seront les témoins étonnés. Un sentiment universel de sécurité ou pour mieux dire de confiance et d'enthousiasme, s'est communiqué surtout aux soldats de toutes armes, de toutes Nations. Ils s'enorgueillissent tous d’appartenir à un ensemble qui surpasse tout ce dont l’histoire offre le souvenir. Aussi dit-on que dans les troupes westphaliennes, depuis qu’elles sont en mouvement, il n’y a presque pas un seul déserteur » #. Le lieutenant, Giesse du 3 de ligne dit de même : « Les troupes du & corps, l'élite de la Nation, le plus pur de son sang, ne craignaient ni danger, ni fatigue; dévorées d’ambition, très bien et pratiquement vêtues, bien exercées, disciplinées, commandées par des hommes instruits, elles étaient animées d’un bon esprit qu’attestait le manque de désertion : on avait le droit d’en attendre quelque chose de grand » #.

Le 25 mars, à 3 heures du soir, le roi, en parfaite santé, rentrait à Cassel #, revenant officiellement d’une tournée dans ses départements. La Gazette de Varsovie du 24 insère cette note du Moniteur Westphalien : « Cassel 9 mars : Le roi Jérôme est parti cette nuit pour 10 jours avec les Comtes de Furstenstein, de Weilingerode, de Malsburg » #. Le 4 avril, lle relate de Halle, 20 mars : « Nous espérons ici incessamment le roi notre maître; déjà une partie de sa cour est arrivée » 47, La Gazette de Cracovie reproduit la note du 9 mars -en ajoutant l’ordre du roi Jérôme que, les dimanches et jeudis, on fasse jouer les eaux à Napoléonshôhe »; le 8 avril, elle annonce, de Cassel 25 mars, le retour du roi de Paris #. Seule, la Gazette de Lwow (Lemberg) journal de Galicie autrichienne, annonce, dès le 34 mars d’après le même Moniteur du 9, le départ de Jérôme, en ajoutant que c’est pour Paris et que le

voyage durera 14 jours #. Ce journal ne prend pas moins d’in-

térêt à la Westphalie que ceux du Duché; mais ses nouvelles

(43) Arch. Min. aff. Etr., idem, folio 285.

(44) Gresse (Friedrich), Kassel-Moskau-Kustrin, p. 17-18.

(45) Arch. Min. aff. étr., F. W. n° 327, folio 289, Cassel 26 mars, Reinhard à Bassano. KLEINscHMipT note la joie que Jérôme éprouve de revoir Cassel et celle des Casselois qui illuminent (p. 486).

(46) Gazeta Warszawska, n° 24, p. 419, mardi 24 mars.

(47) Idem, n° 27, p. 475, samedi 4 avril.

(48) Gazeta Krakowska, n° 25, 25 mars et n° 29, mercredi 8 avril.

(49) Gazeta Lwowska, n° 26, mardi 31 mars.

tout autres tendent à montrer aux Polonais que tout n’est pas pour le mieux avec un roi frère de Napoléon. Le 26 décembre 14811, son correspondant de Cassel — le Ministre d'Autriche peut-être — lui fait part de l'impôt personnel qui va frapper dès le 4 janvier les Westphaliens et les étrangers au-dessus de 16 ans, domiciliés en ce pays °°. Le 6 février, avis des troubles du 19 janvier à Brunswick, et des mesures prises 51. Le 47 mars, récit de l’exécution de Claus, marchand de citrons à Brunswick, le 10 février, par arrêt de la Cour d’assise, pour meurtre du Capitaine Gaiguenaille du 2° cuirassier français ®?. De Francfort 5 mars, il lui est envoyé un extrait de la Gazette de Magdebourg du 3, contenañht le décret de mise en état de siège de cette ville, d'interdiction aux autorités civiles de donner des passeports et cartes de sûreté que seuls délivrent le Général gouverneur Michaud, le commissaire Schultz, le juge militaire Pfesdorf, décret contresigné du préfet Schulenburg %. Par un extrait de la Gazette de Magdebourg, les Galiciens apprennent que les faubourgs de cette ville, Neustadt et Sudenburg seront rasés, que le préfet invite les bourgmestres et habitants de la région à venir en aide aux sans-foyers en | attendant qu’ils soient indemnisés par l'Etat 54. Tout ceci n’est flatieur ni pour la Westphalie, ni pour le roi. La Gazette de Lwow soigne le sombre tableau de la conscription : le préfet de Brunswick a fait publier que pour compléter le corps des chasseurs carabiniers d'élite tous les forestiers et leurs fils y seront incorporés » %. Une seule mention favorable à Jérôme, relative à la création de chaires à l’université de Halle % et faite pour masquer le caractère tendancieux des autres. Le traité du 14 mars qui fait de Napoléon et de l'Empereur François deux alliés, ne modifie pas Pattitude de la Gazette. Mais peut-on ne pas noter près de Lwow la présence dès 1811, d'Adam Czartoryski, l’ex-ministre sur qui repose la politique de sa maison, toujours attaché à la Russie par un titre de membre du Conseil intime, dont l'Empereur a refusé, dit-on, de le dégager malgré ses plus vives instances ? il n’est pas venu à Varsovie » depuis mars 1811, et « se tient en retraite

(50) Idem, n° 7, vendredi 24 janvier.

(51) Idem, n° 17, vendredi 27 février.

G2)tldem, me 22, 0l7/mars.

(53) Gazeta Lwowska, n° 25, vendredi 27 mars. (54) Idem, n° 27, 3 avril.

(55) Idem, n° 23, 20 mars.

{56) Idem, n° 23, 20 mars. ds

avec ses vieux parents à Sieniawa, sur le San, cercle de Przemysl, Galicie autrichienne ». Fin 1811, sa mère y à porté « tout ce qu'elle avait de précieux à Pulawi », prétextant à Bignon vouloir ainsi éviter « le risque d’un cinquième pillage », abritant les papiers compromettants. Toute la famille est alors « distribuée de manière à pouvoir se retrouver en bonne position près du vainqueur quel qu'il soit. Les parents, le fils aîné sont sur un territoire que l’on suppose rester neutre » °T : là est le quartier général d’où l’on peut agir des deux côtés de la frontière ducale. Une branche de la Famille qui montre —— depuis peu — « des sentiments très polonais, le Prince Eustache Sanguszko et son épouse qui ont toutes leurs terres en Wolhynie et ne sont que temporairement dans le Duché », correspondra avec Sieniava et la Wolhynie. Pour « oceuper » Adam, sa mère veut marier cet « original », tâche peu aisée, et a trouvé « la jeune veuve d’un autre Sanguszko, fille du Comte Branicki un des confédérés de Targowitsa, vendu au. | cabinet de Pétershbouïg et en ayant reçu d'immenses posses- | sions en Wolhynie, en Ukraine ». Mariage «un peu étrange » quand le prince « affectait de se rendre indépendant de la Russie, il s’y rattache par une alliance avec un homme dévoué à cette puissance, par une grande fortune toute située dans les pays soumis à la domination russe » 8. Vainement on donne comme but à ce mariage « de relever par l'acquisition d’une grande fortune la maison Czartoryska dont les biens, considérables, croulent sous les dettes qui les surchargent ». « Cest M. de Nowosiltsoff, son ancien collègue du Ministère russe qui, dit-on, traite cette affaire pour le Prince Adam » 5. Ce projet dont Bignon, notre résident à Varsovie prévoit la rupture en cas d’une guerre malheureuse pour les Russes et qui tomba après la victoire d'Alexandre, permet de correspondre en territoire russe et avec Vienne.

Du côté varsovien, il y a Pulawy où vont parfois Marie de Wurtemberg, sa sœur Sophie Zamojska, le Comte Zamojski et Constantin Czartoryski, colonel du 46° régiment du duché, tous résidant à Varsovie, tous appelant de leurs vœux « le rétablissement de la Pologne, vœux qui semblent sincères en y faisant entrer l’espoir secret de voir la famille jouer un grand

(67) Arch. Min. Aff. Etr. F i :

À Bassano, à pe onds Pologne 1812, 329 folio 213, Bignon

L dem, Pologne (1808-1812). Supplé ton? i tin du 29 octobre 1811, Bignon à Root 0 FT IE

rôle ». Bignon voit souvent les deux princesses, — c’est « une de ses sociétés habituelles » — très répandues, ne paraissant pas faire de politique, en fait agents inévitables, yeux et oreilles de leur frère au cœur du Duché. Constantin « n’a pas assez d’étoffe pour être capable de grandes vues » 5; mais Adam et lui ayant été amants en titre, l'aîné de l’impératrice femme d'Alexandre, le eadet de la femme du grand-duc Constantin ft, qui croira que le titre de chef du 16° de ligne suffise à ses ambitions ? Bignon constate : « on est au mieux avec tout le monde. C’est une marche que les principales familles, placées entre diverses puissances ont été depuis longtemps dans le cas de tenir. Il est assez difficile de leur en faire un très grand crime » ©. Assurément; mais le dispositif qui a sa tête à Sieniava et d’un côté son point de liaison à Pulawy, son épanouissement à Varsovie, de l’autre son relai en Wo- Ihynie et son aboutissement à Pétersbourg, permet l’observation et l’action. L’exposé de Bignon à Bassano du 8 février est une réponse à une question de Napoléon qui, quand il mobilise, s'inquiète de la Famille. Il lui est difficile, quand il a cette préoccupation, de ne pas penser à Jérôme. Qu’on cherche après Davout, adonné à une autre tâche, un proche de l’Empereur, un général, un diplomate mieux préparés que Jérôme à suivre l’action de la Famille en 1812. Ceci suffirait à justifier sa destination, sans impliquer une candidature.

En février, 1812, on semble autant danser à Varsovie qu’à Cassel 3; le 24 mars, le général Kniasiewicz écrit : « Bien

| qu’on se plaigne du manque d'argent, Varsovie a été assez gai

| pendant le carnaval » 6.

Cependant le 8 corps s’organise : le 8 mars, Vandamme,

| ayant remis ses ordres de service au roi partant pour Paris, en

| a été bien accueilli. Il trouve les troupes belles, bien tenues 5, « observant la plus stricte discipline : le service se fait bien,

(59) Idem, Pologne 329, folio 252-256, n° 181, 19 février, Bignon à

7% Bassano.

(60) Arch. Min. Aff. Etr., Fonds Pologne, 329, folio 213, Bignon à Bassano, 8 fév. 1812.

(61) Waziszewsxr, Le règne d’Alexandre 1‘, tome 1°, p. 443.

(62) Arch. Min. Aff. Etr., Fonds Pologne, 329, folio 213.

(63) Idem, Fonds Pologne, 329, fol. 213, Bignon à Bassano.

(64) DrzewiEcxr (Jozef), Pamietniki, Krakow, Gebethner 1891, 367, . in-8°, p. 222

À (65) Du CASSE, Le Général Vandamme et sa correspondance, Paris,

Didier 1870, 2 vol. in-8, tome 2, p. 346.

on travaille l'instruction avec beaucoup de zèle » %. Son étatmajor commandé par le colonel Revest comprend le lieutenant-colonel Von Kalm (police), l’inspecteur des postes Emmermann, l'inspecteur des hôpitaux Isoard, le médecin chef Merrem, le Pharmacien chef Boutry les officiers d'état-major Von Stockmayer, Von Longe, Von Lamberiy, Von Linden; les aides de camp Zeron, Mynherr, Delude. Le Général baron d’Ochs, assisté du colonel Humbert, commande la 1° division : la 1" brigade (Général Damas) comprend le 3° bataillon d’infanterie légère (Lieutenant-colonel Von Hessberg), le 2 régiment de ligne (Colonel Von Fullgraff), le 6 de ligne (Colonel Ruelle). La % brigade (Général Von Wickenberg) comprend le 2e bataillon d'infanterie légère (Lieutenant-colonel Boedicker), le 3° de ligne (Colonel Bernard), le 7° de ligne (Colonel Lageon). Le général Tharreau qu’un accès de goutte empêche de se montrer dans Cassel 57, commande la 2° division, assisté du Colonel Von Borstel. Sa 1" brigade (Général Meyronnet, Comte de Wellingerode) comprend le bataillon des grenadiers gardes

(Colonel Legras), les chasseurs gardes (Major Picot), les chas- |

seurs carabiniers d’élite (Major Müldner). La 2 (Général Danloup-Verdun) comprend le 1* bataillon d'infanterie légère (Colonel Rauschenplatt), le 5° de ligne (Colonel Gissot); le 8° de ligne (Colonel Bergeron). La division de cavalerie (Général Chabert) comprend une brigade légère (Général baron Von Hammerstein), soit l’escadron des gardes du corps (Lieutenant-colonel Lallemand), le régiment des Chevau-légers (Colonel Müller), le 4% régiment de Hussards (Colonel Von Zand), le 2° Hussards (Colonel Von Hessberg); une brigade de cavalerie lourde (Général baron Lepel), soit 2 régiments de cuirassiers (Colonels Von Gilsa et Bastineller).

Les troupes techniques commandées par le Général Allix, comprennent un régiment d'artillerie (Colonel Von Pfuhl), le corps du Génie (Colonel Ulliac), le Parc de réserve (Lieutenant-colonel Schultz), le train des équipages. En résumé : état-major 254 hommes, Infanterie 16.000 (22.315 dont il faut déduire le 1* de ligne, 3.400 hommes destiné au X° corps, Colonel Plessmann et le 4, Colonel de Rossi, restant à Cassel), cavalerie 3.374 hommes et 3.659 chevaux, artillerie et génie

(66) MARGUERON, La Campagne de Russie, p. 466, note 1. Situation des troupes, 15 mars.

(67) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. n° 326, fol. 285, Cassel 23 mars, Reinhard à Bassano. à

UÉVr pes

977 hommes, train 558 hommes et 1.196 chevaux, 54 canons; 46 fourgons, 14 forges de campagne, 80 voitures avec 324 hommes et 1.206 chevaux. Total 21.484 hommes et 6.061 chevaux $.

Ces troupes groupées pour le départ entre l'Elbe, la Mulde, la Saale, dans les états du due d’Anhalt « de façon qu’il n’y ait un seul village qui en soit exempt », motivent, dès le 16 mars une lettre du duc à Vandamme, « comme à l’un des plus anciens et plus chéris généraux de l’Auguste Protecteur de la Confédération du Rhin », implorant son assistance pour être délivré du fléau de la disette qui menace ses sujets, en faisant « partir les troupes au plus tôt ». « Par cette marque insigne de sa bienveillance et de son humanité, V. E. s’acquerra des droits sur la reconnaissance d’un cœur accoutumé à révérer ses qualités éminentes et rares » %. Avant donc sa sortie de Cassel, Vandamme voit son corps traité en indésirable. N'ayant d’autres décisions à prendre que celles qui lui étaient dictées de Paris, Vandamme ne broncha pas, célébra chez Reinhard l’anniversaire de la naissance du roi de Rome, puis partit le 21 mars pour son Q. G. de Dessau ". Le 22, il exprime dans un ordre du jour sa satisfaction de commander le &° corps, parle aux soldats de la sollicitude bien connue de leur souverain sous les yeux duquel ils vont combattre et des suc-

| cès qu'ils ne peuvent manquer de remporter sous le Grand

Napoléon. Le 24, il fait passer l'Elbe à ses troupes sur plusieurs points 1 : Je 8° corps s’était mis en mouvement avant même le retour du roi de Paris à Cassel. En somme, Jérôme n’en à plus la responsabilité directe. Il s’agit pour lui de diriger cet organisme qui a nom « l’aile droite de la Grande Armée ».

Le 10 mars — avant l’arrivée du roi à Paris — le Major Général en donne à l'Empereur une première ébauche. L’aile droite présente un total de 69 bataillons, 83 escadrons, 1.854 officiers, 74.283 hommes, 1.344 chevaux d'officiers, 15.721 chevaux de troupe, 9.412 chevaux du train et 159 bouches à feu. Après divers flottements et remaniements, nous la voyons le 25 mars ainsi constituée :

(68) G1esse (Friedrich), Kassel, Moskau, HIS p. 9-17.

(69) Du Casse, Le Général Vandamme, p

(70) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. n° 326, fol. 285, Cassel 23 mars Reinhard à Bassano.

(71) Du Casse, Le Général Vandamme, p. 349. MarGUErOoN, La Campagne de Russie, 16 mars, p. 446, Napoléon à Berthier et p. 468 idem.

4° Le B corps d'armée, polonais, commandé par le Prince Poniatowski, composé de 3 divisions d'infanterie et de 2 brigades de cavalerie. ë Û

2 Le T° corps, saxon, commandé par le Général Reynier, composé de 2 divisions d'infanterie et d’une brigade de cavalerie.

3° Le 8 corps, westphalien, commandé par le Général Vandamme, composé de 2 divisions d'infanterie et d’une brigade. de hussards.

4 Le 4 corps de réserve de cavalerie, commandé par le Général Latour-Maubourg, comprenant la 4 division de cavalerie légère (Général Roznecki : deux brigades, chacune de 3 régiments polonais) et la T° division de grosse cavalerie (Général Lorge : 2 régiments de cuirassiers saxons, 2 de cuiras-. siers westphaliens). Ê

Bo Et pour mémoire une division de cavalerie prussienne ".

Le 19 mars, avant que le roi ait quitté Paris, Berthier lui a constitué un état-major d'armée dont le Général Comte Mar-. chand est le chef et où figure Eblé comme Commandant de l’artillerie de l’aile droite 7%. Le 22 mars, décision définitive à ”

ce sujet : le Général Marchand est nommé « chef de l’Etat-. | major de l’aile droite de la Grande Armée. Il doit être rendu » |

le 1# avril à Glogau, en même temps que les adjudants commandants, Mériage et Pelet placés sous ses ordres et qui rece-. vront à Glogau de nouveaux ordres sur leur destination ultérieure, qu'ils ne connaissent point et qu’il est prescrit au Général Marchand de tenir secrète. Le Général Allix commandera l'artillerie de Vaile droite sur l’ordre de l’Empeeur

Marchand, militaire éprouvé, dans la force de l’âge, a 47 ans : brigadier en 1800, nommé divisionnaire après Austerlitz, il a reçu le grand Cordon de la Légion d'honneur après les campagnes de 1806-1807. La Gazeta Warszawska du 3 février 1807, reproduisant le Bulletin du 28 décembre, note qu'il a chassé l’ennemi de Mlawa %, Antoine Ostrowski men-

(72) MarGuErON, La Campagne de Russie, p. 421-422, 10 mars; p. 437, 12 mars, l'Empereur au Major Général; p. 506, 24 mars, l'Empereur au Major Général; p. 508 et 510, 25 mars, le Major Général à l'Empereur.

(73) Arch. nat., AF IV 1642, 15° dossier, pièce 32, Paris, 19 mars, Berthier à Jérôme.

(74) Arch. nat., AF IV 1642, 15° dossier, pièce 38-39, Paris 22 mars, Berthier à l’Empereur. Voir aussi Margueron : La campagne de Russie, p. 491, 493-4, 20 mars, l'Empereur à Berthier.

(75) Gazeta Warszawska, n° 10, p. 151.

tionne outre ce fait, dans la biographie de son père, que le général Marchand, à la tête de la 23° division, a, fin décembre 1806, repoussé les Prussiens de Brodniea à Kunisbrock %. Son passage en Pologne a donc retenu l'attention et il connaît un peu le pays. Il a depuis lors participé avec distinction aux opérations en Espagne.

Le groupe étant constitué et commandé, il reste à détermimer son rôle. Dès le 16 mars, l'Empereur écrrit à Berthier : « Si les Russes commençaient les hostilités et entraient dans le Grand-Duché, le 5° corps qui est de près de 40.000 hommes, serait appuyé par le 7° fort de 20.000 et le &æ également fort de 20.000. Le roi de Westphalie qui sera rendu le 1* avril à Crossen à la tête de son contingent et suivra sa marche jus- | qu'à Varsovie, prendra alors le commandement de ces trois corps et par eux verrait à couvrir Varsovie. Il est nécessaire que l’on ignore jusqu’au dernier moment que le roi de Westphalie doit commander ma droite. Si, au contraire, les Russes ne font aucun mouvement, le Prince Poniatowski placera alors Saxons et Westphaliens entre Kalisch et Varsovie pour les nourrir plus facilement. Le Prince d’Eckmühl doit au contraire se faire annoncer à Varsovie avec tout son corps d’armée, comme s’il était destiné à s’y rendre 7.

Les dispositions particulières varient sans cesse et dès le 146 mars Berthier reçoit l’ordre de « diriger les Westphaliens non sur Crossen, mais sur Sorau et Spremberg » où ils devront « prendre du repos et poursuivre sur Kalisch par Glogau où ils n'arriveraient que le 5 ou le 6 » "8. Mais ce qui est frappant, c’est que le commandement de Jérôme paraît ne devoir devenir une réalité qu’au bout d’un temps assez difficile à apprécier. « Le 1* avril, le Prince d’Eckmühl donnera l’ordre aux Saxons de partir de Guben, pour se porter sur Kalisch; au Prince Poniatowski de réunir tous les Polonais sur Varsovie, en faisant venir sur Varsovie tout ce qui serait du côté de Posen et de Thorn; de sorte qu’en cas d'événement le Prince Poniatowski ait pour défendre le duché les 3 divisions polonaises et le corps saxon, qui de Kalisch pourra se porter rapidement sur Varsovie. Prévenez directement le Général

(76) Autor Pomyslow o potrzebie reformy towarzyskiej, Zywot Tomasza Ostrowskiego, Paryz, Marylski, 1836-1840, 2 tomy ïin-8°, t. 1e, p. 251. Cet auteur est Antoine, fils de Thomas Ostrowski.

(77) MARGUERON, La Campagne de Russie, p. 469, L'Empereur au Major Général, Paris, 16 mars.

(78) Idem, p. 465, note 1 L'Empereur au Major Général, Paris 16 mars.

Reynier qui commande les Saxons de l’ordre qu'il va recevoir du Prince d’Eckmühl... Instruisez également le Prince d'Eckmühl du mouvement du corps westphalien et que ce corps doit se rendre sur Kalisch et de là sur Varsovie. Le Prince d'Eck-

mühl activerait la marche de ce corps selon les circonstances,

c’est-à-dire si les Russes commençaient les hostilités et menacaient Varsovie, ce que je ne pense pas. S'il n’y a rien de nouveau, le corps westphalien se reposera quelques jours et je lui enverrai moi-même des ordres avant le 10 avril pour continuer son mouvement »®. Tant que l'Empereur est à Paris, loin des armées, le commandement de Jérôme est inexis-

tant. Berthier écrit ce même 16 mars à l'Empereur au sujet.

de Reynier : « Le Ministre de la guerre du roi de Saxe m’annonce que le Roi a fait reconnaître le Général Reynier commandant en chef du comps saxon sous le commandement su-

périeur du Prince d’Eckmühl et que le Prince Poniatowski.

avec le corps polonais a été mis pareïillement sous le commandement supérieur de ce prince. Le Prince d’'Eckmühl a été informé de ces dispositions » $0. II n’y a donc en attendant d’autre commandant en chef que Davout.

Le 25. mars, nouveaux ordres à Berthier, mais rien de changé : « Ecrivez au roi de Westphalie qu’il est nécessaire qu'il soit rendu de sa personne le 10 avril, à Glogau où il trouvera le Général Marchand et les généraux employés à Paiïle droite et que le 12 il soit à Kalisch; qu’il ne doit donner

aucun ordre, ne prendre aucun commandement que sur son

corps d'armée, à moins que les Russes n’aient fait un mouvement et déclaré la guerre en attaquant le Grand-Duché, auquel cas il devrait se rendre sur le champ à Varsovie et prendre le commandement de la droite composée des 5°, 7e et 8 corps. Il sera muni d'ordres non cachetés pour le Prince Poniatowski et le Général Reynier leur annonçant qu'ils sont sous ses ordres avec leurs corps. Si les Russes ne font aucun mouvement, vous écrirez au roi qu’il doit rester à Kalisch ignoré et commandant son seul corps. Vous instruirez de ces dispositions le Prince d'Eckmübhl. Vous le préviendrez que le roi de Westphalie doit être rendu le 12 à Kalisch, que les Saxons S'approcheront de Pulawy et de Sandomir et que le corps westphalien sera réuni le 12 à Kalisch avec le roi: que le Géne ee UE de Russie, p. 464-467, L'Empereur à

(80) Idem, Rapport du major général à l'Empereur, 16 mars, p. 471-2.

néral Marchand remplira les fonctions de chef d’Etat-major; que si les Russes n’attaquent point et ne déclarent pas la guerre en violant le territoire prussien ow polonais, mon in-tention est que le roi de Westphalie reste inconnu à Kalisch et ne prenne aucun commandement que celui de son corps; que dans le cas contraire, il se rende à Varsovie pour prendre celui de l’aile droite; qu’il est à cet effet porteur d’ordres pour | le Prince Poniatowski et le Général Reynier; qu’il est donc nécessaire qu’aussitôt que le Prince d’Eckmühl apprendrait la déclaration de guerre par la marche des Russes sur les frontières du Grand-Duché ou de la Prusse, il en prévienne le roi de Westphalie » 81. Aïnsi les pouvoirs de Jérôme sont prévus uniquement pour le cas de guerre, les mouvements à faire alors sont indiqués; ses rapports avec Davout sont aussi déterminés : c’est par lui que le Roi saura que ses responsabilités commencent.

Jérôme est rentré à Cassel le 25; le 26 « on dit que le roi -pourrait se rendre à l’armée dans cinq ou six jours » ?, ce qui répond aux intentions de Napoléon du 16 mars. Le 29, « une partie de son cabinet » part; le 30, c’est le tour des officiers d'ordonnance : le temps « continue à être pluvieux »55. Furstenstein ne peut assez exprimer « combien le roi est sa- | tisfait de son voyage » %, Et cette satisfaction ne se manifeste pas par des accès de gaminerie; Reinhard, pour en parler, emprunte le ton de Siméon : « Le roi est revenu de Paris avec un sentiment intérieur de confiance. L’intervalle depuis son retour jusqu'au départ pour l’armée a été remarquable par un certain calme avec lequel les affaires ont été conduites. Sans doute, le temps est venu où ses grandes qualités d’âme et d'esprit se montreront dans tout leur éclat. Son énergie reirempée dans la vie des Camps, sa noble émulation, animée par l'étude du plus parfait des modèles, le rendront de plus en plus digne de sa haute destinée » #5. C’est là l'opinion qu’à Napoléon de Jérôme à Ste-Hélène 56.

(81) MARGUERON, La campagne de Russie, p. 523, l'Empereur ou Major général, Paris, 25 mars.

(82) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. 1812, n° 327, folio 289. Cassel 26 mars, Reinhard à Bassano. :

(83) Idem, tome 10, n° 328, Cassel 30 mars.

(84) Idem, tome 9, n° 327, folio 289.

(85) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. tome 10, n° 330, Cassel 6 avril, fol. 10-12. «

(86) « Jérôme en murissant, eut été propre à gouverner; je découvrais en lui de véritables espérances ». Et M. Arthur Lévi estime que

VS NE ls

Mais précisément, plus il est près du départ et plus ca voit qu’il tient à être et à rester roi de Westphalie. Le 5 avril, il demande à Reinhard comme « une chose agréable à Lui et à S. M. I. de contredire les bruits par lesquels on pourrait. chercher à répandre qu'il ne reviendrait pas et que la Westphalie changerait de souverain ». Je répondis, écrit Reinhard que c'était là ce que j'avais fait constamment ei qu il ne pouvait ignorer combien des bruits semblables s'étaient accrédités en diverses époques et encore lors de son dernier voyage de Paris » 87, Au reste, ce dont on avait à se soucier, c’était moins de rumeurs que de la situation financière d’un Etat obéré dès le temps de paix, du déficit de 17 ou 1.800.000 francs qui se trouverait au bout de chaque mois et irait en s’accumulant.. Vous devriez, ajouta le roi, en parler dans votre correspondance. — C'est Sire, ce que je n’ai cessé de faire ». Je pris la liberté de lui demander s’il n’en avait pas été question à Paris. Oui, dit-il, j'ai la certitude que l'Empereur ne m’abandonnera … point; mais, en ce moment, les dépenses pour la guerre doivent passer avant tout »5%. Ces préoccupations financières vont peser assez lourdement sur la conduite de Jérôme. Partant en. guerre pour la Pologne, il évitera de faire retomber sur la Westphalie les dépenses d’entretien qui lui semblent incomber | à l’Etat bénéficiaire de la guerre.

Il songe surtout à l’organisation de la régence. Il en a été ! question à Paris entre lui et l'Empereur et il fait part à Reinhard de la décision prise, lorsque le passage d’un courrier de France lui laisse supposer que cet agent est averti : « Pendant son absence la Reine aura la direction (nominale) des affaires » ®. Si le mot « nominale » a été dit par Jérôme à Reinhard, il semble que la Reine n’en ait rien su. Après la séparation, Catherine écrit à son père : « Je ne saurais vous rendre combien je me sens triste, isolée; vous devez être bien persuadé qu’il m’eût été bien doux de recevoir vos consolations dans ces cruels moments; mais je dois en faire sacrifice à la tranquillité du Royaume. Le roi m’a chargé de la direction supérieure des affaires; je ne saurais donc m'en éloigner pour le moment. Les précautions que le roi a prises pour la

parlant ainsi Napoléon < lui a rendu pleine justice » (Napolé inti Paris, Nelson 1892, 554 p, p. 244 ÿ SRE

(87) Arch. Aff. Etr., F. W, t. 10, n° 328, Cassel, 30 mars, Reinhard à Bassano.

(88) Idem, F. W. n° 330, Cassel, 6 avril, folio 10-12.

(89) Arch. Aff. Etr., F. W. n° 328, Cassel, 30 mars.

sûreté de ce pays, la certitude que j'y reste pour le surveiller, ont produit le meilleur effet, en tranquillisant tout à fait les esprits; aussi j'espère, du moins sous ce rapport, n’avoir aueun souci. Vous savez combien, de tout temps, j'ai été éloignée de me mêler d’affaires. Je n'ai done nullement désiré cette preuve de confiance de l'Empereur et du Roi (car cela a été convenu dans son dernier voyage). J’ai même fait beaucoup d'objections et je n’ai cédé que parce que c’était leur volonté réunie et pour répondre autant qu’il pourra être en moi à leurs vues » ®.

Le 5 avril, Furstenstein informait le Corps diplomatique, sans oublier M. de Yakovlev, ministre d'Alexandre, que «$S. M. le Roi son maître se proposait de s’absenter de sa Capitale et de ses Etats pour quelques mois et que pendant son absence la direction supérieure des affaires était confiée à S. M. la Reine. Le départ du Roi aura lieu demain matin et le soussigné devant avoir l’honneur de lPacompagner, les affaires du Mi-

nistère des relations extérieures seront signées par M. le Mi-

nistre de la Justice » %. Le Corps diplomatique est avisé que la Reine sera assistée d’un Conseil où, outre les membres du

| Conseil des Ministres, le Conseiller d'Etat Pichon, Intendant

général du Trésor et le Général Bongars, chef de la Haute Police, auront également séance *%. Cette notification était déli-

| gate à faire; on sait le retard que mettra l'Empereur à signi-

fier à Kourakine sa rupture officielle avec la Russie. Jérôme ne pouvait ici devancer Napoléon : « On avait, note Yakovlev, d’abord voulu notifier que $. M. se rendait à l’armée pour

| y prendre un commandement; mais le Roi, après en avoir

parlé au Ministre de France et jugeant que cette phrase pouvait me donner de l’ombrage, la fit changer et on annonça simplement que $S. M. comptait s’absenter de sa capitale pour quelque temps. J’ai cru devoir témoigner à cet égard verbalement que j'appréciais cette marque de ménagements et d’égards » %. Au fond, il est enchanté que ces façons de biaiser lui permettent de rester là, de renseigner son gouverne-

(90) Du Casse, Catherine de Wurtemberg, princesse Jérôme. Correspondance inédite, p. 62.

(91) Glavng Archiv Ministerstva Inostrannych Diél, n° 3686. Le Comte de Furstenstein à M. de Iakovlev, Cassel 5 avril.

(92) Idem, n° 3175, Léon de Iakovlev à M. le Chancelier de Roumiantzov, Cassel, 25 mars/6 avril 1812; pol. 9 apr. 1812. (reçu le 9/21 avril).

(93) Idem, n° 3536, Cassel 1/13 avril 1812, lakovlev à Roumiantzov, pol. 18 apr (reçu le 18/30 avril).

ment par courrier diplomatique, les nécessités de la concentration de la Grande Armée empêchant une rupture à ce moment. En fait, le chancelier Roumiantzov aura le 21 avril en mains la dépèche Yakovlev annonçant le départ de Jérôme pour l’armée, soit le jour où Alexandre quittera Pétershourg pour Vilna. En une telle journée, on n’eût pu rien imaginer de plus propre à affermir au tsar dans sa résolution de rejoindre son armée. à

Si Yakovlev n’est pas fâché de rester à Cassel, Reinhard en voudrait bien partir pour éviter d’avoir à prendre position, lors de troubles ou de complications possibles. Mais Jérôme Va avisé le 29 mars d’avoir à rester près de la reine, parce qu’il « convenait, dit Reinhard, que je donnasse l’exemple à

mes autres collègues qui pourraient vouloir profiter de cet,

intervalle pour s’absenter ». Voilà le grand mot laché : le Ministre de France parti, aucun autre ne fut resté; en Westphalie et à l’étranger, personne n'aurait plus cru à l’existence du

royaume; et, cette existence, Jérôme tient à l’affirmer plus:

que jamais. « Je répondis au roi qu’il suffirait même qu’il m’énonçât ce désir, pour m'y conformer et que je me senti-

rais très honoré de résider auprès de S. M. la Reine. Cepen-«

ant. » : Reinhard est dévoué, mais. « Je pris la liberté de ne point dissimuler que j'avais espéré obtenir la permission

de me rendre pour quelques semaines sur les bords du Rhin.

où, après une absence de quatre ans des affaires personnelles m'appelaient ». Le roi répond à cette diplomatique demande que, pour le moment, c’était non, mais « qu'après un mois, cela pourrait se faire ». [l espère bien que dans un mois il sera question d'autre chose. Reinhard le pense aussi et insiste

« Maïs, ajoutais-je, ce qui, dans les événements qui se préparent, me tient bien plus à cœur, c’est de pouvoir jouir du bonheur de me présenter à S. M. L. et même j'ai déjà soumis ce vœu à M. le Duc de Bassano ». Cette fois, voila Jérôme pris : comment refuser un congé déjà demandé à Maret et qui n’a d'autre but que de permettre à Reinhard de saluer l’Empereur ? « Vous n’auriez, me dit alors le Roi, qu’à demander à M. le Duc la permission d'accompagner la Reine lorsqu'elle ira à Dresde » %, Cette fois, Reinhard est bien battu, le voilà enchaîné au char de la reine du 5 avril à fin mai au bas mot et sans savoir s’il aura ensuite une permission. Au reste, Jé-

(94) Arch. Aff. Etr., F. W. n° 328, Cassel 30 mars, Reinhard à Bassano.

rôme enguirlande Reinhard de caresses, comme si c’était une jolie femme. Le 5 au soir, « S. M. dit le Ministre, me parla encore avec sa bonté ordinaire et lorsque je lui exprimai mes vœux pour son bonheur et sa gloire, Elle daigna me dire qu'Elle m'avait voué un attachement indépendant de la place que j'occupais » %, Quel enjoleur ! II à du moins réussi à grouper et fixer dans son royaume avant son départ un faisceau de sérieuses responsabilités : la Reine, Siméon, Reinhard. Chose curieuse, il emmène son Ministre des relations extérieures, plutôt évidemment pour négocier au nom de la Westphalie que pour y renoncer.

Furstenstein a, le 5, annoncé au Corps diplomatique le départ du roi pour le 6 %. La reine écrit le 8 à son père ; « Le roi est parti hier au soir » °7. En réalité, Jérôme partit dans la nuit du 5 au 6, à minuit. MM. le Comte Furstenstein et Bruguière, les Généraux de Hammerstein et Chabert composaient sa suite » %. Il fit une traite de 16 heures jusqu’à Erfurth, d’où il écrivit le soir même à la reine %. Le 7, il est à

Leipzig : à ce moment se produit un facheux événement.

L’incendie de l’arsenal de Magdebourg, illumine d’une étrange lueur le départ du roi pour la guerre. A la vérité, cette place n’était pas dans les mains des autorités westphaliennes : Magdebourg comme Dantzig, est un des formidables entrepôts de guerre où l'Empereur accumule tout ce qu’il prévoit nécessaire aux besoins de l’armée en campagne. On à vu la manière dont le Général Michaud en avait usé avec le préfet et les habitants des faubourgs. Le 24 mars, l'Empereur a donné ordre à Berthier d’en tirer un équipage de siège de 100 bouches à feu avec charrettes, voitures, camions, boulet, poudre, artifices, et de l'expédier du 1* au 5 avril à Bromberg par eau 1%, Le 25, il ordonne que Jérôme y envoie son 4 régiment, et que le Gouverneur Michaud y garde en outre 2.000 Français des bataillons de marche qui passeront par la ville 11, Plus l'Empereur donne d'importance à cette place, plus l'incendie causa d’émotion. Reinhard à vrai dire n’en écrit que le 16 avril à Bas-

(95) Arch. Aff. Etr. F. W. n° 330, Cassel 6 avril, Reinhard à Bassano.

(96) Glavny arch. Min. Inostr. Diel, n° 3686, Furstentein à Iakovlev.

(97) Du Casse, Catherine de Wurtemberg, Corresp. inédite p. 62.

(98) Arch. Aff. Etr., F. W., n° 330, fol. 10-12, Cassel 6 avril, Reinhard à Bassano. À / ,

(99) Idem, n° 391, fol. 16-18, Cassel 10 avril, Reinhard à Bassano æt Du Casse, Catherine de Wurtemberg, Corresp. p. 63, Cassel 11 avril.

(100) MARGUERON, La campagne de Russie, p. 505, Paris 24 mars. (101) Idem, p. 521, l'Empereur au Major Général.

DR LE peRt

sano 1°2; mais le 43 déjà, de Thorn où il est, Davout peu « fa cile à émouvoir » en écrit à sa femme et en est tout ébranlé "5. Ce même 13, Yakovlev écrit à Roumiantzov que « beaucoup de matériaux et de fusils ont été consumés » et suppose que le Chancelier « aura des nouvelles plus précises de Berlin vu que le Q. G. s’y trouve, alors qu’iei ces sortes de nouvelles sont tenues secrètes » 1%, Cet incendie ajoute à l'impression pro-

duite par celui du palais de Cassel. Coïncidence fâcheuse, la | Gazette de Varsovie du mardi 7 avril annonce de Cassel que.

le 7 février, la Commission militaire de Westphalie a con-

damné à mort 8 personnes pour conjuration contre la sûreté.

de l'Etat, espionnage et raccolage illégal, mais que le roi a commué la peine pour deux à 10 ans de fers 1%. Toutes ces

nouvelles ont un son bien lugubre. Heureusement, Jérôme ne

les entend pas encore.

De Leipzig, par Eilenburg, Torgau, il rejoint à Kæœnigs-. brück la grande route d'étapes de Dresde à Varsovie par Glo-… gau et Kalisch 1%, Tous ces noms évoquent pour lui des sou-! venirs agréables. Or, comme il traverse la Saxe, voici qu’au» | passage Frédéric-Auguste le fait complimenter par son grand maréchal », acte de courtoisie sans doute bien naturel 107. La situation est délicate pourtant : Jérôme se rend en Pologne” avec une armée pour rétablir un royaume dont Frédéric-Au- « guste est déjà le souverain — non le roi, — souverain napo-… léonophile, mais inconsistant, hors d'état de créer une nation. par le fer et le sang et de rien mériter de ce fait. Tant qu'il «

s'agissait d’endormir les inquiétudes d’Alexandre, ce roi soliveau, âgé, toujours absent, était ce qu’on pouvait rêver de mieux. Mais, en 1812, il faut un porte-drapeau plus pimpant, un chef plus agissant. L'Empereur va-t-il donc lancer ce vieillard dans la guerre sans autre perspective que de se voir réduit à la Saxe ? Va-t-il le déraciner de son pays récemment

(02) Arch. Aff. Etr. F. W. n° 333, fol. 19-20, Cassel, 16 avril.

(103) BLocquevizze (Mme de), Le maréchal Davout. La Russie et Hambourg, p. 136.

(104) Glavny Ach. M. inostrannych diel, n° 3536, Cassel 1/13) avril, 1812, pol. 18 apr.

(105) Gazeta Warszawska, supplément au n° 28, p. 493-4.

(106) MARGUERON, La Campagne de Russie p. 567, route n° 7.

(107) HanDpeLsman (Marcel), Instructions et dépèches des Résidents de France à Varsovie (1807-1813) Gebethner, Cracovie 1914, 2 vol. in 8 tome 2 p. 81. Par son grand chambellan et son ministre Siméon, Jérôme s’est excusé de ne pas passer par Dresde pour saluer Frédéric Auguste : il doit se hâter. Siméon ne l’a salué que par son secrétaire, accompagnant le grand maréchal de la Cour von Eckstädt (Kleinchmidt p. 491).

transformé pour lui d’électorat en royaume, où sa famille rè-gne depuis longtemps, et lui confier une Pologne agrandie, vouée à une rivalité active avec la Russie ? Hypothèses invraisemblables. Mme de Kielmannsegge a assisté à Paris, fin 1809, à ce spectacle symbolique : « À l’issue d’une brillante représentation devant un parterre d'hommes qui devaient appartenir à l’histoire, le roi de Saxe que la goutte tourmentait, soutenu par le roi de Westphalie et le Comte Senfft, descendit à grand'peine l'escalier. En attendant sa voiture, il se plaça près du poêle : sur une centaine de personnes, aucune, excepté

| moi, ne songea à lui faire place. Une seconde, son visage re-

fléta le manque d’égards auquel on Pavait exposé dans cette cohue; il en prit rapidement son parti » Jérôme devait-il

‘en Pologne soutenir ainsi le royal goutteux pour l’abandon- | ner ensuite ?

Le 4 inars, l'Empereur écrit à Bassano : « Je désire que

vous m'’envoyiez le traité de la limite de la Silésie que:

je me suis réservée » 1%, En échange d’un pan de lempire

russe cédé après guerre à la Prusse entre Memel et Riga,

n’aurait-il pas avec un pan de £Silésie dédommagé le roi de

| Saxe de la perte du Duché ? Lies Saxons en 4809 ‘eussent pré-

féré voir agrandir non le duché, mais Ia Saxe 11. Précisément la convention franco-prussienne du 24 février (art. 13) ne prévoit-elle pas en cas « d’heureuse issue de la guerre contre la Russie. une indemnité en territoire » à la Prusse 1H, Ce

| n’eut pas été une combinaison contre nature.

I y a l'attribution à Frédéric-Auguste de la Westphalie et de la Saxe : solution au moins improbable. De toutes façons, Napoléon se préparant à tenir à Dresde

des assises solennelles avant de commencer la guerre, ce n’eut

été ni le lieu ni l'instant de léser Frédéric-Auguste. Ce qu’on

| peut croire, €’est que la conception des bénéfices que ce roi

| doit retirer de la campagne, n’est pas la même chez lui, chez

les Polonais et chez l'Empereur; c’est que Jérôme est informé de la situation de Frédéric-Auguste, mais non pas forcément de la solution qui interviendra. Probablement, cette solution

| chez l’opportuniste qu’est Napoléon, n’est pas même arrêtée.

Jérôme est envoyé à Varsovie pour effacer les impressions fa--

(108) KïIELMANNSEGGE (Ctesse de), Mémoires, t. 1°, p. 44. (109) BROTONKE, Lettres inédites de Napoléon 1°, p. 399-400. (110) Bonnerows, Un allié de Napoléon p. 303.

(111) MARGUERON, La campagne de Russie, p. 272.

lotes qu'a laissées le Saxon : il le peut. Ensuite ? on verra bien. Ce qu’il y a de vague dans la situation de Jérôme à l'égard du roi de Saxe en Pologne peut être une gêne pour lui | ou le servir, et par là servir son frère. Il faut voir ce que donnera la guerre. Les courants, les événements sont les vraies matrices des solutions appropriées.

Avee tout cela, que Jérôme, envoyé dans la Pologne à recréer, y ait le Commandement de l’aile droite de la Grande Armée, €’est un fait, sinon actuel, du moins prochain; mais, il y a à ceci des raisons militaires et politiques qui n’impliquent | pas que Jérôme soit le candidat de l'Empereur au trône de | Pologne.

Napoléon veut amener à pied d'œuvre sa gigantesque armée; Davout est la cheville ouvrière de cette concentration il commande dans l’Allemagne du Nord depuis 1810. Ce n’est pas trop du souvenir d’Auerstaedt, de sa solide expérience, de sa rude manière pour maintenir en respect la Prusse frémissante, organiser et faire vivre le gros de l’armée qu’on va jeter sur le Niemen. Lui seul peut, doit mener à bonne fin ce | travail : il faut pour cela unité de direction et, se sachant ir: remplaçable, il n’est pas de trempe à accepter qu’on lui ads joigne n'importe qui, et moins Jérôme qu’un autre. L’Empez reur ne pouvait donc metire son frère ni au centre, ni à l’aile gauche où les heurts entre Davout et lui eussent été quotidiens, et cela en Prusse, chez l’allié malgré lui. Donc, l'Empereur ayant besoin de contenir les Russes, de prévoir une agression sur le duché, le 8 corps devait être envoyé dans les Etats du roi de Saxe.

Aucune interversion momentanée n’est possible : il y a déjà trop de déplacements de troupes : cette zone sera bien | assez désapprovisionnée par les masses qui y arrivent. Du | reste, étant donné le principe napoléonien de la marche à la | capitale pour frapper les imaginations, le coup porté dès l’abord sur Wilno et le centre russe, doit l’être par des troupes bien en mains, ayant senti la poigne de Davout.

Davout lui-même, habile à dissimuler concentrations, pro- | gressions et tout ce que cela suppose, inspire pourtant des inquiétudes à Alexandre 1%, à Roumiantsov, et Lauriston, no- | tre ambassadeur, a peine à les rassurer. Le 18 mars, il écrit : « Je suis parvenu à faire entendre d'abord que les mouvements du Prince d’Eckmühl pour se placer derrière l’Oder #taient naturels, que, quand on porterait trois divisions sur la |

Vistule, ce serait, non attaquer, mais être à portée de défendre le duché. J’ai fait entendre depuis que, si une grande portion de l’armée se plaçait sur la Vistule et l’autre derrière l'Oder, ce serait une position prise seulement pour la protection du Duché : car si l'Empereur Napoléon voulait attaquer, toute son armée passerait la Vistule. L’Empereur Alexandre m’a dit

« Mais je suis sur ma frontière et vous êtes au delà de la vôtre ». J'ai observé aussi à S. M. que la confédération du Rhin, ainsi que le Duché, étant sous la protection de l'Empereur Napoléon, il devait se placer dans une position qui lui

| donnât les moyens de la défendre; que ce serait une protec-

tion illusoire, s’il ne tenait pas son armée à portée de la se-

| courir. Cette explication paraît avoir produit son effet; mais | chaque fois qu’on reprend le mouvement de quelques troupes | de la Confédération ou même de la Garde, il faut recommencer à rassurer : je ne puis être certain que les Russes ne fe- | ront pas quelque imprudence » 2, Le 25 mars, nouvelle dis-

cussion de Lauriston avec Alexandre, puis avec Roumiantsov, pour un mouvement sur KϾnigsberg 1. Le 28, Roumiantsov

| signale à Lauriston la marche du Prince d'Eckmühl au delà de Stettin vers la Vistule, sous prétexte de manque de vivres

derrière l’Oder, la marche des Bavarois et Wurtembergeois en

| Saxe, le départ du roi de Westphalie pour Paris; l’arrivée | prochaine à Paris des rois d’Espagne, de Naples et du Vice- | Roi » 4. Et cela continue : ceci gêne fort Davout. En rapports

étroits avec Poniatowski et Bignon, il craint d'attirer l’atten-

| tion sur sa collaboration avec eux, en allant à Varsovie : « De- | puis le commencement de ma mission, dit Bignon, j'avais

avec le Prince d’'Eckmühl des rapports journaliers. Ma correspondance était dirigée sur son Q. G. (Hambourg) par la route militaire traversant la Prusse ». « La nouvelle position du Prince Poniatowski à la tête du 5° corps nécessitait d’actives communications entre lui et le commandant en chef de l’armée français du Nord. On avait d’abord annoncé que ce maréchal se rendrait à Varsovie; mais il valait mieux se rencontrer sur un point intermédiaire le plus promptement, le plus discrètement possible. Nous partimes le le prince et moi

(112) Ach. Aff. Etr., Russie, 1812. Le Cte de Lauriston, ambassadeur n° 125, folio 188.

(113) Ach. Aff. Etr., Russie, Le Cte de Lauriston, ambassadeur, n° 130, fol. 204-206.

(114) Idem, n° 132. de

dans la nuit du 93 avril; nous passâmes le 26 à Plock avec le maréchal et le 27, au matin, nous étions de retour à Varso- | vie » 115, Voilà à quelles précautions on devait avoir recours | 20 jours après que Jérôme avait quitté sa capitale. Qu'on s’imagine ce qui se serait passé, si les glissements successifs opérés en Prusse et au nord du Duché par Davout, avaient été | exécutés par le stratège amateur qu'était encore Jérôme. Dans | quel embarras eut été Lauriston ? La guerre eut pu éclater deux mois plus tôt que ne la désirait Napoléon. Cette région, surveillée par les espions de la Russie, ne pouvait être mise qu'entre les mains de Davout. Jérôme n'avait rien à faire là. Il y a plus : se figure-t-on le 8 corps séjournant en Prusse, le temps qu’il passa dans l'Etat Polono-saxon ? Ou l'hostilité | des populations et des troupes prussiennes à l’égard de leurs ex-compatriotes westphaliens eut été telle, qu’elle eut équivalu. à l’état de guerre. Ou les soldats westphaliens en contact jour-, nalier avec des ennemis de Napoléon, auraient été soumis à. des suggestions dangereuses : les refus d’obéissances, désertions, attentats se fussent multipliés. La gendarmerie west- | phalienne, en janvier 1812, avait arrêté 143 militaires, dé-\ | serteurs, insoumis ou mutilés volontaires 116 c’est-à-dire pour, | Pensemble de l’armée, en temps de paix, une arrestation sur 150 hommes. Que fût-il advenu en Prusse du contingent west-\ phalien, pendant trois mois, à la veille d'une guerre maudite par une population ennemie de la France et pressurée par les. réquisitions ? Se figure-t-on le jeune roi Jérôme foulant les. populations prussiennes à l’aide de troupes regardées comme prussiennes par les habitants ? Quelle humiliation pour Fréréric-Guillaume que Jérôme n’a vaincu sur aucun champ de. bataille, et qui, enchaîné à l’alliance de Napoléon pour sauver ce qui restait de Prusse, eût dû subir en Prusse même les abus de pouvoir de ce parvenu de 28 ans ? Un maréchal, — | et Davout encore, — soit! Mais Jérôme qu'avait effrayé Schill ? Un soulèvement de la Prusse n’eut pas été invraisemblable. Vraiment, la présence prolongée de Jérôme en Prusse était impossible et l'Empereur ne pouvait mieux faire que de le diriger vers la Saxe !7 et le duché. Ce faisant, il ne dési-

(115) BiGNon (Baron), Souvenirs d’un di lomate, La Pol

(116) Gazeta Warszawska, supplément NCIS ED: és. AU

(H)BEt encore vint-il à Dresde des plaintes au sujet des excès des troupes westphaliennes. (KLEINSCHMiDT, p. 491-2).

TGS ie

gnait pas tant Jérôme comme candidat au trône polonais qu'il ne s'évitait de grosses difficultés en Prusse.

Etant donné les relations westphalo-saxonnes depuis 1809, l'entrée du roi de Westphalie dans les Etats du roi de Saxe, à la veille d’une guerre contre la Russie, offrait au contraire | peu de motifs d'inquiétude. Le 8 corps, encadré entre les belliqueux Polonais enthousiastes de l'Empereur et les Saxons | glorieux de leur prétendu rôle à Wagram, avait des chances de se bien tenir.

Jérôme n’est pas que le chef du corps westphalien, un | York, un de Wrède : il est le roi qui fournit à l'Empereur ce | contingent et vient courir, avec lui les risques de la guerre, Jouer sa propre armée sur un coup de dés. Les rois de Ba- | vière, Wurtemberg et Saxe ne l’ont pas fait : il doit done avoir | un rôle proportionné à la valeur de sa démarche. Les Saxons | qu'il à secourus en 1809, les Polonais qu’il vient de renforcer, | peuvent-ils être choqués de relever de lui qui d’ailleurs est le | frère de Napoléon ? Mais, s’il commande à d’autre chefs de | corps, encore faut-il qu’ils puissent et doivent accepter de lui | obéir. De quels maréchaux obtenir cela ? Quand aux généraux, | Gouvion Saint-Cyr en mal de maréchalat, est un mauvais | coucheur. Mais Vandamme a déjà servi sous Jérôme. Reynier | a 41 ans, de solides qualités, mais le mauvais œil : c’est « ein | ausgesprochener Pechvogel ». Fait brigadier en Hollande | (4795), c’est pour Moreau un bon chef d'état-major, mais on | bat en retraite (1796). Divisionnaire, il se montre très capa- | ble en Egypte, ne s’en brouille que mieux avec Menou et, au ) retour, a la malchance de tuer en duel le Général Destaing. | Résultat : disgrâce de 1800 à 1805. II prend alors Naples sous ) Joseph Bonaparte. Murat en le demandant ensuite à l’Empe- | reur comme ministre de la guerre à défaut du général Bel- ) Hiard, dit qu’il se voit « dans la nécessité de mettre un homme ) qui à donné bien du mécontentement ». Reynier doit donc | pouvoir obéir à Jérôme, d'autant que nul maréchal ne veut ) pour lieutenant cet irascible guignard. Il va commander les Saxons : il les a déjà eus après Bernadotte, après Wagram. | Bon soldat, militaire de valeur, encore que subordonné aigri, il a une occasion de se refaire une réputation. Suisse de Lausanne, il ne peut se froisser d’avoir à obéir dans l’armée fran- Gaise à un prince français 18 Poniatowski, prince, neveu du ) roi, doit savoir aussi se subordonner à un roi qui aura sûre- | ment pour lui les plus grands égards; à un roi frère de l’Em-

A Gr TEE

pereur qui engage cette grande partie, d’où l’on verra surgir | à nouveau le royaume de Pologne. Tout amour-propre per- | sonnel doit momentanément céder devant la préoccupation du | but à atteindre. Le prince Joseph mourra en héros : en at-|

tendant, la vertu qu’il paraît pousser à son point le plus émiment, est un tact élégant et discret. La nécessité de donner à

l'aile droite une organisation raisonnable et de concilier en elle diverses difficultés, suffit à expliquer ces arrangements | sans qu’on recoure à l’idée d’une candidature de Jérôme au

trône de Pologne.

Jérôme traverse done la Saxe à toute allure, y étant entré |

le 7 et devant être le 10 à Glogau. Il suit la route d’étapes

Hoyerswerda, Spremberg, Muskau, Serau, Sagan : le voici en | Silésie prussienne. Le 10, il va de Sprotiau à Glogau. Là sont |

arrivés, depuis le 4*, Marchand et les adjudants comman-

dants Pellet, Mériage, le Général Lorge : Vandamme y a sé- |

journé du 5 au 811%; les pages partis le 24 après s’être en ] 8

chemin amusés comme des pages sont à Glogau le 8 12. Le roi |

Jérôme a donné rendez-vous en cette ville à son ministre à

Berlin, M. de Linden qu'accompagne le Général von Knobels- | dorf, chargé des compliments du roi de Prusse pour le roi de |

Westphalie, ce qui cause à ce dernier une grande satisfaction 1, Cette entrevue n’a lieu d’ailleurs qu'au delà de Glo-

gau, que Jérôme n’a fait que traverser, continuant sa route vers Kalisch 22.

Pourquoi Jérôme ne s’arrête-t-il pas dans cette ville où de bons souvenirs l’invitent à faire halte; où il eut été à l’aise

(18) ErNour (Baron), Maret, duc de Bassano, p. 325. — ESPITALIER, Napoléon et le roi Murat, p. 28. — Sauzey (Cdt), Les Allemands sous les Aigles françaises, Paris, Chapelot (1902-1912), 6 vol. in-8°, t. 3, Les Saxons p. 61. — OSTEN-SAGKEN, Der Feldzug von 1912, Berlin, Possische Buchhandlung 343 p. in-8°, p. 134. — Exner (Moritz), Der Antheil der Kôniglich sächsichen Armee am Feldzuge gegen Russland, 1812, Leipzig, Duncker et Humblot 1896, 172 p. in-8°, p. 16. — BAUMGARTEN-CRUsius (Oberst), Die Sachsen 1812 in Russland nach Tagebuchern von Mitkämpfern. Leipzig, Wigand, 1912, 253 p. in-16, p. 13. — FRANCASTEL (Albert). Les dessins de Dutertre à Versailles (Napoléon, revue des études napoléoniennes) janvier-février 1925, p. 93-94.

(119) MaARGUERON, La Campagne de Russie. Ordres de l’Empereur du 20 ne p. 491, 494; du 12 mars 437; de Berthier à Vandamme, 25 maïs P. :

(120) BoLTENSTERN, Am Hofe Kônigs Jeromes. Erinnerungen eines westfälischen Pagen und Offiziers (von Lehsten). Berlin, Mittler, 1905, VIII-150, p. in-8°, p. 69-70.

(21) KreiscHmipTr, p. 492, Goltz an Senfft 11 april und Goltz an Fr. Wethelin 18 april.

(122) Gazeta Warszawska, n° 33, Varsovie, 25 avril, p. 569.

| pour entrer en contact avec son chef d’Etat-major ? C'est que | précisément Glogau est un carrefour fort encombré : routes | de Meissen, Dresde à Glogau par Kænigsbrück, Sagan; de | Magdebourg à Glogau par Torgau et Bautzen coupant la précédente; de Breslau à Glogau; de Glogau à Varsovie par Ka- | lisch; de Glogau à Dantzig par Posen et Thorn; de Glogaw à | Custrin et Stettin ou à Berlin1#. A Glogau s’entrecroisent | colonnes en marche et convois : ils s’y épousent, s’y sépa- | rent, s’y regroupent. L’embouteillage y est un état endémique. | Le 1+ avril, on y voit les premiers régiments bavarois; deux brigades doivent aussitôt dépasser la ville pour faire place | à d’autres troupes qui se croisèrent là 124 « dans une confu- | sion telle, dit Gouvion Saint-Cyr, que je puis assurer n’avoir de ma vie rien vu de pareil ». Le 2, Reynier déboucha à Glogau avec les Saxons et fut surpris d’y trouver encore les Ba- | varois : son étonnement augmenta encore, en voyant arriver des officiers westphaliens chargés d'y faire le logement du roi | Jérôme, de sa cour et de son corps d'armée. Déjà les autorités prussiennes ne savaient où donner de la tête pour irou- | ver logements et subsistances, quand on apprit l’approche du | À corps (italien) qui talonnait les Bavarois.… Le désarroi tou- | cha à son paroxysme, lorsque survint un officier prussien | annonçant le passage de troupes de cette nation qui se ren- | daient de Berlin à Breslau.. et lorsqu'un aide de camp du ma- | réchal Ney arriva avec mission d'étendre jusqu'à Glogau et à ses environs la zone des cantonnements du 3° corps » 15. Le 3 et le 4, l’écheveau sembie s'être démélé : le 4 avril les pontonniers du 4 corps stationnés à Glogau reçurent l’ordre de partir sans délai 1%. Mais déjà arrivaient des West- | phaliens, le 5 Vandamme est là en personne : son corps va | mettre quatre jours à passer. Dès le 6, survient de Wrède avec la 2 division bavaroïse 127, On ferme les portes de la ville à 6 heures du soir 8 : on limite ainsi l’excès d’entassement dans

(123) MARGUERON, La Campagne de Russie, p. 567, 571, etc.

(124) Sauzey (Lt Colonel), De Munich à Vilna, à l’état major du Corps bavarois de la Grande Armée en 1812, d’après les « Papiers du Général d’Albignac ». Paris, Chapelot 1911, XXIV-240 p. in-8°, p. 25-26.

(125) Gouvion Saint-Cyr, Mémoires, Paris, Ancelin 1831, 3 vol in-16, tome 3, p. 26. : : :

(126) MARGUERON, La campagne de Russie, p. 531, Napoléon à Berthier, 28 mars. à ; |

(127) Sauzey, Les Allemands sous les aigles françaises Paris, Chapelot 1902-1912, 6 vol. in-8°, 5° vol : Nos alliés les Bavaroiïs, 422 p., p. 202.

(128) Giesse, Kassel-Moskau-Küstrin, p. 23.

les rues. Le chef de bataillon Lossberg a été arrêté avec sa troupe en avant de Glogau par Vandamme qui a passé en revue les hommes et les a fait mettre en grande tenue pour entrer. Cela n'empêche pas Lossberg de faire allusion à des excès commis en ce point, où des troupes de diverses nations se croisaient, excès inévitable même avec une très sévère discipline 1#, et d’ailleurs sans gravité. Sans doute, le 7, a dû

partir de Glogau un régiment de la division Dessaix qui se |

rend à Posen 1%. Mais Bavarois et Westphaliens ont continué à s’y enchevêtrer, ainsi que le 8. Les ordres de Berthier à Vandamme du 25 mars fixaient le 9 comme un jour où il ne

devait plus rester un Westphalien à Glogau, parce que la tête, de l’armée d'Italie devait y arriver #1. De plus le 1* régiment. | de chevau-légers polonais, deux détachements de chasseurs, | et de gendarmes d'élite de la Garde arrivés le 29 à Dresde ets y ayant séjourné deux jours, avec deux batteries d'artillerie. ont dû, — ordre de l'Empereur, — continuer leur route sur” Glogau, y être le 9 et le 10 1%, quand apparaissent les Italiens :" et cela va continuer. Le chef d’Etat-major exemplaire de law Grande Armée, devenu celui d’un groupe d’armées, s’est trouvé”

débordé, a commis des impairs. Gouvion Saint-Cyr n’hésite

pas à le rendre responsable de l’encombrement auquel mit.

fin Davout en invitant certains corps à ralentir leur marche, . en imposant à certains autres des marches forcées.. L'impré-«

voyance du Major Général ne fut pas même aperçue hors du «

rayon de l’armée » 1%, En attendant, elle se faisait sentir à Glogau et Jérôme, renonçant, de gré ou non, au logement préparé pour lui, profita d’une éclaircie pour se tirer de ce chaos : il devait être à Kalisch le 12 et savait que les routes de Pologne ne lui permettraient pas de courir comme il l'avait fait en Saxe.

I ne se peut guère du moins qu’il ait ignoré la présence dans le corps bavarois, comme chef d’Etat-major, de d’Albignac que Gouvion Saint-Cyr n’a point dédaigné, qu’il s’attachera à nouveau, quand il sera ministre de la Guerre et qui

(29) LossBERG, Briefe des westfälischen Stabsoffiziers F-W. von Losspou vom Re Feldzug des Jahres 1812. Berlin, Eisenschmidt 1910 p. in-6°, p. 4. ?

an MARGUERON, La Campagne de Russie, p. 464, Napoléon a Berier.

(131) Idem, p. 525, Berthier à Vandamme, 25 mars.

(132) MARGUERON, La campagne de Russie, p. 517, Napoléon à Berthier, 25 mars.

(133) Gouviox Sr-Cyr, Mémoires, idem, Pia:

commandera l'Ecole militaire de 1818 à 41821 134 Ceci à la veille d'entrer en campagne est la justification par une compétence des sympathies de Jérôme pour un homme que Napoléon, puis Masson, ont maltraité 15.

Avant de s'éloigner de Glogau, il écrit à Poniatowski, généralissime de l’armée du Duché qu’il arrivera à Kalisz le 12, qu’il envoie à Varsovie le Comte d’Oberg qui devra lui rap-

porter l’état du 5° corps #%. Lorsque son commandement de-

viendra effectif, il sera donc renseigné sur les éléments composant l'aile droite.

Pour traverser la ville « le roi était dans une voiture de

| voyage, entouré de ses aides de camp à cheval et de lanciers polonais : les coups de fouets et d’éperons stimulent les che- | vaux; bientôt on laisse derrière soi les fortifications. Mais la capacité de réalisation des chevaux de poste est à bout : la

lourde voiture du roi enfonçait dans un sable profond, jusqu'aux essieux et malgré tous les efforts des postillons et dès chevaux, on n’avançait plus que pas à pas. Enfin, le roi, perdant patience, sauta de voiture, se fit donner le cheval d’un officier polonais et l’on continua en un galop bourdonnant jusqu'à Rawicz notre premier gite de nuit en terre polonaise. « Les chevaux de poste ne purent suivre qu’à grand peine. Le roi garda le cheval prêté et fit compter à l'officier 50 napoléons

L d'or ».

Le 11, on fit l’étape de la même façon : « seize petits che-

| vaux polonais étaient attelés par quatre à la voiture et ne pu- | rent cependant avancer qu’au pas. Le roi, abandonnant encore | le véhicule, remonta à cheval et on avança plus vivement, tan-

dis que l’attelage, disparaissant presque sous les puissantes

| selles de poste, suivant à grand’peine. A Zduny, le roi et son | escorte rejoignirent ses chevaux de selle partis auparavant de

Glogau et toute l’armée westphalienne » #7.

. Voici Jérôme en Pologne, avec son armée qui y vient pour une grande guerre contre le Russe, le Cosaque. Il ne s’agit plus de marches militaires sur de bonnes routes allemandes

| voici les pauvres chemins évoquant l’idée de la guerre dans la

brousse. Il s’agit d’avoir la troupe en mains, de l’habituer à

(134) Sauzey, De Munich à Vilna, p. VIII, X, XI et 27, 28. (135) Mémoires de Jérôme, Napoléon 28 mai 1809, t. 4, p. 93; Masson,

!: Napoléon et sa famille, t. 4, p. 293-4

(3 6) Archiwum Giowne Akt dawnych, n° 2019. Correspondance de 3

| princes français : ce n’est pas un original, mais un simple résumé.

(137) BoLTENSTERN, Erinnerungen eïnes westfälischen Pagen, p. 69-70.

d'autres formations, de lui donner lesprit d’un corps qui se garde. Ces exercices agissent, souvent à l’excès, sur une unlié qui n’a pas vu le feu : les hommes sont dupes de mirages que, seules, trouveront ridicules les personnes qui connaissent la guerre par oui dire. « Nous avançions vers le nord, dit le page Lehsten, par petites étapes militaires, avec les précautions nécessaires. On croyait déjà avoir à craindre des surprises de Cosaques. L’avant-garde en avait vu déjà. On avait pris des formations de guerre » #5. On fait des marches de nuit comme exercices et pour éviter que la multiplicité des mouvements de troupe donne aliment aux commérages des bavards ou aux rapports des espions. Une nuit, le Comte de la Ville sur Illon, qui a fait la guerre en Egypte, en Allemagne et qui, gouverneur du palais de Jérôme, est toujours prêt à brimer les pages étourdis, défend froidement à Lehsten de « chanter à haute voix; ce qui pourrait trahir notre présence à° l'ennemi ».

Cependant, la traversée de « mauvais villages polonais imposait déjà maintes privations ». La nuit du 11 au 12, à peine avait-on pu draper d’un tapis une lamentable chambre pour le roi. Les hauts dignitaires de la cour avaient dû chercher abri dans des granges et des étables ». Le lendemain. ce fut tout à fait le bivac pour Lehsten qui s’enorgueillit fort de cet exploit #?. Le roi et sa suite d’ailleurs ne devaient pas être seuls à pâtir : « Le fourrage, surtout l’avoine, commençait à manquer : on donna comme ersatz aux chevaux du blé ou du seigle qu’ils mangèrent avidement. Le lendemain, beaucoup se mirent à crever : ils éclataient littéralement. Des chevaux de l’écurie royale même périrent victimes de cette imprudente façon de les nourrir » 14,

Jérôme devait être à Kalisz le 12, son corps y devait ar-

river le 15. Le 13, il écrit à l'Enrpereur : « Sire, je suis arrivé hier soi à Kalisch » 141; mais le 2, il lui écrit à nouveau : « Arrivé à Kalisch depuis huit jours... »1#, ce qui re-

mettrait son arrivée au 13. Le major Lossberg parlant le 13 dit que cette arrivée à été portée à la connaissance des troupes le 131%. Giesse affirme que son régiment parti de Iu-

(138) BoLTENSTERN, Erinnerungen eines westfälischen Pagen, p. 70. (139) Idem, p. 70-71. FA EN IR

(140) Idem, p. 70-71.

(141) Mémoires du roi-Jérôme, tome DSED 203; (142) Idem, t. 5, p. 456.

(143) Lossserc, Briefe von russischen Feldzug des Jahres 1812, p. 7.

troszin le 13 fut passé en revue au début de l'après-midi, après avoir fait 2 milles à peine, par S. M. le Roi qui voulait arriver à Kalisz le jour même 1#{. Enfin la Gazeta Warszawska du 2 mai, insère une correspondance de Kalisz, 16 avril, ainsi conçue : S. M. le roi de Wexmialie, est arrivé ici le 13 à 9 heures du soir » 145, Passé à Glogau le 10, comme le lui demandait l'Empereur, et ayant fait diligence, il est arrivé à Kalisz avec un jour de retard, sans qu’on puisse l’accuser de: s'être endormi dans aucune Capoue, et bien que ces chemins qui retiennent par les pieds hommes et chevaux, lui fussent connus. Du moins, il s’est arrêté cà et là pour voir en quel état était sa troupe et, à peine arrivé, écrit le 13 au soir à Napoléon : « J’ai rencontré toutes mes troupes en route, à une ou deux journées d'étape de cette ville. Dans un, deux et trois jours, elles seront arrivées à leur destination et la dislocation en sera faite dans les environs. Leur bon esprit s’est maintenu; il n’y a presque pas de malades, malgré le temps afffreux qu'elles ont essuyé. Les chevaux sont en excellent état, ainsi que les équipages et l'artillerie; une semaine de repos aura tout réparé » 45, Vandamme avait de même écrit à Cassel qu'il n'y avait « dans l’armée en marche « ni déserteurs ni malades » : encore que ce phénomène soit normal chez les troupes en marche comparées aux troupes en station, on avait, à Cassel cependant, cru « ces heureuses nouvelles un peu exagérées, au moins quant aux malades » 147, à raison des. temps de pluie et de neige qu’il avait faits.

(144) Gesse, Kassel-Moskau-Küstrin, p. 25-26.

(145) Gazeta Warszawska, Supplément au n° 37, samedi 9 mai, em tête. KLEINSCHMIDT a adopté cette date, p. 492.

(146) Mémoires de Jérôme, tome 5, p. 303-304.

(147) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. n° 331 Cassel 10 avril, fol. 16-18. Reinhard à Bassano.

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