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CHAPITRE PREMIER

Le Prince Jérôme : Premier contact avec la Pologne. (1806-1807).

La venue du roi Jérôme en Pologne en 1812, même si on lui donne son maximum de portée, n'offre rien de paradoxal. Le début du règne de Stanislas Auguste avait vu une candidature au trône polonais plus étrange que celle fort problématique de Jérôme Napoléon, celle du Landgrave de Hesse-Cassel, Frédéric. Mais si le roi de Westphalie, successeur du Landgrave à Cassel, avait voulu invoquer des arguments en sa propre faveur, il n’eût pas eu besoin de remonter jusque 1767 !. J1 lui eut suffi de rappeler que ses premiers pas dans la carrière militaire avaient serré de si près ceux des fondateurs du Duché de Varsovie que certains politiques avaient eu peine à ne pas le confondre avec eux.

Le 22 novembre 1806, Dombrowski étant à Poznan, Murat approchant de Varsovie, Jérôme s’apprêtant à marcher de Breslau sur Kalisz, le 32 bulletin de la Grande Armée annonçait : « Le Prince Jérôme avec le corps des alliés assiège Glogau; une de ses divisions investit Breslau; il prend possession de la Silésie » 2. Tout faisait prévoir alors la libération de la Pologne jadis annexée par la Prusse. A cette date, Thadée Mostowski, ancien sénateur, dit dans un court mémoire à Maret, ministre secrétaire d'état : « La Pologne ne saurait avoir un roi allemand, ni polonais, mais il lui faut nécessairement un Prince français » 5. Mostowski toutefois est à Paris # et, peu désireux de compromettre santé, fortune

(1) FoRsT-BATTAGLIA (Dr. Otto), Eine unbekannte Kandidatur auf dem polnischen Thron. Landgraf Friedrich von Hessen-Kassel und dic Konfederation von Bar (Schriften zur Europ. Geschichte seit dem Mittelalter hrsg. v. Dr. Herbert Schônebaum, Leipzig, Karl Schrôder Verlag, Bonn u. Leipzig 1922. Voir aussi Kwartalnik historyczny 1926, p. 204- 206 article de WI. Konopezynski. k ! d

(2) Correspondance de Napoléon 1° publiée par Napoléon IIT : tome XIII, p. 671, n° 11270, Berlin 16 novembre 1806; p. 712 n° 11.317, Posen . 28 novembre, 35° bulletin. ï

(3) HanpeLzsmAN, Napoléon et la Pologne. Paris, Alcan 1909, IV,-280, p. in-8°, p. 177. Annexes : Archives nationales AF, IV, 1692, dos. 2 n° 51.

(4) Archives nationales, AF, IV, 1687, dos. Pologne, n° 16 notes sur

des candidats.

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et avenir, il refusera de venir à Varsovie exercer les fonctions de Directeur du Trésor que lui offre la Commission provisoire de Gouvernement 5. Une proposition aussi vague émanant de ce Polonais lointain et peu résolu, était sans portée. Une autre fut faite vers le même temps, sous couleur d’« Observations sur le rétablissement de la Pologne et les différentes dispositions des Polonais à cet égard, conformément à la domination sous laquelle ils vivent actuellement ». D’après l’auteur, « les Polonais doivent souhaiter ardemment que Napoléon le Grand leur accorde un Roi choisi dans sa propre Famille ». Tout irait bien si, « faisant reparaître tout à coup en Pologne, à côté du Général Dombrowski, le Général Kosciuszko, il déclarait lui-même au plus tôt aux Polonais qu’il veut leur donner pour souverain son propre frère ». Joseph et Louis étant pourvus, Lucien n'étant pas candidat, ceci devient précis. Mais le hardi promoteur de cette canditature la date de Berlin et signe discrètement, « un ancien employé du Bureau des Affaires étrangères de Pologne » $. Ce n’est pas même un folliculaire à la solde de Napoléon, — il donne à la Pologne une extension que l'Empereur n'eut pu, ni par suite voulu, réaliser. — Il écrit, quand Napoléon est encore à Berlin, pour Napoléon et non pour ses compatriotes.

IL y à aussi le mémoire de Zajaczek réclamant pour son pays «une Constitution française, un Code civil et criminel français et surtout un Roi français » 7. Mais Zajaezek ne connaissant pas Jérôme, il y en a plus ici pour Murat et Davout sans doute que pour ce prince. Fabian Szaniawski n’aborde pas cette question, non plus que Horodyiski®, Wybicki, Potocki, Neyman, ni la Commission de Gouvernement ?.

Le corps bavarois et wurtembergeois que commande Jérôme va prendre successivement Glogau, Breslau, Brieg, Schweïdnitz, Neiss, Kosel, Glatz, assurant de l’arrière la sécurité du champ d'opérations principal : ceci sera l’œuvre des généraux Hédouville, Vandamme, Lefebvre-Desnoëttes, de Per-

(5) Rosrworowskr (Michel), Materialy do Dziejow Komisyi Rzadzacej TT: 1807, tom. 1, Dziennik Czynnosci Komisyi Rzadzacej, Krakow 1918, 814, p. in-8°, 44° séance, p. 36, 7 février, 221° séance, p. 337, 17 août.

(6) HANDELSMAN, Napoléon et la Pologne, p. 167-176. Arch. nat., AF IV 1687, dossier Pologne n° 9.

(7) HANDELSmAN, Napoléon et la Pologne, p. 77.

3 (8) Arch. nat. AF IV 1687, dos. Pologne n° 6, Vienne 17 février au 14, n 41, A.S.E. M. le Secrétaire et Ministre d'Etat Maret, André Horodyiski, 18 février 1807, 21 p.

(9) HaNDELsmaAN, Napoléon et la Pologne, p. 180 à 210.

nety. de Deroy, Monthrun. Un riche butin — drap d'hahiliement, équipements, armes, munitions, grains, eaux de vie, — va servir à ravitailler la Grande armée réduite au dénuement en Pologne et en Prusse : le mérite de ce travail d’approvisionnement revient à De Pernety, à Demuy, à l’administrateur Lesperut. Un fait pourtant demeure : Jérôme qui à 21 ans (août 1805) fait une croisière de Toulon à Gênes par Alger; qui en 1806, après Trafalgar, se risque jusque près du Cap, les Anglais ayant sorti force croiseurs et escadres pour prendre le frère de Napoléon :, ne paraît pas s'être autant désintéressé des opérations de Silésie que Masson l’insinue #. En lui, on ne retrouve pas la mollesse physique de Joseph et de Louis. Son biographe a pu dire : « La carrière des armes était la seule qui pût convenir à son tempérament, à sa position, à l'avenir de sa famille, aux nécessités de la politique, aux idées de l’époque » 2. Si Napoléon l’a jeté dans l’aventureuse carrière de marin, c’est qu'il a cru un temps « qu’il n'y avait plus de gloire à acquérir que dans la marine ». Il l'en retire, lorsqu'il comprend que la mer est désormais interdite aux flottes françaises, et il emploie aussitôt ailleurs ce jeune homme qui a « de l’esprit, du caractère, de la décision et assez de connaissances générales. pour pouvoir se servir du talent des autres » 18, Ce mot de Napoléon, épigramme autant qu’éloge d’un débutant, est tel qu’il pourrait s'appliquer au perpétuel débutant que fut le vaincu d’Austerlitz et de Friedland, auquel les réalités de la guerre échappèrent longtemps 1.

Jérôme, prince français de par un senatus consulte du 24 septembre 1806, mis de suite en relief, rejoint l'Empereur le soir d'Téna, le suit à Berlin où il ose lui présenter la princesse de Hazfeld, dont il sauve ainsi le mari 5. Chef de l’« armée des alliés » en Silésie (nov. 1806-juillet 1807), il est le futur gendre du roi de Wurtemberg, quand le vice roi Eugène est déjà celui du roi de Bavière : ces deux rois créés

(10) Mémoires et correspondance du roi Jérôme et de la reine Catherine. Paris, Dentu, 7 vol. in 8°, 1861-1866, tome 1°", p. 325-373, 383 et tome 2, p. 2 et 3, Morning Chronicle, 4 sept. 1806. Arthur Lévy le loue de:

ses manœuvres hardies (Napoléon intime, Paris, Nelson 1892, 554 p,

(11) idem, tome 2, p. 175, 395-6, 411, 504, 511, 528-530.

(12) idem : tome 1°", p. 22. - ‘ ;

(13) idem, tome 1°, p. 26 et 357-8 Napoléon à Decrès. Milan, 29 mai 1805. : :

(14) Wazszewski, Le règne d’Alexandre 1‘, Paris, Plon, 1923-5, 3 vol. in-8°, tome 1°", p. 170-176, p. 214-5.

(15) Mémoires de Jérôme, tome 1°, p. 484-6 et tome 2, p. 27, note.

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par Napoléon remplissent leurs devoirs envers jui, y ayant profit. La fiancée, Catherine de Wurtemberg, petite-fille du fameux Brunswick, arrière petite nièce de Frédéric IF, est nièce de la tsarine mère d'Alexandre 1* et de la reine d’Angleterre 1% : c'est un beau mariage. Jérôme, frère de Napoléon, doit avoir une personnalité napoléonienne, et aussi un trône. C'est en ce sens qu’il faut entendre ces mots : « V. M. sait mieux que personne que ce dont j’ai le plus besoin, c’est d’acquérir de la gloire. Combien ne serais-je pas à plaindre si, au retour de cette campagne, je ne pouvais dire autre chose sinon : « J’ai commandé des Bavarois et suis resté à l’arrièregarde ». Quant à moi, je sens plus que personne le besoin d'acquérir de la gloire, parce que j'en ai acquis moins que personne » 17. Son commandement en chef est donc une forme de candidature à un trône : il s'exerce sur des troupes alle. mandes, en Silésie, parfois en Pologne, ce qui ouvre des perspectives de trois côtés.

Dans l'ouvrage de Masson, Jérôme parait manquer de tact, d'activité, faire figure de frelon; en lisant les lettres de Napoléon et de son frère, on voit Jérôme sans cesse maintenu en haleine par l'Empereur #, exécutant ses ordres, ayant une haute idée de ses subordonnés et initiateurs français 1, encore que leur avidité surprenne, irrite sa naïveté et lui fasse craindre pour l'esprit d’un pays qu’il est peut-être appelé à gouverner. On lui obéit d’ailleurs 21, d'autant mieux que — l'on s’en doute — ses ordres émanent en fait de l'Empereur, de Berthier, Duroc, Davout, Murat.

La chute des places de Silésie attira l'attention des Polonais périodiquement sur le frère de l'Empereur 2. Mais c'est trop peu : Napoléon veui le leur montrer. Jérôme est à Kalisz du 29 novembre au 5 décembre avec 2 divisions pour renforcer, si besoin est, la Grande Armée. Le 17 décembre, nouvel ordre au Prince de partir de Breslau, d’être à Varsovie

, (6) Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, Paris, Garnier sd. 4 vol. in-12, t. 3, p. 434. Mémoires de Jérôme, t. 3, p. 22 et 28.

(17) Mémoires de Jérôme, t. 2, p. 140, Lobenstein, 13 oct. 1806; p. 139, Kalisch, 3 décembre.

(18) Corresp. de Napoléon, t. 13, 14, 15; 3 lettres le 24 mars, 3 le 5 avril 1807, etc.

(19) Mémoires de Jérôme, t. 2, p. 201, 203, 245, 405, 434, 534.

(20) idem, p. 185, 191, 215, 217, 301, 304, 411, 449, 463, 485.

(21) idem, tome 2, p. 435-7, p. 443-5.

(22) Glogau, 1** décembre; Breslau, 8 janvier; Brieg, 16; Schweidnitz, 16 février; Kosel, Neiss, mai: Glatz, juin.

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