‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 50 sur 97 · MARIE DE WURTEMBERG · texte numérisé non relu

MARIE DE WURTEMBERG

Nee Princesse Czartoryska.

Tableau du Musée Czartoryski (Cracovie); auteur inconnu.

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Telle est la situation en présence de laquelle se trouvent les ordonnateurs Walter, Dupleix, Sartelon, les généraux Tharreau, Vandamme, le major Lossberg, toute l’armée westphalienne, toutes les armées auxquelles Napoléon fait traverser le Duché. Il leur faut, ou se contenter par instants de demirations pour éviter de poser une question sociale dont elles n’ont cure, ou réquisitionner le contenu des greniers des grands propriétaires ce qui dressera contre elles et contre l'Empereur toute la noblesse polonaise, donc les chefs du gouvernement, de l’adminisiration et de l’armée docilement suivis par le peuple, ou enfin se contenter de priver de ses dernières ressources le paysan affolé qui fuira dans les bois à l'approche des armées.

Zamorski a éerit la note suivante à laquelle sa brièveté donne un relief bien dur : « L’armée russe ayant levé dans les pays polonais annexés par les Moscovites une quantité extraordinaire de grain, l’armée de Napoléon fut privée de tous moyens de subsistances et les transports venus du Duché de Varsovie derrière l’armée furent si maigres, qu’en vérité la susdite grande armée, qui, depuis le moment de son entrée sur la terre polonaise avait commencé à connaître le besoin, vit ce besoin devenir avec le temps une véritable famine. La négligence du Ministère en ce qui regarde la préparation des approvisionnements pour l’armée, fut la cause de cette famine qui contraignit Napoléon à partir pour Moscou dans les profondeurs de l’Empire et fut l’une des raisons de l’anéantissement de l’armée » “1,

Le préfet Garezynski n’est pas de ces gens qui méritent d’être taxés de négligence : ses relations avec les chefs du 8 corps le prouvent. Les rapports de Sartelon à l’intendant général Dumas attestent qu'il a parfaitement secondé les vues de cet ordonnateur ». Mais quand Garezynski voit les Saxons quitter son département en prenant tout, il change « tout à coup de manière d’être », encore que Sartelon ait pour lui tous les égards dus à un préfet 1#. Précisèment, les incidents entre les chefs d'unités ou les crdonnateurs du &° corps et les sous préfets lui apprennent par surcroît les exigences élevées par les troupes de l'Empereur vis à vis des greniers des grands

(140) Arch. Min. Guerre, n° 1244, Kalisz, 24 avril, Garczynski à Vandamme.

(141) Zamorskr (Bronislaw), Polska od 1807 do 1815 roku. Lwéw, Zamorski, 1870, 219 p. in-8°, p. 93 note *. j

(142) Archiwum Gtéwny Akt Dawnych, X. W. liasse 296, pièce 40, Posen, 10 mai 1812, Intendant Général Dumas à Prince Poniatowski.

propriétaires. À peine le conflit a-t-il pris-forme, que sa s0lution locale a perdu tout intérêt pour Dupleix, puisque le & corps doit poursuivre sa marche. Mais Dupleix n’a guère pu laisser ignorer à Sartelon la façon dont les nobles échappaient aux réquisitions. Or Sartelon reste à Kalisz et voici venir les Italiens (4 corps). Il avise Garczynski des nouveaux besoins à satisfaire : le préfet faisant comme toujours des objections, Sartelon a pu répondre en indiquant où l’on trou verait des subsistances. En tous cas, Garczynski se fâche : « Je prends écrit il pour plaisanterie votre demande à l’égard de l’arrivée de ce corps d’armée, dont Vous êtes chargé d'assurer le service ». Il n’y satisfera pas, « bien assuré que si le Général Dessoles # aura quelque chose à demander, il aura. la bonté de le faire immédiatement ». Il conclut : « J'espère, M. l’Ordonnateur, que Vous aurez la complaisance de vouloir bien faire cesser la correspondance inutile, qui m’interrompt au milieu des plus pénibles travaux et Vous prendrez cette réponse pour la dernière de ma part ».1## Pareil traitement a été épargné à Dupleix et Vandamme, du fait de leur exode. Sartelon fera intervenir l'intendant Dumas près du Prince Joseph pour qu’on lave la tête à Garezynski :#. Ce n’est pas celà qui améliorera la situation et si le préfet a éprouvé du ressentiment contre Reynier au moment où les Saxons quittaient le département, il n’en éprouvera pas moins contre Vandamme et ses sous ordres dont Sartelon lui révèle toutes les prétentions. À Varsovie on n’ignorera rien de tout ceci et Jérôme absent et qui n’en peut mais, qui toutefois est ici le chef suprême, en prendra pour son grade. Tout ceci est humain ei n'empêche pas Garezynski d’être le plus consciencieux des préfets.

Ceci posé, il faut voir les'premiers battements de l'aile droite : ordres, contre ordres et quelque peu de désordre.

Marchand ayant reçu le 26 avril les ordres adressés le 19 par Berthier à Jérôme, à prévenu aussitôt le roi d’avoir à se diriger vers Varsovie et d'y être le 3 mai. Il écrit le 27 à Reynier, cantonné à Radon et jusqu'à Pulawy, de se rapprocher de Varsovie, ayant tout son corps sur la rive gauche de

(143) Chef de l'Etat Major du Vice-Roi Eugène. . (44) Archiwum Gtéwny Akt dawnych, X. W. liasse 296, Revues et intendance générale de la Grande Armée (1807-1813), pièce 41. Kalisz

4 mai. Le préfet de Kalisz à M. Sartelon Commissaire Ordonnateur. (145) Idem, p. 40.

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la Pilica; à Vandamme de tenir le & corps entre la rive droite de la Pilica et Pulawy, formant l'extrême droite de la Grande Armée, tirant ses vivres par la Vistule de la région de Cracovie, communiquant avec le 7° par des bacs sur la Pilica, et préparant ce qu'il faut pour y jeter des ponts. Les mouvements devaient commencer pour le 7 corps le 2; pour ie 8, le 3 mai. Des postes seront établis sur la Vistule, mais sur l'expresse recommandation du Major Général, on évitera tout ce qui pourrait causer le moindre ombrage aux Russes.

Les instructions du Roi portant que le service de son Q. G. sera toujours fait par sa garde, Marchand demande à Vandamme de faire partir pour Varsovie de Kalisz le 4* mai les chasseurs gardes, puis de Warta, le 2, les gardes du corps et chevau-légers 145.

Mais, à peine Marchand a-t-il transmis ces ordres, que Jérôme en a reçu d’autres, annulant ceux-ci. Le 8° corps passe au centre de l’aile droite, le 7° constitue l’extrême droite. Le roi écrit donc de Piotrkow à Vandamme le 28 : « Le général Reynier aura sa droite appuyée à Pulawy, sa gauche à Ryezywôl. Vous vous porterez avec le 8° corps le long de la Vistule, la droite appuyée à Warka sur la Pilica, la gauche à Willanowa près de Varsovie » 47, Le 29, de Zlaczew, Vandamme exprime à Jérôme son mécontentement : « Le placement des troupes était réglé, les ordres de mouvement expédiés, les mesures prises pour assurer les subsistances. Il faut contremander tout ce que j'ai prescrit. Rien ne jette le découragement et la négligence parmi les troupes, comme lincertitude sur les ordres à exécuter; rien, plus que les mouvements continuels et inutiles, ne peut contrarier le service, s’opposer au bien-être du soldat. Les séjours que les autres corps ont employés à leur repos, aux réparations toujours si nécessaires, l'ont été chez nous en marches et contre-marches et ne nous ont procuré presque aucun des avantages que nous pouvions en espérer. Je supplie V. M. de ne point permettre le moindre changement sans qu’il ait été mûrement pesé. Dans l’anxiété où nous nous trouvons, il est de toute prudence de ne pas fatiguer les troupes et d'éviter de détruire nos résultats, vu les

(146) Arch. Min. Guerre. Le Comte Marchand au Prince Vice-Conné-

table, Kalisz, 26 avril 1812; Le Général Comte Marchand, chef de l’E. M. de l'aile droite de la Grande Armée au Général Comte Vardamme. Au

Q. G. de Kalisz, 27 avril.

(147) Du Casse, Le Général Vandamme et sa correspondance, t. 2,

peines infinies, qu'il faut prendre pour rassembler les faibles

ressources que la prévoyance et l’activité la plus soutenue peuvent encore découvrir » #$. Vandamme a dix fois raison. Masson en profite pour tomber sur Jérôme. Qui incriminer ? Jérôme ou Berthier ? Si l’ordre est de l'Empereur, l'exécution de Vandamme, Jérôme n’esi qu’un organe de transmission, une boîte aux lettres : dès lors on doit lui obéir.

D'ailleurs, le mouvement n'étant pas encore commencé, il n’y aura pas de contremarches. Le roi prescrit : « Vous commencerez votre mouvement le 2 mai. Vous ne devez point faire de marches forcées ». Il a done souci d'éviter à la troupe des fatigues inutiles : il est curieux que Masson ait cru devoir inscrire ceci au passif de sa victime 1°.

Jérôme écrit en même temps : « Les gardes du corps et chevau-légers lanciers de la garde devront rester avec moi à Varsovie où je serai le 2, le Général Wolf recevra désormais ses ordres de moi directement, vous devez l’en prévenir ». Et Vandamme de réclamer : « Je vois avec extrêmement de peine diminuer chaque jour le nombre des troupes qui restent directement sous mes ordres. Elles vont tout à l'heure se trouver réduites à rien. Nous ne pouvons nous attendre à recevoir, de longtemps ni la brigade Danloup-Verdun, ni le régiment de Magdebourg. Je suis done presque restreint à la division Ochs, et s’il faut agir, mon inquiétude sera d'autant plus vive que je n’aurai qu’une très faible portion de cavalerie et que la totalité du corps se forme d’officiers et de soldats tous animés de la meilleure volonté, mais encore jeunes et inexpérimentés » 10, [ci encore Vandamme a raison : il à perdu les cavaliers passés dans le 4 corps de réserve de Latour Maubourg; et ce retrait de la garde semble une nouvelle amputation. En fait, Varsovie n'étant qu’à 10 kilomètres de Wilanôéw, à la première alerte, la garde royale pourra serrer sur le 8° corps. D’autre part, Vandamme recevant ses ordres du roi et la garde accompagnant Jérôme, il serait absurde que ces ordres aillent chercher Vandamme à 25 kilomètres pour revenir à Varsovie même. II faut d’ailleurs que la garde Westphalienne fasse son service près de Jérôme, pour qu'il apparaisse bien comme roi de Westphalie, non comme prétendant au trône de Pologne. Le ton du passage précité de la lettre du

(148) Du Casse, Le Général Vandamme et sa corresp. t. 2, p. 355. (149) Masson, Napoléon et sa famille, t. 7, p. 300. (150) Du Casse, Le Général Vandamme et sa corresp. t. 2, p. 355.

roi à paru déplacé à Masson #51 : il avait du temps à perdre.

Pourquoi Napoléon a-t-il interverti les emplacements des Te et 8° corps ? Si Jérôme doit être au centre de l’aile droite, le corps Westphalien doit être — en entier, et non coupé en deux, — près de son roi. Si l'offensive russe doit se produire, il faut que les Westphaliens soient épaulés au corps polonais, au corps le plus solide, à celui qui fait charnière avec l'aile gauche. Ils pourront céder ainsi sous la pression russe sans être écrasés. Quant aux Saxons et à Reynier relégués à l’extrême droite, il y a de moindres inconvénients à les sacrifier.

Le chef de laile droite est en liaison avec le Prince Joseph commandant du 5° corps, comme il l’est avec Vandamme ei Reynier : par l’aide de camp qu’il a à Varsovie, il a demandé 6 officiers polonais qui seront près de lui 1%. Le Prince ministre, chef militaire de la région où marchent et stationnent les troupes de l’aile droite, a d’ailleurs pris contact avec le chef du corps saxon, comme avec celui du corps westphalien. Le 20 avril, il a envoyé à ‘Reynier le sous-lieutenant Laski « qui connaît les langues », pour lui être attaché. Le même jour, il communique “les demandes de Reynier touchant les subsistances au Ministre de l’intérieur, qui les transmet au préfet de Radom 4. Le 27, il le renseigne sur les cantonnements que le 7% corps va occuper après les Polonais, ainsi . que sur les positions et mouvements possibles des Russes près de Brzesé sur lequel ils « paraissent se porter en force »; « mais aucun de leurs mauvements n’est encore assez prononcé pour permettre d’avoir un jugement quelconque sur leurs projets » 15, Le 28 déjà, il se voit dans la nécessité de passer des paroles courioises à un ton fort see : « Le colonel Seydlitz, commandant la place de Leczyca vient de me faire connaître que le magasin de fourrage de cet endroit venait d'être enlevé par force par ordre de MM. les Généraux Thielmann et Gutschmidt. Je n’ai pas besoin de vous dire, M. le Comte, combien une telle régularité est pernicieuse dans toutes les circonstances; elle le devient encore plus dans celles, où

(151) Masson, Napoléon et sa famille, t. 7, p. 300.

(152) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1°", p. 308.

(153) Arch. Min. Guerre, Varsovie, 20 avril à M. le Général Comte Reynier.

(154) Idem, même date, 2° lettre à Reynier.

(55) Idem, Varsovie, 27 avril à M. le Général Comte Reynier, commandant le 7° corps d’armée.

nous nous trouvons, puisque le magasin mentionné, faisant partie d’une des routes d'étapes établies par ordre expres de S. M. l'Empereur, des mesures de ce genre doivent nécessairement influer sur l’ensemble des dispositions. Ce sera ici le cas, car une partie des approvisionnements de Leczyca étant destinée pour les troupes du 8° corps, celles-ci se trouveront par là dans une disette à laquelle, vu la pénurie générale, il sera impossible de remédier et, sous ce rapport, je n’ai pu me dispenser d'en faire mon rapport à S. À. $S. le Major Général. Je suis persuadé, M. le Comte, qu’il suffit de vous en donner connaissance pour prévenir que ces irrégularités se renouvellent » 156, Bignon éerira le 14 mai au due de Bassano : « On s’attendait à des ménagements de la part des Saxons, comme étant avec les peuples du duché les sujets d’un même souverain. On a été surpris de les trouver aussi exigeants que Îles autres allemands et cette exigence a blessé davantage » #7, Il y a plus à dire : elle a blessé davantage dans le cas présent, parce qu'elle & été la cause loyalement constatée par le Prince Joseph des exigences westphaliennes les jours suivants et qu'elle a été d’un fâcheux exemple pour tous les Allemands.

Cependant, Jérôme, arrivé très tard le 27 à Piotrkow, petite ville de 3.000 habitants, y est très mal. À quelques lieues de là sur la route de Varsovie 155, à Wolborz, se trouve la résidence d’été de Mgr. François Habdank Malezewski, depuis six ans évêque de Kujavie (Kalisz) et futur archevêque de Varsovie 15. Le 28 au soir ou le 29 au matin, Jérôme vient s’installer chez l’évêque : il est là d’ailleurs, par rapport à l’ensemble de l'aile droite dans une position assez centrale pour expédier des ordres et recevoir rapidement des rapports. Ce palais épiscopal est la demeure confortable où après une semaine de randonnées presque ininterrompues, le jeune roi savourera deux ou trois jours de bien-être.

« Le magnifique château de l’évêque, remarque Von Lossberg, contrastait d’une façon nettement désagréable avec les maisons de la soi-disant ville de Wolborg. Son Eminence eut mérité de sévères critiques pour n’avoir pas travaillé à amoin-

(156) Arch. Min. Guerre, Varsovie, 28 avril.

; (157) HANDELSMANN, Instructions et dépêches des résidents de France à Varsovie, t. 2, p. 88. A. E. Pologne 330 fol 17, N° 250.

(158) Mémoires du roi Jérôme, t. 5, p. 444.

(159) Cieszxowskr, Senatorowie Ksiestwa Warszawskiego i Krolewstwa Kongresowego, Varsovie, Filipowicz 1891, 75 p. in-8°, p. 12

drir la misère du troupeau que, comme pasteur, il tenait em charge du Christ. Toutes ces maisons, à de rares exceptions près, attestaient la grande pauvreté que nous avons si souvent constatée chez les habitants. Ceci frappait d’autant plus que, — je puis l’affirmer sans la moindre exagération — j’avais - trouvé ce dénuement sans cesse croissant en approchant de la Vistule. On voyait alors et combien le paysan dépend de son seigneur, et combien peu il est attaché à un bien dont le noble peut lexpulser à sa guise. Tous les animaux domestiques portent ici les stigmates de la plus affreuse misère. Les cochons à longs poils. ont l'air de pores épics. Alors qu’ au début je n’entrais chez les Juifs qu'avec répugnance, je fus très content d’être logé dans une maison juive, les Juifs par- Jant allemand, une chambre propre et un bon lit m’étant assurés, choses auxquelles on doit à peu près renoncer en ce pays » 160.

Jérôme en proie aux mêmes réflexions que Lossberg et que: sans doute les derniers de ses grenadiers, profita royalement de la somptueuse villégiature et « n’épargna ni la cuisine, ni la cave de l’évêque » 151, Niemcewiez qui a reproché au jeune prince d’avoir forcé Kalisz à le nourrir grassement, lui et sa cour, « pendant quelques semaines », alors qu'il n’y a passé que 8 jours, a pris fort mal l’attaque brusquée de Jérôme sur les réserves alimentaires de l’évêque, et semble être passé à côté de l'incident typique du séjour du roi à Wolborz. Niemcewicz dit qu’il était là « avec la reine » 161, Or Catherine est à Cassel. Quelle est cette histoire dont Niemcewiez, pourtant mal Rips pour le frère de l'Empereur, ne relève pas le earactère ? Est-ce un lapsus de Niemcewiez ou une pantalonnade de Jérôme, une vraie, compensant l’aventure galante qui nous a glissé des mains à Cracovie ? Auraïit-il introduit sous le nom de la reine, « une créature » sous le toit de l’évêque ? Le « témoin oculaire » du règne de Jérôme raconte qu’« une infâme sans pudeur. voulant brocanter sa fille de 14 ou 15 ans, Jérôme l'avait vue -et s’en était accommodé (1811). Le: Comte de Hô. conduisit à bien ce maquignonnage épineux. Fi fut stipulé par le Ministre de la guerre que la demoiselle aurait un mari, le mari une place, la mère et la fille une somme et un trousseau…. On déierra un D'Esc… qui était employé

(60) Von LossBere, Briefe vom russischen Feldzug des Jahres 1812.

Czersk, 9 mai, p. 9.

(161) Nremcewicz, Pamietniki, t..1°", p. 310.

dans les postes et se dévoua volontairement pour les menus plaisirs de S. M. » 1%, Reinhart signale au duc de Bassano : « On parle beaucoup à Cassel de la nomination à la place de receveur général du Département de la Fulde, d'un sieur Alexandre, économe de la maison des pages du Roi. C'est le père d’une demoiselle fort jeune et fort jolie qui, après avoir épousé pour la forme, dit-on, un sieur Escalonne employé aux postes de l’armée, est partie,pour le Quartier Général de Kalisz. Son départ ayant coïncidé avec celui du Roi, le public voit en elle la Maîtresse de Camp de S. M. » 1%, Masson à noté l’arrêt fait par la jeune hétaire à Glogau 1%. Que Mme Escalonne amenée à Kalisz et n’y ayant plus trouvé Jérôme ait été dirigée sur Varsovie, par Wolborz, il n'y a rien là que de vraisemblable. Quel dommage que Frédérie Masson n'ait pas seupçonné cette rencontre de Don Juan et de sa victime chez l’évêque ! Et quel dommage que Niemcewiez n’ait pas démasqué « la reine » !Il est vrai que de la part de Henri IV, de Napoléon lui-même ou de Stanislas-Auguste, cela eût paru d’un intérêt fort piquant. Il est vrai que Wolborz est un coin perdu où ces sortes d’amours ne pouvaient faire scandale, que Malcewski est un homme auquel le règne du dernier roi de Pologne a fourni bien des spectacles pareils; qu'un prélat qui avait vu le 18 siècle, mais non la révolution française, devait peu s’effrayer, moins encore se scandaliser de telles choses. Staszie, le plus grand, le plus respectable des ecclésiastiques polonais d'alors, ne répondra-t-il pas à une dame qui ui disait : « Vous avez renoncé aux femmes ». — « Pardonnez Madame, j'ai renoncé au mariage; mais jamais aux femmes » 165,

S'il n’y eut point de scandale des amours de Jérôme à Volborz il y eut celui de la voracité et du sans-gêne, tant du roi que de son entourage. Marchand et son état-major sont là, Vandamme également. Marchand réitère à Reynier les ordres déjà donnés par Jérôme : le chef des Saxons doit placer son corps « le long de la Vistule, la droite à Pulawi, la gauche à

(162) Le royaume de Westphalie, Jérôme Bonaparte, sa cour, ses favoris et ses ministres, par un témoin oculaire p. 176. Voir aussi Duviquet : (Souvenirs, p. 256) d’autant plus scandalisé qu’il avait cru ces personnes « fort honnêtes ».

(163) Arch. Af. Etrang, Reinhard à Bassano, 2 mai 1812, folio 58. Voir aussi Kleinschmitt, Histoire du royaume de Westphalie, p. 491.

(164) Masson, Napoléon et sa famille, t. 7, p. 297.

(165) Kozmiax (Kajetan), Pamietniki, 5° parti, p. 112.

la Pilica », faire en sorte que du 8 au 9 mai son établissement soit entièrement terminé, mettre son Q. G. « le plus près possible de la Pilica afin que la communication avec le Roi soit prompte, que les ordres n’éprouvent aucun retard », faire connaître où il laura établi, ainsi que les emplacements de son corps, en faisant mention des Q. G. de ses généraux de division et de brigade, Marchand renseigne Reynier sur les positions que va occuper le 8 corps et ajoute : « Il serait important d'établir au moins un pont sur la Pilica pour communiquer facilement avec le 8 corps Je vous engage à faire rassembler sur cette rivière les bateaux qui seront nécessaires pour cet objet. Le roi a également le projet de faire jeter deux ponts sur la Vistule vis-à-vis le front de chaque corps d’armée ». Puis ce sont des instructions relatives aux subsistances : « Tous les vivres pour les trois corps d'armée doivent être tirés de Galicie : aussi, je vous prie de faire protéger le convoi par eau et de donner des ordres sévères pour que la destination ne soit jamais détournée, sous quelque prétexte que ce soit ». Enfin, c’est l’annonce de l'installation du Q. G. du Roi à Varsovie le 4 mai, de sa prise officielle de commandement à cette date de l’aile droite qui comprendra les 5, 7°, 8° corps, et 4° corps de cavalerie; c’est la recommandation au nom du Major Général « de tenir toujours un langage pacifique, de ne rien faire qui puisse effrayer les Russes. Telle doit être la base de votre conduite en ayant néanmoins continuellement l’œil ouvert sur leurs démarches » 1%, Ces instructions de Marchand, il faut le remarquer, n’ont été rédigées qu'après un examen par le Roi des dispositions à prendre : son projet d'installation de ponts qu'il fera vite réaliser, sera du reste regardé comme prématuré par l'Empereur qui en sera « fort contrarié » 167, Jérôme a, de même, conféré avec Vandamme venu pour « lui présenter ses hommages et recevoir ses ordires » 168,

M. de Pràdt, archevêque de Malines, aumônier de l’Empereur, ambassadeur de France à Varsovie, passé à Wolborz le 3 juin, a recueilli des échos du passage de Jérôme et de

(166) Arch. Minist. Guerre, Wolborz, 30 avril 1812. Le Comte Mar- <hand.

(167) Du Casse, Mémoires pour servir à l’histoire de la Campagne de 18312 en Russie. Paris, Dumaine, 1852, 303 p. in-8°, p. 57, Lettre de Berthier à Jérôme, 5 juin.

(168) Du Casse, Le Général Vandamme et sa correspondance, t. 2, p. 353-4.

Vandamme en cette « très belle maison de campagne » dans son histoire de l'Ambassade dans le Grand duché de Varsovie. En partant, Jérôme aurait « fait charger en totalité sur ses chariots le vin de Tokai » de Mgr l’évêque que De Pradt aurait trouvé « très estomaqué du procédé ». Vandamme le lenmain se voyant, et pour cause, refuser du Tokai par « le secrétaire chanoine de Cujavie, décoré du cordon et de la croix de son chapitre », lui aurait « appliqué de larges soufflets et fracassé la mâchoire » que ledit secrétaire aurait « montrée » à De Pradt. Tout dans ce récits le caractère de ragots, à commencer par la date à laquelle De Pradt place les faits : les 1% et SHjuinise

Une chose demeure et elle est plus importante que tous ces contes. Jérôme pas plus que Vandamme n’a la sympathie des dignitaires du clergé dont-il a été l’hôte. C’est cet état d’esprit qui à grossi de menus incidents, inspiré Niemcewiez et De Pradt. À quoi l’attribuer ? Aux dispositions du clergé polonais à l’égard des institutions impériales et de cet Empereur qui violente le Pape 1", et aussi à certains faits de la politique intérieure westphalienne qui n'ont guère pu rester ignorés en Pologne.

Jérôme vient justement de réduire au minimum les pensions des bénéficiers ecclésiastiques et ci-devant membres des chapitres, lesquelles ne pourront en Westphalie être ni inférieures à 1.000 francs, ni supérieures à 8.000 et croîtront en raison inverse des revenus des bénéficiers 171, D’autre part, ses besoins d'argent, et le mauvais état des finances d’un pays neuf comme la Westphalie, où tout était à créer et sur lequel pesaient de nombreuses charges, le préparaient à être accommodant avec les Juifs : il lui était d’ailleurs difficile, là comme ailleurs, de ne pas mettre ses principes en harmonie avec la politique de l'Empereur 12.

Masson n’a pas épargné Jérôme à ce sujet; mais Rambaud montre que ce roi avait trouvé, à son arrivée à Cassel, les grands juifs en bonne posture : le marchand Jacobson, membre du

(169) DE PrapT, Histoire de l’Ambassade dans le grand Duché de Varsovie en 1812, Paris. Pillet 1815, 4° édition, 239 p. in-8°, PT Ta

(170) Maxsuy (Abel), Le clergé et le régime napoléonien dans le Duché de Varsovie (1807-1813). (Revue d’histoire moderne et contemporaine (1903-4), t. V, p. 97-106 et 161-171.

(171) Moniteur universel, 1812, n° 114, 25 avril, De Cassel, 15 avril.

(172) RamBaup (Alfred), Le royaume de Westphalie et Jérôme, Paris 1872. Revue des Deux Mondes, 15 sept. p. 392, 399.

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Conseil d'Etat du Duc de Brunswick et Mayer Anselme Rothschild, premier du nom, principal administrateur des biens de l'électeur de Hesse. Il semble que Rothschild ait poussé le dévouement à Guillaume de Hesse jusqu’à entrer dans le Tugendbund : il est son trésorier de guerre, lui procure 600.000 florins en 1809 pour soudoyer des troupes contre Jérôme; le peu de confiance qu’eut Rothschild en Dornberg semble avoir été l’une des raisons de l’échec de celui-ci. Le primat Dalberg s’est laissé persuader par Rothschild d'accorder aux Juifs les droits de citoyens de la ville de Francfort. Jérôme a donc trouvé les Juifs au cœur même des positions de ses ennemis et de ses alliés allemands. Les progrès accomplis par les Rothschild alors sont assez formidables dans l’ensemble de l’Europe pour qu'ils aient pu faire passer à Wellington en Espagne des sommes considérables en livres par la France et par Mollien lui-même qui ne s’en douta pas. Jérôme ayant affaire à une telle puissance, n’a pas trouvé politique de faire arrêter la famille Rothschild comme Bacher, son ministre à Francfort l’y poussait 18. Il s’est borné à tenter d’effrayer ceux des Juifs qu’ils savaient hostiles, en même temps qu'il multipliait les bons procédés à l’égard de l’ensemble des Juifs westphaliens.

Il y à sur son territoire 3.019 familles juives dont 101 à Cassel, 54 à Brunswick 174 : sur 2 millions de sujets, ce n’est pas énorme; mais le cas qu’il en fait, le soin qu’il en prend, sont sans proportion avec ce nombre. L'idée de Jérôme, comme de Napoléon, est que les Juifs ne doivent pas former « un corps à part », mais « se fondre dans la nation » (décret du 31 mars 1808 }, qu’« aucune différence ne doit être faite entre les Juifs et les Chrétiens » (décret du 27 mars 1809). Le Moniteur Westphalien insère à ce sujet un couplet en l’honneur de l'égalité qui « n’est plus un système insolent contre lequel on appelle comme jadis la vengeance des lois, les foudres de l’église et la majesté du trône » 15,

Ces choses ne pouvaient que frapper l’opinion en Pologne

(73) CorrTr (Egon Cesar Comte), La maison Rothschild. L’essor (1770-1830). Traduction française de Raffegeau. Paris, Payot 1929, 432 p. in-8°, p. 72, 74, 78, 81, 99-100, 107. Rothschild a des associés jusque parmi les Juifs de Cassel pour le règlement de ses affaires avec lElecteur.

74) Horwirz (L.), Die Israeliten unter dem Kénigreich Westfalen. Berlin, Calvary 1900, 106 p. in-8°, p. 79, 94-106.

(175) HozzaPppEz (Rudolphi), Das Kônigreich Westfalen, Magdeburg, Lichtenberg 1895, 215 p. in-8°, p. 778. — Moniteur, cité par la Gazeta Warszawska du 12 mars 1808 : n° 21, p. 525.

où les différences de mentalités entre chrétiens et juifs étaient si tranchées, et où la fusion de si nombreux juifs dans la nation eut été dangereuse pour elle à ce stade de sa renaissance. Or, la présentation des députés juifs de tous les départements à Siméon, puis au roi Jérôme par le « conseiller privé du trésor, Israël Jacobson » et le ministre d'Etat, Comte de Furstenstein; le di:-ours de Jacobson comparant Jérôme à Cyrus bienfaiteur du peuple de Dieu, lui offrant les prières des Juifs au Très Haut, des soldats pour son armée, des marchands pour ses villes, des eultivateurs pour ses campagnes, le félicitant de sa vaillance et de sa sagesse; la réponse de Jérôme assurant aux Juifs qu’il les traîtera comme ses enfants, le rôle de Jacobson, connu en France et dans d’autres pays tout cela trouve place dans les colonnes de la gazette polonaise 176,

En 1809, dans le même numéro de la gazette où nous apprenons l’exécution de # compagnons de Schill, nous lisons que le roi de Westphalie a supprimé 6 couvents de nonnes dont les biens ont été vendus : 4 de ces couvents ont été achetés par le Président Jacobson 177. Que pourrait-on imaginer de plus choquant que cette nouvelle pour les Polonais ? En 1810, il est encore supprimé 9 couvents dans des conditions qui semblent analogues 15. Partout où il y a assez d’enfants juifs en Westphalie, « eine ôffentliche Lehranstalt errichtet werden sollte »; et la première école de ce genre a été ouverte à Cassel le 15 août 1810. Un décret de Jérôme établit que chaque tribunal doit posséder un livre de Moïse en hébreu pour que les témoins juifs puissent prêter serment selon leur rite. Hi y à à Cassel un consistoire israélite dont le budget pour 1812 (94.731 frs) 1®, est assez considérable, étant donné le peu d'importance de la colonie juive. Tout ceci et le rôle de Jacobson près de Bulow et de Jérôme ne pouvait être ignoré à Varsovie, où ce côté de la physionomie du roi de Westphalie devait prendre un relief extraordinaire aux yeux des chrétiens et des Juifs. Vu le petit nombre des Juifs de Westphalie et le grand nombre de ceux qui vivaient en Pologne, la politique de Jérôme pouvait paraître mériter le reproche que Har-

(176) Gazeta Warszawska, n° 21, 12 mars 1808, p. 525-6. Cassel 12 février.

(177) Idem, n° 52, 1* juillet, Correspondance de Brunswick, 14 juin.

(178) Idem, n° 86, 27 octobre, Supplément.

(179) Horwrrz, Die Israeliten unter den Kônigsreich Westphaler, p. 71-73, p. 49-50, p.115, 19, 89.

denberg adressait à celle de Napoléon en 1807, « politique de caresses à tous les Juifs du monde en vue de les attacher à sa cause » 1%, Et les Polonais devaient la juger à peu près comme Chateaubriand qui estime que « de conséquence en conséquence, elle à fait tomber les finances du monde aux échoppes des Juifs et produit par là une fatale subversion » 181,

Tout ceci, connu à Kalisz, Cracovie, Piotrkow, Wolborz et sur tout le parcours suivi par l’armée westphalienne était de nature à faire naître des incidents plutôt qu'à accommoder ceux que le hasard pouvait créer. Le bruit fait en province par un incident grossi ou imaginaire comme celui de Wolborz, précédant Jérôme à Varsovie, compromettait l’union morale entre Polonais et Français.

A ces impondérables s'ajoutent ceux qui commencent à agir dans les rapports entre ce roi et l'aristocratie polonaise, A Wolborz, Jérôme reçoit la visite du Comte Antoine Ostrowski, fils du président du Sénat, propriétaire de la terre d'Ujazd voisine de la résidence de l’évêque et du château d’Hélénow situé entre Rawa et Varsovie. Ce grand seigneur vient saluer le frère de l'Empereur, et aussi se procurer un poste de Westphaliens pour protéger Ujazd contre les « violences » de Vandamme auquel son « goût pour le pillage » commence à faire une réputation, contre les exigences fanfaronnes de ses troupes que le roi ne peut contenir, parce qu’elles viennent de traverser la zone démunie par Reynier des approvisionnements qui leur étaient destinés.

Jérôme reçut avec une exirême amabilité le noble polonais, eut avec lui un long tête à tête « jasa beaucoup, beaucoup » et dit notamment : « Ma venue dans votre pays est entière-

(180) Le 11 mars 1812 d’ailleurs, le roi de Prusse promolgue un édit en 39 articles, réglementant la situation dans ses Etats des Juifs qui devront être considérés « comme régnicoles et sujets prussiens >. La Prusse a voulu visiblement concurrencer Jérôme; et le Moniteur français a marqué le coup en insérant l’édit in extenso pour bien faire remarquer que Paris était attentif. (n° 101, vendredi 10 avril, de Berlin, 28 inars). Depuis longtemps, la Prusse en a comme agents (Lefebvre : La Révolution, p. 69 et 86).

(181) ANcHez, Napoléon et les Juifs, p. 222. Mémoires d’Outre tombe. Dès le début du règne de Jérôme, les flatteries outrées des Juifs westphaliens le desservent plus, près des chrétiens, qu’elles ne lui assurent de force réelle. Voir KLEINSCHMITT, p. 22, l'inscription faite par un Juif (Unsere Ketten sind gelôst) et l’Ode :

O frère du Héros que la gloire environne, De tes faits glorieux, l’inébranlable cours, T’a de la Westphalie obtenu la couronne, Sème des fleurs, graud Roi, sur nos paisibles jours.

ment désintéressée : je suis heureux de régner en Westphalie, d'y vivre avec la princesse à laquelle le sort m'a uni. Si je cours les hasards de la guerre, ce n’est que dans le but de servir votre sainte cause, comme l’ont fait les chevaliers qui aux temps des eroisades versaient leur sang pour la délivrance du Saint Sépulcre ». Ce désintéressement sincère, mais trop romantique inquiéta, plus qu’il ne rassura, le sceptique comte prussien : « Tout ce qu'il me dit dans ce goût, dit Ostrowski, me convainquit qu'il rêvait de la couronne de Pologne. Il me demanda des renseignements sur le pays, sur son esprit, me demanda d'assister le lendemain à la revue qu’il devait passer à Lubochnia » 1#. Raisonnement curieux, mais assez naturel : Antoine Ostrowski a 30 ans, il avait 13 ans au dernier partage de la Pologne et n’a guère rencontré d’idéalistes depuis lors dans sa caste. Il a été étudiant à Leipzig, membre de la Commission administrative militaire, puis de la Diète. II ira prochainement à Dresde saluer Napoléon :# : il voit en l’Empereur un génie, mais aussi un homme des plus immoraux et qui eût été un plus grand génie encore, s’il n’eût pas été un despote; il estime que, parlant au sentiment chevaleresque des Polonais, Napoléon sera d’autant plus dangereux que son influence sera plus grande 1%, Cette peur qu'inspirent aux magnats la mystique napoléonienne, le romantisme politique de lErmpereur, son verbe éclatant, se conçoit sans peine : depuis que Koscinszko s’est tû, — depuis 18 ans —— la Pologne n’a entendu que des balbutiements et devant la splendeur des mois, des idées et des gestes, l’âme ardente et délicate de la Pologne, est prête à se passionner, à échapper à la coalition des égoismes prudents. Antoine Ostrowski croit done d'autant plus à ja candidature de Jérôme, que eelui-ei met plus de soin à affirmer son désintéressement. Son siège est fait : on n’y changera rien. Il invite donc à déjeuner à Ujazd le futur roi de Pologne Jérôme prétexiant sa hâte de se rendre à Varsovie, se récuse poliment. Antoine récidive alors, invitant le roi au nom de son père Thomas, président du Sénat, à s'arrêter pour dîner à Hélénow qui est sur la route de Wolborz à Varsovie, et cette fois Jérôme déclare qu’il lui est très agréable de pouvoir ne pas refuser. Antoine le précède de quelques heures à Hélénow et lui fait fête. Là d’ailleurs, Antoine prétend que le

(182) Zywot Tomasza Ostrowskiego, t. 2, p. 184-5. (183) Creszxowsxr, Senatorowie Ksiestwa Wasszawskiego, p. 65. (184; Zywot Tomasza Ostrowskiego, t. 2, p. 16.

Conseil des Ministres, et le Prince Joseph entouré de nombreux généraux seraient venus officiellement présenter leurs hommages au Roi1%. Encore qu'il n’y ait nulle trace de cette ‘démarche dans les procès-verbaux du Conseil des Ministres, ce n’est pas impossible; mais €’est peu vraisemblable, sauf en ce qui touche Poniatowski. Le page Lehsten a fait d’une visite du Prince à Jérôme à Kalisz un récit trop vivant pour n'être pas vrai, mais qu’un défaut de mémoire a dû lui faire mal situer. La scène a dû se passer à Hélénow : « Grandiose, dit le page, est l’impression que nous avons tous reçue de la première apparition du Prince, aussi bien du fait de sa personne que de son costume d’une magnificence orientale, de son étalon arabe et de sa selle. Il nous plût extrêmement, fut très affable et dût remarquer la joie que sa venue nous causait, car il parla volontiers avec nous, les pages, qu’il appelait toujours en français « ses petits amis » 1%. Tout ceci dût avoir lieu le 1* mai. Ce qui est à retenir e’est qu’Antoine Ostrowski reconnaît avoir eu plaisir à recevoir Jérôme, et reconnaît aussi que le roi ne cessera ensuite de lui montrer à Varsovie une grande affabilité, le recevant au Palais Brühl et le priant d’y venir chaque jour, deux fois si possible 187. Cette sincérité n’a-t-elle été que posthume ? Ostrowski devant ses égaux, a-t-il eu honte d’avouer la cordialité de ces relations ? Ou ces échanges de politesses entre Jérôme et Antoine ont-ils paru à nombre de Polonais si surprenants qu'ils : n’ont pu y croire et ont accepté les versions les plus fâcheuses qu’on en a données alors ? « De Wolborz, dit Niemcewiez, le roi s’invita à Ujazd chez Antoine Ostrowski et lui dit d’aviser son père Thomas qu’il se rendra chez lui à Hélénow et s’y reposera, ajoutant qu’il n’emmène rien avec lui et compte trouver là bonne table et du vin. L’envoi par estafette de cette nouvelle au vieil Ostrowski frappé de paralysie depuis quelques jours, n'était pas agréable. Il n’en fallut que plus vite envoyer cuisiniers, vin, argenterie, literie, linge. Telle est la façon dont voyage ce roi, dinant sans merci et la façon dont se conduisent les troupes de tous les peuples, faisant le désert et ne payant jamais » #$, Une telle déformation des faits est fort instructive. Béranger s’excusant dans son Aulobiographie d'avoir été

(185) Idem, tom 2, p. 184-185.

(186) BoLTENSTERN, Mémoires d’un page, p. 71. (187) Zywot Tomasza Ostrowskiego, t. 2, p. 185. (188) Niemcewicz, Mémoires, t. 1°, p. 310.

hostile à l'Empereur, reconnaît : « Je me rendais moins bien compte que je ne l'ai fait depuis, des nécessités que lui imposait la lutte à soutenir contre les entreprises sans cesse Tenaissantes de l'aristocratie européenne » 1%. Le général Sarrasin qui fait profession de grouper, donc de connaître tous les

éléments contraires à Napoléon, ose affirmer : « Si une nation.

de plus de quinze millions d’âmes avait souffert un triple Pariage, lorsqu'elle avait des ressources immenses pour défendre sa liberté et l’intégrité de son territoire, on ne pouvait rien attendre de ses débris contenus par un puissant empire, au-

tant que par les prêtres et les nobles polonais jaloux avant.

tout de conserver’ leurs propriétés » 1%. Raisonnement d’un traître et contre lequel il faut protester, mais qui confirme l'existence des difficultés révélées par le passage de Jérôme.

A chaque pas, le prestige prussien enlise dans les sables polonais pleins de mirages le moral des Westphaliens. À Kalisz, les pages visitant l’école des cadets, ont jugé qu’on les tenait misérablement, mais que cette « éducation spartiale avait formé de solides chefs de guerre dont le général Diebitsch Zabalkanski » 11, Simple légende : cette école n'avait été

fondée par le roi de Prusse qu’en 1795 et pour jeter vite la.

jeunesse polonaise dans le creuset prussien. De 125 cadets qu'elle comptait en 1805, elle est tombée à 40 en 1812 et n'aura fourni à l’armée polonaise (1808-1813) que 70 officiers 2. Le comte de Malsburg, gouverneur des pages qui se plait en Pologne à orner de légendes prussiennes leurs étapes, est parent du ministre qui à signifié à Paris en 1806 l’alliance de la Hesse avec la Prusse et sa rupture avec la France 1%. A la vérité, les pages apprécient l’hydromel polonais; mais quand, prenant la route de Varsovie, ils sont conduits par Malsburg dans la belle terre dite « Arcadie », près de Lowiez, la vieille princesse Radziwill, propriétaire, ne leur fait admirer chàeau, jardin, grottes idylliques, bellevues, ermitages, métairies et jolies servantes parées de gracieux ajustements, que

(189) CHassé (Charles), Napoléon par les écrivains. Paris, Hachette 1920, 263 p. in-8°, p. 15.

(190) SARRAzIN (Général), Histoire de la guerre de 24 ans du mois d’avril 1792, jusqu’au 20 novembre 1815, ou le général Bonaparte démasqué. Bruxelles, Paris, Didot. Londres, Dulac. Hambourg, Hofman, 1840, 502 p. in-16, p. 278.

(191) BOLTENSTERN, Mémoires d’un page p. 71.

(192) GEmBarzewskir, Wojsko polskie, p. 225-238.

(193) BiGnON, Histoire de France, t. Gp: n32.

(194) BOLTENSTERN, Mémoires d’un page, p. 72.

pour demander au gouverneur de lui laisser le page Lehsterr comme sauvegarde et comme fils : « Il est encore trop jeune: pour faire la guerre; j’aurai soin de lui et le marierai à une: de mes nièces » 1%, Telle était la façon dont une princesse polonaise, — mais parente de Louise de Prusse, — exaltait l’ardeur guerrière de jeunes Westphaliens partis pour assurer la reconstitution du royaume de Pologne, trop jeunes pour la guerre, mais non pour le mariage.

Jérôme a mis le pied en Pologne le 10 avril : il a vécu à Kalisz du 14 au 22 non compris; les trois premiers jours passés là semblent avoir été plutôt remplis; les cinq autres n’ont pu être tout à fait vides. Pourtant ces huit jours ont produit l'effet de « quelques semaines » remplies de « viles petitesses » et au cours desquelles on à « fait danser la sarabande aux troupes de tous les peuples. ravageant partout et ne payant nulle part ». Est-ce bien à cet Alcibiade que s’adressent ces reproches qu’il n’a que partiellement mérités ? Ne serait-ce pas une façon commode de critiquer celui qui a mis en mouvement tous ces peuples ? Jérôme est jeune, il ne fait pas de façons; on se décharge sur lui de la bile qu’excite un autre.

L'armée Westphalienne, la maison du roi, le roi approchant de Varsovie, tout se prépare pour leur installation dans la ville. « Dès la fin d'avril, dit Niemcewiecz, tous les jours affluent des voitures et la cour du roi de Westphalie. Tout cela est traîné par des chevaux de réquisition de pauvres paysans, qui tombent plus d’une fois d’inanition. Sont arrivés le Prince de Hesse Philipstadt, beau-fils du dernier landgrave de Hesse Cassel, maintenant maréchal de la Cour du roi qui à détrôné son beau-frère; avec lui le Maréchal de La Ville, confident du roi auquel il rapporte tout, et fournit même des demoiselles. M. de La Ville à exigé de la commission des logements le registre des maisons, et a fixé lui-même les quartiers, même les services de table et toutes les commodités dûs aux chambellans, à leurs gens et aux autres employés 1%5.

Enfin le roi et ses pages sont en vue de Varsovie, capitale de 76.000 habitants » 1%. Après le désert et la solitude, dit le

PAMIETNIKI NIEMCEWICZA, p. 309. :

a Mazre-Brun (Tableau de la Pologne ancienne et moderne, pour

i É à l'Histoire d lhières.

d mplément à l’Histoire de la Pologne par M. de Ru es Paie Henri Pier 1807, XII-498 p. in-8°, p. 128) donne à Varsovie 74900 habitants en 1804, 80.000 en 1807. Ce qui donne de la valeur à

page Von Lehsten, on voyait des maisons isolées, des fermes de type polonais. Le nombre de ces maisons — ou mieux de ces baraques en bois — misérables, en ruines, augmentait sans cesse, ainsi que celui des moulins à vent. Dans un lointain arrière-plan les tours d’une église faisaient présumer nil y avait là une grande ville. Des maisons en meilleur état tendaieni à former une rue : mais il n’y avait pas encore de pavé. Enfin, voiei la ville, de hautes maisons; mais des vitres brisées, des jalousies qui pendent, et donnent un air misérable aux plus beaux bâtiments. Une grande place déserte et vide, couverte d’un pied de sable — excellent pour faire du cheval — est entourée par plusieurs palais, le palais comtal de Brühl, le palais princier Radziwill, le palais de Saxe. C’est le premier qui fut le quartier du roi. Mais cette place même laissait à désirer : à côté de ces splendides palais s’entassent des maisons faites de solives à la polonaise et plus ou moins en ruines » 17. Le page ne voit:pas Varsovie en beauté : Cassel était mieux tenu : avant les embelltssements apportés par Jérôme, Siméon en faisait déjà ce portrait

Cassel est une jolie ville très bien bâtie, entourée de jardins et de superbes promenades. Si ce n’était l'hiver, ce serait un pays enchanteur. Sous un climat plus tempéré, on y accourrait comme dans un Elysée. Je n'ai rien vu de mieux nulle part » 1%, Le contraste devait être frappant. M. le Comte Renaud Przezdziecki décrit ainsi le Varsovie d’alors : « Servant d’hôpitaux et de casernes les vieux palais de Varsovie tombent de plus en plus en ruines, tandis qu’on ne bâtit plus rien de nouveau aussi longtemps que durent les guerres » 1%, D’après Dembowski, la ville était d'une saleté incroyable. Toutefois, les Juifs qui habitaient toutes les rues avant 1808, furent alors refoulés des principales, ce qui permit de nettoyer ces artères. Malheureusement, beaucoup de

Malte Brun, c’est qu’il a des collaborateurs polonais : Niemcewicz, Stibilowicz, Moczinski.

(197) BOLTENSTERN, Mémoires d’un page p. 72-73.

(198) Mémoires de Thibaudeau, p. 231, lettre de Siméon à Thibaudeau, 26 septembre 1807. Daviquet arrivant le 23 octobre 1811 à Cassel, écrit : « C’est une fort jolie ville de 22.000 habitants aux rues larges, propres, bien pavées ». Il décrit le « vieux château sur une esplanade, en bas le parc ou orangerie > s’inscrit en faux contre « l’aspect piteux » attribué à la Westphalie. Tout a « bien changé depuis la description qu’à faite l’auteur de Candide du château du Baron Thinder ten Tronckh » (Duviquet p. 234).

(199) PrzezpziEcxr (Comte Renaud), Varsovie. Varsovie, Bibljoteka Polska 1925, 388 p. in-8°, p. 17.

SRE ES ARE

palais des grandes familles étaient si entourés de murs, qu’on ne pouvait les voir : presque tout le jardin de Saxe était entouré de maisons de bois; à part la caserne Mirowska, les palais Krasinski et Gutakowski, il n’y avait près de Zelazna Brama, Grzybowska, Zabia, que des maisons de bois; il en était de même vers Leszno, Dluga, Bielanska 2%, L'aspect de la ville n'était done pas très flatteur.

Avant d'y faire entrer Jérôme, escorté de son ministre des Affaires étrangères, il y a lieu de voir où en sont ses relations avec la Russie et avec le Duché,

Il y a entre le ministre de Russie à Cassel et le Gouvernement Westphalien un échange de notes aigres-douces : le Moniteur Westphalien s’est fait l’écho d’un article de la Gazette de Hambourg sur le rôle en Allemagne de médecins ou chirurgiens au service de la Russie. Jakovlev estimant ses assertions « fausses, dénuées de tout fondement », « forgées à dessein, dictées par la malveillance », y voit « des sorties aussi indécentes qu’il serait facile à les réfuter, dirigées dans un papier officiel contre une puissance, dont le Ministère réside près de S. M. le Roi », et se déclare persuadé que Siméon « recommandera plus de circonspection au rédacteur et sentira, qu'il est du devoir « du Ministre de Russie » de diriger sur ce point l'attention « du chef du gouvernement westphalien. Siméon, d’autre part établit dans sa réponse une distinction un peu subtile entre le Moniteur « papier officiel pour ce qui concerne les actes du Gouvernement » et non offieicl « pour les articles, nouvelles de littérature et autres ». Il « aime à croire que le Gouvernement russe est trop porté à remplir les engagements pris en son nom par ses agents à l'étranger, pour ajouter foi aux assertions contenues dans cet article ». Pourtant, il ne semble pas croire que l'attitude des médecins incriminés ait été tout à fait correcte, puisqu'il dit : peut être les faits dont on se plaint sont personnels aux Agents subalternes et ignorés de lautorité suprême » ?°1,

(200) DemBowsktr, Moje Wspomnienia, t. 1, p. 207-212. Malte-Brun dit : « La ville consiste dans une longue rue étroite et sale à laquelle aboutissent des rues de traverse. Mais dans les faubourgs, les rues sont larges et propres. On y trouve beaucoup de grands palais, construits surtout du temps des rois saxons; des églises et des monastères d’une belle apparence » (p. 126-7).

(201) Glavnyg Archiv Ministerstwa Inostrannich diel. Cassel 1 mai. Jakovlev à Siméon fol. 196 N° 4354; Cassel 4 mai, Siméon à Jakovlev,

folio 195, N° 4441.

Précisément, vers le moment où Jérôme a quitté son royaume, « un jeune homme nommé Steizer, dont le père est établi à Moscou » a été « arrêté en arrivant sur le territoire westphalien »; porteur d’un passeport où il est qualifié de «marchand russe », passeport «délivré à Breslau, visé à Dresde par le ministre westphalien Siméon », il s’est fait passer « à Leipzig pour un officier russe », semble un Westphalien soumis à la conseription et prétend « avoir quitté la Russie sans passeport » 22, Tout ceci implique qu'il y a des allées et venues assez louches entre la Russie et la Westphalie.

Du moins, l’on sent que Siméon, comme Furstenstein, à des instructions conciliantes : si l’on sent des ‘deux cotés que la rupture est inévitable, Roumiantzov sait par Jakovlev que le coup attendu ne sera pas immédiat. Le 30 avril (date française) le Chancelier a reçu de ce Ministre des nouvelles récoltées dans l’entourage de la reine Catherine et qui confirment cette impression : « Il y a des nouvelles de Paris ici, qui font présumer que l'Empereur Napoléon quittera sa résidence le 25 (avril), qu’il ira par Mayence et Aschaffenbourg à Wurizhbourg et qu’il touchera le territoire westphalien à Schmalkalden. Comme ce chemin ne conduit pas directement à Dresde, on a formé la supposition, que l’Impératrice accompagnera l'Empereur jusqu’à Wurtzhbourg, pour y rester près de son oncle le Grand Duc, mais cette nouvelle demande confirmation »?%, Cet itinéraire et le fait que Marie Louise accompagnerait Napoléon, indiquent qu’on n’est pas encore au moment de l’attaque brusquée.

Le 9 mai (28 avril russe) Roumiantzov recevra de Jakovlev une lettre du 10/22 avril, annonçant « qu’outre les préparatifs qu’on fait à Wurtzbourg pour recevoir l'Empereur Napoléon, deux hôtels y sont préparés pour les rois de Bavière et de Wurtemberg. Les letires de Paris ne mandent encore rien de positif sur l’époque du départ de l'Empereur, qui paraît devoir être retardé. Un courrier arrivé aujourd'hui de Kalisz à S. M. la Reine, l’informe que le Roi y continue son séjour » 204, Tout celà est fort rassurant. En fait, Jérôme étant arrivé le 2 mai à Varsovie, si le service de renseignements de Rou-

(202) Idem, folio 204, N° 5010. Cassel 4 mai 1812. Non signé (mais c’est Jakovlev) à Kanikoff.

(203) Glavny Archiv. fol. 187, N° 3536. Jakovlev à Roumiantzov. Cassel 1/13 avril 1812, polutch. 18 avril.

(204) Idem, fol. 189, N° 8925. Cassel 10/22 avril, polutch. 28.

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