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seaux d'avoine, 200 quintaux de foin et 100 quintaux de paille ». Mais l’ordonnateur de la 1" division ayant fait savoir qu’il n’y avait à Widawa « ni moulins ni fours, il devenait inutile de lui fournir du seigle» : cette denrée fut versée sur un point où l’on pouvait fabriquer du pain qui s’expédiait ensuite sur Widawa » 127, avec un certain retard évidemment.
Tout finit par s’arranger. Dans la nuit du 24 au 25, constate le général d'Ochs, « un convoi de 7.320 rations de pain est arrivé de Kalisz. La 2 division est également venue à mon secours et m'a envoyé 4.000 rations de pain et 10 bœufs. Voilà la subsistance assurée pour un jour » 8. Ceci s’est fait du reste à la connaissance et sur l’ordre de Dupleix, « ces dis- . positions ont été combinées et dictées par la connaissance des ressources locales et les besoins des troupes » 1*. L’officier envoyé de la 1r° division à Radomsk, y a d’ailleurs trouvé « 6.000 rations de pain préparées par les soins d’un autre officier parti il y a trois jours. De nouvelles réquisitions ont été frappées pour les jours suivants. On y trouve de l’eau-devie, du fourrage en abondance. Je mets en conséquence, dit le général, la 1" brigade en mouvement (26) pour aller occuper ces nouveaux Cantonnements » 10,
La 2° brigade restée près de Widawa doit dès lors se trouver dans l’abondance. Le 26 en effet Dupleix écrit à Vandamme : « J'ai fait expédier hier pour le magasin de Widawa 10.000 rations de pain. J’en fais partir aujourd’hui une pareille quantité et ces versements se succéderont tant que les besoins l'exigeront et que les magasins de cette place pourront suffire à de pareilles fournitures ». À noter que l’agent attaché à la brigade des hussards n’a fait aucune demande ce qui fait présumer à Dupleix qu'elle a ce qui lui est nécessaire. À noter enfin que « la brigade des cuirassiers à reçu Pautorisation de se porter en avant, où elle trouvera plus de ressources », mais que Dupleix n’a point été informé officiellement de ce mouvement » 151.
(127) Idem, Kalisz, 27 avril n° 172, Le chevalier Dupleix au Général Vandamme.
(128) Idem, Dombrowa, 25 avril n° 84, Ochs à Vandamme.
(129) Arch. Min. Guerre. Kalisz, 27 avril N° 172, Dupleix à Vandamme.
(130) Arch. Min. Guerre. Dompbrowa, 25 avril N° 84, Ochs à Van-
damme.
- (131) Idem, Kalisz 26 avril N° 166, Dupleix à Vandamme.
Cette crise passée, on peut dire, que les craintes excessives des sous-préfeis et des généraux avaient été pour quelque chose dans son éclosion. Quant à ces derniers, Dupleix fait remarquer à Vandamme : « Si des officiers ont été chargés de faire des réquisitions de denrées et de les diriger sur tel ou tel point, cela s’est fait sans la participation des agents de l'administration militaire, qui ne peuvent, ni ne doivent être responsables des mesures prises à contre temps par MM. les Généraux. Vous le savez, M. le Comte; pour que les divers services d’une armée marchent avec régularité et qu’il ne se fasse pas de consommations abusives, il faut qu’au zèle et à l'expérience des administrateurs militaires, se joigne la bonne volonté des autorités locales et la protection de l'autorité militaire. V. E. a rappelé ces principes dans divers ordres du jour, mais cela n’a pas empêché les doubles consommations, l'enlèvement continuel des moyens de transport, la vente d’une partie des denrées prises dans les magasins » 12.
A l’affolement des sous-préfets et des chefs d'unité se sont ajoutées des difficultés provenant des transports. Ces transports sont réalisés par le train des équipages ou par des moyens locaux. Dupleix à passé en revue le train, et trouvé présents 168 hommes et 309 chevaux : 11 hommes et 22 chevaux sont restés en route; les chevaux sont maigres, ayant fait depuis Dessau bien des marches forcées, ils sont mal pansés, ont besoin de repos; les harnais sont fatigués. L'ordonnaieur prescrit repos, réparations, mais en même temps l'exécution de divers transports indispensables 1%, Quant aux moyens locaux, la conduite des Saxons, arrivés les premiers dans le pays et par suite plus à leur aise pour toutes choses, les a raréfiés, sans que rien puisse justifier ces procédés. Résultat : il m'est physiquement impossible, dit Dupleix, de réunir un nombre de voitures proportionné à nos besoins. Hier, je n'ai pu me procurer que la moitié des moyens de transport nécessaires pour conduire le pain à Widawa, en sorte qu'il n’en est parti que 5.000 rations au lieu de 10.000. Aujourd'hui la maison du Roi et une partie de létat-major général se mettent en marche pour Varsovie. Tout le monde veut des chevaux Ge réquisition, l’on ne sait où les prendre » 184 Le
(132) Arch. Min. Guerre. N° 172, Kalisz 27 avril, Dupleix à Vandamme.
(133) Idem, N° 166, Kalisz, 26 avril, Dupleix à Vandamme.
(134) Arch. Min. Guerre, N° 172, Kalisz 27 avril, Dupleix à Van-
perpétuel charroyage auquel vont être condamnés paysans et « cognas » pendant quatre mois, et qui leur fera parfois traverser la Pologne, ne s’arrête pour le compte d'une unité, que pour reprendre de gré ou de force pour le compte d’une autre. À la fin, ce sera le “bagne qu on évite, à tout prix. Et pourtani sans lui, les troupes privées de subsistances n'auraient eu d’autres ressources que le pillage.
Si paradoxal que cela paraisse, il y avait en effet de quoi piller. Dans une lettre déjà citée, Tharreau écrit à Vandamme : « La disette se fait sentir bien plus fortement qu’elle n'est dans la réalité. J'ai la certitude, que les autorités ménagent par crainte les grands propriétaires, où sont véritablement les moyens qui doivent pourvoir à la subsistance de l’armée. On pèse sur le malheureux paysan, qui ne peut avoir que de quoi vivre et on laisse les greniers et les écuries des riches bien garnis et sans même fournir aucun moyen de transport. On en a déjà fait connaître un assez grand nombre à l’administration et s’ils ne s’exécutent pas, il faudra les atteindre forcément. Je joins à ma lettre le rapport de l’ordonnateur Walter » 5, Wandamme ayant reçu une autre lettre identique, envoie le tout à Dupleix, qui en avait appris autant par ailleurs. « J’étais déjà informé, que ce n’était pas par une disette réelle dans le pays, que les approvisionnements manquaient pour la subsistance des troupes, mais parce que les nobles et les riches ne recevaient aucune réquisition et qu'elles portaient toutes sur la classe malheureuse du paysan qu’on privait du nécessaire pour laisser aux autres le superflu » #5.
Tharreau en signalant à l'administration comme coupables des nobles qui ne s’exécutent pas, et en se promettant de les atteindre, a engagé le fer. Geste dangereux ! Nakwaski aura beau dire que depuis Napoléon « dans cette partie de la Pologne. l'égalité devant la loi est générale et que le paysan y est aussi libre qu’en France » : il reconnaît le contraire à la page suivante #7, Sans doute les décrets royaux posté-
damme. Frédéric-Auguste avait décrété (30/4/1811) la création dans le Duché d’un corps de 100 h., 50 voitures, 250 chevaux pour transporter les subsistances de l’armée; mais outre que c’est peu, cet organe devait être au service du 5° corps; Dziennik praw t. 3, p. 292-302.
(135) Idem. Sieradz, 24 avril, Tharreau, à Vandamme.
(136) Arch. Min. Guerre, N° 166. Kalisz 26 avril, Dupleix à Vandamnie.
(137) Naxwaski H., Question de l’émancipation des paysans d la Pologne. Genève, Henri Georges, 1860, 61 p. in-8°, p. 17-18.
rieurs au Statut auraient pu progressivement améliorer la situation; mais si nous voyons comment on procède pour cette réquisition d'ordre militaire qu'est la garde nationale, nous ne pouvons douter qu’il y ait à la base de tout le système une inégalité de droits voulue par les gouvernants. Le décret du 10 avril 1814 reconnaît dans ce corps deux éléments, l’un sédentaire, l'autre mobile. Le premier comprend tous les gros propriétaires, fonctionnaires, savants, artistes, marchands, industriels et les paysans cultivant plus d’un demi wtôk. Pour eux, il ne sera pas établi de rôle; ils ne sont tenus qu'à défendre la commune, si toutefois une décision du Conseil municipal ou un ordre quelconque les y invite #$. L’autre élément comprend toute sorte de valetaille, les manœuvres et les paysans ou autres habitants possédant moins d’un demi wt6k : tous ceux-ci peuvent être appelés à se porter sur un point quelconque du territoire pour le défendre, par décret du Ministre de là guerre #®.
Garczynski dont le patriotisme n’est pas suspect, ne peut pourtant, étant noble, penser qu’on puisse réquisitionner chez les nobles : forcé par Tharreau d'y penser, il recule en songeant à l’indignation qu’il exciterait chez tous les dziedzici (propriétaires nobles) ses pareils. Quand, dans son émotion, Vandamme s’est mis à écrire, le 23, de tous côtés, il n’a pas oublié Garezynski auquel il a fait « un tableau effrayant ». Le préfet n’a pas eu alors l’idée de toucher à cette réserve de la nation que sont les greniers des propriétaires nobles. I! a demandé au Ministre de l'Intérieur de faire venir un autre département au secours de celui de Kalisz, ceci sans conviction « puisque la disette est générale et que chaque département est obligé de nourrir les troupes qui y cantonnent ». Pour lui, comme pour Frédéric-Auguste, il n’y a qu’à faire intervenir le Deus ex machina, le grand Napoléon duquel on croit devoir tout attendre : « Il n’y a d'autre moyen que de supplier $S. M. l'Empereur et roi de nous faire secourir par les fournitures de Silésie, parce que le Duché ne sera pas en état de nourrir des armées si formidables et je ne doute pas de l’heureuse issue, quand MM. les Généraux auront la bonté de constater la misère dans ce pays-ci »1#, Garezynski passe donc franchement à côté de la question.
(138) Dziennix PRAW, t. 3, p. 257-280, art. 4, 11, 12, 13. (139) Idem, art. 5, 26, 34.