‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 8 sur 97 · OURS · texte numérisé non relu

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mais elle a recu de tels cadeaux de Paris que Napoléon victorieux a pu écrire au père de la fiancée : « Dites toutes ces nouvelles à la Princesse Catherine; comme je la considère de la famille, j'espère qu’elle y prendra part à double titre ». Les deux Napoléons continuent à soigner les relations avec le père ©; une lettre de Durant, notre ministre à Stuitgart, avant Tilsit, prouve que rien n'est changé" et Napoléon surveille en aîné, en père, les amourettes de Jérôme : « J’apprend avec plaisir, écrit-il, la bonne contenance que vous tenez. Une certaine dame de Stuttgart seulement se plaint que vous êtes trop galant pour les dames de Breslau; est-ce vrai ? »"?. Il est « prêt à déclarer dans un article secret que ce mariage (saxon) que l’on a cru être dans sa pensée, n’est point dans sa politique et que, quand il y eut été, il y aurait renoncé du moment que la conséquence immédiate serait de placer le trône de Varsovie dans ses mains. Appeler le Prince Jérôme au trône de Saxe et de Varsovie c'est presque dans un instant bouleverser tous nos rapports » %.

Masson a vu ici une allusion à une proposition qu’aurait faite Alexandre de marier Jérôme à la Grande duchesse Catherine sa sœur 4 Waliszewski n’y veut pas croire . En fait, Marie Feodorovna et surtout Catherine tenaient le tsar par trop de choses pour qu'il se risquât sérieusement à pareille proposition sans y avoir été autorisé par elles, voire poussé. F1 leur eut été plus facile de lui assurer le sort de Pierre II, qu’à lui de les contraindre : il ne l’ignorait pas. Schilder croit que l'offre fut faite 6 : mais alors c'était un simple coup de sonde dans les arrière-pensées de Napoléon. Tatischeff le croit aussi 77. Sachant décidé le mariage wurtembergeois, le isar offrait trop, mais sans risque.

Le 5 janvier, le Prince Poniatowski a écrit à Napoléon

(70) Corresp. de Napoléon, t. 13, p. 462, Halle 20 octobre; p. 540, 30 octobre, Buïletins : p. 15, p. 458, Tilsitt, 24 juin. — Mémoires de Jérôme, t. 2, p. 421, 399, 409, 415, 475, 498, 506.

(71) DrraurT, Tilsit. Paris, Alcan 1917, 491 p. in-8°, p. 184.

(72) Mémoires de Jérôme, t. 2, p. 492. Napoléon à Jérôme, Finckenstein 13 avril.

(73) Corresp. de Nap., t. 15, p. 479, Tilsit, 4 juillet.

(74) Masson (Frédéric), Napoléon et sa famille. Paris, Ollendorf, 11° Edition 1914, t. 4, p. 7-8.

(75) WALISZEWSKI, Le règne d'Alexandre 1°, t. 1, p. 233.

(76) Schilder (Général), Imperator Alexandr I, ievo jizn i tsarstvovanie. Petersbourg, Souvorine 1897, 4 vol. in-4°, t. AD 109!

(77) TariscHerr (Serge), Alexandre 1* et Napoléon, Paris, Perrin 1891, 640 p. in-8°, p. 519.

Ehorre

« V. M. qui est roi d'Italie, ne pourrait-elle pas être roi de Pologne ? ou. ne pourriez-vous pas donner cette couronne à un des membres de votre famille ? » TS. Est-ce une allusion à Jérôme qui précisément vient de se montrer à Varsovie ? En est-ce une à Murat qui conire le désir de Zajaczek, de Dabrowski, de Napoléon lui-même, l'a hissé à la Direction de la guerre du nouvel Etai ? Murat par sa belle allure à cheval, ses uniformes, sa renommée de grand chef de cavalerie, a séduit la foule le jour de son entrée dans Varsovie. Mais les légionnaires sont mécontents; les recrues polonaises ne sont pas encore sensibles à son ascendant. Les Mémoires de la Comtesse Potocka nous disent assez clairement qu'il en impose peu aux sphères aristocratiques ®. La folie de son attitude comme grand duc de Berg vis-à-vis de l'Empire français, ses iractations avec la Prusse, l'irritation de Napoléon contre lui ®, permettent peu de voir en lui le candidat de l'Empereur : avec un mégalomane intrigant aussi enfiévré, Napoléon pourrait souvent s'attendre à voir la Pologne impliquer la France dans des guerres, ou même en guerre avec elle. Que Pauline écrive, si elle veut, à Murat : « Tout le monde dit que vous serez roi » #1, Cela prouve que, comme tout le monde en France, elle en est encore à l'impression de la joyeuse entrée de Murat c’est tout. Dès ie 2 décembre 1806, Napoléon lui envoie en pleine poitrine cette phrase : « Faïtes bien sentir que je ne viens pas mendier un trône pour les miens : je ne manque pas de trône à donner à ma famille » . Le « Retirez-moi cela, vous avez l’air de Franconi » jeté à Murat en juin 1807 est une interdiction nelte de tout acte de candidature à Varsovie. Pour Murat une vice royauté en Pologne, pareille à celle d'Eugène en Italie, serait dangereuse. Quant à Jérôme, au frère de l'Empereur, il est bien jeune pour gouverner si loin ce qu'il demande surtout dans ses lettres, moins peut-être par affection que par la conscience qu'il a de son inexpérience, c’est d'être près de l'Empereur #.

(78) Askenazy (Szymon), Ksiaie Jézef Poniatowski, Varsovie, Biblioteka Polska, 3° édition 1922, 309 p. in-8°, p. 250.

(79) Porocxa (Ctesse Anna), Mémoires, Paris, Plon, 1911, 424, p. in-12, p. 102-3, 127-9, 136-7.

(89) Massox, Napoléon et sa famille, t.

(81). MuraT, Lettres et documents, Pa tome V, p. 64-65.

(82) Corresp. de Napoléon, t. XIV, p. 13, n° 11350.

(83) Mémoires de Jérôme, t. 2, dérôme à Napoléon, 13 oct. 1806, p. 139: 12 janvier, p. 394; 21 janvier, p. 404; 31 janvier, p. 421.

3 0p. 271-285; ris, Plon 19148 vol. in-8°,

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Il y a le mot de M. de la Blache, neveu de Talleyrand, envoyé en Perse, accueilli par le Schah au printemps 1807 en ces termes : « Pourquoi Napoléon ne met-il pas un de ses frères sur le trône de Russie? Nous serions amis et voisins. — Il mettra peut-être son frère Jérôme sur le trône de Pologne, répond l'envoyé français »%t. S'agit-il là d’un projet de Napoléon exposé à Talleyrand avant le départ de son neveu, de suppositions exprimées par Talleyrand même, ou d'une simple hypothèse émise par l’envoyé, et dont peut-être l'idée ne lui est venue qu’en répondant au Schah ? Si Napoléon avait dès longtemps arrêté un projet de ce genre, il y en aurait des traces plus sérieuses que ce mot d’un chargé de mission en Perse. ;

Schilder, après le prince Kourakine, affirme que c'est Alexandre et non Napoléon, qui aurait eu l’idée de la création du Duché de Varsovie . À cette affirmation discutée par MM. Handelsmann, Driault, Waliszewski s’est trouvé mêlé le nom de Jérôme qui y est étranger $6. Le Grand due Nicolas Michaïlovitch se refuse à voir dans le tsar « le véritable créateur du duché » 57 encore que Schilder — ou plutôt Kourakine — n'ait vu là pour le Tsar qu’un moyen d'en préparer l'annexion, quand les circonstances seraient favorables. C’est prévoir d’un peu loin 1814. Que penser alors de cette suspicion constante chez Alexandre à l'égard du Duché ? D'autre part, Joseph et Louis étant déjà rois et Jérôme fiancé à la fille d’un roi, ül semble bien que Napoléon projette de donner un royaume à son cadet qu'il ne place pas au-dessous de ses frères. Il ne ménage pas les éloges à Jérôme et, ce faisant, il est persuadé que c'est la bonne méthode pour qu'un jeune homme les mérite. Îl ne lui ménage pas non plus les bourrades; mais il nous faut en prendre et en laisser, car il écrit au roi Joseph : « Le Prince Jérôme se conduit bien, j'en suis fort content et je me trompe fort, s'il n’y a pas en lui un homme de premier ordre. Vous pouvez croire cependant qu’il ne s'en doute guère, car toutes mes lettres sont des querelles. Il est adoré en Silésie. Je l'ai jeté exprès dans un commandement isolé et en chef; car je ne crois pas au proverbe que pour savoir commander,

(84) Driaurr, Tilsit, p. 146.

(85) Schilder, Imperator Alexandr I, t. 2, p. 199.

(86) HANDELSMANN, Napoléon et la Pologne, p. 128. — DariauLr, Tilsit, p. 133. — Waziszewsxr,, Alexandre 1°, t. 1, p. 232.

RE MicHaiLoviTcH (Grand Duc), L’Emp. Alexandre 1*, t. 1, p. 56-7.

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