‹ Jérome, ou, Les deux époquesChapitre 10 sur 44 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LES MÊMES , JOLIVET, a/nVe en pleurant et pose un sac de soldat , un uniforme, un sabre et un chapeau sui le buffet qui est au-dessous de lajenêtre.

JOLIVET

Ah! ah! ah! c'esl-l'y avoir du guignou. . .

LELIÈVKE.

Qu'est-ce qu'il a doue à pleurer comme ça , ce garçon... c'est d'une bêtise anière. . .

RAiMB/vrx , lui faisant des signes.

Bah ! ce n'est rien , c'est qu'il part demain.

GENEVIÈVE

Oui , il est de la réquisition , ça le chagrine.

JOLIVET, d'un air gai.

Eh bien ! du tout, ce n'est pas ça qui me fait pleurer, c'est cotte lettre que je viens de recevoir du pays ; au contraire je suis enchanté de partir. . • parce qu'en allant à la municipalité j'ai rencontré un détachement de volontaires, le bou(juet au chapeau , le tambonr en tête. . . ça m a mis le cieur au ventre, et je voudrais déjà être en route pour l'armée de Samber-Meuse. . .

LELif-.vRE, lui montrant le Comte- .Diable ! Il paraît que la gloire te donne la berlue. . . tu ne dis rien z'à ton cousin. . . .

RAiMBAL'T , se levant.

Tiens. . . il n'y a plus de vin.

Il va chercher une bouteille dans le buflct et se trouve près de Jolivct. JOLIVET.

Mon cousin. . . .

LELIÈVRE

Ton cousin de Corbeil. . . .

JOLIVET, étonné.

Mon cousin de Corbeil ah I ben I. . •

KAiMBAtT, poussant Jolivet et has.

I{qconnais-le vite. . . ou c'est fait de nous tous.

Il prend une boutcUle et retourne sa place.

joLivET, à part et tremblant.

Oh! {affectant un air riant.) Oh! ah! ah! mon cousin ....

LELiÈVRE, l'imitant et le regardant.

Oh ! . . . ah !.. . il ne reconnaît pas sa famille à présent.

JOLIVET

Si fait. . . Si fait. . . {aillant au Comte. ) Dieux ! mon

j)auvre cousin ! on m'écrivait que vous étiez mort

d'avant z'hier.

RAIMBAUT et GEKEVIÈVE.

Comment î

LELIÈVRE, en regardant le Comte.

A table aujourd'hui. ... et mort avant-z'hier. . . c'est invraisemblable .

JOLIVET, troublé par les signes qu on lui fait. Quand je dis mort. . . . c'est une bêlise, pisque le v'ià. . . On m'écrivait que. . . vous étiez malade. . . qui y avait trois médecins , et. . . alors. . . .

LELIÈVRE , à part.

Il y a quelque chose.- .Je suis fâché d'être venusoujier z'ici.

JOLIVET

Enfin le voilà , et j'en bois à santé... donnez-moi donc un verre. . . avec d'autant plus de satisfaction. . . . LELIÈVRE , prenant son cJiapeau.

Il serait z'impoli tique à moi de rester x'ici plus longtemps. ( Haut et chantonnant. ) Ta ti ta la. . . hem. . . hem. . . Au revoir , Jérôme. . .

RAiMBALT, inqulct.

Eh bien ! tu t'en vas . . .

GENEVIÈVE, de même.

Déjà ! et la petite goutte , donc ?. . .

Jolivel aide Geneviève a mettre la table au fond du tliêàtce. LELIÈVRE.

Merci. . . merci. . . je suis pressé ; j'ai ma boutique à fermer... mon four. {Prenant Raimbaut à part.) Ecoute, voisin, il se passe chez toi des choses extraordinaires. . . Je ne dirai rien , mais je ne veux pas en savoir davantage

RAIMBAtiT.

Ail ! le voilà déjà , loi , avec tes idées 1 . . .

LELlÈVRr;.

Je ne dirai rien. . . sois iraiiquillc. . . {A part. ) Ça sent la conspiration à pleine bouche.

LELIÈVUE.

Air : Ta ras changer de costume et d'emploi.

A la maison je rentre de ce pas;

Près de ma lemm' je dois me rendre j En bon mari , tu sais que je n'ai pas

Coutume de la faire attendre ,

Je ne la fais jamais attendre.

RAIMBAUT

Eh quoi! sitôt tu nous quittes, mon cher?

GENEVIÈVE

D'où vous vient donc cette lubie? LELiÈVRE, à part et tremblant .

/brtons bien vit' , tout ceci n'est pas clair.

JOLIVET

Je vais vous prêter ma bougie (bis).

Il allume un morceau de rat de cave et le lui doune.

LELIÈVRE , son rat de cave à la main. A la maison je rentre de ce pas , etc.

LES AUTRES, excepté le comte.

Allons , voisin , je ne vous retiens pas j

Auprès d\ol' femme il faut vous rendre j Je conçois bien quel s'rait vot' embarras Ensemble. < Si vous étiez forcé d'attendre.

LE COMTE, à part.

Que faire ?... ô ciel ! quel est mon embarras !

Faut-il fuir... ou faut-il attendre ?

S'il me devine , "ah ! je n'ai plus , hélas ! Aucun espoir de me défendre î

Lelièvre sort.

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