‹ Jérome, ou, Les deux époquesChapitre 9 sur 44 · SCENE TH · texte numérisé non relu

SCENE TH

LES MÊMES, GENEVIÈVE, RAIMBAUT, re^>enajit. RAiMBAuT, au comte.

Là, tout va bien, personne ne vous a vu entrer \o m en suis assure . . . JVlainlenant il faut prendre des forces du repos. . . vous en avez besoin . . . nous allons souper bien vue, et , vous conduirai après ça dans vot'grenier, oùvous dormirez comme un prince ? tuus

Le Comte aide Geneviève a placer la table au milieu du théâtre. RAIMBAUT,

Vite , à table , il est tard ! . . .

LELiÈvRE , frappant en dehors à la porte du fond. Toc, toc. . . Voisine.

LE COMTE , effrajc et bas.

Qui vient là?

GENEVIÈVE, de même.

Ah : mon Dieu !

RAIMBAUT, bas.

Silence ! ( Haut. ) Qu'est-ce qui frappe ?

LELIÈVRE, en dehors.

C'est l'e'paule de mouton. . .

GEltETIÈVE , bas.

C'est IVoisin Lelièvrc.

RAIMBATJT, hos.

Leiièvrel Oh! maudit rôtisseur je n'y pensais plus.

LE COMTE, bas.

Est-ce qu'il est dangereux.

RAIMBAtrx.

Hé !.. . pas trop. . . mais bavard. . .

LELiÈVEE, toujours dehors.

Ouvrez donc. . . je me brûle les doigts.

RAIMBÀUT.

Voilà ! voilà ! ( bas au comte ) Il n'y a pas moyen de l'éviter. . . Du sang- froid , del'imlomb, ne vous troublez pas et dites comme moi.

11 OUTTC.

scÈivE vm.

lEs MÊMES, LELIEVRE, tenant un grand plat.

LELIÈVRE

Gare ! . . . gare ! . . . v'ià l'épaule. . . donnez-moi donc un coup de main. . . je me brûle.

GENEVIÈVE , lui montrant la table.

Posez-ça là . . .

LELiÈvnE, secouant ses doigts.

Ab!. . . ( se tournant du côté de JRaimbaut) Bonjour citoyen Jérôme ! comment te portes-tu ?

RAlMBAtX,

Bien, et toi?

iELIÈVRE.

Dame. . . on se tutoyé à présent j permets-moi de te la souhaiter bonne et heureuse.

11 l'embrasse.

RAIMBÀXJT.

Merci. . . mon vieux ! . . .

LELiÈVRE , à QeneK'iève.

Si j'osais. . . citoyenne, t'offrir le^ mêmes vœux.

CENEVIÈVE-

Comme vous voudrez , monsieur Lclicvre,

LELIÈVRE

Heim! qu'est-ce que j'entends. . . monsieur !... vous !. . • vous I . . .

GENEVIÈVE

Ah ! dame. . . tant pis, je m'embrouille avec toutes vo9 nouvelles modes.

LELIÈVRE

Il faut prendre garde , diable !

Air : Quand on ne dort pas cle la nuit, etc.

Citoyenne , dans ta maison , Pardon si j'ose me permettre

De te remelti'c

A la raison , Les vous ne sont plus de saison...

Et tu pourrais le compromettre...

Un décret qu'on vient de crier , A personne ne faisant grâce , Ordonne de se tutoyer...

Permettez C^t'ij que je vous embrasse.

RAIMBALT.

Qu'est-ce que tu dis ?

LELIÈVRE , partant.

C'est vrai.

Chantant.

Ah !... permets (bis) que je t'«mbras»e. Diable I je me compromettais.

GENEVIÈVE

Eh ! mon Dieu. . . je le veux bien , embrasse-moi et que ça finisse.

LELIÈVRE

Allons, allons, nous formerons ta femme. Mon cher ami , quoique ce soit la fête , je ne te ferai ni discours ni coniplimens. . . Je ne suis point z'oraleur, tu le sais. . .

RAIMBA.UT.

Et je n'aurais pas le temps de t'écouter. . . car il est près de neuf heures, et le souper se refroidit. . . Mets-toi à côiu

(]p ma femnif . • • (au comte, a^ec un signe) et loi , François , viens auprès de moi . . .

LELiÈVRE, regardant le comte.

Le citoyen François... je n'avais pas vu... Dis donc Jérôme, quel est ce citoyen?

Ils se j'iacent.

nAlMBATT.

Tu ne le connais pas? Eh! parbleu, c'est le cousin de Jolivet , mon premier garçon , qui arrive à 1 instant de Corbeil pour me demat.der de l'ouvrage. . .

LELIÈVRE

Ah! ah! Y-a-il du nouveau z'à Corbeil?. . .

LE COMTE , hésitant.

Non , citoyen. . . tout est tranquille. . .

LELIÈVRE

Tant mieux ! . . . tant mieux î attendez que je coupe mon épaule. . . ça me connait {Il découpe, les autres mangent.) Dis donc , Jérôme, lu sais qu'on a voulu me nommer président de ma section. . , mais j'ai refusé. . . je leur z'ai dit : Vous me trouverez toujours pour monter ma garde. . , faire des patrouilles de nuit, comme de jour; mais pour parler z'en public, n'y comptez pas, je ne suis point z'orateur, c'est connu ^ je n'ouvre jamais Li bouche que pour goûter mes sauces-

KAiMBitT , mangeant.

Et tu les fais bonnes. . . en v'ià une

TOUS

Excellente I . . .

LELIÈVRE , d'un air modeste.

Oui, je crois qu'on connait un peu son alTaire. . . quand on a été fix ans cuisinier du vicomte de. . . (Se reprenant^. Ah ! mon Dieul qu'est-ce que je dis là !.. . {A part. ) Il n'eu faudrait pas da\antagc.-. ( Haut et d'un air dégage. ) A propos , as-tu lu le Journal du soir ce matin i/

RAIMBALT.

Non , pourquoi ?

LELIÈVRE , à voix bosse.

Il csl sévère. . . De nouvelles mesures, cou Ire les émigrés

»9 qui osent reparaître en France, cl contre les personnes qui les cachent , c'est là le terrible I . . .

BAiMBAUT, légèrement.

Bah ! bah ! . . . ça ne nous regarde pas . . .

LELIÈVRE

Tiens, tu es bon, ça regarde tout le monde. . . est-ce qu'on peut savoir qui on reçoit chez soi ! On invite wn ami, il vous en amène un autre 5 on rit , on boit , on s'amuse , et, de fil en aiguille, ou se trouve au beau milieu d'une conspiration sans s'en douter. . . ça se voit tous les jours.

IIAIMBAUT.

Allons, allons. . . lu te fais plus méchant que tu n'es.. . et s'il en venait un chez toi. . . te demander l'hospitalité , tu ne le refuserais pas . . .

LELIÈVRE

Non. . . parce que l'humanité.. . mais j'aime mieux qu'il n'en vienne pas. . . d'ailleurs je le prierais de s'en aller. . . il n'pourrait pas m'en vouloir. . . Je lui dirais : Mon cher , voilà ma position , vous n'voudriez pas me compromettre» ainsi. . . C'est même pour être plus sûr de mon fait que j ai pris tout-à-l'heure à la municipalité. . . le signalement d'un que l'on poursuit depuis Lyon.

LE COMTE , bas.

C'est le mien. . . c'est moi. . .

GENEVIÈVE , bas.

Chut!...

LELIÈVRE , cherchant dans sa poche.

Parbleu! il faut que je vous le lise, ça peut vous être utile. . . .

GENEVIÈVE , à paît.

Ociel!

LE COMTE , à part.

Je suis perdu !

liAiMBAUT , lui prenant le signalement , le roulant en boule et le passant au comte sans être vu.

Que le diable t'emporte avec tes signalemens. . . toi. . . C'est comme cela que tu veux égayer ma fête. . . tu es bien gentil... on n'a qu'un moment pour trinquer avec un ami . . .

Il lut vfrse a boire.

LELiÈvRE , riant.

Au fait... il a raison. .. Pardon, voisine, je reprends mon émabilité. {Il lève son verre.') Allons! au plaisir que j'ai de souper avec un bon enfanf, Jérôme , tu es t'un bon enfant; je u'suis point z'orateur. . . tu le sais. . . mais c'est égal...

Air : Mon galoubet.

A ta santé ! {bis') C'n'cst pasTmoment d'être malade Quand par sa femme on est fêté :

Amis , encore une accolade , Et puis la dernière rasade

A not' santé! (4^oif.)

RAIMBAUT

A la bonne heure au moins.

Mêm

e air.

A not' santé ! (bis) Il est juste qu'à soi Ton pense...

Regardant le comte.

Mais , l)attus par l'adversité , S'il est , hélas ! loin de la France Quequ's-uns d'nos frères dans la souffrance >

Serrant la maiu du comte a la dérobée.

A leur santé ! {^fois)

LELTÈVKE , posaut son verre.

Ahl voilà que nous tombons dans la politique; n'allons pas trop loin , je vous en prie... j'aime mieux boire un coup de plus et dire une parole de moins.'.. . Comme ça ou ne ^"ait pas d'indiscrétion. . .

joLivET , en dehors ^ pleurant.

Oli I oli î oh ! . . . quel malheur !

RAIMBAUT, bas.

Dieux I... c'est Joli vet... et il n^cst pas prévenu \

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