SCÈNE II
LES MKMEs , LELÏEVRE , en grand costume , perruque poudrée, etc.
LELIÈVRE
Ah çà ! M. l'Intendant. . . quand me présenterez-vous .^. . . je tiens à connaître les maîtres que je sers. . . je ne fais pas la cuisine pour tout le monde, moi. . . DIDIER , souriant.
So^ez tranquille , vous ne dérogerez pas ici... voici M. le Comte. . .
LELIÈVRE, reculant a^^ec respeet.
Monseigneur ! . . . {Regardant le comte qui lui tourne le
nos. ) Quel air iîoIjIo. . . qvioîquc je ne le voie que de profil. . . {Haut.) Monseigneur, vous voyez le plus heureux des hommes. . . de servir. . .
LE COMTE
C'est bien , c'est bien . . . Vous avez été chez le vicomte de Mareuil?. . .
LELIÈVRE
Avant la révolution!... oui, monseigneur... je puis dire même que j'ai été bien persécuté à cause de mon aUach ornent. . .
LE COMTE
Ce n'est pas cela que je vous demande. . .
LELIÈV.IE.
C'est que je n'ai jamais faibli. Plutôt que de prostituer mes talens , j'ai quitté Paris.. . {A part.) Ce n'est pas maladroit de glisser ça. . . ( Haut. ) Je me suis en allé à Pontoise. . .
LF. COMTE.
Fort bien , mais . . .
LELIÈVRE
Je me suis dit : Au moins ils mangeront de mauvaise cuisine, c'est toujours ça.
LE COMTE, avec impatience .
Eh! morbleu. .. je ne vous demande pas ce que vous pensez . . . mais ce que vous savez faire . . .
LELIÈVRE
Tout, monseigneur, absolument tout. . . Mais cependant si vous voulez que je vous dise mes opinions là-dessus , je ne repousse pas lexotique , mais je tiens à l'indigène. . .
Air des Amazones.
La paliss'i'ie à la flamande
IN'est pas mauvaise assurément...
J'esUnie aussi la choucroute allemande 5
Le macaroni de Milan A quelquefois exercé mou talent.
Je n'dis pas d'mal d'une sauce hollandaise ; La charlott' russe est assez de mon goût j Je n'méprise pas le beffteck à l'anglaise , Mais j'suis Français, not' cuisine avant tout.
LE COMTE, souriant.
Quelle cTLidJtion!... Au siuj)1.ks, la noce de mon fils vous donnera l.ientôt loceasion de f:,ire vos preuves. Pour aujourd hui il n'est question que d'un petit bal : j'ai promis %T'.x^''''''^' "^^ campagne de les faire danser à ràrrivée a Arthur. iVous aurons une partie de la ville de Lyon. . . 1! faudra un souper. . . parce quà Paris, oir se contente
ue danser. . . mais en province
LELiÈVRE , d'un air agréable.
Oui. . en province ... on a conservé les vieilles traditions. . . L estomac z'y est encore classique. . . J'avais déià songe au souper.. . et si vous voulez jeter les yeux sur ce petit menu. ...
Cherchant dans ses paniers.
LE COMTE, lisant.
L'an IV. . .ce. . . nous certifions que le citoyen Lelièvre
a toujours ete un excellent républicain, et que
LELIÈVRE , 'viK^enient.
Ah! mon Dieu. . . qu'est-ce que c'est que ca?. . . Parc!on, excellence... j'étais si pressé quand j'^ii mis mes papiers en partant. . . mais croyez. . .
LE COMTE, souriant.
C'est bon. . . c'est bon. . .
LELIÈVRE
Vous savez qu'on était obligé. . . pour se mettre à couvert Ç-f/«'';) Il a n... C'est un homme charmant I. . . . ( Haut ) Quant au souper. . . si monseigneur veut s en rapporter a moi ... ^
LE COMTE, riant.
Ce sei^ plus court. . . Ou dansera ici à cause delà chaleur. . . iMites porter des rafraîchi.ssemens dans ce pavillon... et songez surtout qu il me faudra, dans quelques jours , un repas de noce magnifique !
LELIÈVRE, d'un ton pénétré.
Soyez sûr, monseigneur, que j'y mettrai tout le dévouement... ^ iJ wv.
Air ilr Turenne.
J'espère bien u'mcriter aucun r'proclic ; Mais , s'il manquait un seul plat au festin,
A défaut d'épée une broche Aurait bientôt terminé mon destin :
Ça s rait fait en un tour de main.
Mou nom par-là passerait d'âge en âge , Et l'on dirait d'votre maître d'hôtel : S'il n'avait pas le talent de Yatel ,
Il eu eut du moins le courage.
LE COMTE , riant.
Quel fou!. . . mais c est le propre des grands génies. {u4 Didier. ) Allons , va l'installer , et vois si mon fils est rentré. . . ISon , non , je l'aperçois. . .
, Didier sort avec Lelièvre.