‹ Jérome, ou, Les deux époquesChapitre 42 sur 44 · LE COMTE, MARIANNE · texte numérisé non relu

LE COMTE, MARIANNE

LE COMTE j ai>ec empressement.

Nous sommes seuls maintenant... remettez-vous, et, aU nom du ciel ! mon enfant , dites-moi bien la vérité.

MARIANNE

Oh ! oui, monsieur, je vous dirai tout. . .

LE COMTE

Vous étiez cachée dans la maison du garde?

MARIANNE

Malgré moi î . . . depuis quatre jours ! . . . LE COMTE, inquiet.

Depuis quatre jours ?. . . et vous avez prononcé le nom d'Arthur. . .

MARIANNE, tti^ec amertume.

C'est lui qui m'a arrachée du sein de ma famille , qui ;» abusé de la tendresse que je lui avais montrée.

LE COMTE, à part.

Qu'en tends-jel

MARIANNE

C'est lui, qui malgré mes prières et mes larmes m'a séparé de mon père, de ma mère {avec larniei)^ et dans quel moment ! . .

Air : Je n'ai pas vu ces bosquets de lauriers.

Oui, monsieur, oui, depuis long-toinps

Le destin semble les poursuivre;

Mais , consolés par mus soins caressans ,

Pour moi seule ils désiraient vivre.

En espérant un avenir meilleur.

Je les voyais et soufirir et se taire. .. Ah ! quand on se résigne au malheur. . .

On devrait conserver l'honneur

Qu'on acheta par la misère.

LE COMTE, ému.

Pauvre enfant 1 et votre père habite les environs ?. . .

MARIANNE, vivement.

Non. ... il est bien loin d'ici .... mais n'importe. ... je veux partir à l'instant. Qui que vous soyez, monsieur, faites-moi conduire. . . donnez-moi quelqu'un qui me serve de guide. . . je ne lui serai point à charge. . . non , non. Tenez, voilà de quoi payer les frais de voyage.... ces

boucles d'oreilles , cette bague (e//e les aie) ce collier

(elle r arrache. ) C'est tout ce que je possède. . . et si c(; n'est point assez. . . j'irai à pied, je me priverai de tout pour revoir mon père et obtenir .non pardoni

LE COMTE, attendri et à lui-même.

Arthur'. . . quel reproche éternel!. . . (Jetant les yeux sur le collier que Marianne lui présente , et voyant l'anneau quij est suspendu.) IVIais, que vois-je!... cet anneau ! ce chillVe!. . . quel souvenir!. . . Répondez- moi de grâce. . .

cet anneau. . . . de qui le tenez-vous?. . .

Je l'ai toujours porté.

LE COMTE

Toujours ?

lO

MARIAKNE,

Depuis mon enfance. . .

LE COMTE , agile.

Et qui vous l'a donné ?

MARIANNE

Un étranger. . .

LE COMTE, hors de lui.

Un étranger! . . . Vous êtes la fille de Piaimbaul ?

MARIANNE, étonnée.

O ciel ! . . . Qui vous a dit ?

LE COMTE, la serrant dans ses bras.

Chère enfant ! . . . ( Marianne fait un mouvement de crainte. ) Ah ! ne crains rien , tu es auprès d'un ami . . . j'ai juré sur ton berceau d'être ton protecteur. . . ton secoud père. . . je tiendrai ma promesse. . . .

MARIANNE, étonnéc .

Vous, monsieur I. . . je ne puis deviner \ mais vos traits respirent la bonté , la franchise. . . Vous ne voudriez, pas me tromper ?

LE COMTE

Moi I . . . te tromper ! . .

MARIANNE , avBC élan et lui baisant la main. Non, non , je vois des larmes dans vos yeux. . . je suis tranquille. ... je suis sauvée. . . .

Air suisse arrangé par Doche.

LE COMTE , avec tendresse, O momeut plein de charmes !

Dissipe ton effroi ; ]Ve répands plus de larmes , Car je veille sur toi, Ensemble. ^ Marianne, avec abandon.

O moment plein de charmes !

Je sens fuir mon effroi.

I\Ion cœur n'a plus d'allarmes , Et je ne sais pourquoi.

Regartîant le comte.

Mais quelle bonté brille

Dans vos yeux , je le voi...

Avec âtm.

Vous avez une fille?

LE COMTE, ému.

Oui, mon enfant, c'est toi.

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