LE COMTE, MARIANNE
LE COMTE j ai>ec empressement.
Nous sommes seuls maintenant... remettez-vous, et, aU nom du ciel ! mon enfant , dites-moi bien la vérité.
MARIANNE
Oh ! oui, monsieur, je vous dirai tout. . .
LE COMTE
Vous étiez cachée dans la maison du garde?
MARIANNE
Malgré moi î . . . depuis quatre jours ! . . . LE COMTE, inquiet.
Depuis quatre jours ?. . . et vous avez prononcé le nom d'Arthur. . .
MARIANNE, tti^ec amertume.
C'est lui qui m'a arrachée du sein de ma famille , qui ;» abusé de la tendresse que je lui avais montrée.
LE COMTE, à part.
Qu'en tends-jel
MARIANNE
C'est lui, qui malgré mes prières et mes larmes m'a séparé de mon père, de ma mère {avec larniei)^ et dans quel moment ! . .
Air : Je n'ai pas vu ces bosquets de lauriers.
Oui, monsieur, oui, depuis long-toinps
Le destin semble les poursuivre;
Mais , consolés par mus soins caressans ,
Pour moi seule ils désiraient vivre.
En espérant un avenir meilleur.
Je les voyais et soufirir et se taire. .. Ah ! quand on se résigne au malheur. . .
On devrait conserver l'honneur
Qu'on acheta par la misère.
LE COMTE, ému.
Pauvre enfant 1 et votre père habite les environs ?. . .
MARIANNE, vivement.
Non. ... il est bien loin d'ici .... mais n'importe. ... je veux partir à l'instant. Qui que vous soyez, monsieur, faites-moi conduire. . . donnez-moi quelqu'un qui me serve de guide. . . je ne lui serai point à charge. . . non , non. Tenez, voilà de quoi payer les frais de voyage.... ces
boucles d'oreilles , cette bague (e//e les aie) ce collier
(elle r arrache. ) C'est tout ce que je possède. . . et si c(; n'est point assez. . . j'irai à pied, je me priverai de tout pour revoir mon père et obtenir .non pardoni
LE COMTE, attendri et à lui-même.
Arthur'. . . quel reproche éternel!. . . (Jetant les yeux sur le collier que Marianne lui présente , et voyant l'anneau quij est suspendu.) IVIais, que vois-je!... cet anneau ! ce chillVe!. . . quel souvenir!. . . Répondez- moi de grâce. . .
cet anneau. . . . de qui le tenez-vous?. . .
Je l'ai toujours porté.
LE COMTE
Toujours ?
lO
MARIAKNE,
Depuis mon enfance. . .
LE COMTE , agile.
Et qui vous l'a donné ?
MARIANNE
Un étranger. . .
LE COMTE, hors de lui.
Un étranger! . . . Vous êtes la fille de Piaimbaul ?
MARIANNE, étonnée.
O ciel ! . . . Qui vous a dit ?
LE COMTE, la serrant dans ses bras.
Chère enfant ! . . . ( Marianne fait un mouvement de crainte. ) Ah ! ne crains rien , tu es auprès d'un ami . . . j'ai juré sur ton berceau d'être ton protecteur. . . ton secoud père. . . je tiendrai ma promesse. . . .
MARIANNE, étonnéc .
Vous, monsieur I. . . je ne puis deviner \ mais vos traits respirent la bonté , la franchise. . . Vous ne voudriez, pas me tromper ?
LE COMTE
Moi I . . . te tromper ! . .
MARIANNE , avBC élan et lui baisant la main. Non, non , je vois des larmes dans vos yeux. . . je suis tranquille. ... je suis sauvée. . . .
Air suisse arrangé par Doche.
LE COMTE , avec tendresse, O momeut plein de charmes !
Dissipe ton effroi ; ]Ve répands plus de larmes , Car je veille sur toi, Ensemble. ^ Marianne, avec abandon.
O moment plein de charmes !
Je sens fuir mon effroi.
I\Ion cœur n'a plus d'allarmes , Et je ne sais pourquoi.
Regartîant le comte.
Mais quelle bonté brille
Dans vos yeux , je le voi...
Avec âtm.
Vous avez une fille?
LE COMTE, ému.
Oui, mon enfant, c'est toi.