‹ Jérome, ou, Les deux époquesChapitre 7 sur 44 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LES MKMES , LE COMTE, en hobit de paysan, couvert d'un manteau, pâle , et dans le plus grand dcsojdre.

haimbaut , sautant sur un marteau.

Eh bien!

LE COMTE, un pied sur la fenêtre et d'une voix suppliante.

Sauvez moi . . . sauvez moi ! . . .

nAlMBALT.

LE COMTE

RAIMBAUT

GE^■EVIi:vE , allant à lui.

Que voulez-vous i'

Un asile , par pitié

Un asile?. . .

Ociel!

HAiMBAUT, arrêtant sajemme.

Et qui êtes-vous ?

LE COMTE , hésitant.

Si je vous le dis. . . vous allez me repousser. . .

RAIMBÂUT.

Auriez- vous commis quelque crime?

LE COMTE, à voix bussc. Non. . . mais je suis proscrit. . . en un mot. . . je suis. . . émigré . . .

TOUS DEUX , avec un mouvement.

Un émigré ! . . .

RAIMBAUT, Taidant à descendre.

Chut!. . . Geneviève. . . ferme la fenêtre. . . pousse la porte... heureusement que mes ouvriers sont partis... ( yfit comte.) INe craignez rien... Vous paraissez accablé de fatigue.^

LE QO^T-E , d'une voix faible.

Il est vrai ....

RAIMBAUT, le soutenant.

Asseyez-vous.

GENEVIÈVE , versant du vin dans un verre.

Un verre de vin. . . vous remettra. . .

LE COMTE , les regardant avec attendrissement.

Ah! ie ne me suis pas trompé. . . je le vois. . . vous nome trahirez pas.

UAIMKAUT.

Vous trahir!... ( Avec fierté. ) J'ai été soldat, monsieur... jamais je ne verrai un ennemi dans un malheureux!..,, et si je puis le secourir... ^ oyons, parlez, que pouvons-nous faire pour vous?. . .

LE COMTE

Me cacher, me dérober aux poursuites. . .

RAIMBAUT

Ce n'est pas le plus facile; mais quelle imprudence! et qui a pu vous engager à rcparaitre en France ?

Un devoir sacré. . . . Depuis trois ans, je vivais au fond de l'Allemagne, mais je n avais pu emmener ma mère. . . son âge... ses iniirmilés. . . Jugez de mon désespoir...

lorsqu'une lettre d'un brave fermier m'apprend que cetfr Lonnc mère, frappée de noire séparation , allaimie par le chat^'rin, va bientôt ni'ctre enlevée... A cette allreuse nouvelle. . . j'oublie tout. . . les dangers. . . la distance. . . je n'écoute que mon cœur. . . je pars à pied. . . Je traverse l'Allemagne, une partie de la France, sous ce déguisement.. . je vole dans les environs de Lyon, et j'arrive, hélas!. . , pour recevoir la bénédiction de ma mère et son dernier soupir ....

GENEVIÈVE, attendrie.

Pauvre homme !

LE COMTE

Mais il fallait regagner la terre étrangère. Le bonheur qui m'avait d'abord, accompagné. . . m'abandonna au retour. . . Reconnu, dénoncé par un ancien domestique de la lamille. . . je fus obligé de changer de direction. . . je me ietai du côté de Paris. . . . espérant trouver un asile chez mes amis. . . il m'en restait bien peu. ... ils m'ont tous refusé ! . . .

RÀiMBATJT, indigné.

Les lâches I . . .

LE COMTE

J'errais dans la ville, sans but, sans projet arrêté.. . lorsque tout-à-l'heure , au détour d'une rue. . . j'entends mon nom. . . c'était mon signalement que la foule lisait. . . Eperdu. .. glacé d'effroi. . . je me jette dans une lui^no obscure. . . j'escalade un mur, je traverse votre jardin , et j'implore votre pitié, décidé à me livrer, si je ne puis l'obtenir. . . [avec larmes) si je dois traîner ma vie loin de ma femme et de mon enfant. . .

RAIMBAUT, ému.

Votre femme! . . . Vous êtes marié?

GENEVIÈVE , de même.

Et vous avez un enfant ! (Prenant la main de Raimhaiit el lui montrant Marianne endormie.) Ah ! mon ami I notre pauvre petite Maiûanne.

RAIMBAUT

Je t'entends , Geneviève. . . mais je n'avais pas besoin de cela pour me décider. . . .

LE cow£^, avec joie.

Est-il possible !

RAIMBAtT.

Vous allez souper avec nous, vous couclierez là-liant dans le petit grenier, et demain nous verrons ce ([u'il y aura à faire.

LE coMTB, leur serrant les mains.

Ah î mes amis !

Âir : Il me faudra quitter l'Empire.

D'un pareil trait mon âme est attendrie... Mais , juste Ciel! je frémis en pensant Que vous pouvez tous deux perdre la vie Pour un si noble dcvoûment.

RAIMBAUT

Nous parProns d'ça dans un autre moment.

D'effroi pour vous je sens mon âme atteinte j Je crains l'abîme où vous allez courir.

GENEVIÈVE

Sauver vos jours est not' plus cher désir. LE COMTE , •plaçant la main de Raimhaut sur son cœur. Voyez mon cœur , comme il tremble de crainte !

RAIMBAUT, dû même et avec Jeu.

Sentez le mien , comme il bal de plaisir!

LE COMTE

Et si l'on me découvrait chez vous ... si mon nom était prononcé. . . .

RAIMBAUT, vivement.

Eli bien ! ne le dites pas. . . je ne vous l'ai pas demandé. . . je n'ai pas besoin de le savoir. . . Vous êtes un honnête homme, moi aussi. . . v'ià tout ce qu'il faut. . . après ça, danger ou non. . . faut faire son devoir, et Dieu fera le reste I

LE COMTE

Air (lu Calife.

Quel exemple! Ah ! si tous les hommes A'ous ressemblaient, mes bons amis!

RAIMBAUT , gaîmenl.

Qii'voulez-vous, dans l'temps où nous sommes. Tous les méchans sont réunis.

Mais , voulant t'nir tête à l'orage.

Je m'dis pour avoir du courage :

Faut qu'les méchans nous fass't horreur , Mais y n'faut pas qu'ils nous fass't peur.

Il va ponr sortir et revient près du comte.

( Vite. ) Restez là , n'bougez pas . . . j'vas préparer vol' cliatnbre à coucher. . . Toi, Geneviève. . . à ta ciiisino. . . . aye l'oeil au guet. . . ferme la porte de la cour ^ prenons toutes nos précautions. . . et puis ma foi au petit bonheur... Si nous sommes découverts. . . eh bien ! {serrant la main du Comte) nous partirons ensemble; de ce temps-ci les bons s'en vont de compagnie.

Ils sortent de côté.

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